
Authur Rimbaud
L'Etoile a pleure rose

| L'étoile
a pleuré rose... est un poème sans titre, un quatrain isolé.
La même structure syntaxique se répète dans les quatre
alexandrins qui le composent. Les quatre compléments circonstanciels
du deuxième hémistiche énumèrent des parties
du corps féminin : les "oreilles", la "nuque",
les "reins", les seins ("mammes vermeilles"), le "flanc".
Le premier hémistiche des alexandrins (les trois premiers d'entre
eux, du moins) désigne des acteurs symboliques de la scène
cosmique ("l'étoile", "l'infini", "la mer")
dont les actions respectives (pleurer, rouler, perler) semblent modeler
le corps superbe de la Femme, lui conférant ses formes, ses attributs,
ses couleurs. On croit bien reconnaître un "blason", et
même, pour être plus précis, une Vénus naissant
des flots. Mais Rimbaud renouvelle radicalement le thème, de deux façons. D'une part, il adopte une forme énumérative-répétitive qui lui permet de faire abstraction de toute rhétorique narrative (lot habituel du genre mythologique) et de travailler la densité métaphorique du poème. D'autre part, il ménage une chute sinistre (vers 4) qui renverse le sens normalement attendu. Il transforme ainsi un apparent madrigal en une épigramme féroce, dénonçant les souffrances imposées à l'Homme par la Femme |