Un esprit qui marche de lueur en lueur
et qui s'arrête éperdu - au bord de l'infini

Victor Hugo

1802 - 1885

Les Contemplations

Livre 2 - L'Âme en fleur

XIX- N'envions rien

XIX- N'envions rien

O femme, pensée aimante
Et coeur souffrant,
Vous trouvez la fleur charmante
Et l'oiseau grand;

Vous enviez la pelouse
Aux fleurs de miel;
Vous voulez que je jalouse
L'oiseau du ciel.

Vous dites, beauté superbe
Au front terni,
Regardant tour à tour l'herbe
Et l'infini:

«Leur existence est la bonne;
Là, tout est beau;
Là, sur la fleur qui rayonne,
Plane l'oiseau!

«Près de vous, aile bénie,
Lys enchanté,
Qu'est-ce, hélas! que le génie
Et la beauté?

Fleur pure, alouette agile,
A vous le prix!
Toi, tu dépasses Virgile;
Toi, Lycoris!

Quel vol profond dans l'air sombre!
Quels doux parfums!--»
Et des pleurs brillent sous l'ombre
De vos cils bruns.

Oui, contemplez l'hirondelle,
Les liserons;
Mais ne vous plaignez pas, belle,
Car nous mourrons!

Car nous irons dans la sphère
De l'éther pur;
La femme y sera lumière,
Et l'homme azur;

Et les roses sont moins belles
Que les houris;
Et les oiseaux ont moins d'ailes
Que les esprits!

Août 18...