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57 - Tale
par
Charles Van Lerberghe
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C'est la nuit de Noël et l'Enfant royal
s'est levé. Sa mère dort, ses frères et ses soeurs
dorment. Il erre seul, pieds nus, à tâtons, par les longs
corridors sombres. Une porte s'ouvre, et voici qu'il aperçoit dans
les ténèbres, endormie sur la table d'un céleste
festin, Samya attendant le jour et ses convives, Samya aux cheveux d'or
couronnée de fleurs closes.
Soudain les cloches sonnent, l'enfant s'éveille,
elle s'éveille lentement et regarde, elle se lève et sourit.
Et tous deux se contemplent ainsi jusqu'à
ce que les cloches ne sonnent plus, jusqu'à ce que les premiers
rayons du soleil aient dissipé la nuit divine.
Et l'Enfant royal s'en va. Il a fermé
ses yeux à jamais. Il s'en va dans cette nuit nouvelle, pieds nus,
à tâtons, par les longs corridors sombres - et se recouche.
Et voici que sont venus dans sa chambre ses
frères et ses soeurs en habits de fête.
- Lève-toi, disent-ils, ô notre
frère, déjà c'est grand matin, le soleil de Noël
nous éclaire. Allons chercher les belles choses que cette nuit
nous a données.
Et l'Enfant royal répondit :
- Ses petites mains ont touché mes lèvres
ardentes, elle a versé dans mes yeux d'intérieures clartés.
Quoiqu'elle ne m'ait pas parlé je me souviens de ses paroles. J'ai
respiré les pâles roses de son souffle, bien avant vous.
« Elle est morte. Ce n'était qu'une
enfant trouble, une vierge illusoire, une fleur précoce de la lumière
stérile - mais elle m'a regardé du fond de ses yeux natifs
; elle a réalisé mon bonheur loin de Dieu. Maintenant elle
est morte. Elle m'attend sous mes paupières dans un beau jardin
de ténèbres et de fleurs. C'est là que je vais la
revoir avec son doux visage de silence.
« C'est pourquoi, mes frères et
mes soeurs, laissez-moi. Il n'est plus de Noël. Tandis que vous dormiez,
j'ai veillé. Laissez-moi me rendormir. Ne me réveillez plus
de cette belle nuit. Je veux rentrer dans ses ténèbres,
je veux rêver ».
Et ses frères et ses soeurs l'ayant contemplé
longuement s'enfuirent soudain sur la pointe des pieds - et tous eurent
peur de ce sommeil étrange
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