Emile Zola
Thérèse
Raquin
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20 - chapitre 19 Cependant, le travail sourd de Thérèse et de Laurent amenait des résultats. Thérèse avait pris une attitude morne et désespérée, qui, au bout de quelques jours, inquiéta Mme Raquin. La vieille mercière voulut savoir ce qui attristait ainsi sa nièce. Alors, la jeune femme joua son rôle de veuve inconsolée avec une habileté exquise ; elle parla dennui, daffaissement, de douleurs nerveuses, vaguement, sans rien préciser. Lorsque sa tante la pressait de questions, elle répondait quelle se portait bien, quelle ignorait ce qui laccablait ainsi, quelle pleurait sans savoir pourquoi. Et cétaient des étouffements continus, des sourires pâles et navrants, des silences écrasants de vide et de désespérance. Devant cette jeune femme, pliée sur elle-même, qui semblait mourir lentement dun mal inconnu, Mme Raquin finit par salarmer sérieusement ; elle navait plus au monde que sa nièce, elle priait Dieu chaque soir de lui conserver cette enfant pour lui fermer les yeux. Un peu dégoïsme se mêlait à ce dernier amour de sa vieillesse. Elle se sentit frappée dans les faibles consolations qui laidaient encore à vivre, lorsquil lui vint à la pensée quelle pouvait perdre Thérèse et mourir seule au fond de la boutique humide du passage. Dès lors, elle ne quitta plus sa nièce du regard, elle étudia avec épouvante les tristesses de la jeune femme, elle se demanda ce quelle pourrait bien faire pour la guérir de ses désespoirs muets. En de si graves circonstances, elle crut devoir prendre lavis de son vieil ami Michaud. Un jeudi soir, elle le retint dans la boutique et lui dit ses craintes. « Pardieu, lui répondit le vieillard avec la brutalité franche de ses anciennes fonctions, je maperçois depuis longtemps que Thérèse boude, et je sais bien pourquoi elle a ainsi la figure toute jaune et toute chagrine. Vous savez pourquoi ? dit la mercière. Parlez vite. Si nous pouvions la guérir ! Oh ! le traitement est facile, reprit Michaud en riant. Votre nièce sennuie, parce quelle est seule, le soir, dans sa chambre, depuis bientôt deux ans. Elle a besoin dun mari ; cela se voit dans ses yeux. » La franchise brutale de lancien commissaire frappa douloureusement Mme Raquin. Elle pensait que la blessure qui saignait toujours en elle, depuis laffreux accident de Saint-Ouen, était tout aussi vive, tout aussi cruelle au fond du cur de la jeune veuve. Son fils mort, il lui semblait quil ne pouvait plus exister de mari pour sa nièce. Et voilà que Michaud affirmait, avec un gros rire, que Thérèse était malade par besoin de mari. « Mariez-la au plus tôt, dit-il en sen allant, si vous ne voulez pas la voir se dessécher entièrement. Tel est mon avis, chère dame, et il est bon, croyez-moi. » Mme Raquin ne put shabituer tout de suite à la pensée que son fils était déjà oublié. Le vieux Michaud navait pas même prononcé le nom de Camille, et il sétait mis à plaisanter en parlant de la prétendue maladie de Thérèse. La pauvre mère comprit quelle gardait seule, au fond de son être, le souvenir vivant de son cher enfant. Elle pleura, il lui sembla que Camille venait de mourir une seconde fois. Puis, quand elle eut bien pleuré, quelle fut lasse de regrets, elle songea malgré elle aux paroles de Michaud, elle saccoutuma à lidée dacheter un peu de bonheur au prix dun mariage qui, dans les délicatesses de sa mémoire, tuait de nouveau son fils. Des lâchetés lui venaient, lorsquelle se trouvait seule en face de Thérèse, morne et accablée, au milieu du silence glacial de la boutique. Elle nétait pas un de ces esprits roides et secs qui prennent une joie âpre à vivre dun désespoir éternel ; il y avait en elle des souplesses, des dévouements, des effusions, tout un tempérament de bonne dame, grasse et affable, qui la poussait à vivre dans une tendresse active. Depuis que sa nièce ne parlait plus et restait là, pâle et affaiblie, lexistence devenait intolérable pour elle, la boutique lui paraissait un tombeau ; elle aurait voulu une affection chaude autour delle, de la vie, des caresses, quelque chose de doux et de gai qui laidât à attendre paisiblement la mort. Ces désirs inconscients lui firent accepter le projet de remarier Thérèse ; elle oublia même un peu son fils ; il y eut, dans lexistence morte quelle menait, comme un réveil, comme des volontés et des occupations nouvelles desprit. Elle cherchait un mari pour sa nièce, et cela emplissait sa tête. Ce choix dun mari était une grande affaire ; la pauvre vieille songeait encore plus à elle quà Thérèse ; elle voulait la marier de façon à être heureuse elle-même, car elle craignait vivement que le nouvel époux de la jeune femme ne vînt troubler les dernières heures de sa vieillesse. La pensée quelle allait introduire un étranger dans son existence de chaque jour lépouvantait ; cette pensée seule larrêtait, lempêchait de causer mariage avec sa nièce, ouvertement. Pendant que Thérèse jouait, avec cette hypocrisie parfaite que son éducation lui avait donnée, la comédie de lennui et de laccablement, Laurent avait pris le rôle dhomme sensible et serviable. Il était aux petits soins pour les deux femmes, surtout pour Mme Raquin, quil comblait dattentions délicates. Peu à peu, il se rendit indispensable dans la boutique ; lui seul mettait un peu de gaieté au fond de ce trou noir. Quand il nétait pas là, le soir, la vieille mercière cherchait autour delle, mal à laise, comme sil lui manquait quelque chose, ayant presque peur de se trouver en tête à tête avec les désespoirs de Thérèse. Dailleurs, Laurent ne sabsentait une soirée que pour mieux asseoir sa puissance ; il venait tous les jours à la boutique en sortant de son bureau, il y restait jusquà la fermeture du passage. Il faisait les commissions, il donnait à Mme Raquin, qui ne marchait quavec peine, les menus objets dont elle avait besoin. Puis il sasseyait, il causait. Il avait trouvé une voix dacteur, douce et pénétrante, quil employait pour flatter les oreilles et le cur de la bonne vieille. Surtout, il semblait sinquiéter beaucoup de la santé de Thérèse, en ami, en homme tendre dont lâme souffre de la souffrance dautrui. À plusieurs reprises, il prit Mme Raquin à part, il la terrifia en paraissant très effrayé lui-même des changements, des ravages quil disait voir sur le visage de la jeune femme. « Nous la perdrons bientôt, murmurait-il avec des larmes dans la voix. Nous ne pouvons nous dissimuler quelle est bien malade. Ah ! notre pauvre bonheur, nos bonnes et tranquilles soirées ! » Mme Raquin lécoutait avec angoisse. Laurent poussait même laudace jusquà parler de Camille. « Voyez-vous, disait-il encore à la mercière, la mort de mon pauvre ami a été un coup terrible pour elle. Elle se meurt depuis deux ans, depuis le jour funeste où elle a perdu Camille. Rien ne la consolera, rien ne la guérira. Il faut nous résigner. » Ces mensonges impudents faisaient pleurer la vieille dame à chaudes larmes. Le souvenir de son fils la troublait et laveuglait. Chaque fois quon prononçait le nom de Camille, elle éclatait en sanglots, elle sabandonnait, elle aurait embrassé la personne qui nommait son pauvre enfant. Laurent avait remarqué leffet de trouble et dattendrissement que ce nom produisait sur elle. Il pouvait la faire pleurer à volonté, la briser dune émotion qui lui ôtait la vue nette des choses, et il abusait de son pouvoir pour la tenir toujours souple et endolorie dans sa main. Chaque soir, malgré les révoltes sourdes de ses entrailles qui tressaillaient, il mettait la conversation sur les rares qualités, sur le cur tendre et lesprit de Camille ; il vantait sa victime avec une impudence parfaite. Par moments, lorsquil rencontrait les regards de Thérèse fixés étrangement sur les siens, il frissonnait, il finissait par croire lui-même tout le bien quil disait du noyé ; alors il se taisait, pris brusquement dune atroce jalousie, craignant que la veuve naimât lhomme quil avait jeté à leau et quil vantait maintenant avec une conviction dhalluciné. Pendant toute la conversation, Mme Raquin était dans les larmes, ne voyant rien autour delle. Tout en pleurant, elle songeait que Laurent était un cur aimant et généreux ; lui seul se souvenait de son fils, lui seul en parlait encore dune voix tremblante et émue. Elle essuyait ses larmes, elle regardait le jeune homme avec une tendresse infinie, elle laimait comme son propre enfant. Un jeudi soir, Michaud et Grivet se trouvaient déjà dans la salle à manger, lorsque Laurent entra et sapprocha de Thérèse, lui demandant avec une inquiétude douce des nouvelles de sa santé. Il sassit un instant à côté delle, jouant, pour les personnes qui étaient là, son rôle dami affectueux et effrayé. Comme les jeunes gens étaient près lun de lautre, échangeant quelques mots, Michaud, qui les regardait, se pencha et dit tout bas à la vieille mercière, en lui montrant Laurent : « Tenez, voilà le mari quil faut à votre nièce. Arrangez vite ce mariage. Nous vous aiderons, sil est nécessaire. » Michaud souriait dun air de gaillardise ; dans sa pensée, Thérèse devait avoir besoin dun mari vigoureux. Mme Raquin fut comme frappée dun trait de lumière ; elle vit dun coup tous les avantages quelle retirerait personnellement du mariage de Thérèse et de Laurent. Ce mariage ne ferait que resserrer les liens qui les unissaient déjà, elle et sa nièce, à lami de son fils, à lexcellent cur qui venait les distraire, le soir. De cette façon elle nintroduirait pas un étranger chez elle, elle ne courrait pas le risque dêtre malheureuse ; au contraire, tout en donnant un soutien à Thérèse, elle mettrait une joie de plus autour de sa vieillesse, elle trouverait un second fils dans ce garçon qui depuis trois ans lui témoignait une affection filiale. Puis il lui semblait que Thérèse serait moins infidèle au souvenir de Camille en épousant Laurent. Les religions du cur ont des délicatesses étranges. Mme Raquin, qui aurait pleuré en voyant un inconnu embrasser la jeune veuve, ne sentait en elle aucune révolte à la pensée de la livrer aux embrassements de lancien camarade de son fils. Elle pensait, comme on dit, que cela ne sortait pas de la famille. Pendant toute la soirée, tandis que ses invités jouaient aux dominos, la vieille mercière regarda le couple avec des attendrissements qui firent deviner au jeune homme et à la jeune femme que leur comédie avait réussi et que le dénouement était proche. Michaud, avant de se retirer, eut une courte conversation à voix basse avec Mme Raquin ; puis il prit avec affectation le bras de Laurent et déclara quil allait laccompagner un bout de chemin. Laurent, en séloignant, échangea un rapide regard avec Thérèse, un regard plein de recommandations pressantes. Michaud sétait chargé de tâter le terrain. Il trouva le jeune homme très dévoué pour ces dames, mais très surpris du projet dun mariage entre Thérèse et lui. Laurent ajouta, dune voix émue, quil aimait comme une sur la veuve de son pauvre ami, et quil croirait commettre un véritable sacrilège en lépousant. Lancien commissaire de police insista ; il donna cent bonnes raisons pour obtenir un consentement, il parla même de dévouement, il alla jusquà dire au jeune homme que son devoir lui dictait de rendre un fils à Mme Raquin et un époux à Thérèse. Peu à peu Laurent se laissa vaincre ; il feignit de céder à lémotion, daccepter la pensée de mariage, comme une pensée tombée du ciel, dictée par le dévouement et le devoir, ainsi que le disait le vieux Michaud. Quand celui-ci eut obtenu un oui formel, il quitta son compagnon, en se frottant les mains ; il venait, croyait-il, de remporter une grande victoire, il sapplaudissait davoir eu le premier lidée de ce mariage qui rendrait aux soirées du jeudi toute leur ancienne joie. Pendant que Michaud causait ainsi avec Laurent, en suivant lentement les quais, Mme Raquin avait une conversation presque semblable avec Thérèse. Au moment où sa nièce, pâle et chancelante comme toujours, allait se retirer, la vieille mercière la retint un instant. Elle la questionna dune voix tendre, elle la supplia dêtre franche, de lui avouer les causes de cet ennui qui la pliait. Puis, comme elle nobtenait que des réponses vagues, elle parla des vides du veuvage, elle en vint peu à peu à préciser loffre dun nouveau mariage, elle finit par demander nettement à Thérèse si elle navait pas le secret désir de se remarier. Thérèse se récria, dit quelle ne songeait pas à cela et quelle resterait fidèle à Camille. Mme Raquin se mit à pleurer. Elle plaida contre son cur, elle fit entendre que le désespoir ne peut être éternel ; enfin, en réponse à un cri de la jeune femme disant que jamais elle ne remplacerait Camille, elle nomma brusquement Laurent. Alors, elle sétendit avec un flot de paroles sur la convenance, sur les avantages dune pareille union ; elle vida son âme, répéta tout haut ce quelle avait pensé durant la soirée ; elle peignit, avec un naïf égoïsme, le tableau de ses derniers bonheurs, entre ses deux chers enfants. Thérèse lécoutait, la tête basse, résignée et docile, prête à contenter ses moindres souhaits. « Jaime Laurent comme un frère, dit-elle douloureusement, lorsque sa tante se tut. Puisque vous le désirez, je tâcherai de laimer comme un époux. Je veux vous rendre heureuse Jespérais que vous me laisseriez pleurer en paix, mais jessuierai mes larmes, puisquil sagit de votre bonheur. » Elle embrassa la vieille dame, qui demeura surprise et effrayée davoir été la première à oublier son fils. En se mettant au lit, Mme Raquin sanglota amèrement en saccusant dêtre moins forte que Thérèse, de vouloir par égoïsme un mariage que la jeune veuve acceptait par simple abnégation. Le lendemain matin, Michaud et sa vieille amie eurent une courte conversation dans le passage, devant la porte de la boutique. Ils se communiquèrent le résultat de leurs démarches, et convinrent de mener les choses rondement, en forçant les jeunes gens à se fiancer, le soir même. Le soir, à cinq heures, Michaud était déjà dans le magasin, lorsque Laurent entra. Dès que le jeune homme fut assis, lancien commissaire de police lui dit à loreille : « Elle accepte. » Ce mot brutal fut entendu de Thérèse, qui resta pâle, les yeux impudemment fixés sur Laurent. Les deux amants se regardèrent pendant quelques secondes, comprirent tous deux quil fallait accepter la position sans hésiter et en finir dun coup. Laurent se levant alla prendre la main de Mme Raquin, qui faisait tous ses efforts pour retenir ses larmes. « Chère mère, lui dit-il en souriant, jai causé de votre bonheur avec M. Michaud, hier soir. Vos enfants veulent vous rendre heureuse. » La pauvre vieille, en sentendant appeler « chère mère », laissa couler ses larmes. Elle saisit vivement la main de Thérèse et la mit dans celle de Laurent, sans pouvoir parler. Les deux amants eurent un frisson en sentant leur peau se toucher. Ils restèrent les doigts serrés et brûlants, dans une étreinte nerveuse. Le jeune homme reprit dune voix hésitante : « Thérèse, voulez-vous que nous fassions à votre tante une existence gaie et paisible ? Oui, répondit la jeune femme faiblement, nous avons une tâche à remplir. » Alors Laurent se tourna vers Mme Raquin et ajouta, très pâle : « Lorsque Camille est tombé à leau, il ma crié : Sauve ma femme, je te la confie. Je crois accomplir ses derniers vux en épousant Thérèse. » Thérèse lâcha la main de Laurent, en entendant ces mots. Elle avait reçu comme un coup dans la poitrine. Limpudence de son amant lécrasa. Elle le regarda avec des yeux hébétés, tandis que Mme Raquin, que les sanglots étouffaient, balbutiait : « Oui, oui, mon ami, épousez-la, rendez-la heureuse, mon fils vous remerciera du fond de sa tombe. » Laurent sentit quil fléchissait, il sappuya sur le dossier dune chaise. Michaud, qui, lui aussi, était ému aux larmes, le poussa vers Thérèse, en disant : « Embrassez-vous, ce seront vos fiançailles. » Le jeune homme fut pris dun étrange malaise en posant ses lèvres sur les joues de la veuve, et celle-ci se recula brusquement, comme brûlée par les deux baisers de son amant. Cétaient les premières caresses que cet homme lui faisait devant témoins ; tout son sang lui monta à la face, elle se sentit rouge et ardente, elle qui ignorait la pudeur et qui navait jamais rougi dans les hontes de ses amours. Après cette crise, les deux meurtriers respirèrent. Leur mariage était décidé, ils touchaient enfin au but quils poursuivaient depuis si longtemps. Tout fut réglé le soir même. Le jeudi suivant, le mariage fut annoncé à Grivet, à Olivier et à sa femme. Michaud, en donnant cette nouvelle, était ravi ; il se frottait les mains et répétait : « Cest moi qui ai pensé à cela, cest moi qui les ai mariés Vous verrez le joli couple ! » Suzanne vint embrasser silencieusement Thérèse. Cette pauvre créature, toute morte et toute blanche, sétait prise damitié pour la jeune veuve, sombre et roide. Elle laimait en enfant, avec une sorte de terreur respectueuse. Olivier complimenta la tante et la nièce, Grivet hasarda quelques plaisanteries épicées qui eurent un succès médiocre. En somme, la compagnie se montra enchantée, ravie, et déclara que tout était pour le mieux ; à vrai dire, la compagnie se voyait déjà à la noce. Lattitude de Thérèse et de Laurent resta digne et savante. Ils se témoignaient une amitié tendre et prévenante, simplement. Ils avaient lair daccomplir un acte de dévouement suprême. Rien dans leur physionomie ne pouvait faire soupçonner les terreurs, les désirs qui les secouaient. Mme Raquin les regardait avec de pâles sourires, avec des bienveillances molles et reconnaissantes. Il y avait quelques formalités à remplir. Laurent dut écrire à son père pour lui demander son consentement. Le vieux paysan de Jeufosse, qui avait presque oublié quil eût un fils à Paris, lui répondit, en quatre lignes, quil pouvait se marier et se faire pendre, sil voulait ; il lui fit comprendre que, résolu à ne jamais lui donner un sou, il le laissait maître de son corps et lautorisait à commettre toutes les folies du monde. Une autorisation ainsi accordée inquiéta singulièrement Laurent. Mme Raquin, après avoir lu la lettre de ce père dénaturé, eut un élan de bonté qui la poussa à faire une sottise. Elle mit sur la tête de sa nièce les quarante et quelques mille francs quelle possédait, elle se dépouilla entièrement pour les nouveaux époux, se confiant à leur bon cur, voulant tenir deux toute sa félicité. Laurent napportait rien à la communauté ; il fit même entendre quil ne garderait pas toujours son emploi et quil se remettrait peut-être à la peinture. Dailleurs, lavenir de la petite famille était assuré ; les rentes des quarante et quelques mille francs, jointes aux bénéfices du commerce de mercerie, devaient faire vivre aisément trois personnes. Ils auraient tout juste assez pour être heureux. Les préparatifs de mariage furent pressés. On abrégea les formalités autant quil fut possible. On eût dit que chacun avait hâte de pousser Laurent dans la chambre de Thérèse. Le jour désiré vint enfin. |