Histoire
de Juliette
ou les Prospérités
du vice
SIXIÈME PARTIE
Peu de jours après notre retour, le roi nous fit proposer de
venir voir, à un des balcons de son palais, l'une des fêtes
les plus singulières de son royaume. Il s'agissait d'une cocagne.
J'avais souvent entendu parler de cette extravagance ; mais ce que
je vis était bien différent de l'idée que je
m'étais faite.
Charlotte et Ferdinand nous attendaient dans un boudoir dont la croisée
donnait sur la place où devait avoir lieu la cocagne. Le duc
de Gravines, homme de cinquante ans, très libertin, et La Riccia
furent les seuls admis avec nous.
- Si vous ne connaissez pas ce spectacle, nous dit le roi, dès
que le chocolat fut pris, vous allez le trouver bien barbare.
- C'est ainsi que nous les aimons, sire, répondis-je ; et j'avoue
qu'il y a longtemps que je voudrais en France, ou de semblables jeux,
ou des gladiateurs : on n'entretient l'énergie d'une nation
que par des spectacles de sang ; celle qui ne les adopte pas s'amollit.
Quand un empereur imbécile, en faisant monter le sot christianisme
sur le trône des Césars, eut fait fermer le cirque à
Rome, qui devinrent les maîtres du monde ?... Des abbés,
des moines ou des ducs.
- Je suis parfaitement de votre avis, dit Ferdinand. Je voudrais renouveler
ici les combats d'hommes contre des animaux, et même ceux d'homme
à homme ; j'y travaille ; Gravines et La Riccia m'aident tous
deux, et j'espère que nous réussirons.
- La vie de tous ces gueux-là, dit Charlotte, doit-elle être
comptée pour quelque chose, quand il s'agit de non plaisirs
? Si nous avons le droit de les faire égorger pour nos intérêts,
nous devons également l'avoir pour nos voluptés.
- Allons, belles dames, nous dit Ferdinand, donnez vos ordres. En
raison du plus ou moins de rigueur, du plus ou moins de police que
je mets à la célébration de ces orgies, je puis
faire tuer six cents hommes de plus ou de moins : prescrivez-moi donc
ce que vous désirez à cet égard.
- Le pis, le pis ! répondit Clairwil ; plus vous ferez égorger
de ces coquins, et plus vous nous amuserez.
- Allons, dit le roi, en donnant bas un ordre à l'un de ses
officiers.
Puis, un coup de canon s'étant aussitôt fait entendre,
nous nous avançâmes sur le balcon. Il y avait un peuple
excessivement nombreux sur la place ; alors nous découvrîmes
toute la perspective.
Sur un grand échafaud que l'on orne d'une décoration
rustique, se pose une prodigieuse quantité de vivres, disposés
de manière à composer eux-mêmes une partie de
la décoration. Là, sont inhumainement crucifiée
des oies, des poules, des dindons, qui, suspendus tout en vie, et
seulement attachée par un clou, amusent le peuple par leurs
mouvements convulsifs ; des pains, de la merluche, des quartiers de
bufs ; des moutons, paissant dans une partie de la décoration
qui représente un champ gardé par des hommes de carton,
bien vêtus ; des pièces de toile disposées de
manière à former les flots de la mer sur laquelle s'aperçoit
un vaisseau chargé de vivres ou de meubles à l'usage
du peuple : telle est, disposée avec beaucoup d'art et de goût,
l'amorce préparée à cette nation sauvage, pour
perpétuer sa voracité et son excessif amour pour le
vol. Car, après avoir vu ce spectacle, il serait difficile
de ne pas convenir qu'il est bien plutôt une école de
pillage qu'une véritable fête.
A peine avions-nous eu le temps de considérer le théâtre,
qu'un second coup de canon se fit entendre. A ce signal, la chaîne
de troupes qui contenait le peuple s'ouvrit avec rapidité.
Le peuple s'élance, et, dans un clin d'il, tout est enlevé,
arraché, pillé, avec une vitesse... une frénésie,
qu'il est impossible de se représenter. Cette effrayante scène,
qui me donna l'idée d'une meute de chiens à la curée,
finit toujours plus ou moins tragiquement, parce qu'on se dispute,
on veut avoir, et empêcher son voisin à prendre, et qu'à
Naples, ce n'est jamais qu'à coups de couteau que de pareilles
discussions se terminent. Mais cette fois, d'après nos désirs,
par les soins cruels de Ferdinand, quand le théâtre fut
chargé, quand on crut qu'il pouvait bien y avoir sept ou huit
cents personnes dessus, tout à coup il s'enfonce, et plus de
quatre cents personnes sont écrasées.
- Ah ! foutre ! s'écria Clairwil en tombant pâmée
sur un sofa, ah ! mes amis, vous ne m'aviez pas prévenue :
je meurs (et la putain appelant La Riccia), fous-moi, mon ami, fous-moi
! lui dit-elle ; je décharge ; de mes jours, je n'ai rien vu
qui m'ait fait autant de plaisir.
Nous rentrâmes ; les fenêtres et les portes se fermèrent,
et la plus délicieuse de toutes les scènes de lubricité
s'exécuta pour ainsi dire sur les cendres des malheureux sacrifiés
par cette scélératesse.
Quatre jeunes filles de quinze ou seize ans, belles comme le jour,
et revêtues de crêpes noirs sous lesquels elles étaient
nues, nous attendaient debout, en silence. Quatre autres femmes, enceintes,
de vingt à trente ans, entièrement nues, paraissaient,
dans le même silence et dans la même douleur, attendre
nos ordres vers une autre partie de la chambre. Couchée sur
un canapé au fond de la pièce, quatre superbes jeunes
hommes, de dix-huit à vingt ans, nous menaçaient la
vit à la main, et ces vits, mes amis, ces vits étaient
des monstres : douze pouces de circonférence sur dix-huit de
long. De la vie rien de pareil ne s'était offert à nos
yeux : nous déchargeâmes toutes les quatre rien qu'en
les apercevant.
- Ces quatre femmes et ces quatre jeunes personnes, nous dit Ferdinand,
sont les filles et les veuves de quelques-uns des infortunés
qui viennent de périr sous vos yeux. Ce sont ceux que j'ai
le plus exposés, et de la mort desquels je suis certain. J'ai
fait venir de bonne heure ces huit femmes ici, et, enfermées
dans une chambre sûre, j'ai voulu qu'elles vissent, par une
fenêtre, le sort de leurs pères et de leurs époux.
Je vous les livre maintenant, pour achever de vous divertir, et vous
transmets tous mes droits sur elles. Là, poursuivit le monarque,
en ouvrant une porte qui donnait sur un petit jardin, là, est
un trou destiné à les recevoir, quand elles auront mérité,
par d'horribles souffrances, d'arriver à ce moment de calme...
Vous voyez leurs tombeaux. Approchez, femmes, il faut que vous le
voyiez aussi... Et le barbare les fit descendre dedans, il les y fit
étendre, puis, content des proportions, il ramena mes yeux
sur les quatre jeunes gens.
- Assurément, mesdames, nous dit-il, je suis bien certain que
jamais vous n'avez rien vu de pareil.
Et il empoignait ces vits plus durs que des barres de fer, il nous
les faisait prendre, soulever, baiser, branloter.
- La vigueur de ces hommes, poursuivit le roi, égale au moins
la supériorité de leur membre ; il n'en est pas un d'eux
qui ne vous réponde de quinze ou seize décharges, et
pas un qui ne perde dix ou douze onces de sperme à chaque éjaculation
: c'est l'élite de mon royaume. Ils sont Calabrais tous les
quatre, et il n'y a point de provinces en Europe qui fournissent des
membres de cette taille. Jouissons maintenant, et que rien ne nous
gêne. Quatre boudoirs tiennent à celui-ci ; ils sont
ouverts ; ils sont garnis de tout ce qui sert au service de la luxure
: allons, foutons, faisons-nous foutre, vexons, tourmentons, supplicions,
et que nos têtes, embrasées par le spectacle qui vient
de nous être présenté, raffinent à la fois
les cruautés et les luxures...
- Oh ! foutre, mon ami, dis-je à Ferdinand, comme tu entends
l'art d'amuser des imaginations comme les nôtres !
Robes, jupons, culottes, tout fut bientôt mis à bas,
et, avant que de procéder à des scènes générales,
il parut que l'intention de chacun était de s'isoler un moment,
dans des cabinets séparés. La Riccia prit avec lui l'une
des jeunes filles, une femme grosse et un fouteur ; Gravines s'enferma
avec Olympe et une femme grosse ; et Ferdinand prit Clairwil, un fouteur,
une femme grosse et deux petites filles ; Charlotte me choisit, et
voulut, avec nos deux fouteurs, une des petites filles et une femme
grosse.
- Juliette, me dit la reine de Naples, dès que nous fûmes
dans notre boudoir, je ne puis plus dissimuler les sentiments que
tu as fait naître dans mon cur : je t'adore. Je suis trop
putain pour te promettre de la fidélité ; mais tu sais
que ce sentiment romanesque est inutile entre nous : ce n'est point
un cur que je t'offre, c'est un con... un con qui s'inonde de
foutre chaque fois que ta main y touche. Je te suppose mon esprit,
ma façon de penser, et te préfère incontestablement
à tes surs. Ton Olympe est une bégueule ; son
tempérament l'emporte quelquefois, mais elle est timide et
poltronne : il ne faudrait qu'un coup de tonnerre pour convertir une
telle femme. La Clairwil est une superbe créature, infiniment
d'esprit, sans doute, mais nous différons de goût : elle
n'aime à exercer ses cruautés que sur les hommes, et
quoique je sacrifie volontiers ce sexe, le sang du mien, pourtant,
me fait plus de plaisir à répandre ; elle a d'ailleurs
un air de supériorité prononcé sur nous toutes,
qui humilie prodigieusement mon orgueil. Avec autant de moyens, et
peut-être même beaucoup plus qu'elle, Juliette, tu n'affectes
pas autant de vanité ; cela console ; je te crois plus de douceur
dans le caractère, autant de coquinerie dans l'esprit, mais
plus de solidité avec tes amies ; je te préfère,
enfin, et ce diamant de cinquante mille écus, que je te supplie
d'accepter, suffira peut-être à t'en convaincre.
- Charlotte, dis-je en refusant le bijou, l'on peut avec toi convenir
de ses vices ; je suis sensible à tes sentiments, et je t'en
jure de semblables ; mais je l'avoue, ma chère, je ne fais,
par caprice, nul cas de ce qu'on me donne, je n'estime que ce que
je prends, et, si tu veux, rien n'est plus facile que de me satisfaire
sur cet objet.
- Comment donc ?
- Jure avant tout, sur l'amour que tu as pour moi, de ne jamais rien
révéler du désir impérieux dont je suis
dévorée.
- Je le jure.
- Eh bien ! je veux voler les trésors de ton mari, je veux
que tu me fournisses toi-même les moyens d'y parvenir.
- Parle bas, dit la reine,, ces gens-ci pourraient nous entendre...
Attends, je vais les enfermer... Jasons maintenant à notre
aise, reprend Charlotte. Acceptes-tu ce que je te propose ? c'est
la seule façon de me convaincre des sentiments que tu me montres.
Ô Juliette ! ajoute-t-elle, la confiance que tu me témoignes
doit te valoir la mienne... Et moi aussi je médite un forfait
: m'y serviras-tu ?
- Fallût-il y risquer mille vies ; parle.
- Si tu savais à quel point je suis excédée de
mon mari !
- Malgré ses complaisances ?
- Est-ce donc pour moi qu'il fait tout cela ? Il me prostitue par
libertinage, par jalousie ; il croit, en apaisant ainsi mes passions,
empêcher mes désirs de naître, et il aime mieux
que je sois foutue par son choix que par le mien.
- Plaisante politique.
- C'est la sienne, c'est celle d'un Espagnol italianisé, et
il ne peut y avoir rien de pis dans le monde qu'un tel être.
- Et tu désires ?...
- Empoisonner ce vilain homme, devenir régente... Le peuple
me préfère à lui, il adore mes enfants ; je régnerai
seule, tu deviendras ma favorite, et ta fortune est faite.
- Non, je ne demeurerai pas avec toi, je n'aime pas le rôle
que tu me proposes ; d'ailleurs, j'idolâtre ma patrie et veux
bientôt y retourner. Je te servirai ; je vois que les moyens
te manquent. Ferdinand, qui possède des poisons de tout genre,
te les cache, sans doute ; je t'en donnerai ; mais, service pour service,
Charlotte, songe que tu n'auras ce que je te promets qu'au prix des
trésors de ton mari. A combien se montent ces trésors
?
- Quatre-vingts millions, tout au plus.
- En quelles espèces ?
- Des lingots, des piastres, des onces et des sequins.
- Comment ferons-nous ?
- Tu vois cette croisée ? me dit Charlotte en me montrant une
fenêtre assez voisine de celle où nous nous plaçâmes
; qu'un chariot bien attelé se trouve au bas après-demain
; je volerai la clef ; je jetterai par la fenêtre dans ce chariot
tout ce que je pourrai.
- Et la garde ?
- Il n'y en a point de ce côté.
- Écoute, dis-je à Charlotte, dont je complotais la
perte avec délices dans ce moment-là, j'ai quelques
démarches à faire pour préparer le poison qu'il
te faut, et je ne me soucie pas de les entreprendre sans être
sûre de mon fait ; signe-moi cet écrit, dis-je en le
minutant tout de suite, j'agirai dès lors sans nulle crainte,
et nous serons tranquilles toutes deux.
Charlotte, aveuglée par son amour pour moi, par l'extrême
désir de se défaire de son mari, en signant tout ce
que je voulus, me prouva que la prudence est rarement la compagne
des grandes passions. Voici ce qu'elle ratifia :
« Je volerai tous les trésors de mon mari, et les donnerai
pour récompense à celle qui me fournira le poison nécessaire
à l'envoyer dans l'autre monde. »
Signé : C. de L., R.
de N.
- Allons, dis-je, me voilà
tranquille ; après-demain, à l'heure indiquée,
tu peux compter sur le chariot ; sers-moi bien, Charlotte... tu le
seras de même. Amusons-nous maintenant...
- Oh ! chère amie, me dit Charlotte en m'accablant de baisers,
quels services tu me rends et combien je t'adore !...
L'imbécile ! comme il s'en fallait que je lui rendisse le même
sentiment ! Oh ! l'illusion n'était plus possible : nous avions
trop perdu de foutre ensemble ; je ne me délectais que de l'idée
de sa perte, et son imprudent écrit l'assurait.
- Branlons-nous toutes deux, me dit-elle, avant que d'appeler nos
objets de débauches...
Et, sans attendre ma réponse, la putain me jette sur un lit
de repos, s'agenouille entre mes cuisses, et me gamahuche en me chatouillant
à la fois et le con et le cul. Ce fut alors où j'usai
bien de la facilité qu'ont les femmes pour les infidélités
d'imagination : c'était de Charlotte que je recevais des sensations
voluptueuses, j'étais couverte de ses pollutions... de ses
baisers, et je ne pensais qu'à trahir Charlotte.
Femmes adultères, vous voilà : dans les bras de vos
époux, vous ne leur abandonnez que le corps, et les sensations
de voluptés qu'ils y font naître n'appartiennent jamais
qu'à l'amant. Ils se trompent, ils prennent pour eux l'ivresse
où les mouvements vous plongent quand les imbéciles
n'ont pas une étincelle de l'embrasement. Sexe enchanteur,
continuez cette tromperie, elle est dans la nature : la flexibilité
de vos imaginations vous le prouve ; dédommagez-vous ainsi,
quand vous ne le pouvez autrement, des chaînes ridicules de
la pudeur et de l'hymen, et ne perdez jamais de vue que si la nature
vous fit un con pour foutre avec les hommes, sa main forma, du même
jet, le cur qu'il faut pour les tromper.
Charlotte s'enivra de mon sperme, et j'avoue qu'il coula par flots,
dans l'idée vraiment délicieuse pour une tête
comme la mienne, de perdre à jamais celle qui le faisait ainsi
répandre. Elle se rejette dans mes bras, nous nous polluons
avec ardeur, elle suce ma bouche et mes tétons, et comme je
la branle délicieusement, la tribade se pâme vingt fois.
Nous nous entrelaçons l'une sur l'autre en sens contraire,
de manière à pouvoir nous gamahucher réciproquement
; nos langues chatouillaient le clitoris, et un doigt libertin effleure
et les trous du cul et les cons ; nous nous inondâmes de foutre,
et, certes, toutes deux avec des pensées bien diverses.
Enfin, Charlotte en feu désire du libertinage ; elle appelle
; elle veut d'abord que tout soit dirigé par moi. La femme
grosse, sous ma main droite, est offerte à mes vexations ;
la jeune fille, à califourchon sur ma poitrine, me fait à
la fois baiser le con le plus frais et le plus charmant cul ; Charlotte
excite les vits et me les enfile elle-même.
- Je raffole de l'idée d'avoir une reine pour maquerelle, dis-je
à Charlotte ; allons, putain, fais ton métier.
Mais des engins de la taille de ceux que Ferdinand nous procure ne
sont pas faciles à recevoir, et, quelque frayés que
soient mes appas, il m'est impossible d'endurer sans préparation
des attaques aussi monstrueuses. Charlotte humecte les voies ; elle
frotte les bords de mon con et le membre du fouteur, avec une essence
qui, dès la première secousse, fait pénétrer
plus de la moitié du monstre. Cependant les douleurs sont si
vives, qu'en poussant un cri furieux, je jette au diable la petite
fille juchée sur ma poitrine ; je veux me débarrasser
du trait qui me déchire. Charlotte s'y oppose, elle nous presse
tous deux l'un sur l'autre, et ce procédé, qui favorise
mon nouveau champion, l'introduit à l'instant au fond de ma
matrice : je n'avais jamais tant souffert. Ces épines pourtant
se changent bientôt en roses : mon adroit cavalier s'y prend
avec tant d'art, il pousse avec tant de force, qu'au quatrième
bond, je l'inonde de foutre. Tout alors se remet en place ; Charlotte,
en favorisant l'acte, en chatouillant les couilles et le trou du cul
de mon fouteur, offre à ma main gauche ses fesses, que je moleste
pour le moins avec autant de violence que celles de la femme grosse,
et la petite fille gamahuchée par moi m'inonde le visage de
sa douce éjaculation. Quelle vigueur dans ce Calabrais ! Il
me lime plus de vingt minutes, perd à la fin son foutre, et
me refout trois fois de suite sans quitter la lice ; j'en donne enfin
au bout d'une heure. Son camarade le remplace. Pendant que je fous
avec le second, Charlotte veut jouir du plaisir de me les voir tous
les deux dans le corps ; elle-même arrange l'attitude. Je suis
couchée dans les bras de l'un, c'est moi qui le fous ; il se
laisse faire ; je manie, je moleste un con de ma main droite, la gauche
socratise un cul, ma langue gamahuche un clitoris. L'autre homme,
aidé par la reine, se présente au trou de mon derrière
; mais, quelque habitude que j'aie de cette manière de goûter
le plaisir, nous luttons un quart d'heure sans pouvoir seulement effleurer
la brèche. Toutes ces tentatives me plongent dans une incroyable
agitation : je grince des dents, j'écume, je mords tout ce
qui m'environne, j'inonde de foutre le vit qui laboure mon con ; c'est
sur lui que je me venge de n'en pouvoir faire entrer un dans mon cul.
A force de ruse et de patience, je le sens pourtant qui pénètre
; celui qui m'enconne me lance un coup de reins assez vigoureux pour
favoriser l'attaque de son camarade. Je jette un cri terrible, je
suis enculée... Je n'avais rien éprouvé de pareil...
- Quel spectacle ! dit Charlotte en se branlant en face de nous, et
me baisant parfois sur la bouche, sacredieu, quelle ouverture !...
Oh ! Juliette, que tu es heureuse !...
Et je déchargeais... et j'étais comme une forcenée
; je n'y voyais plus, je n'entendais plus, tous mes sens n'existaient
que dans les régions de la volupté ; j'étais
à elle uniquement. Tous deux, sans quitter la place, parcourent
une double carrière, et quand je m'en débarrassai, le
foutre inondait mes cuisses de toutes parts... je le distillais par
tous les pores.
- A toi, garce ! dis-je à Charlotte, fais de même, si
tu veux connaître le plaisir.
Je n'ai pas besoin de la presser ; promptement enfilée par
tous deux, la coquine me prouve que si son mari lui permet quelques
plaisirs, à dessein de calmer un libertinage qui pourrait devenir
dangereux pour lui, il n'avait pas tout à fait tort. Cruelle
comme nous dans ses voluptés, la gueuse me supplie de molester
la femme grosse sous ses yeux, pendant qu'elle gamahuche la petite
fille, et qu'on la fout en con et en cul. Cette malheureuse se jette
à mes pieds : je suis sourde ; ivre de rage et de lubricité,
je la renverse d'un coup de genou dans l'estomac, et je lui saute
sur le ventre ; dès que je la vois à terre, je la rosse,
je la bats, je l'étouffe ; Charlotte m'encourage en balbutiant
des horreurs ; enfin la gueuse, également foutue deux coups,
éloigne les hommes et se lève. Nous avalons deux bouteilles
de champagne et nous passons dans le salon. Toute la compagnie s'y
était déjà rendue. Chacun parla de ses prouesses
: il fut facile de juger que ce n'était pas seulement dans
notre boudoir qu'on avait molesté les femmes grosses ; aucune
d'elles ne pouvait se soutenir ; celle de Gravines, surtout... elle
était prête d'accoucher ; le scélérat l'avait
mise en sang.
Le dîner fut de la plus extrême magnificence ; les jeunes
filles nous servaient à table, et les femmes grosses, couchées
à terre sous nos pieds, recevaient les vexations qu'il nous
plaisait de leur imposer. Placée près de Clairwil, j'eus
le temps de lui confier le tour que j'avais fait : je remplis son
âme de joie, en lui racontant ces détails, et quoiqu'il
ne fût guère possible que de les esquisser, elle me comprit,
me félicita, en m'assurant que j'étais la femme la plus
adroite et la plus entreprenante qu'elle connût.
Électrisés par la chère délicate et les
vins délicieux qui nous furent servis, nous passâmes,
en trébuchant dans une magnifique salle, toute préparée
pour les orgies que nous avions à célébrer. Là,
les agents étaient : Ferdinand, Gravines, La Riccia, Clairwil,
Charlotte, Olympe et moi. Les victimes : les quatre femmes grosses,
les quatre jeunes filles qui nous avaient servis au dîner, et
les huit beaux enfants de l'un et de l'autre sexe dont les culs nous
avaient lancé des liqueurs. Quatorze vigoureux champions, pour
le moins aussi gros, aussi nerveux que ceux que nous avions épuisés
le matin, parurent, la lance en arrêt ; tout était nu...
frémissant, et attendant, avec autant de respect que de silence,
les lois qu'il nous plairait de leur imposer. Le repas nous ayant
menée fort loin, il devenait essentiel que des lumières
éclairassent le lieu de la scène. Cinq cents bougies,
cachées dans des gazes vertes, répandaient dans cette
salle la clarté la plus douce et la plus agréable.
- Plus de particularité, plus de tête-à-tête,
dit le roi c'est aux yeux les uns des autres que nous devons opérer
maintenant.
Nous nous précipitons alors, sans aucune règle, sur
les premiers objets qui se présentent : on fout, on se fait
foutre ; mais la cruauté préside toujours à des
luxures aussi désordonnées que les nôtres. Ici,
l'on pressurait des gorges ; là, l'on fouettait des culs ;
à droite, on déchirait des cons ; les femmes pleines
se martyrisaient à gauche ; et les soupirs de la douleur ou
du plaisir, mêlés de plaintes d'un côté,
d'affreux blasphèmes de l'autre, furent longtemps les uniques
bruits qui se firent entendre. Des cris plus énergiques de
décharges se distinguèrent bientôt : celle de
Gravines fut la première. Hélas ! il n'a pas plus tôt
prononcé les expressions de son délire, que nous voyons
tomber à ses pieds, du milieu des groupes qui l'entouraient,
une femme égorgée, son fruit arraché des entrailles,
et tous les deux baignés dans les flots de leur sang.
- Ce n'est pas ainsi que je m'y prendrai, dit La Riccia en ordonnant
d'attacher fortement contre un mur une de ces truies gonflées.
Tenez, dit-il, observez-moi.
Il chausse un soulier garni de pointes de fer, s'appuie sur deux hommes,
et lance, de toute la force de ses reins, un coup de pied à
plat sur le ventre de la donzelle, qui, crevée, déchirée,
ensanglantée, fléchit sous ses liens, et nous pond son
indigne fruit, que le paillard arrose à l'instant des flots
écumants de son foutre. Très près du spectacle,
à la fois foutue par-devant et par-derrière, suçant
le vit d'un jeune garçon qui, dans ce moment, déchargeait
dans ma bouche, branlant un con de chaque main, il me fut impossible
de ne point partager les plaisirs du prince, et je perdis mon sperme
à son exemple. Je jette les yeux sur Clairwil : on l'enculait,
une jeune fille la gamahuchait, et la gueuse fouettait un petit garçon
; elle m'imite. Charlotte, enconnée, suçait un petit
garçon, branlait deux filles, et faisait fouetter devant elle
une des femmes grosses sur le ventre. Ferdinand opérait sur
une fille ; il la déchiquetait avec des tenailles rouges ;
on le suçait, et quand il se sentit près de décharger,
le vilain, armé d'un scalpel, coupa les tétons de sa
victime, et nous les jeta au nez.
Tels étaient à peu près nos plaisirs, lorsque
Ferdinand nous proposa de passer dans un cabinet voisin, dans lequel
une machine, artistement préparée, nous ferait jouir
d'un supplice très extraordinaire pour les femmes grosses.
On prend les deux qui restent ; on les lie sur deux plaques de fer
placées l'une au-dessus de l'autre, en telle sorte que les
ventres des femmes mises sur ces plaques se répondaient perpendiculairement...
Les deux plaques s'enlèvent à dix pieds l'une de l'autre.
- Allons, dit le roi, disposez-vous au plaisir.
Chacun l'entoure, et au bout de quelques minutes, par le moyen d'un
ressort aux ordres de Ferdinand, les deux plaques, l'une en montant,
l'autre en descendant, s'unissent avec une telle violence, que les
deux créatures, s'écrasant mutuellement, sont, elles
et leur fruit, réduites en poudre en une minute. Vous imaginez
facilement, j'espère, qu'il n'y eut pas un de nous qui ne perdît
son foutre à ce spectacle, et pas un qui ne le comblât
des plus divins éloges.
- Repassons dans une autre pièce, dit Ferdinand ; nous y goûterons.
peut-être d'autres plaisirs.
Cette pièce énorme était occupée par un
vaste théâtre ; sept différentes tortures y paraissent
préparées ; quatre bourreaux, nus et beaux comme Mars,
devaient servir chaque supplice, dont le premier était le feu
; le second, le fouet ; le troisième, la corde ; le quatrième,
la roue ; le cinquième, le pal ; le sixième, la tête
coupée ; le septième, haché en morceaux. Chacun
de nous avait, pour se tenir, un vaste emplacement, dans lequel se
voyait cinquante portraits des plus jolis enfants que l'on pût
voir, de l'un et l'autre sexe. Nous entrâmes dans les places
qui nous étaient destinées, seulement chacun avec un
fouteur, une petite fille et un petit garçon, pour le service
de nos plaisirs pendant les exécutions ; à côté
de chacun des portraits dont nous étions environnés,
était un cordon de sonnette.
- Que chacune, à son tour, nous dit Ferdinand, choisisse une
victime dans les cinquante portraits qui l'entourent, qu'il tire le
cordon de la sonnette qui correspond à l'objet de son choix
: aussitôt, la victime qu'il aura désignée lui
sera offerte ; il s'en amusera un moment... Ensuite, vous voyez que
dans chaque place est un escalier qui mène au théâtre
: il y fera monter sa victime, l'annexera au supplice qui le fera
le mieux bander, puis opérera lui-même, si cela lui convient
; sinon, il fera signe au bourreau du supplice qu'il aura choisi,
et la victime, enlevée sur-le-champ par cet homme, sera sacrifiée
sous ses yeux. Mais pour l'intérêt même de vos
plaisirs, n'agissez que l'un après l'autre : nous sommes maîtres
de notre temps, rien ne nous presse, et les heures les mieux employées
de la vie sont toujours celles où l'on l'arrache aux autres.
- Sacredieu, dit Clairwil au roi, je n'ai jamais vu d'imagination
plus fertile que la tienne.
- Ne m'en attribuez point la gloire, dit le Napolitain : toutes ces
fantaisies faisaient bander les tyrans de Syracuse qui me précédaient.
J'ai trouvé dans mes archives des traces de ces horreurs ;
elles ont échauffé ma tête ; je m'en amuse avec
mes amis.
Gravines sonne le premier : son choix tombe sur un jeune garçon
de seize ans, beau comme le jour ; il paraît, et Gravines a
seul le droit de s'en amuser ; il le fouette, il le suce, il lui mord
le vit, il lui écrase une couille, l'encule, et finit par l'envoyer
aux flammes :
- Il est sodomiste, prétend le scélérat, et,
comme tel, voilà le supplice qui lui convient.
Clairwil sonne ensuite, et vous croyez bien que c'est sur un garçon
que son choix tombe également : à peine avait-il dix-huit
ans ; il était beau comme Adonis ; la coquine le suce, le branle,
le fustige, s'en fait lécher le con et le cul ; puis, s'élançant
avec lui sur le théâtre, la bougresse l'empale elle-même,
en se faisant enculer par un des bourreaux.
Olympe suit : une fille de treize ans est l'objet de son choix ; elle
la caresse et la fait pendre.
Ferdinand vient après. Comme Clairwil, il choisit un jeune
homme.
- J'aime le supplice des femmes, nous dit-il, mais je me plais encore
plus à celui des individus de mon sexe...
L'adolescent paraît : vingt ans, membré comme Hercule,
avec la figure de l'Amour. Ferdinand se le fait mettre, le lui rend,
le fustige, et le mène lui-même au supplice ; il le rompt.
Ainsi brisé, on le met sur une roue où on le laisse
exposé au fond du théâtre.
La Riccia choisit une fille de seize ans, belle comme Hébé,
et après lui avoir fait subir toute sorte d'horreurs, il la
fait hacher toute vive.
Charlotte sonne une petite fille de douze ans, et quand elle s'en
est amusée, elle lui fait couper la tête, en se faisant
foutre par deux hommes.
Je fais venir une fille de dix-huit ans, superbe ; de ma vie, je n'avais
vu de plus beau corps. Après l'avoir bien baisée, maniée,
léchée sur toutes les parties, je la mène au
supplice ; et, travaillant avec les bourreaux, je lui enlève,
à grands coups de lanière, des pièces de chair
plus grandes que la main : elle expire, et ses bourreaux me foutent
sur son cadavre.
Ce jeu nous plaisait trop, pour ne pas se prolonger excessivement.
Nous immolâmes en tout onze cent soixante-seize victimes, ce
qui fait cent soixante-huit pour chacun, parmi lesquelles six cents
filles et cinq cent soixante-seize garçons,
Charlotte et Borghèse furent les seules qui ne sacrifièrent
que des filles. Je fis périr autant d'individus d'un sexe que
de l'autre ; La Riccia, de même ; mais Clairwil, Gravines et
Ferdinand n'immolèrent absolument que des hommes, et presque
toujours de leurs mains. Pendant tout ce temps, l'on n'avait cessé
de nous foutre, et nos athlètes s'étaient relayés
plusieurs fois. Nous nous retirâmes au bout de quarante-cinq
heures, entièrement écoulées dans l'ivresse des
plus divins plaisirs.
- Madame, dis-je tout bas à Charlotte en la quittant, souvenez-vous
du billet que vous m'avez signé...
- Et toi, me répondit Charlotte également bas, du rendez-vous
que je t'ai donné pour après-demain... Sois aussi exacte
que moi, je ne t'en demande pas davantage.
Nous rentrâmes. Je ne manque pas d'expliquer aussitôt
à Clairwil ce que je n'avais pu lui dire qu'en l'air.
- Ce projet est délicieux, me dit-elle.
- Oui, mais tu ne vois pas où je veux la conduire ?
- Non.
- J'abhorre Charlotte.
- Oh ! baise-moi, cher amour... Comme je partage tes sentiments !
- Eh ! non : c'est qu'elle m'aime à la folie, cette femme,
c'est qu'elle veut toujours que je la fasse décharger, et rien
ne m'ennuie comme ces préférences. Il n'y a qu'à
toi, mon ange, qu'à toi seule au monde que je pardonne de m'aimer.
- Quelle tête que la tienne, Juliette !
- Conviens qu'elle est digne de toi !
- Oh ! oui, mon ange !... Enfin, que fais-tu de Charlotte ?
- Le lendemain du jour où j'aurai ses trésors, j'envoie
le billet que tu vois au mari, et j'espère que quand il y lira
: « Je volerai tous les trésors de mon mari, et les donnerai
pour récompense à celle qui me donnera le poison nécessaire
à l'envoyer dans l'autre monde », j'espère, dis-je,
que quand le cher époux verra ces mots, il condamnera Charlotte
à la mort, ou du moins à la plus affreuse prison.
- Oui, mais Charlotte condamnée révélera ses
complices ; elle dira que c'est à nous qu'elle a livré
sels trésors.
- Sera-t-il présumable que si c'était nous qui les eussions
reçus, ce fût nous qui envoyassions le billet au roi
?
- Présumable ou non, Ferdinand fera des recherches.
- Tout sera par mes soins enfoui dans notre jardin. J'irai moi-même
parler au roi : si ses soupçons se portent avec violence sur
nous, je le menacerai de révéler le trait horrible de
la cocagne d'avant-hier. Ferdinand, faible et bête, craindra
mes menaces, et il se taira... Et puis,
À vaincre sans péril,
on triomphe sans gloire.
Il faut risquer quelque chose pour être riche : penses-tu que
cinquante ou soixante millions ne vaillent pas la peine de quelques
frais ?
- Mais si nous sommes prises, nous mourrons.
- Qu'importe ? la chose du monde que je craigne le moins est d'être
pendue. Ne sait-on donc pas qu'on décharge en mourant ainsi
? Jamais l'échafaud ne m'effraya. Si jamais j'y suis condamnée,
tu m'y verras voler avec impudence... Mais calme-toi, Clairwil, le
crime nous aime, il nous favorise ; je t'en garantis le succès.
- Confieras-tu nos projets à Borghèse ?
- Non, je ne l'aime plus, cette femme.
- Oh ! foutre, je la déteste, moi.
- Il faut s'en défaire le plus tôt possible.
- N'allons-nous pas demain au Vésuve ?
- Tu as raison, il faut que les entrailles de ce volcan lui servent
de tombeau... Quelle mort !
- Elle ne m'est venue dans la tête que parce que je la suppose
affreuse.
- Je la lui voudrais plus cruelle encore.
- Quand nous haïssons toutes deux, oh ! nous haïssons bien.
- Il faut dîner avec elle comme à l'ordinaire.
- La flatter même.
- Laisse-moi conduire cela, tu sais que la fausseté s'allie
avec mon masque et mon caractère.
- Il faut la branler cette nuit.
- Assurément.
- Oh ! mon ange, comme nous allons être riches !
- Ce coup fait, il faut quitter Naples.
- Et l'Italie... Il faut retourner en France, acheter des terres et
passer nos jours ensemble... Que de voluptés nous attendent
! Elles n'auront plus d'autres lois que nos désirs.
- Il n'en sera pas une que nous ne puissions satisfaire à l'instant.
Oh ! cher amour, qu'on est heureux avec de l'argent ! qu'il est imbécile,
celui qui n'emploie pas tous les moyens, légitimes ou non,
pour s'en procurer. Oh ! Clairwil, on m'arracherait mille vies, plutôt
que de m'enlever le goût du vol ; c'est un des plus grands plaisirs
de ma vie ; c'est un besoin de mon existence. J'éprouve à
voler la même sensation qu'une femme ordinaire ressent quand
on la branle. Tous les forfaits chatouillent en moi les houppes nerveuses
du temple de la volupté, comme le feraient des doigts ou des
vits ; je décharge rien qu'en les complotant... Tiens, vois
ce diamant, Charlotte me l'avait offert, il vaut cinquante mille écus,
je l'ai refusé : offert, il me déplaisait ; volé,
il fait mes délices.
- Tu le lui as pris ?
- Oui. Je ne m'étonne plus qu'il y ait des hommes qui se soient
livrés à cette passion pour la seule volupté
qu'elle procure ; j'y passerais ma vie, et je te réponds que
j'aurais deux millions de rente, que l'on me verrait toujours voler
par libertinage.
- Ah ! mon amour, me dit Clairwil, comme il est certain que la nature
nous a créées l'une pour l'autre !... Va, nous serons
inséparables.
Nous dînâmes avec Borghèse ; tout s'arrangea de
concert pour la promenade qui devait se faire au Vésuve le
lendemain. Nous fûmes le soir à l'Opéra ; le roi
vint nous visiter dans notre loge, ce qui fit jeter tous les yeux
sur nous. De retour au logis, nous proposâmes à Borghèse
de passer une partie de la nuit à manger des rôties au
vin de Chypre, et à nous branler ; elle y consentit ; et nous
portâmes, Clairwil et moi, la fausseté, au point de faire
décharger sept ou huit fois cette femme condamnée par
notre scélératesse, et de décharger nous-mêmes
presque autant de fois dans ses bras. Nous la laissâmes se coucher
ensuite, pour aller passer, mon amie et moi, le reste de la nuit ensemble
; et nous perdîmes encore chacune trois ou quatre fois du foutre,
sur l'idée délicieuse de trahir le lendemain, tous les
sentiments de la confiance et de l'amitié. Il faut des têtes
comme les nôtres pour concevoir de tels écarts, je le
sais ; mais malheur à qui ne les connaît pas ! il est
privé de grands plaisirs ; j'ose assurer qu'il n'entend rien
à la volupté.
Nous nous levâmes de bon matin. On ne dort pas quand on projette
un crime ; sa seule idée embrase tous les sens ; on le manie
sous toutes ses formes, on le savoure dans toutes ses branches, et
l'on jouit mille fois d'avance du plaisir dont on sait bien qu'on
pétillera, dès qu'il sera commis.
Une calèche à six chevaux nous conduisit au pied du
volcan. Là, nous trouvâmes des guides dont l'usage est
de vous attacher à des bretelles sur lesquelles on se soutient
pour gravir la montagne ; on est deux heures à parvenir au
sommet. Les souliers neufs que vous apportez pour cette course sont
brûlés quand elle est finie. Nous montâmes gaiement
; nous persiflions Olympe ; et il s'en fallait bien que la malheureuse
comprît le double sens, aussi traître qu'entortillé,
des sarcasmes que nous lui lâchions.
C'est une affreuse corvée que le voyage de cette montagne :
toujours dans la cendre jusqu'au cou, si l'on avance quatre pas, on
en recule six, et perpétuellement dans la crainte que quelque
lave ne vous engloutisse tout vivant. Nous arrivâmes excédées,
et nous nous reposâmes dès que nous fûmes à
l'embouchure. Ce fut de là que nous considérâmes,
avec un intérêt prodigieux, l'orifice tranquille de ce
volcan qui, dans ses moments de fureur, fait trembler le royaume de
Naples.
- Croyez-vous, dîmes-nous à nos guides, qu'il y ait quelque
chose à craindre aujourd'hui ?
- Non, répondirent-ils ; quelques morceaux de bitume, de soufre
ou de pierre ponce pourront peut-être s'élancer ; mais
il est vraisemblable qu'il n'y aura point d'éruption.
- Eh bien, mes amis, dit Clairwil, donnez-nous le panier qui contient
nos rafraîchissements, et redescendez au village. Nous allons
passer ici la journée : nous voulons dessiner, lever des plans.
- Mais s'il arrivait quelque chose ?
- Ne dites-vous pas qu'il n'arrivera rien ?
- Nous ne pouvons l'affirmer.
- Eh bien ! quand il arriverait quelque chose, nous voyons le village
où vous nous avez prises, nous y descendrons à merveille...
Et trois ou quatre onces, que nous leur glissâmes dans la main,
les déterminèrent bientôt à nous laisser.
A peine furent-ils à quatre cents pas, que, nous fixant Clairwil
et moi :
- Userons-nous de ruse ? dis-je bas à mon amie.
- Non, me dit-elle, de force...
Et nous élançant aussitôt toutes deux sur Olympe
:
- Garce ! lui dîmes-nous, nous sommes lasses de toi ; nous ne
t'avons fait venir ici que pour te perdre... Nous allons te précipiter
toute vive dans les entrailles de ce volcan.
- Oh ! mes amies, qu'ai-je donc fait ?
- Rien. Tu nous lasses, n'en est-ce point assez ?...
Et lui enfonçant, en disant cela, un mouchoir dans la bouche,
nous interceptâmes sur-le-champ ses cris et ses jérémiades.
Alors Clairwil lui attacha les mains avec des cordons de soie qu'elle
avait apportés à ce dessein ; j'en fis autant de ses
deux pieds ; et quand elle fut hors de défense, nous nous amusâmes
à la contempler ; des larmes, s'échappant de ses beaux
yeux, venaient retomber en perles sur sa belle gorge. Nous la déshabillâmes,
nous la maniâmes et la vexâmes sur toutes les parties
de son corps ; nous molestâmes sa belle gorge, nous fustigeâmes
son charmant cul, nous lui piquâmes les fesses, nous épilâmes
sa motte ; je lui mordis le clitoris jusqu'au sang.
Enfin, après deux heures d'horribles vexations, nous l'enlevons
par ses liens, et la précipitons au milieu du volcan, dans
lequel nous distinguâmes, plus de six minutes, le bruit de son
corps heurter et se précipiter par saccades sur les angles
aigus qui le rejetaient de l'un à l'autre, en la déchirant
en détail. Peu à peu le bruit diminua... nous finîmes
par ne plus rien entendre.
- C'en est fait, dit Clairwil qui n'avait cessé de se branler
depuis qu'elle avait lâché le corps. Oh ! foutre, mon
amour, déchargeons maintenant toutes deux, étendues
sur le bourrelet même du volcan ! Nous venons d'y commettre
un crime, une de ces actions délicieuses que les hommes s'avisent
d'appeler atroces : eh bien ! s'il est vrai que cette action outrage
la nature, qu'elle se venge, elle le peut ; qu'une éruption
se fasse à l'instant sous nous, qu'une lave s'ouvre et nous
engloutisse...
Je n'étais plus en état de répondre ; déjà
dans l'ivresse moi-même, je rendais au centuple, à mon
amie, les pollutions dont elle m'accablait. Nous ne parlions plus.
Étroitement serrées dans les bras l'une de l'autre,
nous branlant comme deux tribades, il semblait que nous voulions changer
d'âme par le moyen de nos soupirs embrasés. Quelques
mots de lubricité, quelques blasphèmes étaient
les seules paroles qui nous échappaient. Nous insultions la
nature, nous la bravions, nous la défiions : et, triomphantes
de l'impunité dans laquelle sa faiblesse et son insouciance
nous laissaient, nous n'avions l'air de profiter de son indulgence
que pour l'irriter plus grièvement.
- Eh bien ! me dit Clairwil, qui revint la première de notre
mutuel égarement, tu vois, Juliette, si la nature s'irrite
des prétendus crimes de l'homme : elle pouvait nous engloutir,
nous fussions mortes toutes deux dans le sein de la volupté...
L'a-t-elle fait ? Ah ! sois tranquille, il n'est aucun crime dans
le monde qui soit capable d'attirer la colère de la nature
sur nous : tous les crimes la servent, tous lui sont utiles, et quand
elle nous les inspire, ne doute pas qu'elle n'en ait besoin.
Clairwil n'avait pas fini, qu'une nuée de pierres s'élance
du volcan et retombe en pluie autour de nous.
- Ah ! ah ! dis-je sans seulement daigner me lever. Olympe se venge
! Ces morceaux de soufre et de bitume sont les adieux qu'elle nous
fait, elle nous avertit qu'elle est déjà dans les entrailles
de la terre.
- Rien que de simple à ce phénomène, me répondit
Clairwil. Chaque fois qu'un corps pesant tombe au sein du volcan,
en agitant les matières qui bouillonnent sans cesse au fond
de sa matrice, il détermine une légère éruption.
- Que rien ne nous dérange, déjeunons, Clairwil, et
crois que tu te trompes sur la cause de la pluie de pierres qui vient
de nous inonder : elle n'est autre que la demande que nous fait Olympe
de ses habits ; il faut les lui rendre.
Et après en avoir retiré l'or et les bijoux, nous fîmes
un paquet du total, que nous jetâmes dans le même trou
qui venait de recevoir notre malheureuse amie. Nous déjeunâmes
ensuite. Aucun bruit ne se fit entendre ; le crime était consommé,
la nature était satisfaite. Nous descendîmes, et retrouvâmes
nos gens au bas de la montagne.
- Un malheur affreux vient de nous arriver, dîmes-nous en les
abordant, les larmes aux yeux... notre compagne infortunée...
en s'avançant trop près du bord... hélas ! elle
a disparu... Oh ! braves gens, y aurait-il du remède ?
- Aucun, répondirent-ils à la fois ; il fallait nous
laisser avec vous, cela ne vous serait pas arrivé ; elle est
perdue, vous ne la reverrez jamais.
Nos feintes larmes redoublèrent à cette cruelle annonce,
et remontant dans notre calèche, en trois quarts d'heure nous
sommes à Naples.
Dès le même jour, nous publiâmes notre malheur
; Ferdinand vint lui-même nous en consoler, nous croyant vraiment
surs et amies ; quelque dépravé qu'il fût,
jamais l'idée du crime que nous venions de commettre ne se
présenta même à son imagination, et les choses
en restèrent là. Nous renvoyâmes bientôt
à Rome, les gens de la princesse de Borghèse, avec les
certificats de son accident, et nous fîmes dire à sa
famille qu'on eût à nous indiquer l'emploi à faire
de ses bijoux et de son or, s'élevant, écrivîmes-nous,
à trente mille francs, tandis que, dans le fait, elle en laissait
pour plus de cent mille, dont vous sentez bien que nous nous étions
emparées ; mais nous n'étions plus à Naples quand
la réponse de la famille y vint, et nous jouîmes en paix
de la spoliation faite à notre amie.
Olympe, princesse de Borghèse, était une femme douce,
aimante, emportée dans le plaisir, libertine par tempérament,
pleine d'imagination, mais n'ayant jamais approfondi ses principes
; timide, tenant encore à ses préjugés, susceptible
d'être convertie au premier malheur qui lui serait arrivé,
et qui, par cette seule faiblesse, n'était pas digne de deux
femmes aussi corrompues que nous.
Un événement plus important nous attendait : le lendemain
était le jour pris avec Charlotte pour l'enlèvement
des trésors de son mari. Le reste de la soirée fut employé,
par Clairwil et moi, à préparer une douzaine de grandes
malles, à faire creuser, avec beaucoup de secret, un vaste
trou dans notre jardin. Il avait été fait par un homme
à qui nous brûlâmes la cervelle, et que nous enterrâmes
le premier dans cette fosse mystérieuse : N'aie point de complices,
dit Machiavel, ou défais-t-en, dès qu'ils t'ont servi.
Enfin arriva le moment de faire trouver le chariot garni de malles,
sous les fenêtres indiquées. Clairwil et moi, vêtues
en hommes, conduisîmes nous-mêmes la voiture, et nos gens,
dans le secret d'une partie de campagne, ne cherchèrent pas
à en découvrir davantage. Charlotte fut exacte ; la
coquine désirait avec trop d'ardeur le poison promis, si elle
réussissait, pour être coupable de quelque négligence.
Pendant quatre heures entières, elle nous descendit des sacs
que nous chargions aussitôt dans les malles ; enfin elle nous
avertit que tout était descendu.
- A demain, répondîmes-nous.
Et nous regagnâmes en hâte notre logis, assez heureuses
pour n'avoir pas rencontré une âme pendant tout le temps
qu'avait duré cette expédition. Dès que nous
fûmes au logis, un second homme nous aida à enfouir les
malles... et y fut enfoui lui-même dès qu'il ne nous
devint plus nécessaire. Inquiètes, fatiguées,
soucieuses d'être si riches, nous nous couchâmes cette
fois-ci sans songer aux plaisirs. Dès la lendemain, les bruits
du vol fait au roi se répandirent dans la ville ; nous profitâmes
de ce moment favorable pour lui faire tenir le billet de la reine,
avec tout le mystère imaginable. A peine l'a-t-il lu que, se
livrant au plus affreux accès de colère, il vient lui-même
arrêter sa femme, la confie au capitaine de sa garde, avec l'ordre
exprès de la conduire au fort Saint-Elme, où il la condamne
en secret à l'habillement le plus grossier et à la nourriture
la plus simple. Il est huit jours sans la voir. Elle le fait presser
de venir. Il paraît. La scélérate avoue tout,
et nous compromet de la plus affreuse manière. Ferdinand accourt,
furieux, à notre hôtel, et comme cette conversation est
intéressante, je vais la rendre en dialogue.
FERD. - Vous êtes coupables d'une horreur ; dois-je la soupçonner
dans celles que j'ai crues mes amies ?
CLAIR. - De quoi s'agit-il ?
FERD. - La reine vous accuse d'avoir dérobé mes trésors.
JUL. - Nous ?
FERD. - Vous.
CLAIR. - Quelle vraisemblance !
FERD. - Elle est convenue d'avoir un moment comploté contre
mes jours, et elle assure que vous lui avez promis le poison nécessaire
pour me les ravir, si elle pouvait payer ce don, de mes trésors.
CLAIR. - Avez-vous trouvé chez elle le poison qu'elle dit avoir
payé si cher ?
FERD. - Non.
JUL. - Comment se peut-il, en ce cas, qu'elle ait consenti à
livrer les sommes avant que d'avoir le poison promis ?
FERD. - C'est ce que j'ai pensé.
CLAIR. - Sire, votre femme est une coquine, mais une coquine bien
maladroite ; nous sachant liées avec vous, elle a cru déguiser
son infamie, en faisant porter sur nos têtes toute l'horreur
de son exécrable projet ; mais la trame est trop mal ourdie.
FERD. - Qui peut m'avoir enfin envoyé ce billet ?
JUL. - Assurément ceux qui ont vos trésors : mais soyez
persuadé qu'ils sont loin ; ceux qui vous ont envoyé
ce billet étaient à couvert, quand ils vous ont instruit,
et c'est pour les sauver que la reine nous nomme.
FERD. - Mais quel intérêt Charlotte a-t-elle de sauver
maintenant ceux qui la trahissent ?
CLAIR. - Elle a le poison, elle ne veut pas que vous sachiez qu'elle
l'a ; elle fait, en conséquence, tomber le soupçon sur
ceux à qui il devient impossible d'affirmer qu'elle l'a ; mais
elle le tient, il est certain qu'elle le possède, et que vous
périssiez sans la précaution que vous avez prise.
FERD. - Vous trouvez donc que j'ai bien fait ?
JUL. - Il était difficile de faire mieux.
FERD. - La croyez-vous coupable ?... (Et Clairwil se mit à
sourire avec malignité.) Ce mouvement de physionomie m'éclaire,
dit Ferdinand, furieux, achevez de porter le poignard dans mon cur...
Saviez-vous quelque chose ?
CLAIR. - Votre femme est un monstre, vous dis-je, elle vous détestait,
et ce qui vous reste de mieux à faire, est de la livrer promptement
à toute la rigueur des lois.
FERD. - Oh ! mes amies, réellement, vous n'avez aucune connaissance
de celui qui a dérobé mes trésors ?
JUL. ET CLAIR. - Nous le jurons.
FERD. - Eh bien ! qu'elle périsse dans sa prison... qu'elle
y meure de faim et de misère... Et vous, mes amies, pardonnez
mes soupçons, je vous demande excuse de les avoir conçus
; je conçois toute leur injustice.
JUL. - Sire, il nous suffit que vous les ayez eus pour que nous vous
demandions la permission de quitter à l'instant vos États.
FERD. - Non, non, je vous en conjure ; à présent que
je suis débarrassé de cette vilaine femme... je suis
beaucoup plus tranquille, et nous ferons encore des choses délicieuses.
JUL. - Votre repos n'établit pas le nôtre. D'honnêtes
femmes ne se consolent jamais d'avoir eu leur honneur compromis.
- Ah ! je ne vous soupçonne ni l'une ni l'autre, dit le roi
en se précipitant à nos, genoux, mais ne m'abandonnez
jamais ; vous devenez nécessaires à mon existence, je
ne me consolerais pas de vous perdre.
CLAIR. - Et quelle est la somme que l'on t'a ravie ?
FERD. - Quarante millions ; c'est la moitié de ce que j'avais
; la scélérate a convenu qu'elle avait promis le tout,
qu'elle n'avait pas osé tout donner.
CLAIR. - L'infâme créature, dis-je (mais, animée
d'un bien autre sentiment que celui que pouvait me prêter le
roi, la rage seule de n'avoir pas tout eu, me faisait invectiver Charlotte),
monstre ! que d'audace, et que d'impudence ! tromper ainsi le meilleur
des époux ! un homme qui lui était si attaché,
qui sacrifiait tout à ses plaisirs ! Oh ! jamais tant d'ingratitude
ne se manifesta sur la terre ! et le plus cruel des supplice ne pourrait
encore la punir.
En ce moment Élise et Raimonde, parées comme des déesses,
vinrent servir le chocolat au prince. Ferdinand ne les avait pas encore
vues.
- Quelles sont ces belles femmes ? demanda-t-il dans le plus grand
trouble.
- Nos demoiselles de compagnie, répondis-je.
- Pourquoi ne les ai-je pas connues ?
- Pouvions-nous soupçonner qu'elles pussent vous plaire ?...
Et le paillard, oubliant aussitôt et sa prisonnière et
son vol, veut que ces deux filles lui soient à l'instant livrées.
De tels désirs devenaient des ordres pour nous dans la circonstance
où nous étions. Un boudoir s'ouvre à Ferdinand
; il s'y enferme avec nos femmes, et n'en revient qu'au bout de deux
heures, après les avoir excédées.
- Mes bonnes amies, nous dit-il en sortant, ne m'abandonnez pas, je
vous en conjure ; que tout reproche soit oublié, et je vous
proteste de ne plus voir en vous que l'innocence et la probité...
Et il disparut.
Avec une autre tête que celle du faible souverain de Naples,
Charlotte était empoisonnée sur-le-champ. Certes, nous
lui en avions assez dit pour le déterminer à cette action
: mais cet homme, sans force et sans caractère, était-il
capable d'une action de vigueur ? Aussi ne fit-il rien. Toute l'Europe
a su, sans en connaître les motifs, et cette détention
et sa brièveté. Pour nous, bien décidées
à ne pas attendre le dénouement de cette aventure, nous
fîmes sur-le-champ nos préparatifs de départ.
Les quarante millions nous embarrassaient. Comme nous avions acheté
beaucoup de bustes, de mosaïques, de marbres antiques et de pierres
du Vésuve, nous plaçâmes notre or dans de doubles
fonds pratiqués aux caisses de ces emballages, et ce stratagème
réussit à merveille. Avant que de les fermer, nous envoyâmes
supplier le roi de les faire visiter ; il ne le voulut jamais. Nous
les cachetâmes ; dix chariots les emportèrent, et nous
les suivîmes dans deux carrosses, l'un pour nos gens, l'autre
pour nous. Un moment avant de partir, nous fûmes prendre congé
de Ferdinand, qui fit encore tout son possible pour nous retenir,
et qui nous donna, de sa main même, le passeport nécessaire
à quitter ses États.
Le soir, nous couchâmes à Capoue ; huit jours après,
à Rome, où nous arrivâmes sans le moindre accident.
Ce fut là seulement que Clairwil instruisit son frère
du projet qu'elle avait de me suivre à Paris, où elle
désirait terminer ses jours ; elle l'engageait à prendre
le même parti : mais Brisa-Testa ne voulut jamais quitter sa
profession, et quelles fussent les richesses qu'il y eût acquises,
il nous protesta qu'il était décidé maintenant
à mourir les armes à la main.
- Eh bien ! me dit Clairwil, c'en est fait, je te donne la préférence
sur lui, et je ne veux plus que nous nous séparions.
J'embrassai mille fois mon amie, et lui jurai qu'elle n'aurait jamais
à se repentir de cette résolution. Que je connaissais
mal la fatalité de son étoile et de la mienne, en lui
faisant cette promesse !
Nous continuâmes notre route, sans qu'il nous arrivât
rien d'intéressant jusqu'à Ancône, où,
profitant du plus beau temps du monde, nous nous promenions sur le
port, lorsque nous remarquâmes une grande femme d'environ quarante-cinq
ans, qui nous examinait avec la plus scrupuleuse attention.
- Reconnais-tu cette femme ? me dit Clairwil...
Je me retourne... J'observe.
- Ah ! dis-je, pleine d'étonnement, cette créature est
notre sorcière de Paris... c'est la Durand.
Et à peine eus-je fini, que l'individu dont nous parlions se
jette avec transport dans nos bras...
- Ah ! ah ! dit Clairwil, un peu émue de revoir au bout de
cinq ans une femme qui lui avait prédit qu'elle n'avait plus
que ce terme à vivre, quel est donc le hasard qui nous réunit
en cette ville ?
- Venez chez moi, nous dit la Durand, toujours belle ; quoique ces
gens-ci n'entendent pas notre langue, il est inutile nous exposer
devant eux.
Nous la suivîmes ; et après nous avoir reçues
dans le plus bel appartement de l'hôtellerie qu'elle occupait
:
- Que je suis aise, nous dit-elle, dès que nous fûmes
assises, de pouvoir vous procurer dans fort peu de temps la connaissance
de la femme la plus singulière, la plus dans votre genre qu'ait
encore créée la nature.
- Qui donc ? dit Clairwil.
- C'est une sur cadette de l'impératrice, une tante de
la reine de Naples, ignorée de l'univers entier. La princesse
Christine annonça, dès sa plus tendre enfance, un penchant
si violent au libertinage, que son père sentit l'impossibilité
de l'établir. Voyant que ses mauvais penchants croissaient
avec l'âge, il prit le parti de lui acheter une île en
Dalmatie, sur les bords du golfe de Venise, et lui assigna trois millions
de revenu, la mit sous la protection des Vénitiens qui lui
accordèrent le titre de souveraine de son île, et la
permission d'y faire tout ce qu'elle voudrait. Christine, reléguée
là depuis seize ans, en a maintenant quarante, et y jouit de
tous les plaisirs que la plus extrême lubricité peut
faire naître. Je ne vous en dirai pas davantage, voulant vous
laisser tous les plaisirs de la surprise. Nous traverserons le golfe
dans une felouque à elle, dont je puis disposer quand je veux
; c'est un voyage de vingt-quatre heures. Décidez-vous.
- Assurément, nous le sommes, répondis-je ; je suis
bien sûre que Clairwil ne me désavouera pas : notre voyage
ayant pour but d'étudier les murs et de voir des choses
extraordinaires, l'objet sera manqué si, pouvant observer ce
que tu nous proposes, nous nous y refusions par tiédeur.
- Oh ! sacredieu, dit mon amie, comme nous allons foutre dans l'île
de Christine !
- Jamais, dit Durand, jamais vous n'aurez eu tant de plaisir.
- Quoi ! dis-je, elle a donc là... ?
- Eh ! non, non, je ne veux rien dire, répondit la Durand,
il faut que vous en ayez toute la surprise.
Et nous changeâmes de propos, pour ne pas déplaire à
une femme qui paraissait ne vouloir pas s'ouvrir davantage.
- Oh ! parbleu, dis-je à la Durand, puisque je te retrouve,
il faut absolument que tu m'apprennes le motif qui te fit disparaître
aussitôt de Paris. Pourquoi ne te trouvas-tu point au rendez-vous
que tu avais indiqué au comte de Belmor, avec lequel je t'avais
fait faire connaissance ?
- Certes, répondit la Durand, la raison qui m'empêcha
de m'y trouver ne pouvait être meilleure : on me pendait ce
jour-là.
- Es-tu folle ?
- On me pendait, vous dis-je ; le fait est simple, deux mots vont
vous l'expliquer. J'avais fourni du poison au jeune duc de *** pour
trancher les jours de sa mère. Des remords vinrent troubler
les projets de cet imbécile ; il me trahit ; je fus arrêtée,
mon procès fait dans vingt-quatre heures. Mais, singulièrement
liée avec Samson, j'obtins de lui de n'être pendue que
pour la forme. Des éclaircissements, des aveux me valurent
des délais. Je ne descendis de l'Hôtel de Ville qu'aux
lumières ; Samson fit un nud coulant et m'escamota. Portée
au cimetière, un de ses valets m'acheta, par ses ordres, et
je quittai Paris dès la nuit même. J'y revins l'année
d'ensuite, sous un autre nom et dans un autre quartier, sans être
chicanée par personne ; mes affaires n'ont pas été
mal depuis. On a bien raison de dire que la corde de pendu porte bonheur.
J'ai soixante mille livres de rente, mes fonds croissent chaque année.
Tous les ans, je fais voyage en Italie ; j'y fais préparer
les poisons que je distribue ensuite dans toute l'Europe : j'aime
mieux cela que de les composer chez moi. En vérité,
la mode de ces meurtres est telle aujourd'hui, que je puis à
peine suffire. Ce sera chez Christine où vous verrez des effets
bien piquants des venins que je compose !
- Tu lui en vends ?
- Ah ? bon Dieu ! pour cent mille écus tous les ans.
- Elle est donc cruelle ?
- C'est une Zingha.
- Ah ! je l'adore d'avance, dit Clairwil ; allons, Durand, partons
quand tu voudras.
- Femme charmante, dis-je ici, voulant absolument satisfaire ma curiosité,
j'exige enfin de toi de nous dévoiler, à présent,
quels étaient les personnages singuliers par qui tu nous fis
battre, flageller, qui firent, en un mot, devant nous tant de choses
extraordinaires chez toi...
- L'un, nous dit la Durand, est le célèbre duc de ***,
l'autre, Beaujon, ce millionnaire si connu. Depuis quatre ans, tous
deux me paient énormément pour de pareilles expéditions.
On n'a pas idée de ce que j'ai trompé de femmes et de
filles de la même manière, pour eux. Mais, à propos,
dit Durand en donnant des ordres, croyez-vous donc que je vais vous
laisser sortir de chez moi sans dîner ? Un refus de votre part
me mettrait au désespoir ; j'espère que vous ne me le
ferez point...
Et le plus splendide repas fut aussitôt servi.
- Durand, dit Clairwil, au dessert, tu nous promets de grands plaisirs
pour demain, mais tu ne nous parles pas de ceux d'aujourd'hui ; j'ai
cependant vu là, parmi tes valets, trois ou quatre gaillards
qui m'ont l'air de bander fort dur.
- En veux-tu tâter !
- Pourquoi pas ? Et toi, Juliette ?
- Non, dis-je préoccupée d'une idée plus forte
que moi, et dont je n'étais pas la maîtresse, non, j'aime
mieux boire des liqueurs et causer avec Durand, que de foutre. J'ai
mes règles, d'ailleurs, et ne me sens nullement en train.
- Voilà la première fois que tu refuses des vits, dit
Clairwil avec une sorte d'inquiétude dont j'étais loin
de pénétrer la cause... Allons, viens mon ange, poursuivit
Clairwil, quand on ne veut pas foutre par-devant, on fout par-derrière
; viens donc, tu sais que je ne goûte jamais de vrais plaisirs
sans toi.
- Non, dis-je toujours entraînée par cette sorte de pressentiment
qui me maîtrisait ; non, te dis-je, je ne bande point du tout,
et je veux jaser...
Clairwil entre dans le cabinet qui lui était destiné,
et je vis distinctement, dans une glace, un signe énergique
qu'elle fit à la sorcière, et qui me parut ne pouvoir
être autre chose qu'une forte recommandation de silence. Les
portes se ferment ; je reste avec Durand.
- Oh ! Juliette, me dit cette femme dès que je fus seule avec
elle, rends grâces à ton étoile des sentiments
que tu m'inspires. Charmante fille, poursuit-elle en m'embrassant,
non, tu ne seras pas la victime d'un monstre... Préférable
à lui sous tous les rapports, je sauverai tes jours en te prévenant
de tout.
- De quoi s'agit-il donc ? madame, vous me glacez d'effroi !
- Écoute-moi, Juliette, et surtout ne révèle
rien. Cette île, en Dalmatie... cette princesse Christine...
ce voyage... Chère fille, tu étais perdue... tout cela
n'était que des pièges tendus par une femme que tu croyais
ton amie.
- Quoi ! Clairwil ?
- Elle avait comploté ta mort. Elle est jalouse de tes richesses
; elle a dans sa poche un écrit, où vous vous êtes
mutuellement promis d'hériter l'une de l'autre ; elle t'assassinerait
pour avoir ton bien.
- Oh ! L'infernale créature ! m'écriai-je en furie.
- Calme-toi, Juliette, calme-toi ; un mot peut te perdre encore ;
achève de m'écouter. La felouque où nous nous
embarquions faisait naufrage ; nous nous sauvions, tu périssais...
Venge-toi ; prends ce paquet, il contient la poudre fulminante ; c'est
le plus prompt des venins que nous employons. A peine en aura-t-elle
pris, qu'elle tombera à tes pieds comme frappée de la
foudre. Je ne te demande rien pour le service que je te rends ; ne
le regarde jamais que comme le fruit de mon excessive tendresse pour
toi...
- Ô ma bienfaitrice ! m'écriai-je en larmes, de quel
affreux danger tu me préserves !... Mais achève de m'expliquer
tout ce mystère... Comment es-tu dans Ancône ?... Comment
Clairwil t'a-t-elle vue ?
- Je vous suis depuis Naples, où j'étais pour mes poisons
: Clairwil, qui m'y rencontra, me prescrivit tout ceci. Je vous ai
laissées à Lorette, et suis venue dans cette ville pour
y disposer une scène où je ne me prêtai qu'avec
le plus ferme désir de te sauver la vie. Si j'eusse refusé
à Clairwil, elle employait d'autres moyens, et tu périssais
infailliblement.
- Mais, dès que Clairwil voulait se défaire de moi,
quel besoin d'attendre si longtemps ?
- Vos écrits n'étaient pas faits, vos sommes n'étaient
point placées, il fallait être sorti de Rome, et elle
savait qu'en quittant cette ville, vous ne séjourneriez qu'à
Lorette. Ce fut pour la journée d'ensuite qu'elle m'ordonna
de tout disposer.
- Indigne créature ! m'écriai-je, toi que j'aimais avec
tant de sincérité, dans les bras de qui je me livrais
avec tant de candeur et de bonne foi !
- C'est un monstre de fausseté et de perfidie : il n'est aucune
espèce d'occasion où l'on puisse compter sur elle ;
et l'instant où l'on s'imagine avoir le moins à en craindre,
est celui où il faut s'en méfier avec le plus de soin...
J'entends du bruit, peut-être va-t-elle rentrer ; elle redoute
notre entretien ; compose-toi, et ne la manque pas ; adieu.
Effectivement, Clairwil rentra très agitée ; elle avait
mal foutu, disait-elle, les deux hommes qu'on lui avait donnés
bandaient mal : elle ne s'accoutumait point, d'ailleurs, à
goûter des plaisirs que ne partageait point sa chère
Juliette.
- Je déchargerais mieux avec toi, me dit-elle, si tu voulais
que nous nous branlassions.
- Ce sera pour cette nuit, répondis-je, en déguisant
mon cruel état du mieux qu'il m'était possible ; mais
d'honneur, à présent, ma chère, je ne banderais
pas pour Adonis.
- Eh bien ! dit Clairwil, retournons au logis ; aussi bien, je me
sens accablée ; je ne serai pas fâchée de me mettre
au lit de bonne heure. Adieu, Durand, poursuivit-elle, à demain.
Tâche, surtout, que nous ayons dans la felouque des musiciens,
des vivres et de bons fouteurs ; je ne connais point d'autre façon
de me désennuyer sur mer.
Nous rentrâmes.
- C'est une singulière femme que cette Durand, me dit Clairwil,
dès que nous fûmes seules ; elle est bien dangereuse,
ma chère : à quelle épreuve elle a mise mon amitié
pour toi ! Croiras-tu que, dans l'instant où tu nous a quittées
quelques minutes pour passer dans une garde-robe, la scélérate
m'a proposé de t'empoisonner pour deux mille louis ?
Peu surprise, je ne vis, dans ce propos, qu'un mauvais piège
dans lequel il m'était impossible de donner. Je pris assez
sur moi, cependant, pour avoir l'air de tout croire.
- Oh ! Dieu ! dis-je, cette femme est un monstre ! Voilà donc
la raison qui me l'a fait trouver si fausse, dans le peu de temps
que j'ai causé avec elle.
- Sans doute ; elle avait comploté contre tes jours ; ta mort
la divertissait.
- Ah ! dis-je, en fixant Clairwil, c'était peut-être
pendant notre voyage sur mer, que la coquine exécutait son
funeste coup...
- Non, dit Clairwil sans nul embarras... à souper, ce soir,
et telle est la raison qui m'a fait t'entraîner si vite...
- Mais ce voyage, dis-je, il m'inquiète, à présent
: en réponds-tu bien ?
- Oh ! sur ma tête : j'ai totalement changé ses idées,
je te réponds qu'elle n'y pense plus ; soupons.
On nous sert ; j'étais décidée. Dans l'impossibilité
absolue d'être la dupe de ce que me disait Clairwil, trop pénétrée
de la franchise des aveux de la Durand, je glisse au premier plat
que je sers à Clairwil le venin caché dans mes doigts...
Elle avale, chancelle, et tombe en poussant un cri furieux.
- Me voilà vengée, dis-je à mes femmes, très
étonnées de cette syncope...
Et je leur dévoile aussitôt l'aventure.
- Oh ! foutre, m'écriai-je, savourons les doux charmes de la
vengeance, et faisons des horreurs maintenant : branlez-moi toutes
deux sur le cadavre de cette putain, et que son exemple vous apprenne
à ne jamais trahir votre amie.
Nous dépouillâmes Clairwil, nous l'étendîmes
nue sur un lit... Je la branlai ; elle était encore chaude
; armée d'un godemiché, je la foutis ; Élise
me faisait baiser son cul ; pendant ce temps-là, je chatouillais
le con de Raimonde. Je parlais à cette malheureuse, comme si
elle eût encore existé ; je lui adressais des reproches
et des invectives, comme si elle eût pu m'entendre ; je pris
des verges, je lui donnai le fouet... je l'enculai. Insensible à
tout, je vis bien qu'il n'y avait plus d'espoir, je la fis mettre
dans un sac. Et ses propres valets, qui la détestaient et qui
me surent le meilleur gré du monde de les avoir débarrassés
d'une aussi mauvaise maîtresse, se chargèrent, dès
qu'il ferait nuit, d'aller secrètement la porter à la
mer.
J'écrivis, sur-le-champ, à mon banquier, à Rome,
qu'en raison du contrat passé entre Clairwil et moi, au moyen
duquel les biens placés ensemble chez lui appartenaient au
dernier vivant, il eût à ne plus faire passer qu'à
moi le total du revenu. D'où il résultait qu'en réunissant
les deux fortunes sur ma tête, je me trouvais plus de deux millions
de rente. Rien ne s'arrange comme un meurtre, en Italie : je fis donner
deux cents sequins à la justice d'Ancône, il n'y eût
seulement pas de procès-verbal.
- Eh bien ! dis-je à Durand, en allant dîner chez elle
le lendemain et sans vouloir lui rien expliquer encore, c'est donc
ainsi que vous avez voulu me tromper ? Clairwil m'a tout dit : vous
deviez m'empoisonner hier soir... Elle seule s'y est opposée.
- L'infernale créature ! répondit la Durand, avec tout
l'air de la franchise. Oh ! Juliette, croyez que je vous ai dit la
vérité : je vous aime trop pour vous en imposer sur
des faits aussi graves. Je suis scélérate autant qu'une
autre, peut-être plus qu'une autre, mais quand j'aime une femme,
je ne la trompe jamais... Tu n'as donc pas exécuté.
- Non, Clairwil respire ; elle me suit ; nous allons partir. Eh bien
! puisque je t'ai trahie, je me retire donc...
- Oh ! Juliette, que vous payez mal les services que je vous ai rendus...
- Mieux que tu ne penses, Durand, interrompis-je avec vivacité,
en lui glissant d'une main un portefeuille où il y avait cent
mille écus ; et lui montrant, de l'autre, les cheveux de Clairwil,
que j'avais coupés. Tiens, voilà les ornements de la
tête que tu as proscrite, et voici la récompense de ta
généreuse amitié.
- Garde tout cela, me répondit la Durand. Juliette, je t'adore,
je n'ai voulu de prix à tout ce que j'ai fait, que le bonheur
de t'adorer sans rivale : j'étais jalouse de Clairwil, je ne
le cache pas, mais je l'eusse pourtant épargnée, sans
l'horreur dont elle s'est rendue coupable envers toi. Il m'a été
impossible de lui pardonner l'attentat formé contre les jours
de celle dont je voudrais prolonger la vie aux dépens de la
mienne. Je suis beaucoup moins riche que toi, sans doute, mais j'ai
de quoi vivre magnifiquement, et puis me passer de l'argent que tu
m'offres : mon métier ne m'en laissera jamais manquer ; je
ne veux pas être payée d'un service rendu par mon cur.
- Plus de séparation désormais entre nous, dis-je à
la Durand ; quitte ton auberge, viens dans la mienne ; tu prendras
les gens, les équipages de Clairwil, et nous partirons pour
Paris, dans deux ou trois jours.
Tout s'arrangea ; Durand ne conserva qu'une femme de chambre, à
laquelle elle était extrêmement attachée ; elle
renvoya le reste de sa maison, et vint s'établir chez Clairwil.
Il était facile de voir, à l'air dont cette femme me
dévorait des yeux, que ce qu'elle attendait avec le plus d'impatience,
était l'instant où, pour prix de ce qu'elle avait fait,
mes faveurs lui seraient accordées. Je ne la fis pas languir
: après le dîner le plus somptueux et le plus élégant,
je lui tends les bras ; elle s'y précipite ; nous volons dans
ma chambre ; tout s'y ferme, et je me livre, avec d'inexprimables
délices, à la plus libertine et la plus luxurieuse des
femmes. Durand, âgée de cinquante ans, n'était
pas encore sans mérite ; ses formes étaient belles et
bien conservées ; sa bouche fraîche, sa peau douce et
peu ridée ; un superbe cul, la gorge encore soutenue, fort
blanche, des yeux très vifs, beaucoup de noblesse dans les
traits, et des transports dans le plaisir... des goûts d'une
bizarrerie... ! Par un caprice de la nature, dont Clairwil et moi
nous ne nous étions jamais doutées, Durand n'avait jamais
pu jouir des plaisirs ordinaires de la jouissance : elle était
barrée, mais (et de cela vous devez vous en souvenir) son clitoris,
long comme le doigt, lui inspirait pour les femmes le goût le
plus ardent. Elle les foutait, elle les enculait ; elle voyait aussi
des garçons : l'extrême largeur du trou de son cul me
fit bientôt voir que, quant aux intromissions, elle se dédommageait
par celle-là. Je fis les avances, et crus qu'elle mourrait
de plaisir, sitôt qu'elle sentit mes mains sur sa chair.
- Déshabillons-nous, me dit-elle, on ne jouit bien que nue.
J'ai, d'ailleurs, la plus grande envie de revoir tes charmes, Juliette,
je brûle de les dévorer...
Tout est à bas dans une minute. Mes baisers parcourent ce beau
corps avec ardeur ; et, peut-être, eussé-je eu bien moins
de plaisir, si Durand eût été plus jeune. Mes
goûts commençaient à se dépraver, et l'automne
de la nature me donnait des sensations bien plus vives que son printemps.
Objet unique des caresses de cette femme ardente, j'étais accablée
de luxures ; on n'imagine pas à quel point elle portait ses
recherches : oh ! comme les femmes criminelles sont voluptueuses !
que leurs lubricités sont savantes !
Prudes, langoureuses et froides, insupportables bégueules,
qui n'osez pas seulement toucher le membre qui vous perfore, et qui
rougiriez de lâcher un foutre en foutant, venez, venez ici prendre
des exemples : c'est à l'école de la Durand où
vous vous convaincrez de votre ineptie.
Après les premières caresses, Durand, moins gênée
que lorsque Clairwil était, comme autrefois, en tiers avec
nous, me déclara ses fantaisies, en me suppliant de m'y soumettre.
A genoux devant moi, il fallait qu'en l'accablant d'invectives, je
lui frottasse le nez tour à tour, et de mon con et de mon cul
; il fallait, en frottant le devant, que je lui pissasse sur le visage.
Cela fait, je devais la couvrir de coups de pied et de coups de poing,
m'emparer d'une poignée de verges, et la fustiger jusqu'au
sang. Quand, à force de mauvais traitements, je l'aurais étendue
par terre, il fallait que, ma tête entre ses cuisses, je la
gamahuchasse un quart d'heure, en la socratisant d'une main, et lui
branlant les tétons de l'autre ; ensuite, dès qu'elle
serait bien en feu, je devais me laisser enculer avec son clitoris,
pendant qu'elle chatouillerait le mien.
- Je te demande pardon de tant de choses, Juliette, me dit cette libertine,
après m'avoir tout expliqué ; mais si tu savais où
nous entraîne la satiété !...
- Après trente-cinq ans d'un libertinage soutenu, on ne doit
jamais faire des excuses de ses goûts, répondis-je :
tous sont respectables, tous sont dans la nature ; le meilleur de
tous est celui qui nous flatte le mieux.
Et me mettant à l'opération, je la satisfis si bien,
qu'elle pensa mourir de plaisir. Rien n'égalait les crises
voluptueuses de la Durand. De mes jours je n'avais vu de femme décharger
ainsi : non seulement elle élançait son foutre comme
un homme, mais elle accompagnait cette éjaculation de cris
si furieux, de blasphèmes tellement énergiques, et de
spasmes si violents, qu'on eût cru qu'elle tombait en épilepsie.
Je fus enculée comme si j'eusse eu affaire à un homme,
et j'y ressentis le même plaisir.
- Eh bien ! me dit-elle, en se relevant, es-tu contente de moi ?
- Oh ! foutre, m'écriai-je, tu es délicieuse, tu es
un vrai modèle de lubricité ! tes passions m'embrasent
: rends-moi tout ce que je t'ai fait.
- Quoi ! tu veux être battue ?
- Oui.
- Souffletée, fustigée ?
- Assurément.
- Tu veux que je pisse sur ton visage ?
- Sans doute, et que tu te dépêches ; car je bande et
veux décharger.
La Durand, plus accoutumée que moi à ces services, s'y
prend avec une telle agilité, elle y emploie une si grande
adresse, qu'elle me fait à l'instant partir, sous les titillations
voluptueuses de sa langue impudique.
- Comme tu décharges, cher amour ! me dit-elle ; comme tu ressens
énergiquement le plaisir ! Ah ! tu ne me le cèdes en
rien.
- Il faut que je te l'avoue, Durand, répondis-je, tu m'échauffes
étonnamment la tête ; je suis étonnamment glorieuse
d'être liée avec une femme comme toi ; maîtresses
toutes deux des jours de l'univers entier, il me semble que notre
réunion nous rend supérieures à la nature même.
Oh ! que de crimes nous allons commettre ! que d'infamies nous allons
faire !
- Tu ne regrettes donc plus Clairwil ?
- Le puis-je, quand je te possède ?
- Et si je n'avais inventé toute cette histoire que pour me
débarrasser d'une rivale ?
- Oh ! quel excès de scélératesse !
- Si je m'en étais souillée ?
- Mais, Durand, Clairwil m'a dit que tu lui avais offert de m'empoisonner
pour deux mille louis.
- Je savais bien qu'elle te le dirait ; je n'ignorais pas non plus
que cette confidence de sa part, loin de t'en imposer, ne te paraîtrait
qu'un piège maladroit qui, avec la finesse que je te connaissais,
ne servirait qu'à te faire hâter le crime que je voulais
que tu commisses.
- Et pourquoi choisir ma main pour cela ? Ne pouvais-tu pas t'en charger
?
- Il était bien plus délicieux pour moi de te faire
trancher les jours de ma rivale ; pour que ma volupté fût
complète, il fallait que ton bras me servît : il l'a
fait.
- Juste ciel ! quelle femme tu es !... Mais elle fut inquiète
en dînant chez toi l'autre jour, elle goûta mal les plaisirs
que tu lui destinais : on eût dit qu'elle se méfiait
de notre tête-à-tête... elle te fit un signe...
- J'avais préparé cette inquiétude, parce que
j'en pressentais les résultats sur toi ; tu vois bien que j'ai
réussi, et que son air troublé la rendit bientôt
plus coupable à tes yeux. En lui disant que je t'empoisonnerais
pour deux mille louis, elle dut craindre que je ne t'en proposasse
autant contre elle. Voilà le signal expliqué, voilà
d'où vient qu'elle trembla du tête-à-tête,
et ce frémissement, fruit de mes soins, produisit sur ton esprit
l'effet entier que j'en attendais : deux heures après, le coup
fut exécuté.
- Quoi ! d'honneur, Clairwil était innocente ?
- Elle t'adorait... Je t'adorais aussi et ne pouvais souffrir de rivale...
- Tu triomphes, scélérate, dis-je à la Durand
en me précipitant sur son sein, oui, tu triomphes complètement,
et je t'idolâtre au point que si ce crime était à
refaire, je le ferais sans qu'il fût besoin du motif dont tu
l'étayes... Et pourquoi ne m'avoir pas déclaré
ton amour à Paris ?
- Je ne l'osai devant Clairwil, et, quand tu revins me voir sans elle,
l'homme que tu me conduisais me gêna ; la seconde fois je n'y
étais plus. Mais je ne t'ai jamais perdue de vue, ma chère
et tendre amie. Je t'ai suivie à Angers, en Italie, tout en
faisant mon commerce ; je t'avais toujours sous les yeux. Mon espoir
disparut, en voyant tes différentes liaisons avec les Donis,
les Grillo, les Borghèse, et je me désespérai
bien plus encore, quand je sus que tu avais retrouvé Clairwil...
Enfin je t'ai suivie de Rome ici, et lasse d'être si longtemps
contrariée, j'ai voulu dénouer l'aventure : tu vois
comme j'ai réussi.
- Inexplicable et délicieuse créature ! on ne porta
jamais plus loin la fausseté, l'intrigue, la méchanceté,
la scélératesse et la jalousie !
- C'est que personne n'eut jamais ni mes passions ni mon cur
! c'est que personne n'aima jamais comme je t'aime.
- Mais quand tes feux seront éteints, tu me traiteras sans
doute comme tu viens de traiter Clairwil... Aurai-je le temps de me
défendre ?
- Je vais te tranquilliser, mon ange, et répondre énergiquement
à tes injustes soupçons ; écoute-moi. J'exige
que tu conserves à jamais l'une de tes femmes, Élise
ou Raimonde ; choisis, je ne te laisserai pas l'autre, je t'en préviens.
- Mon choix est fait, je garde Raimonde.
- Eh bien ! poursuivit Durand, si jamais Raimonde périt d'une
manière tragique, et dont tu ne puisses soupçonner la
cause, n'en accuse que moi. J'exige maintenant que tu laisses un écrit
dans les mains de cette fille, qui l'autorise à me dénoncer
comme ton assassin si jamais tu péris toi-même d'une
manière malheureuse, pendant notre liaison.
- Non, je ne veux point de ces précautions ; je me livre à
toi, je m'y livre avec délices ; j'aime l'idée de mettre
ma vie dans tes mains... Laisse-moi Élise, laisse-moi tout
le monde, ne gêne pas mes goûts. Je suis libertine, je
ne te promettrai jamais d'être sage, mais je te ferai le serment
de t'adorer toujours.
- Je n'ai pas envie de te tyranniser ; au contraire, je servirai moi-même
tes plaisirs, je ferai tout pour tes jouissances physiques ; mais
si le moral y entrait pour quelque chose, je t'abandonnerais à
l'instant. Je connais l'impossibilité de captiver une femme
comme toi, putain par principe et par tempérament : ce serait,
je le sais, vouloir imposer des digues à la mer ; mais tu peux
toujours être maîtresse de ton cur, je te le demande...
j'exige qu'il ne soit qu'à moi.
- Je te le jure.
- Va, nous goûterons de bien grands plaisirs ; le libertinage
n'est bon que quand le sentiment n'y entre pour rien : il faut n'avoir
qu'une amie, n'aimer sincèrement qu'elle, et foutre avec tout
le monde... Juliette, il faut, si tu veux me croire, renoncer à
ce train d'opulence avec lequel tu marches ; je réformerai
moi-même la moitié de mon train ; nous n'en ferons pas
moins bonne chère, nous n'en aurons pas moins toutes nos aises
; mais il est inutile de s'afficher. D'ailleurs, je veux suivre mon
état, et l'on viendrait difficilement acheter à une
femme que l'on verrait voyager en reine.
- Et moi aussi, répondis-je, je veux satisfaire mes goûts,
je veux voler, je veux me prostituer, et nous nous livrerons difficilement
à tout cela, avec tant d'étalage.
- Il faut que je passe pour ta mère : avec ce titre je te prostituerai
moi-même. Élise et Raimonde seront tes parentes ; nous
trafiquerons également leurs charmes, et sois sûre, qu'à
la tête d'un pareil sérail, nous ferons de l'argent en
Italie.
- Et tes poisons ?
- Je les vendrai mieux, je les vendrai plus cher. Il faut que nous
retournions en France sans dépenser un sol du nôtre,
et que nous ayons au moins deux millions de profit.
- Quelle route allons-nous prendre ?
- J'aurais bien envie de retourner vers le Midi. Tu n'as pas d'idées,
Juliette, de la dépravation des murs calabraises et siciliennes
; je connais cette partie, nous y ferions des trésors : j'y
vendis l'an passé, pour cinq cent mille francs de poisons ;
je ne pouvais réussir à les composer. Ils sont crédules
comme tous les gens faux ; en leur disant la bonne aventure, je leur
persuadais tout ce que je voulais... Ô Juliette ! c'est un bon
pays.
- Je voudrais retourner à Paris, dis-je à la Durand,
il me tarde d'y être établie : n'y vivrons-nous pas mieux
qu'en courant ainsi ? n'y pourrons-nous pas faire les mêmes
choses ?
- Il faut au moins voir Venise ; de là, nous gagnerons Milan
et Lyon.
- A la bonne heure.
Nous dînâmes. Durand me dit qu'elle voulait faire toute
la dépense, qu'elle se payerait sur le gain, mais qu'elle me
suppliait de ne pas lui enlever le plaisir d'avoir l'air de m'entretenir
: j'y consentis.
Je mettais, je l'avoue, la même délicatesse à
recevoir ses soins, qu'elle en mettait à me les rendre. Le
crime a donc aussi ses délicatesses : il connaîtrait
bien mal les hommes, celui qui ne le croirait pas.
- Est-il vrai, dis-je à ma nouvelle compagne, que tu possèdes
le baume de longue vie ?
- Ce baume n'existe point, me dit la Durand, ceux qui le distribuent
ne sont que des imposteurs. Le vrai secret, pour prolonger sa vie,
est d'être sobre et tempérant ; or, nous sommes trop
loin de ces vertus pour espérer les dons du baume. Eh ! qu'importe,
ma chère, il vaut mieux vivre un peu moins, et s'amuser ; que
serait la vie, sans les plaisirs ? Si la mort était un tourment,
je te conseillerais d'allonger ta vie ; mais comme ce qui peut nous
arriver de pis est de retomber dans le néant où nous
étions avant que de naître, ce doit être sur l'aile
des plaisirs qu'il faut parcourir la carrière.
- Oh ! mon amour, tu ne crois donc pas à une autre vie ?
- Je serais bien honteuse d'adopter de pareilles chimères ;
mais trop éclairée sur toutes ces choses, je ne crois
pas avoir rien à t'apprendre, et j'imagine que, bien pénétrée
des premiers principes de la philosophie, et l'immortalité
de l'âme et l'existence de Dieu sont, à tes regards,
des extravagances sur lesquelles tu ne te donnes pas même la
peine de réfléchir. La fausseté de tous ces systèmes
démontrée, il en est un que j'élève sur
leur ruine, et qui, sans doute, a quelque originalité ; je
l'appuie sur une infinité d'expériences. Je soutiens
que l'horreur que la nature nous inspire pour la mort n'est le fruit
que des craintes absurdes que nous nous formons dès l'enfance
sur cet anéantissement total, d'après les idées
religieuses dont on a la sottise de nous remplir la tête. Une
fois guéris de ces craintes et rassurés sur notre sort,
non seulement nous ne devons plus voir la mort avec répugnance,
mais il devient facile de démontrer qu'elle n'est réellement
plus qu'une volupté. Tu conviendras d'abord qu'on ne peut s'empêcher
d'être certain qu'elle ne soit une des nécessités
de la nature, qui ne nous a créés que pour cela ; nous
ne commençons que pour finir ; chaque instant nous mène
à ce dernier terme ; tout prouve que c'est l'unique fin de
la nature. Or, je demande comment il est possible de douter, d'après
l'expérience acquise, que la mort, en tant que besoin de la
nature, ne doive pas devenir, de ce moment-là seul, une volupté,
puisque nous avons sous nos yeux la preuve convaincante que tous les
besoins de la vie ne sont que des plaisirs. Il y a donc du plaisir
à mourir ; il est donc possible de concevoir qu'avec de la
réflexion et de la philosophie, on puisse changer en idées
très voluptueuses toutes les ridicules frayeurs de la mort,
et qu'on puisse même y penser et l'attendre en s'excitant aux
plaisirs des sens.
- Ce système, absolument nouveau, et qui n'est pas sans vraisemblance,
dis-je à mon amie, serait dangereux à mettre au jour.
Que de gens, uniquement contenus par la crainte de la mort, et qui,
délivrés de cette frayeur, se livreraient à tout,
de sang-froid...
- Mais, dit ma délicieuse amie, je suis bien loin de chercher
à éloigner du crime ; je ne travaille au contraire qu'à
dégager sa route de toutes les entraves qu'y met la sottise.
Le crime est mon élément ; la nature ne m'a fait naître
que pour le servir, et je voudrais multiplier à l'infini tous
les moyens de le commettre.
- Le métier que je fais, et que j'exerce bien plus par libertinage
que par besoin, prouve l'extrême désir que j'ai d'étendre
le crime ; je n'ai point de passion plus ardente que celle de le propager
dans le monde, et si je pouvais l'envelopper tout entier dans mes
pièges, je le pulvériserais sans remords.
- Et quel est le sexe contre lequel ta fureur libertine complote avec
le plus de plaisir ?
- Ce n'est pas le sexe qui m'irrite, c'est l'âge, les liens,
l'état de la personne. Lorsque ces convenances se trouvent
dans un homme, je l'immole avec plus de volupté qu'une femme
; se rencontrent-elles dans une femme, elle obtient aussitôt
la préférence.
- Eh ! quelles sont ces convenances ? demandai-je.
- Je ne devrais pas te les dire.
- Pourquoi donc ?
- Tu tireras de ces aveux mille fausses inductions qui gêneront
ensuite notre commerce.
-Ah ! je t'entends, je conçois l'un des rapports qui échauffent
ta tête : tes faveurs, sûrement, sont des arrêts
de mort ?
- Ne l'avais-je pas dit ? Écoute-moi donc, Juliette, et tranquillise-toi.
Je ne te déguiserai pas, sans doute, qu'un objet qui ne m'aurait
servi que de simple et unique jouissance, sans aucune espèce
de relation avec moi, ne fût, par cela seul, proscrit dans mon
imagination. Mais si je rencontre, dans cet objet, des similitudes,
des convenances, telles que celles que j'ai trouvées en toi,
ne doute pas qu'alors, loin de briser les nuds qui m'attachent
à un tel objet, je ne les resserre par tous les moyens qui
seront en moi. Au nom du plus tendre amour, cesse donc de t'inquiéter,
mon ange ; je t'ai offert une façon certaine de te rassurer,
ta délicatesse la refuse : ne me laisse donc pas d'imaginer
maintenant que ton esprit puisse contrarier ton cur ; ai-je
d'ailleurs des moyens que tu ne possèdes toi-même ?
- Assurément, tu en as, répondis-je, et je suis loin
de connaître toute la profondeur de ton art.
- J'en conviens, dit mon amie en souriant, mais sois bien assurée
que cet art ne sera mis en usage avec toi que pour te contraindre
à m'aimer.
- Ah ! j'y compte ; je sais que les scélérats ne se
nuisent jamais entre eux ; et sois bien convaincue que sans les affreux
soupçons que tu m'avais donnés sur Clairwil, je ne l'aurais
pas sacrifiée.
- Il entre des regrets dans ce propos, Juliette ?
- Eh bien ! non, non, dis-je, en baisant mille et mille fois mon amie,
finissons même toute sorte d'explication là-dessus. Je
te répète que je me livre à toi, tu peux compter
sur mon cur comme je fais fond sur le tien ; notre union fait
notre force, et rien ne pourra la dissoudre. Achève-moi donc
maintenant, je te prie, le détail des convenances qui t'irritent
pour la consommation du crime : j'aime à voir si elles se rapportent
aux miennes, et jusqu'ici j'y vois de grandes ressemblances.
- Je t'ai dit que l'âge y faisait beaucoup ; j'aime à
dessécher la plante quand elle est arrivée à
sa plus grande perfection de fraîcheur et de beauté :
entre quinze et dix-sept ans, voilà les roses que je moissonne
avec plaisir, surtout quand la santé est parfaite, et que la
nature, que j'ai l'art de contrarier alors, paraît avoir formé
cet objet pour arriver bien plus sain au dernier terme de la vie.
Ah ! Juliette, comme je jouis alors ! Les liens m'irritent aussi :
je prive avec délices un père de son enfant, un amant
de sa maîtresse.
- Une tribade de sa bonne amie ?
- Eh bien ! oui, méchante, tu l'as vu. Est-ce ma faute si la
bizarre nature m'a créée coquine à ce point ?
Si cet objet m'appartient, mon plaisir redouble. J'ai dit que l'état
de la personne contribuait aussi beaucoup à l'embrasement de
ma tête : j'aime sur cela les deux extrêmes, la richesse
et la qualité, ou l'indigence et l'infortune. Je veux, en général,
que le choc produise un ébranlement considérable, que
la perte que j'occasionne coûte des pleurs ; je jouis délicieusement
en les voyant répandre. Leur abondance ou leur âcreté
détermine mon foutre : plus ils coulent, mieux je décharge...
- Oh ! ma tendre et délicieuse amie ! dis-je à moitié
pâmée, branle-moi, je t'en conjure ; tu vois le trouble
où tu me plonges ; je n'ai jamais connu personne dont les sentiments
soient plus conformes aux miens. Clairwil n'était qu'une enfant
près de toi ; tu es ce qui convient le mieux à mon bonheur,
tu es la femme que je cherchais ; ne m'abandonne plus...
Et Durand, pour profiter de mon extase, m'ayant fait pencher sur un
canapé, me branla avec trois doigts, comme je ne l'avais été
de mes jours. Je le lui rendis ; je suçai son clitoris ; et
quand je vis que le trou de son cul s'ouvrait et se resserrait comme
le calice des fleurs aux douces injections de la rosée, je
m'armai d'un godemiché, et l'enculai en continuant de la branler.
Jamais on ne vit de cul de cette largeur. Mon instrument avait huit
pouces de tour sur un pied de long : à peine l'eus-je présenté,
qu'il disparut dans un instant. Alors la putain sacra, se trémoussa
comme une véritable forcenée ; et je vis bien que, si
la nature l'avait privée de connaître les plaisirs du
vulgaire, elle l'en avait bien complètement dédommagée
en lui accordant pour ceux-ci les plus délicates sensations.
Un des grands talents de ma nouvelle amie consistait dans l'art de
donner du plaisir en en recevant ; elle était si souple...
si agile, que, pendant que je l'enculais, elle s'enlaçait autour
de mon corps, et parvenait à me baiser la bouche et à
me branler le cul. Abandonnant quelquefois tout pour ne se livrer
qu'à ses sensations, alors elle blasphémait avec une
énergie que je n'avais connue à personne ; et, sous
quelque rapport que l'on considérât cette femme singulière,
on voyait qu'enfant du crime, de la luxure et de l'infamie, il n'était
pas une seule de ses qualités physiques ou morales qui ne tendît
à en faire la plus insigne libertine de son siècle.
Durand voulut me rendre tout ce que je lui avais fait. Elle m'encula,
et, lubriquement branlée par elle, je soutins au mieux le même
godemiché, je déchargeai trois fois sous ses coups ;
et, je le répète, je n'avais jamais vu de femmes entendre
aussi bien l'art de donner des plaisirs.
Nous nous remîmes à boire,