Emile Zola
Le Naturalisme au théâtre
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VIII. Le Costume I Je viens de lire un bien intéressant ouvrage: lHistoire du costume au théâtre, par M. Adolphe Jullien. Depuis bientôt quatre ans que je moccupe de critique dramatique, me souciant moins des uvres que du mouvement littéraire contemporain, me passionnant surtout contre les traditions et les conventions, jai senti bien souvent de quelle utilité serait une histoire de notre théâtre national. Sans doute, cette histoire a été faite, et plusieurs fois. Mais je nen connais pas une qui ait été écrite dans le sens où je la voudrais, sur le plan que je vais tâcher desquisser largement. Je voudrais une Histoire de notre théâtre qui eût pour base, comme lHistoire de la littérature anglaise, de M. Taine, le sol même, les murs, les moments historiques, la race et les facultés maîtresses. Cest là aujourdhui la meilleure méthode critique, lorsquon lemploie sans outrer lesprit de système. Et cette Histoire montrerait alors clairement, en sappuyant sur les faits, le lent chemin parcouru depuis les Mystères jusquà nos comédies modernes, toute une évolution naturaliste, qui, partie des conventions les plus blessantes et les plus grossières, les a peu à peu diminuées dannée en année, pour se rapprocher toujours davantage des réalités naturelles et humaines. Tel serait lesprit même de luvre, louvrage tendrait simplement à prouver la marche constante vers la vérité, une poussée fatale, un progrès sopérant à la fois dans les décors, les costumes, la déclamation, les pièces, et aboutissant à nos luttes actuelles. Je souris, lorsquon maccuse de me poser en révolutionnaire. Eh! je sais bien que la révolution a commencé du jour où le premier dialogue a été écrit, car cest une fatalité de notre nature, de ne pouvoir rester stationnaire, de marcher, même malgré nous, à un but qui se recule sans cesse. Les aimables fantaisistes ont un argument: dans les lettres, le progrès nexiste pas. Sans doute, si lon parle du génie. Lindividualité dun écrivain existe en dehors des formules littéraires de son temps. Peu importe la situation où il trouve les lettres à sa naissance; il sy taille une place, il laisse quand même une production puissante, qui a sa date; seulement, jajouterai que tous les génies ont été révolutionnaires, quils ont précisément grandi au-dessus des autres, parce quils ont élargi la formule de leur âge. Ainsi donc, il faut distinguer entre lindividualité des écrivains et le progrès des lettres. Jaccorde quen tous temps, avec les formules les plus fausses, au milieu des conventions les plus ridicules, le génie a laissé des monuments impérissables. Mais il faut quon maccorde ensuite que les époques se transforment, que la loi de ce mouvement paraît être un besoin constant de mieux voir et de mieux rendre. En somme, lindividualité est comme la graine qui tombe dans tel ou tel terrain; sans elle pas de plante, elle est la vie; mais le terrain a aussi son importance, car cest lui qui va déterminer, par sa nature, les façons dêtre de la plante. Je me suis toujours prononcé pour lindividualité. Elle est lunique force. Cependant, nous nirions pas loin dans nos études critiques, si nous voulions labstraire de lépoque où elle se produit. Nous sommes tout de suite forcés den arriver à létude du terrain. Cest cette étude du terrain qui mintéresse, parce quelle mapparaît pleine denseignements. Puis, nous nous trouvons ici dans un domaine qui devient de jour en jour scientifique. Si on laisse lindividualité de côté pour la reprendre et létudier chaque fois quelle se produira; si on se borne à examiner, par exemple, lhistoire des conventions au théâtre: on reste frappé de cette loi constante dont je viens de parler, de ce lent progrès vers toutes les vérités. Cela est indéniable. Je ne fais quindiquer à larges traits un plan général. Prenez les décors: cest dabord des toiles pendues à des cordes; cest ensuite les compartiments des Mystères, puis un même décor pour toutes les pièces, puis un décor fait en vue de chaque uvre, puis une recherche de plus en plus marquée de lexactitude des lieux, jusquaux copies si fidèles de notre temps. Prenez les costumes, et jy reviendrai longuement avec M. Julien: même gradation, la fantaisie et linsouciance comme point de départ, et une continuelle réforme aboutissant à nos scrupules historiques daujourdhui. Prenez la déclamation, lart du comédien: pendant deux siècles, on déclame sur un ton ampoulé, on lance les vers comme un chant déglise, sans la moindre recherche de la justesse et de la vie; puis, avec mademoiselle Clairon, avec Lekain, avec Talma, le progrès saccomplit très péniblement et au milieu des discussions. Ce quon parait ignorer, cest que, si lon jouait aujourdhui, à la Comédie-Française, une pièce de Corneille, de Molière ou de Racine, comme elle a été jouée à la création, on se tiendrait les côtes de rire, tant les décors, les costumes et le ton des acteurs sembleraient grotesques. Voilà qui est clair. Le progrès, ou si lon aime mieux lévolution, ne peut faire doute pour personne. Depuis le quinzième siècle, il sest produit ce que je nommerai un besoin dillusion plus grand. Les conventions, les erreurs de toutes sortes ont disparu, une à une, chaque fois quune dentre elles a fini par trop choquer le public. On doit ajouter quil a fallu des années et leffort des plus grands génies pour venir à bout des moindres contre sens. Cest là ce que je voudrais voir établi nettement par une Histoire de notre théâtre national. Tenez, une des questions les plus curieuses et qui montre bien limbécillité de la convention. Au quinzième siècle, tous les rôles de femme étaient tenus par de jeunes garçons. Ce fut seulement sous Henri IV quune actrice osa paraître sur les planches. Mais cette audace causa un scandale affreux; le public se fâchait, trouvait cela immoral. Et le plus étonnant, cest que le déguisement des jeunes garçons, ces jupes quils portaient, donnaient naissance à de honteuses débauches, à des amours monstrueux, qui semblaient ne choquer personne. On sait aujourdhui combien est pénible pour notre public, même dans la farce, lentrée dun comique vêtu dune robe; cest juste leffet contraire, nous voyons une indécence où nos pères trouvaient une nécessité morale, car pour eux une femme qui paraissait sur un théâtre prostituait son sexe. Dailleurs, pendant tout le dix-septième siècle, des hommes tinrent encore les rôles de vieilles femmes et de soubrettes. Ce fut Béjart qui créa madame Pernelle. Beauval parut dans madame Jourdain, madame de Sottenville, Philaminte. Essayez aujourdhui de rétablir une pareille distribution, et la tentative semblera ordurière. Ajoutez que beaucoup de rôles étaient joués sous le masque. Cela du coup tuait lexpression, tout un coin de lart du comédien. Pourvu que le vers fût lancé, le public était content. Il paraissait néprouver aucun besoin de réalité matérielle. Jai trouvé dans louvrage de M. Jullien une phrase qui ma frappé. «Oreste, César, Horace, dit-il, étaient burlesquement travestis en courtisans de la plus grande cour dEurope, et cette mode, qui nous paraîtrait aujourdhui si déplaisante, ne choquait en rien nos ancêtres, qui semblaient, à dire vrai, ne juger les uvres dramatiques que par les yeux de la pensée, en faisant abstraction complète de la représentation théâtrale.» Tout est là, méditez cette expression: «Les yeux de la pensée». En effet, la grande évolution naturaliste, qui part du quinzième siècle pour arriver au nôtre, porte tout entière sur la substitution lente de lhomme physiologique à lhomme métaphysique. Dans la tragédie, lhomme métaphysique, lhomme daprès le dogme et la logique, régnait absolument. Le corps ne comptant pas, lâme étant regardée comme lunique pièce intéressante de la machine humaine, tout drame se passait en lair, dans lesprit pur. Dès lors, à quoi bon le monde tangible? Pourquoi sinquiéter du lieu où se passait laction? Pourquoi sétonner dun costume baroque, dune déclamation fausse? Pourquoi remarquer que la reine Didon était un garçon que sa barbe naissante forçait à porter un masque? Tout cela nimportait pas, on ne descendait pas à ces misères, on écoutait la pièce comme une dissertation décole sur un cas donné. Cela se passait au-dessus de lhomme, dans le monde des idées, si loin de lhomme réel, que la réalité du spectacle aurait gêné. Tel est le point de départ, le point religieux dans les Mystères, le point philosophique plus tard dans la tragédie. Et cest dès le début aussi que lhomme naturel, étouffé sous la rhétorique et sous le dogme, se débat sourdement, veut se dégager, fait de longs efforts inutiles, puis finit par simposer membre à membre. Toute lhistoire de notre théâtre est dans ce triomphe de lhomme physiologique apparaissant davantage à chaque époque, sous le mannequin de lidéalisme religieux et philosophique. Corneille, Molière, Racine, Voltaire, Beaumarchais, et de nos jours, Victor Hugo, Emile Augier, Alexandre Dumas fils, Sardou lui-même, nont eu quune besogne, même lorsquils ne sen sont pas nettement rendu compte: augmenter la réalité de luvre dramatique, progresser dans la vérité, dégager de plus en plus lhomme naturel et limposer au public. Et, fatalement, lévolution ne sarrête pas avec eux, elle continue, elle continuera toujours. Lhumanité est très jeune. M. Jullien a parfaitement compris cette évolution, lorsquil a écrit ceci: «Il est à remarquer que, dans toute lhistoire du théâtre en France, non seulement la déclamation et le jeu des acteurs sont en rapport avec le costume théâtral et en ont suivi les modifications, mais que ce rapport existait aussi entre les costumes et les défauts des pièces. Rien nest isolé au théâtre; tout senchaîne et se tient: défauts et décadence, qualités et progrès.» Cest très juste. Je lai dit, lévolution se porte sur tout et cest justement là ce qui en montre le caractère scientifique. Aucun caprice; une marche logique, allant à un but déterminé. Les étapes elles-mêmes, plus ou moins retardées, sexpliquent par des causes fixes, la résistance du public et des murs, la venue de grands écrivains et de grands acteurs, les circonstances historiques, favorables ou défavorables. Si un esprit sincère, amoureux de létude, écrivait lHistoire que je demande, il nous ferait faire un bien grand pas dans cette question de la convention que jai prise pour champ de lutte. Je puiserais dans cette uvre des arguments décisifs, et je suis persuadé que toutes les intelligences nettes seraient bientôt de mon côté. Mais voilà, cette Histoire de notre théâtre nexiste pas, et ce nest pas moi qui lécrirai, car elle demanderait un loisir dont je ne puis disposer. Plus tard, on lécrira, cela est certain; lévolution qui se produit dans notre critique elle-même, la conduit à ces études densemble, à cette analyse des grands mouvements de lesprit. Aujourdhui, si nous manquons darguments, cest que tout le passé doit être remis en question, et être fouillé avec nos nouvelles méthodes. La besogne de déblaiement sera beaucoup plus facile pour nos petits-fils, parce quils auront des outils solides. Chaque jour, je me sens arrêté, faute de pouvoir procéder aux études nécessaires. Et ce qui me manque surtout, cest une Histoire générale de notre littérature, écrite sur les documents exacts et daprès la méthode scientifique. Dès lors, on doit comprendre quelle a été ma joie, en lisant lHistoire du costume au théâtre, qui ne traite a la vérité quun côté assez restreint de la question, mais qui suffit pour indiquer nettement lévolution naturaliste au théâtre, depuis le quinzième siècle jusquà nos jours. La tentative est excellente; maintenant on peut voir ce que donnerait une Histoire générale. II Du quinzième siècle au dix-septième, la confusion est absolue pour le costume au théâtre. Ce qui domine, cest un besoin de richesse croissant, sans aucun souci de bon sens ni dexactitude. Dans les ballets, dans les embryons des premiers opéras, on voit les déesses, les rois, les reines, vêtus détoffes dor et dargent, avec une fantaisie et une prodigalité dont nos féeries peuvent donner une idée. Les pièces historiques, dailleurs, sont traitées de la même façon; les Grecs, les Romains, ont des ajustements mythologiques du caprice le plus singulier. Pourtant, dès Mazarin, un mouvement se produit vers la vérité; le cardinal apportait de lItalie le goût de lantiquité; seulement, il faut ajouter que les costumes offraient toujours d étranges compromis. Enfin, arrive le costume romain, tel que le portaient les héros de Racine. Ce costume était copié sur celui des statues dempereurs romains que nous a laissées lantiquité. Mais Louis XIV, qui venait de ladopter pour ses carrousels, lavait défiguré dune étonnante manière. Écoutez M Jullien: «La cuirasse, tout en gardant la même forme, est devenue un corps de brocart; les knémides se sont changées en brodequins de soie brodée sadaptant sur des souliers à talons rouges, et les nuds de rubans remplacent les franges des épaules. Enfin, un tonnelet dentelé, rond et court, un petit glaive dont le baudrier passe sous la cuirasse; par-dessus tout cela la perruque et la cravate de satin: voilà ce qui composait lhabit à la romaine du dix-septième siècle. Le casque de carrousel, qui reste dans lopéra, est le plus souvent remplacé dans la tragédie par le chapeau de cour avec plumes.» Voilà dans quel attirail ont été créés tous les chefs-duvre de Racine. Dailleurs, les tragédies de Corneille étaient, elles aussi, mises à cette mode; on voyait Horace poignarder Camille en gants blancs. Et remarquez quil y avait là un progrès, car jusquà un certain point ce costume dapparat se basait sur la vérité. Racine fît bien quelques efforts pour se soustraire aux modes du temps; mais il ninsista guère. Molière fut plus énergique; on connaît lanecdote qui le montre entrant dans la loge de sa femme, le soir de la première représentation de Tartufe, et la faisant se déshabiller, en la trouvant vêtue dun costume magnifique pour jouer le rôle dune femme «qui est incommodée» dans la pièce. Les acteurs comiques, en effet, ne respectaient pas plus la vérité que les acteurs tragiques. La richesse dominait quand même. Une des causes de ce luxe, sans nécessité le plus souvent, venait de lhabitude où étaient les seigneurs de donner en cadeau aux comédiens, comme une marque de satisfaction, des habits superbes quils avaient portés. On comprend dès lors la bizarre confusion que devaient produire sur la scène ces costumes contemporains dun luxe outré, mêlés à des costumes défraîchis de toutes les coupes et de toutes les modes. En un mot, le pêle-mêle le plus barbare régnait, sans que le public parût choqué. On sen tenait à lhomme métaphysique, à une idée dabstraction et de rhétorique, comme je le disais plus haut. Tout le dix-septième siècle a donc été faux et majestueux. Pendant la première moitié du dix-huitième siècle, on voit se dérouler une période de transition. Nous ne pouvons au juste nous faire une idée des obstacles que rencontrait le triomphe de la vérité du costume. On devait lutter contre la tradition, contre les habitudes du public, le goût et linertie des comédiens, surtout la coquetterie des comédiennes. Il a fallu des années defforts, au milieu des railleries et des insultes, pour que le naturalisme simposât, dans cette question si simple et dailleurs secondaire de lexactitude historique. Ce fut pourtant des femmes que partit la réforme: mademoiselle de Maupin osa paraître à lOpéra, dans le rôle de Médée, les mains vides, sans la baguette traditionnelle, audace énorme qui révolutionna le public; dautre part, dans lAndrienne, madame Dancourt imagina une sorte de robe longue ouverte, qui convenait à son rôle dune femme relevant de couches. Mais un nouveau caprice faillit tout compromettre. Croyant arriver à plus de vérité, les actrices adoptèrent, pour toutes les pièces, des vêtements identiques à ceux des dames de la cour. Et, dès lors, commença le long compromis entre le moderne et lantique, qui a duré jusquà Talma. «Les actrices tragiques, dit M. Jullien, eurent de grands paniers, des robes de cour, des plumets et des diamants sur la tête; elles se surchargeaient de franges, dagréments, de rubans multicolores.» Et ce nétait pas seulement les grands rôles qui se paraient ainsi, les suivantes et les soubrettes, jusquaux paysannes, se montraient vêtues de velours et de soie, les bras et les épaules chargés de pierreries. Elles agissaient ainsi autant par convenance que par coquetterie, car elles auraient cru manquer au public en paraissant habillées simplement dans le costume de leurs rôles. Dailleurs, cette idée ne venait à personne, excepté à des esprits très nets qui devançaient leur époque, qui réclamaient une réforme des costumes, de la diction, du théâtre tout entier, et quon injuriait en se moquant deux. Voilà qui doit nous donner du courage, à nous autres dont les idées naturalistes paraissent aujourdhui si drôles et si odieuses à la fois. Je résume ici à grands traits, je néglige les transitions. Mademoiselle Sallé, une danseuse célèbre de lOpéra, se permit la première de paraître, dans Pygmalion, sans panier, sans jupe, sans corps, échevelée, et sans aucun ornement sur la tête. Elle avait rencontré en France de tels obstacles, de telles mauvaises volontés, quelle sétait vue forcée daller créer le rôle à Londres. Plus tard, elle eut un grand succès à Paris. Mais jarrive à mademoiselle Clairon, qui a tant fait pour la réforme du costume et de la diction. Elle étudiait lantiquité, elle cherchait lesprit de ses rôles dans les monuments historiques. Pourtant, elle résista longtemps aux conseils de Marmontel, qui la suppliait de quitter la déclamation chantante, comme elle avait quitté les oripeaux du grand siècle. Un jour, elle voulut tenter la partie. Il faut laisser ici la parole à Marmontel, qui a parlé de cette représentation: «Lévénement passa son attente et la mienne. Ce ne fut plus lactrice, ce fut Roxane elle-même que lon crut voir et entendre. On se demandait: Où sommes-nous? On navait rien entendu de pareil.» Quel beau cri détonnement et quelle surprise dans ce triomphe brusque de la vérité! Mademoiselle Clairon ne devait pas sen tenir là. Elle joua lElectre, de Crébillon, huit jours plus tard. Marmontel, qui a défendu la vérité au théâtre avec passion, écrit encore ceci: «Au lieu du panier ridicule et de lample robe de deuil quon lui avait vus dans ce rôle, elle y parut en simple habit desclave, échevelée et les bras chargés de longues chaînes. Elle y fut admirable, et, quelque temps après, elle fut plus sublime encore dans lElectre, de Voltaire. Ce rôle, que Voltaire lui avait fait déclamer avec une lamentation continuelle et monotone, parlé plus naturellement, acquit une beauté inconnue à lui-même.» Mademoiselle Clairon poussa si loin ce quon appellerait aujourdhui la passion du naturalisme, quun jour, au cinquième acte de Didon, elle crut pouvoir paraître en chemise, absolument en chemise, «afin de marquer, dit M. Jullien, quel désordre portait dans ses sens le songe qui lavait chassée de son lit.» Il est vrai quelle ne recommença pas. Nous autres, gens de peu de morale comme on sait, nous nen sommes pourtant pas encore à réclamer la chemise. Je suis obligé de me hâter, je passe à Lekain qui fut également un des grands réformateurs du théâtre. «Dabord fougueux et sans règle, dit M. Jullien, mais plein dune chaleur communicative, il plut à la jeunesse et déplut aux amateurs de lancienne psalmodie qui lappelaient le taureau, parce quils ne retrouvaient plus chez lui cette diction chantante et martelée, cette déclamation redondante qui les berçait si doucement dhabitude.» Il soccupa beaucoup aussi du costume, il parut dabord dans Oreste avec un vêtement dessiné par lui qui étonna, mais qui fut accepté. Plus tard, il senhardit jusquà jouer Ninias, les manches retroussées, les bras teints de sang, les yeux hagards. On était bien loin de la tragédie pompeuse de Louis XIV. Pourtant, il ne faut pas croire que le costume de cour eût complètement disparu. Malgré ses audaces, Lekain laissa beaucoup à faire à Talma. Je passe rapidement sur madame Favart, qui la première joua des paysannes avec des sabots à lOpéra-Comique, sur la Saint-Huberty, une artiste lyrique de génie, qui porta le premier costume de Didon vraiment historique, une tunique de lin, des brodequins lacés sur le pied nu, une couronne entourée dun voile retombant par derrière, un manteau de pourpre, une robe attachée par une ceinture au-dessous de la gorge. Je passe également sur Clairval, Dugazon et Larive, qui continuèrent plus ou moins les réformes de mademoiselle Clairon et de Lekain. A ce moment, un grand pas était fait; mais, si le mouvement de réforme saccentuait, on était encore loin de la vérité. Les coupes des vêtements étaient changées, mais les étoffes trop riches demeuraient. Talma allait enfin porter le dernier coup à la convention. Ce comédien de génie fut passionné pour son art. Il fouilla lantiquité, il réunit une collection de costumes et darmes, il se fit dessiner des costumes par David, ne négligeant aucune source, voulant la vérité exacte pour arriver au caractère. Ici, je me permettrai une longue citation qui résumera les réformes opérées par Talma. «Il parut dans le rôle du tribun Proculus, de Brutus, vêtu dun costume fidèlement calqué sur les habits romains. Le rôle navait pas quinze vers; mais cette heureuse innovation qui, dabord, étonna et laissa quelques minutes le public en suspens, finit par être applaudie... Au foyer, un de ses camarades lui demanda «sil avait mis des draps mouillés sur ses épaules?» tandis que la charmante Louise Contat, lui adressant sans le vouloir léloge le plus flatteur, sécriait: «Voyez donc Talma, quil est laid! Il a lair dune statue antique.» Pour toute réponse, le tragédien déroula aux yeux des persifleurs le modèle même que David lui avait dessiné pour son costume. A son entrée en scène, madame Vestris le regarda des pieds à la tête, et tandis que Brutus lui adressait son couplet, elle échangeait à voix basse avec Talma-Proculus ce rapide dialogue: «Mais vous avez les bras nus, Talma!Je les ai comme les avaient les Romains.Mais, Talma, vous navez pas de culotte.Les Romains nen portaient pas.Cochon!...» et, prenant la main que lui offrait Brutus, elle sortit de scène en étouffant de colère.» Voilà le cri réactionnaire en art: Cochon! Nous sommes tous des cochons, nous autres qui voulons la vérité. Je suis personnellement un cochon, parce que je me bats contre la convention au théâtre. Songez donc, Talma montrait ses jambes. Cochon! Et moi, je demande quon montre lhomme tout entier. Cochon! cochon! Je marrête. Louvrage de M. Jullien prouve, avec un luxe dévidence, la continuelle évolution naturaliste au théâtre. Cela simpose comme une vérité mathématique. Inutile de discuter, de dire que ce mouvement qui nous emporte à la vérité en tout, est bon ou mauvais; il est, cela suffit; nous lui obéissons de gré ou de force. Seulement, le génie va en avant, et cest lui qui fait la besogne, pendant que la médiocrité hurle et proteste. Je sais bien que les médiocres daujourdhui voudraient nous arrêter, sous le prétexte quil ny a plus de réformes à faire, que nous sommes arrivés en littérature à la plus grande somme de vérité possible. Eh! de tous temps, les médiocres ont dit cela! Est-ce quon arrête lhumanité, est-ce quon fixe jamais sa marche en avant? Certes, non, toutes les réformes ne sont pas accomplies. Pour nous en tenir au costume, que derreurs aujourdhui encore, de luxe inutile, de coquetterie déplacée, de vêtements de fantaisie! Dailleurs, comme le dit très bien M. Jullien, tout se tient au théâtre. Quand les pièces seront plus humaines, quand la fameuse langue de théâtre disparaîtra sous le ridicule, quand les rôles vivront davantage notre vie, ils entraîneront la nécessité de costumes plus exacts et dune diction plus naturelle. Cest là où nous allons, scientifiquement. III Maintenant je parlerai de lépoque actuelle, je répondrai aux critiques qui sétonnent de notre guerre aux conventions. Pour eux, on a poussé la vérité aussi loin que possible sur la scène; en un mot, tout serait fait, nos devanciers ne nous auraient rien laissé à faire. Jai déjà prouvé, selon moi, que le mouvement naturaliste qui nous emporte depuis les premiers jours de notre théâtre national, ne saurait sarrêter une minute, quil est nécessaire et continu, dans lessence même de notre nature. Mais cela ne suffit pas, il faut toujours en arriver aux faits, lorsquon veut être clair et décisif. Jaccorde volontiers que nous avons obtenu une grande exactitude dans le costume historique. Aujourdhui, lorsquon monte une pièce de quelque importance se passant en France ou à létranger, dans des époques plus ou moins lointaines, on copie les costumes sur les documents du temps, on se pique de ne rien négliger pour arriver à une authenticité absolue. Je ne parle pas des petites tricheries, des négligences dissimulées sous une exagération de zèle. Il y a aussi la question de la coquetterie des femmes; les comédiennes reculent souvent encore devant des ajustements étranges et incommodes qui les enlaidiraient; alors, elles sen tirent par un brin de fantaisie, elles changent la coupe, ajoutent des bijoux, inventent une coiffure. Malgré cela, lensemble reste satisfaisant; il y a eu là, au théâtre, un mouvement fatal déterminé par les études historiques des cinquante dernières années. Devant les gravures, les textes de toutes sortes exhumés par les chercheurs, devant cette connaissance de plus en plus élargie et familière des âges morts, il devenait naturel que le public exigeât une résurrection exacte des époques mises en scène. Ce nest donc pas un caprice, une affaire de mode, mais une marche logique des esprits. Donc, si la tradition maintient encore des anachronismes baroques, des fantaisies inexplicables dans les pièces jouées il y a une trentaine dannées, il est rare quaujourdhui, eu montant une pièce historique, on ne se préoccupe pas de lexactitude des costumes. Le mouvement saccentuera encore, et la vérité sera complète, lorsquon aura décidé les femmes à ne pas profiter dune pièce historique pour porter des toilettes éblouissantes, au coin de leur feu et même en voyage; car, outre lexactitude du costume, il y a la convenance du costume, ce qui mamène à la question du vêtement dans nos pièces modernes. Ici, rien de plus simple pour les hommes. Ils shabillent comme vous et moi. Quelques-uns, je parle des comiques, chargent trop lexcentricité, ce qui leur fait perdre le caractère. Il faut voir le succès dun costume exact, pour comprendre ce quil ajoute de vie au personnage. Mais la grosse question est encore la question des femmes. Dans les pièces où les rôles exigent une grande simplicité de mise, il est à peu près impossible dobtenir cette simplicité; car on se heurte à une obstination de coquetterie dautant plus vive, que les femmes nont point ici pour tricher le pittoresque du costume historique ou étranger. Vous amènerez encore une comédienne à draper ses épaules des haillons dune mendiante, mais vous ne la déciderez jamais à se mettre en petite ouvrière, si elle a perdu le premier éclat de sa beauté, si elle sait que les robes pauvres lenlaidissent. Pour elle, cest parfois une question de vie, car a côté de lactrice, il y a la femme, qui souvent a besoin dêtre belle. Voilà la raison qui fausse presque continuellement le costume, dans nos pièces contemporaines: une peur de la simplicité, un refus daccepter la condition des personnages, lorsque ces personnages glissent à lodieux ou au ridicule de la mise. Puis, il y a encore cette rage de belles toilettes qui sest déclarée dans le goût même du public. Par exemple, au Vaudeville et au Gymnase, les dernières années de lempire ont amené des exhibitions de grands couturiers qui durent encore. Une pièce ne peut se passer dans un monde riche, sans quaussitôt il y ait un assaut de luxe entre les actrices. A la rigueur, ces toilettes sont justifiées; mais le mauvais, cest limportance quelles prennent. Le branle étant donné, le public se passionnant plus pour les robes que pour le dialogue, ou en est venu à fabriquer les pièces dans le but dun grand étalage de modes nouvelles; on a voulu mettre dans un succès cette chance, en choisissant de préférence un milieu daction où le luxe fût autorisé. Le lendemain dune première représentation, la presse soccupe autant des toilettes que de la pièce; tout Paris en cause, une bonne partie des spectateurs et surtout des spectatrices vient au théâtre pour voir la robe bleue de celle-ci ou le nouveau chapeau de celle-là. On dira que le mal nest pas grand. Mais, pardon, le mal est très grand! Sous une hypocrisie de réalité, il y a là un succès cherché en dehors des uvres elles-mêmes. Ces toilettes éclatantes ne sont pas vraies, dailleurs, dans leur uniformité superbe. On ne shabille pas ainsi à toute heure du jour, on ne joue pas continuellement la gravure de mode. Puis, ce goût excessif des toilettes riches a ceci de désastreux quil pousse les auteurs dans la peinture dun monde factice, dune distinction convenue. Comment oser risquer une pièce se passant dans la bourgeoisie médiocre, ou dans le petit commerce, ou dans le peuple, lorsquil faut absolument au public des robes de cinq ou six mille francs! Alors, on force la note, on habille des bourgeoises de province comme des duchesses, ou lon introduit une cocotte, pour quil y ait au moins un pétard de soie et de velours. Trois actes ou cinq actes en robes de laine paraîtraient une démence; demandez à un fabricant habile sil risquerait cinq actes sans la grande toilette de rigueur. Eh bien, la vérité au théâtre souffre encore de tout cela. On hésite devant une question de costumes trop pauvres, comme on hésite devant une audace de scène. Pas une pièce de MM. Augier, Dumas et Sardou, na osé se passer des grandes toilettes, pas une ne descend jusquaux petites gens qui portent des étoffes à dix-huit sous le mètre; de sorte que tout un côté social, la grande majorité des êtres humains se trouve à peu près exclue du théâtre. Jusquà présent, on nest pas allé au delà de la bourgeoisie aisée. Si lon a mis des misérables au théâtre, des ouvriers et des employés à douze cents francs, cest dans des mélodrames radicalement faux, peuplés de ducs et de marquis, sans aucune littérature, sans aucune analyse sérieuse. Et soyez certain que la question du costume est pour beaucoup dans cette exclusion. Nos vêtements modernes, il est vrai, sont un pauvre spectacle. Dès quon sort de la tragédie bourgeoise, resserrée entre quatre murs, dès quon veut utiliser la largeur des grandes scènes et y développer des foules, on se trouve fort embarrassé, gêné par la monotonie et le deuil uniforme de la figuration. Je crois que, dans ce cas, on devrait utiliser la variété que peut offrir le mélange des classes et des métiers. Ainsi, pour me faire entendre, jimagine quun auteur place un acte dans le carré des Halles centrales, à Paris. Le décor serait superbe, dune vie grouillante et dune plantation hardie. Eh bien! dans ce décor immense, on pourrait parfaitement arriver à un ensemble très pittoresque, en montrant les forts de la Halle coiffés de leurs grands chapeaux, les marchandes avec leurs tabliers blancs et leurs foulards aux tons vifs, les acheteuses vêtues de soie, de laine et dindienne, depuis les dames accompagnées de leurs bonnes, jusquaux mendiantes qui rôdent pour ramasser des épluchures. Dailleurs, il suffit daller aux Halles et de regarder. Rien nest plus bariolé ni plus intéressant. Tout Paris voudrait voir ce décor, sil était réalisé avec le degré dexactitude et de largeur nécessaire. Et que dautres décors à prendre, pour des drames populaires! Lintérieur dune usine, lintérieur dune mine, la foire aux pains dépices, une gare, un quai aux fleurs, un champ de courses, etc., etc. Tous les cadres de la vie moderne peuvent y passer. On dira que ces décors ont déjà été tentés. Sans doute, dans les féeries on a vu des usines et des gares de chemin de fer; mais cétaient là des gares et des usines de féerie, je veux dire des décors bâclés de façon à produire une illusion plus ou moins complète. Ce quil faudrait, ce serait une reproduction minutieuse. Et lon aurait fatalement des costumes, fournis par les différents métiers, non pas des costumes riches, mais des costumes qui suffiraient à la vérité et à lintérêt des tableaux. Puisque tout le monde se lamente sur la mort du drame, nos auteurs dramatiques devraient bien tenter ce genre du drame populaire et contemporain. Ils pourraient y satisfaire à la fois les besoins de spectacle quéprouve le public et les nécessités détudes exactes qui simposent chaque jour davantage. Seulement, il est à souhaiter que les dramaturges nous montrent le vrai peuple et non ces ouvriers pleurnicheurs, qui jouent de si étranges rôles, dans les mélodrames du boulevard. Dailleurs, je ne me lasserai pas de le répéter après M. Adolphe Jullien, tout se tient au théâtre. La vérité des costumes ne va pas sans la vérité des décors, de la diction, des pièces elles-mêmes. Tout marche du même pas dans la voie naturaliste. Lorsque le costume devient plus exact, cest que les décors le sont aussi, cest que les acteurs se dégagent de la déclamation ampoulée, cest enfin que les pièces étudient de plus près la réalité et mettent à la scène des personnages plus vrais. Aussi, pourrais-je faire, au sujet des décors, les mêmes réflexions que je viens de faire à propos du costume. Là aussi, nous semblons arrivés à la plus grande somme de vérité possible, lorsque de grands pas sont encore à faire. Il sagirait surtout daugmenter lillusion, en reconstituant les milieux, moins dans leur pittoresque que dans leur utilité dramatique. Le milieu doit déterminer le personnage. Lorsquun décor sera étudié à ce point de vue quil donnera limpression vive dune description de Balzac, lorsque, au lever de la toile, on aura une première donnée sur les personnages, sur leur caractère et leurs habitudes, rien quà voir le lieu où ils se meuvent, on comprendra de quelle importance peut être une décoration exacte. Cest là que nous allons, évidemment; les milieux, ces milieux dont létude a transformé les sciences et les lettres, doivent fatalement prendre au théâtre une place considérable; et je retrouve ici la question de lhomme métaphysique, de lhomme abstrait qui se contentait de trois murs dans la tragédie, tandis que lhomme physiologique de nos uvres modernes demande de plus en plus impérieusement à être déterminé par le décor, par le milieu, dont il est le produit. On voit donc que la voie du progrès est longue encore, aussi bien pour la décoration que pour le costume. Nous sommes dans la vérité, mais nous balbutions à peine. Un autre point très grave est la diction. Certes, nous nen sommes plus à la mélopée, au plain-chant du dix-septième siècle. Mais nous avons encore une voix de théâtre, une récitation fausse très sensible et très fâcheuse. Tout le mal vient de ce que la plupart des critiques érigent les traditions en un code immuable; ils ont trouvé le théâtre dans un certain état, et au lieu de regarder lavenir, de juger par les progrès accomplis les progrès qui saccomplissent et qui saccompliront, ils défendent avec entêtement ce qui reste des conventions anciennes, en jurant que ce reste est dune nécessité absolue. Demandez-leur pourquoi, faites-leur remarquer le chemin parcouru, ils ne donneront aucune raison logique, ils répondront par des affirmations basées justement sur létat de choses qui est en train de disparaître. Pour la diction, le mal vient donc de ce que ces critiques admettent une langue de théâtre. Leur théorie est quon ne doit pas parler sur les planches comme dans lexistence quotidienne; et, pour appuyer cette façon de voir, ils prennent des exemples dans la tradition, dans ce qui se passait hier et dans ce qui se passe aujourdhui encore, sans tenir compte du mouvement naturaliste dont louvrage de M. Jullien nous permet de constater les étapes. Comprenez donc quil ny a pas absolument de langue de théâtre; il y a eu une rhétorique qui sest affaiblie de plus en plus et qui est en train de disparaître, voilà les faits. Si vous comparez un instant la déclamation des comédiens sous Louis XIV à celle de Lekain, et si vous comparez la déclamation de Lekain à celle des artistes de nos jours, vous établirez nettement les phases de la mélopée tragique aboutissant à notre recherche du ton juste et naturel, du cri vrai. Dès lors, la langue de théâtre, cette langue plus sonore, disparaît. Nous allons à la simplicité, au mot exact, dit sans emphase, tout naturellement. Et que dexemples, si je ne devais me borner! Voyez la puissance de Geoffroy sur le public, tout son talent est dans sa nature; il prend le public parce quil parle à la scène comme il parle chez lui. Quand la phrase sort de lordinaire, il ne peut plus la prononcer, lauteur doit en chercher une autre. Voilà la condamnation radicale de la prétendue langue de théâtre. Dailleurs, suivez la diction dun acteur de talent, et étudiez le public: les applaudissements partent, la salle senthousiasme, lorsquun accent de vérité a donné aux mots prononcés la valeur exacte quils doivent avoir. Tous les grands triomphes de la scène sont des victoires sur la convention. Hélas! oui, il y a une langue de théâtre: ce sont ces clichés, ces platitudes vibrantes, ces mots creux qui roulent comme des tonneaux vides, toute cette insupportable rhétorique de nos vaudevilles et de nos drames, qui commence à faire sourire. Il serait bien intéressant détudier la question du style chez les auteurs de talent comme MM. Augier, Dumas et Sardou; jaurais beaucoup à critiquer, surtout chez les deux derniers, qui ont une langue de convention, une langue à eux quils mettent dans la bouche de tous leurs personnages, hommes, femmes, enfants, vieillards, tous les sexes et tous les âges. Cela me paraît fâcheux, car chaque caractère a sa langue, et si lon veut créer des êtres vivants, il faut les donner au public, non seulement avec leurs costumes exacts et dans les milieux qui les déterminent, mais encore avec leurs façons personnelles de penser et de sexprimer. Je répète que cest là le but évident où va notre théâtre. Il ny a pas de langue de théâtre réglée par un code comme coupe de phrases et comme sonorité; il y a simplement un dialogue de plus en plus exact, qui suit ou plutôt qui amène les progrès des décors et des costumes dans la voie naturaliste. Quand les pièces seront plus vraies, la diction des acteurs gagnera forcément en simplicité et en naturel. Pour conclure, je répéterai que la bataille aux conventions est loin dêtre terminée et quelle durera sans doute toujours. Aujourdhui, nous commençons à voir clairement où nous allons, mais nous pataugeons encore en plein dégel de la rhétorique et de la métaphysique |