Histoire
de Juliette
ou les Prospérités
du vice
CINQUIÈME PARTIE
D'énormes paravents enveloppaient l'autel isolé de saint
Pierre, et donnaient une salle d'environ cent pieds carrés,
dont l'autel formait le centre, et qui n'avait plus, au moyen de cela,
aucune communication avec le reste de l'église. Vingt jeunes
filles ou jeunes garçons, placés sur des gradins, ornaient
les quatre côtés de ce superbe autel. Également
dans les quatre coins, entre les marches et les gradins, était,
dans chacun, un petit autel à la grecque destiné aux
victimes. Près du premier se voyait une jeune fille de quinze
ans ; près du second, une femme grosse, d'environ vingt ans
; près du troisième, un jeune garçon de quatorze
ans ; près du quatrième, un jeune homme de dix-huit
ans, beau comme le jour. Trois prêtres étaient en face
de l'autel, prêts à consommer le sacrifice, et six enfants
de chur, tout nus, se préparaient à le servir
: deux étaient étendus sur l'autel, et leurs fesses
allaient servir de pierres sacrées. Braschi et moi, nous étions
couchés dans une ottomane élevée sur une estrade
de dix pieds de haut, à laquelle on ne parvenait que par des
marches recouvertes de superbes tapis de Turquie ; cette estrade formait
un théâtre où vingt personnes pouvaient se tenir
à l'aise. Six petite Ganymèdes de sept ou huit ans,
tout nus, assis sur les escaliers, devaient, au moindre signal, faire
exécuter les ordres du Saint-Père ; différents
costumes, aussi galants que pittoresques, embellissaient les hommes,
mais celui des femmes était trop délicieux pour ne pas
mériter une description particulière. Elles étaient
vêtues d'une chemise de gaze écrue qui flottait négligemment
sur leur taille sans la masquer ; une collerette en fraise ornait
leur cou ; et la tunique que je viens de décrire était,
par le moyen d'un large ruban rose, renouée au-dessous de leurs
reins, qu'elle laissait absolument à découvert ; par-dessus
cette chemise, elles avaient une simarre de taffetas bleu, qui, se
rejetant et voltigeant en arrière, n'ombrageait en rien le
devant ; une simple couronne de roses ornait leurs cheveux, flottant
en boucles sur leurs épaules. Ce déshabillé me
parut d'une telle élégance que je voulus m'en revêtir
sur-le-champ. La cérémonie commença.
Aussitôt que le Saint-Père formait un désir, les
six aides de camp, placés sur les marches de notre estrade,
volaient aussitôt pour le satisfaire. Trois filles furent demandées.
Le pape s'assit sur la figure de l'une, en lui ordonnant de lui gamahucher
l'anus ; la seconde suça son vit ; la troisième chatouilla
ses couilles ; et mon cul, pendant ce temps-là, devint l'objet
des baisers du Saint-Père. La messe se disait, et les ordres
donnés pour que mes désirs s'exécutassent avec
la même célérité que ceux du souverain
pontife. Dès que l'hostie fut consacrée, l'acolyte l'apporta
sur l'estrade et la déposa respectueusement sur la tête
du vit papal ; aussitôt qu'il l'y voit, le bougre m'encule avec.
Six jeunes filles et six beaux garçons lui présentent
indistinctement alors, et leurs vits et leurs culs ; j'étais
moi-même branlée en dessous par un très joli jeune
homme, dont une fille masturbait le vit. Nous ne résistons
point à ce conflit de luxure ; les soupirs, les trépignements,
les blasphèmes de Braschi m'annoncent son extase et décident
la mienne ; nous déchargeons en hurlant de plaisir. Sodomisée
par le pape, le corps de Jésus-Christ dans le cul, ô
mes amis, quelles délices ! Il me semblait que je n'en avais
jamais tant goûté de ma vie. Nous retombâmes épuisés
au milieu des divins objets de luxure qui nous entouraient, et le
sacrifice s'acheva.
Il s'agissait de retrouver des forces ; Braschi ne voulait pas que
les supplices commençassent avant qu'il ne rebandât.
Pendant que vingt filles et autant de garçons travaillaient
à le rendre à la vie, je me fis foutre une trentaine
de coups, sous les yeux du pape, au milieu d'un groupe de jeunes gens
; j'en excitais communément quatre pendant que j'étais
l'objet des caresses de deux. Braschi jouissait des excès de
mon libertinage ; il m'encourageait à en redoubler les élans.
Une nouvelle messe se célébra, et, cette fois-ci, l'hostie
apportée sur le plus beau vit de la salle, s'introduisit dans
le cul du Saint-Père, qui, commençant à rebander,
me rencula en s'entourant de fesses.
- Bon ! dit-il en se retirant au bout de quelques courses, je ne voulais
que bander. Immolons maintenant.
Il ordonne le premier supplice ; il devait s'exécuter sur le
jeune homme de dix-huit ans. Nous le faisons approcher de nous, et,
l'ayant caressé, baisé, pollué, sucé,
Braschi lui déclare qu'il va le crucifier comme saint Pierre,
la tête en bas. Il reçoit sa sentence avec résignation
et la subit avec courage. Je branlais Braschi pendant qu'on exécutait
; et devinez quels étaient les bourreaux ! les mêmes
prêtres qui venaient de célébrer des messes. Le
jeune homme, ainsi traité, fut attaché avec sa croix
à l'une des colonnes torses de l'autel de saint Pierre, et
l'on passa à la fille de quinze ans. Également approchée
de nous, le pape l'encula ; je la branlais ; elle fut condamnée
d'abord à la plus vigoureuse fustigation, puis pendue à
la seconde des colonnes de l'autel.
Le petit garçon de quatorze ans parut ; Braschi l'encule de
même ; et voulant exécuter celui-là de sa main,
il n'y eut sorte de vexations, sorte d'horreurs qu'il ne lui fît
éprouver. Ce fut là où je reconnus toute la cruelle
scélératesse de ce monstre. Il suffit d'être sur
le trône pour porter ces infamies à leur dernier période
: l'impunité de ces coquins couronnés les entraîne
à des recherches que n'inventeraient jamais d'autres hommes.
Enfin ce scélérat, ivre de luxure, arrache le cur
de cet enfant, et le dévore en perdant son foutre. Il restait
la femme grosse.
- Amuse-toi de cette coquine, me dit Braschi, je te la livre ; je
sens que je ne rebanderai plus, mais je ne t'en verrai pas moins jouir
avec la plus entière volupté : dans quelque état
que je puisse être, le crime m'amuse toujours ; ne la ménage
donc pas.
L'infortunée s'approche.
- De qui est cet enfant ? lui demandai-je.
- D'un des mignons de Sa Sainteté.
- Et cela s'est-il fait sous ses yeux ?
- Oui.
- Le père est-il ici ?
- Le voilà.
- Allons, dis-je à ce jeune homme, fendez vous-même le
ventre de celle qui porte votre fruit ; un effrayant supplice vous
attend, si vous n'obéissez à la minute.
Le malheureux obéit ; je décharge en criblant de coups
de poignard le corps de la victime, et nous nous retirons.
Braschi voulut absolument que je passasse le reste de la nuit avec
lui ; le libertin m'adorait.
- Tu es ferme, me disait-il, voilà comme j'aime les femmes
: celles qui te ressemblent sont rares.
- La Borghèse me surpasse, répondis-je.
- Il s'en faut, me dit le pape, elle est à tout moment déchirée
de remords. Dans huit jours, poursuivit le Saint-Père, je te
donne, avec elle et les deux cardinaux, tes amis, le souper où
je me suis engagé ; et là, cher amour, sois-en sûre,
nous ferons, j'espère, quelques horreurs qui surpasseront celles-ci.
- Je m'en flatte, dis-je faussement au pontife, n'entendant par cette
réponse que le vol que je m'apprêtais à lui faire
ce jour-là ; oui, j'espère que nous en ferons de bonnes.
Braschi, qui venait de se frotter les couilles avec une eau spiritueuse
et faite pour provoquer au plaisir, voulut essayer de nouvelles tentatives.
- Je ne bande pas assez pour t'enculer, me dit-il, mais suce-moi.
Je me mis à cheval sur sa poitrine ; le trou de mon cul posait
sur sa bouche, et le coquin, tout pape qu'il était, déchargea
en reniant Dieu comme un athée.
Il s'endormit. J'avais bien envie de profiter de cet instant pour
aller prendre dans son trésor tout ce que j'en pourrais rapporter
; le chemin qu'il m'avait tracé lui-même me permettait
cette tentative sans redouter ses gardes ; mais ce projet ayant été
conçu avec Olympe, je ne voulus pas la priver du plaisir d'y
participer ; Élise et Raimonde, d'ailleurs, se trouveraient
alors avec nous, et notre moisson serait plus abondante.
Pie VI ne tarda pas à se réveiller. Il y avait consistoire
ce jour-là. Je le laissai disputer en paix sur l'état
de conscience des pays chrétiens, et fus demander pardon à
la mienne de ne pas l'avoir chargée d'une suffisante quantité
de crimes. Je l'ai dit, et je le soutiens, rien n'est pis que le remords
de la vertu, pour une âme accoutumée au mal ; et quand
on existe dans un état complet de corruption, il vaut infiniment
mieux combler la mesure que de rester en arrière ; car ce qu'on
fait de moins donne infiniment plus de peine que ce qu'on fait de
plus ne donne de plaisir.
Deux ou trois bains nettoyèrent les souillures pontificales,
et je volai chez Mme de Borghèse lui apprendre mes succès
du Vatican.
Pour éviter la monotonie des détails, je glisserai légèrement
sur ceux des nouvelles orgies que nous y célébrâmes.
La grande galerie fut le lieu de la scène ; plus de quatre
cents sujets des deux sexes y parurent ; ce qu'on y célébra
d'impuretés ne peut se peindre. Trente filles vierges, de sept
à quinze ans, et belles comme l'Amour, furent violées,
et massacrées après ; quarante jeunes garçons
eurent le même sort. Albani, Bernis et le pape s'enculèrent,
se gorgèrent de vin et d'infamies, et ce moment d'ivresse fut
celui que nous choisîmes, Olympe, Élise, Raimonde et
moi, pour aller piller le trésor. Nous enlevâmes vingt
mille sequins, que Sbrigani, placé près de là
avec des gens sûrs, fit aussitôt transporter chez Borghèse,
où nous les partageâmes le lendemain. Braschi ne s'aperçut
pas de ce vol, ou feignit politiquement de ne s'en pas douter... Je
ne le revis plus ; mes visites, sans doute, lui parurent trop chères.
Dès ce moment, je crus prudent de quitter Rome ; Olympe ne
s'en consola pas ; il fallut pourtant s'arracher, et je partis pour
Naples au commencement de l'hiver, avec un portefeuille rempli de
lettres de recommandation pour la famille royale, le prince Francaville,
et tout ce qu'il y avait de plus riche et de plus élevé
dans Naples. Mes fonds restèrent placés sur des banquiers
de Rome.
Nous voyagions dans une excellente berline, Sbrigani, mes femmes et
moi. Quatre valets à cheval nous escortaient, lorsque entre
Fondi et le môle de Gaëte, sur les confins de l'État
ecclésiastique, à environ douze ou quinze lieues de
Naples, dix hommes à cheval, vers la brune, nous prièrent,
le pistolet à la main, de vouloir bien nous détourner
du grand chemin pour aller parler au capitaine Brisa-Testa qui, fort
honnêtement retiré dans un château sur le bord
de la mer, au-dessus de Gaëte, ne souffrait pas que les honnêtes
gens qui voyageaient dans cette contrée passassent ainsi auprès
de son habitation sans lui faire une visite. Nous n'eûmes pas
de peine à comprendre ce langage, et, proportionnant aussitôt
nos forces à celles qu'on nous opposait, nous sentîmes
facilement que le plus court était d'obéir.
- Camarade, dit Sbrigani à l'officier, j'avais toujours ouï
dire que les coquins ne se détruisaient pas entre eux ; si
vous exercez la profession d'une manière, nous l'exerçons
de l'autre, et notre métier, comme le vôtre, est de faire
des dupes.
- Vous vous expliquerez avec mon capitaine, dit ce sous-chef ; pour
moi je ne sais qu'obéir, et surtout quand mes jours en dépendent
; marchons.
Comme les cavaliers, aux ordres de celui qui nous parlait, liaient,
pendant ce temps-là, nos valets à la queue de leurs
chevaux, il n'y eut pas à répliquer. Nous avançâmes.
L'officier s'était mis dans notre voiture, et quatre de ses
cavaliers la conduisaient. Nous marchâmes cinq heures de cette
manière, pendant lesquelles notre conducteur nous apprit que
le capitaine Brisa-Testa était le plus fameux chef de brigands
de toute l'Italie.
- Il a, nous dit le guide, plus de douze cents hommes à ses
ordres, et nos détachements parcourent d'un côté
tout l'État ecclésiastique jusqu'aux montagnes de Trente
; ils vont de l'autre jusqu'aux extrémités de la Calabre.
Les richesses de Brisa-Testa, poursuivit l'officier, sont immenses.
Dans un voyage qu'il fit l'année dernière à Paris,
il épousa une femme charmante qui fait aujourd'hui les honneurs
de la maison.
- Frère, dis-je à ce bandit, il me semble que les honneurs
de la maison d'un voleur ne doivent pas être bien difficiles
à faire.
- Je vous demande pardon, répondit l'officier, l'emploi de
madame est plus considérable qu'on ne le pense : c'est elle
qui égorge les prisonniers, et je vous assure qu'elle s'y prend
d'une manière tout à fait honnête, et que vous
serez enchantée de périr de sa main...
- Ah ! dis-je, c'est donc là ce que vous appelez faire les
honneurs de la maison ?... Vous êtes consolant, monsieur l'officier...
Et le capitaine est-il maintenant au logis, ou si nous n'aurons affaire
qu'à madame ?
- Vous les trouverez tous les deux, répondit le brigand ; Brisa-Testa
revient en ce moment d'une expédition dans la Calabre intérieure
qui nous a coûté quelques hommes, mais qui a valu bien
de l'argent. Depuis lors, notre paie a tiercé : voilà
ce que ce grand capitaine a de bon... une équité !...
une justice !... nous sommes toujours payés d'après
ses moyens ; il nous donnerait dix onces par jour1 , s'il gagnait
à proportion... Mais nous y voici, dit l'officier ; je suis
fâché que la nuit vous empêche de distinguer les
abords de cette superbe maison. Voici la mer et le château,
dont les impraticables alentours nous obligent à quitter ici
la voiture ; il faut, comme vous voyez, monter à pic maintenant,
et le sentier ne peut être frayé tout au plus que par
des chevaux.
Nous nous mîmes en croupe derrière nos gardes, et, au
bout d'une heure et demie de trajet, dans la plus haute montagne que
j'eusse encore vue de mes jours, un pont-levis se baissa, nous traversâmes
quelques fortifications hérissées de soldats qui nous
reconnurent militairement, et nous parvînmes au milieu de la
citadelle. C'en était effectivement une des plus fortes qu'il
fût possible de voir ; et dans l'état où l'avait
maintenue Brisa-Testa, elle était capable de soutenir les plus
longs sièges.
Il était environ minuit quand nous arrivâmes ; le capitaine
et sa femme étaient couchés ; on les éveilla.
Brisa-Testa vint nous visiter ; c'était un homme de cinq pieds,
dix pouces, dans la force de l'âge, de la figure la plus belle,
en même temps la plus dure. Il examina légèrement
nos hommes : mes compagnes et moi l'occupèrent un peu plus
longtemps, la manière brusque et féroce dont il nous
observa nous fit trembler. Il parla bas à l'officier ; les
hommes aussitôt furent emmenés d'un côté,
nos malles et nos effets de l'autre. Mes amies et moi fûmes
jetées dans un cachot où nous trouvâmes, à
tâtons, un peu de paille où nous nous couchâmes,
bien plus pour pleurer nos malheurs que pour trouver un repos difficile
à goûter dans notre horrible état. Que de cruelles
réflexions vinrent agiter nos âmes ! Le souvenir déchirant
de nos anciennes jouissances ne s'offrait à nous que pour jeter
une teinte plus sombre sur notre situation présente. Nous appesantissions-nous
sur notre état actuel, ce n'était que pour en déduire
les plus fâcheuses présomptions ; ainsi, tourmentées
du passé, déchirées du présent, frémissant
de l'avenir, à peine, dans l'état affreux où
nous étions, le sang circulait-il dans nos veines brûlantes.
Ce fut alors que Raimonde voulut me rappeler à la religion.
- Laisse là ces chimères, mon enfant, lui dis-je ; quand
on les a méprisées toute sa vie, quel que soit l'état
où l'on se trouve, il est impossible d'y revenir ; le remords
seul, d'ailleurs, rappelle à la religion, et je suis loin de
me repentir d'aucune des actions de ma vie ; il n'en est pas une seule
que je ne sois prête à commettre encore, si j'en avais
la faculté ; c'est sur la privation de cette faculté
que je pleure, et non sur les résultats obtenus d'elle quand
je la possédais. Ah ! Raimonde, tu ne connais pas l'empire
du vice dans une âme comme la mienne ! Pétrie de crimes,
alimentée par le crime, elle n'existe que pour s'en repaître,
et mon cou serait sous le glaive, que je voudrais en commettre encore
; je voudrais que mes cendres en fissent exhumer ; je voudrais que
mes mânes, errantes sur les mortels, les empoisonnassent de
crimes, ou leur en inspirassent... Ne crains rien, au surplus, nous
sommes dans les mains du vice : un dieu nous protégera. Je
frémirais bien plus, si les fers qui nous captivent étaient
ceux de l'épouvantable déesse que les hommes osent appeler
Justice. Fille du despotisme et de l'imbécillité, si
la putain nous tenait, je te ferais déjà mes derniers
adieux ; mais le crime ne m'effraya jamais ; les sectateurs de l'idole
que nous adorons respectent leurs égaux et ne les frappent
point ; nous prendrons parti avec eux, s'il le faut. J'aime déjà,
sans la connaître, cette femme dont on nous a parlé ;
je gage que nous lui plairons ; nous la ferons décharger ;
si elle veut, nous tuerons avec elle, et elle ne nous tuera pas. Approche,
Raimonde, viens aussi près de nous, Élise, et puisqu'il
ne nous reste plus d'autre plaisir que de nous branler, jouissons-en.
Échauffées par moi, les coquines s'y livrèrent
; la nature nous servit aussi bien dans les chaînes de l'infortune
que sur les roses de l'opulence. Je n'avais jamais eu tant de plaisir
; mais le retour de ma raison fut affreux.
- Nous allons être égorgées, dis-je à mes
compagnes ; il ne faut plus nous faire d'illusion, c'est le seul destin
qui nous attend. Ce n'est point la mort qui m'effraie : je suis assez
philosophe pour être bien sûre de ne pas être plus
malheureuse après avoir végété quelques
années sur la terre, que je ne l'étais avant que d'y
arriver ; mais je crains la douleur, ces coquins-là me feront
souffrir ; ils jouiront peut-être à me tourmenter, comme
j'ai joui à tourmenter les autres ; ce capitaine m'a l'air
d'un scélérat, il a des moustaches qui m'effraient,
et sa femme, sans doute, est aussi cruelle que lui... Rassurée
tout à l'heure, je frémis à présent...
- Madame, me dit Élise, je ne sais quel espoir parle au fond
de mon cur, mais vos principes me tranquillisent. Il est, m'avez-vous
dit, dans les lois éternelles de la nature, que le crime triomphe
et que la vertu soit humiliée ; j'attends tout de cet immuable
décret... Ah ! ma chère maîtresse, il nous sauvera
la vie.
- Mon raisonnement, sur cela, va vous paraître simple, dis-je
à mes amies. Si, comme nous ne pouvons en douter, la masse
des crimes l'emporte par son poids sur celle de la vertu [et] ceux
qui la pratiquent, l'égoïsme dans l'homme n'est que le
résultat de ses passions ; presque toutes portent au crime
; or, l'intérêt du crime est d'humilier la vertu : donc,
dans presque toutes les données de la vie, je parierai toujours
plutôt pour le crime que pour la vertu.
- Mais, madame, dit Raimonde, vis-à-vis de ces gens-ci, nous
sommes la vertu, eux seuls représentent le vice ; donc ils
nous écraseront.
- Nous parlons de données générales, répondis-je,
et ceci n'est qu'un cas particulier ; en faveur d'une seule exception,
la nature ne s'écartera pas de ses principes.
Nous raisonnions de cette manière, lorsqu'un geôlier,
plus effrayant encore que son maître, parut, en nous apportant
un plat de fèves.
- Tenez, nous dit-il d'une voix rauque, ménagez-les, car on
ne vous apportera plus rien.
- Eh quoi ! m'empressai-je de répondre, est-ce que le supplice
que l'on nous prépare serait de mourir de faim ?
- Non, mais vous serez, je crois, expédiées demain et,
jusque-là, madame n'imagine pas que ce ne soit trop la peine
de dépenser de l'argent pour former en vous des étrons
que vous ne chierez pas.
- Eh ! savez-vous, mon cher, le genre de mort qui nous est préparé
?
- Cela dépendra du caprice de madame, notre commandant lui
laisse ce soin ; elle fait sur cet objet tout ce qu'elle veut ; mais,
comme femme, votre mort sera plus douce que celle de vos gens ; Mme
Brisa-Testa n'est sanguinaire qu'avec les hommes ; avant que de les
immoler, elle en jouit... elle les tue quand elle en est lasse.
- Et son mari n'est donc point jaloux ?
- Nullement, il fait de même avec les femmes ; il s'en amuse
et les abandonne ensuite à madame, qui dicte leur arrêt,
et souvent l'exécute lorsque monsieur, blasé sur ces
sortes de plaisirs, lui abandonne l'exécution.
- Il tue donc rarement, votre maître ?
- Ah ! il n'immole pas six victimes par semaine... Il en a tant tué
!... il en est las. Il sait d'ailleurs que cela fait les délices
de sa femme, et, comme il l'aime beaucoup, il lui abandonne cet emploi.
Adieu ! dit le bourru en se retirant, je vous quitte, j'en ai d'autres
à servir ; nous ne chômons pas ici ; grâce au ciel,
la maison est toujours pleine ; on ne conçoit pas l'immensité
de prisonniers que nous faisons...
- Camarade, continuai-je, sais-tu ce que sont devenus nos effets ?
- Cela se met en magasin... Oh ! soyez tranquilles, vous ne les reverrez
plus ; mais rien ne se perd, on a soin de tout cela.
Et notre homme sortit.
Une lucarne, de trois ou quatre pouces au plus, nous donnait assez
de jour pour nous examiner dans ce cachot, et nous ne manquâmes
pas de le faire, sitôt que nous fûmes seules.
- Eh bien ! dis-je à ma chère Élise, ton espoir
est-il suffisamment déçu maintenant ?
- Pas encore, me répondit cette aimable fille, rien ne peut
me déterminer à y renoncer ; mangeons et ne nous désespérons
point.
Ce triste repas était à peine fini, que le geôlier
rentra.
- On vous demande à la salle du conseil, nous dit-il brusquement...
Vous ne languirez pas, c'est pour aujourd'hui.
Nous pénétrons. Une grande femme, assise à l'extrémité
de la salle, nous fit signe de nous tenir debout autour d'elle ; puis,
ayant fini d'écrire quelque chose, elle leva les yeux sur nous,
nous ordonnant de répondre aux questions qu'elle allait nous
faire... Oh ! mes amis, de quelles expressions me servir pour vous
témoigner ma surprise !... Cette femme qui m'interrogeait,
cette compagne du plus scélérat des brigands de l'Italie,
c'était Clairwil... ma chère Clairwil, que je retrouvais
dans cette incroyable situation !... Je ne me contiens plus ; je saute
dans ses bras.
- Que vois-je ! s'écria Clairwil ! Quoi ! c'est toi Juliette
?... Oh ! ma plus tendre amie ! embrassons-nous, et que ce jour, qui
n'en eût été qu'un de deuil pour toute autre,
devienne un jour de fête et de plaisirs pour toi !
La multitude de mouvements qui troublèrent mon âme...
leur opposition, leur vivacité, me jeta dans une stupeur dont
j'eus beaucoup de peine à revenir. En rouvrant les yeux, je
me trouvai dans un excellent lit, entourée de mes femmes et
de Clairwil, qui se disputaient le plaisir de m'être utiles
et de me rendre les soins qu'exigeait mon état.
- Chère âme ! je te retrouve, dit mon ancienne amie,
quelle félicité pour moi ! Déjà mon époux
est instruit : tes gens, tes richesses, tout te sera rendu, nous n'exigeons
de toi que de passer quelques jours avec nous. Notre manière
de vivre ne t'effrayera point, je connais assez tes principes pour
être sûre que le scandale n'approchera jamais d'une âme
comme la tienne. Nous en avons fait autrefois suffisamment ensemble,
pour que je puisse en être persuadée.
- Oh ! Clairwil, m'écriai-je, ton amie est toujours la même
; l'âge, en mûrissant ma tête, m'a fait faire des
progrès qui ne me rendront que plus digne de toi ; j'attends
avec plaisir le spectacle des crimes que tu me prépares...
ce seront des jouissances pour moi. Je suis bien loin aujourd'hui
de cette pusillanimité qui pensa me perdre autrefois, et ton
amie, sois-en bien sûre, ne rougit plus que de la vertu. Mais
toi, cher ange, qu'es-tu devenue ? qu'as-tu fait ? quelle heureuse
étoile me fait retrouver mon amie dans ces lieux ?
- Tu seras instruite de toutes ces particularités, me dit Clairwil
; mais je veux que tu commences par te calmer... te tranquilliser,
par recevoir nos excuses de t'avoir si mal reçue. Tu vas voir
mon mari, tu l'aimeras, j'ose en être certaine... Ô Juliette
! reconnais la main de la nature ; de tout temps, elle fit triompher
le vice, tu le sais. Tombée chez une femme vertueuse, vue toi-même
comme une coquine, tu étais perdue ; mais tu nous ressembles...
nous devons te sauver. Froids sectateurs de la vertu, convenez de
votre faiblesse, et que le perpétuel empire du crime sur vos
âmes de boue vous impose à jamais silence !
Brisa-Testa parut au même instant où son épouse
finissait ces mots. Soit que la situation ne fût plus la même,
soit que le calme où je me retrouvais me fît voir les
objets d'un autre il, ce brigand ne me parut plus si affreux
: l'examinant avec attention, je le trouvai fort beau ; il l'était
effectivement.
- Voilà, dis-je à mon amie, un époux bien digne
de toi.
- Fixe-le, Juliette, me répondit Clairwil, et dis-moi si tu
t'imagines que les liens de l'hymen soient les seuls qui doivent nous
unir.
- Il est certain qu'il existe entre vous une ressemblance.
- Ô Juliette ! ce brave homme est mon frère ; des événements
nous avaient séparés, un voyage qu'il fit l'an passé
me le rendit. L'hymen a resserré nos nuds ; nous voulons
maintenant qu'ils soient indissolubles.
- Ils le seront, dit le capitaine, j'en renouvelle le serment dans
les mains de l'aimable Juliette. Quand on se ressemble aussi parfaitement,
quand les inclinations, les murs ont une conformité si
complète, il ne faut jamais se séparer.
- Vous êtes des scélérats, répondis-je,
vous vivez dans le sein de l'inceste et du crime, il n'y aura jamais
d'absolution pour vous ; si, comme moi, vous reveniez de Rome, tous
ces crimes vous effrayeraient ; et la crainte de ne pouvoir les purger
vous empêcherait d'y rester engloutis.
- Dînons, Juliette, me dit mon amie, tu finiras ton sermon au
dessert ; puis, ouvrant une chambre voisine : Voilà, poursuivit-elle,
tes effets, tes gens, ton Sbrigani ; devenez tous amis de la maison
et publiez, quand vous ne serez plus ici, que les charmes de la tendre
amitié trouvent des sectateurs, même au sein du crime
et de la débauche.
Un magnifique repas nous attendait. Sbrigani et mes femmes se mirent
à table avec nous ; nos gens aidèrent ceux de mon amie,
et nous ne fîmes plus qu'une même famille. Il était
huit heures du soir lorsque nous sortîmes de table. Brisa-Testa
ne la quittait jamais sans être ivre ; il me parut que sa chère
épouse avait adopté le même défaut. Nous
passâmes après le repas dans un assez beau salon, où
mon ancienne amie proposa bientôt de joindre les myrtes de Vénus
aux pampres du dieu de la vigne.
- Ce bougre-là doit bien bander, dit-elle en entraînant
Sbrigani sur un canapé... Mon frère, trousse Juliette,
et tu lui trouveras des charmes dignes de toi...
- Oh, Dieu ! m'écriai-je, ivre moi-même... être
foutue par un brigand, par un assassin !...
Et je n'avais pas fini que, courbée sur un sofa par le capitaine,
un vit plus gros que le bras farfouillait déjà mon derrière.
- Bel ange, dit le libertin, pardonnez une petite cérémonie
préliminaire sans laquelle, tel bandant que vous voyez mon
vit, il me serait cependant impossible de venir à bout de vos
charmes : il faut que j'ensanglante ce beau cul ; mais rapportez-vous-en
à mes soins, à peine le sentirez-vous.
S'armant aussitôt d'une discipline à pointes d'acier
dont il m'appuya fortement une douzaine de coups sur les fesses, je
fus en sang en deux minutes, sans avoir éprouvé la moindre
douleur.
- Voilà ce qu'il me faut, dit le capitaine, mes cuisses vont
s'inonder en m'appuyant sur vous, et mon vit, au fond de vos entrailles,
y lancera peut-être un sperme épais, qu'il n'eût
point obtenu sans cette cérémonie.
- Frappe, frappe ! mon frère, cria Clairwil, tout en foutant
avec Sbrigani, son cul est à l'épreuve, nous nous sommes
souvent fouettées toutes deux.
- Oh ! monsieur, m'écriai-je dès que je sentis le monstrueux
engin du capitaine me sonder le derrière, je n'ai rien dit
aux coups de fouet...
Il n'était déjà plus temps : le monstrueux engin
de Brisa-Testa touchait déjà le fond de mes entrailles
; j'étais enculée jusqu'à la garde. On nous imitait
: Clairwil n'offrant, selon son usage, que les fesses à son
fouteur, en était solidement perforée, tandis que Raimonde,
la branlant sur le clitoris, lui rendait avec volupté le même
service que je retirais d'Élise.
Ô mes amis ! quel fouteur que ce chef de brigands ! Ne s'en
tenant point au seul temple où je croyais que ses goûts
l'avaient fixé d'abord, il les parcourait à la fois
l'un et l'autre, et, par cette double intromission, le coquin me tenait
toujours en décharge.
- Tiens, Juliette, me dit-il en se retirant et braquant son énorme
vit sur mes tétons, voilà la cause de tous mes égarements
: ce sont les plaisirs que je reçois de ce beau membre qui
m'ont précipité dans tous les désordres de ma
vie ; à l'exemple de ma sur, je bande pour le crime,
et ce n'est jamais qu'au projet ou qu'à l'exécution
de quelque horreur que je puis élancer mon foutre.
- Eh bien ! sacredieu ! répondis-je, faisons-en donc quelques-unes.
Puisqu'un même désir nous anime tous et que, vraisemblablement,
la possibilité se rencontre ici, mêlons notre : sperme
à des ruisseaux de sang... N'est-il pas ici des victimes ?
- Ah, garce ! dit Clairwil en déchargeant, comme je te reconnais
à ces propos !... Allons, mon frère, satisfaisons cette
charmante femme, immolons cette belle Romaine que nous avons arrêtée
ce matin.
- Soit, qu'on la fasse venir, son supplice amusera Juliette ; nous
nous branlerons et déchargerons tous en l'opérant...
La voyageuse arrive. Oh ! mes amis !... devinez qui s'offre à
ma vue ?... Borghèse... la délicieuse Borghèse
; elle n'existait plus, séparée de moi... elle volait
sur mes traces ; les gens de Brisa-Testa venaient de l'arrêter
comme ils m'avaient arrêtée la veille.
- Clairwil, m'écriai-je, cette femme n'est point encore une
victime, c'est une complice, c'est l'amie qui te remplaçait
dans mon cur, s'il était possible que tu le fusses ;
aime-la, mon ange, aime-la... la coquine est digne de nous...
Et la, divine Olympe me baisait, caressait Clairwil, semblait implorer
Brisa-Testa.
- Oh ! doubledieu ! dit celui-ci, qui bandait comme un carme, cette
complication d'aventures, en allumant ma tête sur le désir
de foutre cette belle femme, l'attiédit sur d'autres objets
; foutons d'abord, nous verrons ce que cela deviendra.
Olympe me remplace ; son beau cul reçoit les éloges
universels qu'il mérite. Par les mêmes moyens dont il
s'est servi avec moi, Brisa-Testa le met en sang, et le sodomise l'instant
d'après. Mes femmes me branlent, et Sbrigani ne cesse de limer
Clairwil. Pour le coup, nos têtes s'embrasent sans avoir besoin
d'autre stimulant ; Brisa-Testa nous place toutes les cinq sur le
même rang, appuyées sur un large sofa, les reins bien
en l'air ; Sbrigani et lui nous sondent tour à tour ; ils se
suivent : l'un fout le con, l'autre le cul, et les scélérats
déchargent à la fin, Sbrigani dans le cul de Clairwil,
Brisa-Testa dans celui d'Olympe.
Un peu d'honnêteté succède à ces plaisirs.
Borghèse, nouvellement sortie d'un cachot comme moi, avait
besoin de quelque réparation ; on lui servit à souper,
et nous nom mîmes au lit. Après le déjeuner du
lendemain, la réunion d'une petite-maîtresse de Paris
avec un chef de brigands du fond de l'Italie parut si surprenante
à tout le monde, que le capitaine fut vivement sollicité
d'instruire la compagnie d'une histoire qui paraissait aussi singulière.
- J'y consens, dit Brisa-Testa ; je ne hasarderais pas devant tout
autre des détails aussi scandaleux ; mais vos murs me
répondent de votre philosophie et je sens qu'on peut tout dire
avec vous.
HISTOIRE DE BRISA-TESTA.
Si la pudeur habitait encore au fond de mon âme, assurément
je balancerais à vous dévoiler mes travers, mais, parvenu
depuis longtemps à ce degré de corruption morale où
l'on ne rougit plus de rien, je n'ai pas le plus petit scrupule à
vous confier les plus petits événements d'une vie tissue
par le crime et par l'exécration. L'aimable femme, que vous
voyez ici sous le titre de mon épouse, est à la fois
ma femme et ma sur. Nous sommes tous deux nés de ce fameux
Borchamps dont les concussions furent aussi célèbres
que les richesses et le libertinage. Mon père venait d'atteindre
sa quarantième année quand il épousa ma mère,
âgée de vingt ans et beaucoup plus riche que lui ; je
naquis la première année de son mariage. Ma sur
Gabrielle ne vit le jour que six ans après.
Je prenais seize ans, ma sur dix, lorsque Borchamps parut ne
vouloir plus confier le reste de mon éducation qu'à
lui seul. Rentrés dans la maison paternelle, nous n'en connûmes
plus que les douceurs : de ce moment, le peu qu'on nous avait appris
de religion fut oublié par les soins de mon père, et
les talents les plus agréables remplacèrent les ténébreuses
obscurités de la théologie. Nous nous aperçûmes
bientôt que de tels procédés ne plaisaient nullement
à ma mère. Née douce, dévote et vertueuse,
elle était loin d'imaginer que les principes que nous inculquait
mon père dussent faire un jour notre bonheur ; et, pleine de
ses petites idées, elle entrava tant qu'elle le put tous les
projets de son mari qui, finissant néanmoins par se moquer
d'elle, ne s'en tint seulement pas à détruire en nous
tous les principes de religion, mais anéantit même tous
ceux de la morale. Les bases les plus sacrées de la loi naturelle
furent également pulvérisées ; et cet aimable
père, voulant que nous devinssions aussi philosophes que lui,
ne négligea rien de tout ce qui pouvait nous rendre impassibles
aux préjugés comme aux remords ; afin que de pareilles
maximes ne fussent pas dans le cas d'être contrariées,
il avait l'attention de nous tenir dans une solitude profonde. Un
seul de ses amis, et la famille de cet ami, venaient parfois adoucir
cette retraite ; et je dois, pour l'intelligence de mon récit,
peindre un moment ce digne ami.
M. de Bréval, âgé de quarante-cinq ans, presque
aussi riche que mon père, avait, comme lui, une épouse
jeune, vertueuse, sensible, et, comme lui, des enfants charmants,
dont l'un, Auguste, atteignait sa quinzième année, et
l'autre, Laurence, vraiment belle comme le jour, complétait
sa onzième. Chaque fois que Bréval venait chez mon père,
il y conduisait sa femme et ses enfants : on nous réunissait
alors, sous l'inspection d'une gouvernante nommée Pamphyle,
âgée de vingt ans, très jolie, et parfaitement
dans les bonnes grâces de mon père. Élevés
tous les quatre de même, ayant absolument les mêmes principes,
nos conversations et nos jeux se trouvaient très au-dessus
de nos âges ; et, vraiment, ceux qui nous auraient entendus
auraient plutôt pris nos conciliabules pour des comités
de philosophie que pour des récréations d'enfants. A
force d'être rapprochés de la nature, nous en écoutâmes
bientôt la voix, et ce qu'il y eut de fort extraordinaire, c'est
qu'elle ne nous inspira point de nous mêler. Chacun resta dans
sa famille ; Auguste et Laurence s'aimèrent, se confièrent
leurs sentiments, avec la même candeur... la même joie,
que Gabrielle et moi, nous nous déclarâmes les nôtres.
L'inceste ne contrarie donc point les plans de la nature, puisque
ses premiers mouvements nous l'inspirent. Ce qu'il y a d'assez remarquable,
c'est que la jalousie n'éclata point dans nos jeunes ardeurs.
Ce sentiment ridicule n'est point une preuve de l'amour : unique fruit
de l'orgueil et de l'égoïsme, il tient donc plutôt
à la crainte de se voir préférer un autre objet,
qu'à celle de perdre celui qu'on adore. Quoique Gabrielle m'aimât
mieux qu'Auguste, elle ne l'embrassait pas avec moins d'ardeur ; et
quoique j'adorasse Gabrielle, je n'en concevais pas moins les plus
violents désirs d'être aimé de Laurence. Six mois
se passèrent ainsi, sans que nous mêlassions rien de
terrestre à cette métaphysique de nos âmes : ce
n'était pas l'envie qui nous manquait, c'était l'instruction,
et nos pères, qui nous observaient avec soin, se hâtèrent
bientôt d'aider la nature.
Un jour qu'il faisait très chaud, et que nos parents, suivant
leur usage, étaient réunis pour passer quelques heures
entre eux, mon père, à moitié nu, vint nous proposer
d'entrer dans l'appartement où il se tenait avec ses amis ;
nous acceptâmes. La jeune gouvernante suivit. Et là,
jugez de notre surprise, en voyant Bréval sur ma mère,
et sa femme, un instant après, sous mon père.
- Examinez avec attention ce mécanisme de la nature, nous dit
la jeune Pamphyle, profitez-en surtout, dès que vos parents
veulent bien vous initier dans ces mystères de la lubricité,
et pour votre instruction et pour votre bonheur. Parcourez ces groupes
; vous voyez que ceux qui les composent jouissent des voluptés
de la nature ; appliquez-vous à les imiter...
Une attention stupide nous saisit d'abord ; c'est l'effet ordinaire
de ce spectacle sur l'esprit des enfants ; un plus vif intérêt
s'empare bientôt de nos curs, et nous approchons. Ce ne
fut qu'alors que nous aperçûmes de la différence
dans la situation de nos quatre acteurs : les deux hommes jouissaient
avec délices ; les deux femmes ne faisaient que se prêter,
et même avec répugnance. Pamphyle démontrait,
expliquait, nommait les choses et les désignait.
- Retenez bien tout cela, disait-elle, car vous allez bientôt
être en exercice...
Elle entrait ensuite dans les détails les plus étendus.
La scène, alors, eut un moment de suspension, mais qui, loin
de la refroidir, n'y jeta qu'un attrait de plus. Mon père quittant
en fureur le cul de Mme de Bréval (car ces messieurs ne foutaient
qu'en cul) nous saisit, nous approche de lui, et nous fait toucher
son engin à tous quatre, en nous apprenant à le branler.
Nous riions, nous exécutions, et Bréval nous examinait
en continuant d'enculer ma mère.
- Pamphyle, dit alors mon père, aidez-les à se mettre
dans le même état que nous ; il est temps de joindre
un peu de pratique à la théorie de la nature...
En un instant, nous sommes nus ; Bréval, sans terminer, quitte
pour lors sa jouissance, et voilà les deux pères à
nous caresser sans distinction, à nous accabler d'attouchements
et de suçons, sans oublier Pamphyle, que les fripons maniaient
et baisaient également à l'envi l'un et l'autre.
- Quelle atrocité ! s'écria Mme de Bréval, comment
ose-t-on se permettre de pareilles choses avec ses propres enfants
!
- Silence, madame, lui cria durement son mari ; renfermez-vous, croyez-moi,
l'une et l'autre, dans les rôles passifs qui vous sont prescrits
; vous êtes avec nous pour vous laisser faire, et non pour nous
haranguer.
Se remettant ensuite à l'ouvrage avec tranquillité,
le libertin et son ami continuèrent leurs examens, avec le
même flegme que si ce comble d'impunité n'eût pas
outragé les deux mères.
Unique objet des caresses de mon père, il semblait négliger
tout le reste pour moi. Gabrielle, si l'on veut, l'intéressait
bien aussi ; il la baisait, il la branlait ; mais ses plus voluptueuses
caresses ne se dirigeaient que vers mes jeunes attraits. J'avais l'air
de l'enflammer seul ; j'étais le seul auquel il fît cette
voluptueuse caresse de la langue au cul, signe assuré de la
prédilection d'un homme pour un autre, gage certain de la luxure
la plus raffinée, et que les vrais sodomistes ne prodiguent
guère aux femmes, dans la crainte de l'affreux dégoût
où les expose le voisin ; décidé à tout,
le coquin me prend dans ses bras, me place sur le ventre de ma mère,
m'y fait contenir par Pamphyle qui, nue par ses ordres, lui fait,
pendant l'opération, manier le plus beau cul possible. Sa bouche
humecte le temple qu'il veut perforer ; dès qu'il en croit
l'entrée suffisamment élargie, son engin s'y présente...
pousse... pénètre... enfonce... et me dépucelle,
en mourant de plaisir.
- Oh ! monsieur, lui criait ma mère, à quelle horreur
vous vous livrez ! Votre fils est-il fait pour devenir la victime
de votre affreux libertinage ; et ne voyez-vous donc point que ce
que vous osez faire porte à la fois l'empreinte de deux ou
trois crimes, pour le moindre desquels l'échafaud est dressé
?
- Eh ! mais, vraiment, madame, répondait froidement mon père,
c'est précisément ce que vous me dites qui va me faire
le plus délicieusement décharger. Ne craignez rien,
d'ailleurs, votre fils est parfaitement dans l'âge de soutenir
ces médiocres assauts ; il y a quatre ans que cela devrait
être fait : je dépucelle ainsi tous les jours des enfants
beaucoup plus jeunes. Gabrielle elle-même y passera bientôt,
quoiqu'elle n'ait que dix ans : rien n'est moins gros que mon vit,
et mon adresse est incroyable.
Quoi qu'il en soit, je suis mis en sang ; des flots de foutre viennent
l'étancher, et mon père se calme, mais sans discontinuer
de caresser ma sur, qui vient de me remplacer.
Cependant Bréval ne perdait pas son temps ; mais plus amoureux,
au contraire, de sa fille que de son fils, c'est par Laurence qu'il
débute, et la jeune personne, placée de même sur
le sein de sa mère, vient d'y voir cueillir ses prémices.
- Fouts ton fils ! lui crie mon père, je vais enculer ma fille
: que tous quatre, en ce jour, assouvissent nos brutalités.
Il est temps de leur faire jouer le seul rôle que leur ait assigné
la nature ; il est temps qu'ils sachent que ce n'est que pour nous
servir de putains qu'ils sont nés, et que sans l'espoir de
les foutre, nous ne les eussions peut-être jamais créés...
Les deux sacrifices s'offrent à la fois. A droite, on voit
Bréval dépucelant son fils, en baisant le trou du cul
de sa femme, et maniant les fesses de sa fille, encore inondées
de son foutre ; à gauche, mon père enculant Gabrielle,
pendant qu'il lèche mon cul, qu'il moleste celui de sa femme
d'une main, en branlant de l'autre l'anus de Pamphyle ; tous deux
déchargent et le calme renaît.
Le reste de la soirée se consacre à nous donner des
leçons. On nous marie ; mon père m'unit à ma
sur ; Bréval en fait de même avec ses enfants.
Ils nous excitent, préparent les voies, consolident les jonctions
; et, pendant qu'ils nous agencent ainsi par devant, ils sondent nos
culs tour à tour, en se cédant mutuellement la place
; en sorte que Bréval m'enculait lorsque Borchamps foutait
Auguste, et, pendant ce temps, les mères, obligées de
se prêter à la célébration des orgies,
venaient étaler, comme Pamphyle, leurs charmes aux deux libertins.
Plusieurs autres scènes lubriques succèdent à
celles-là : l'imagination de mon père était inépuisable.
Ils placent les enfants sur leurs mères, et, pendant que le
mari de l'une encule la femme de l'autre, ils obligent les enfants
à branler leurs mères. Pamphyle parcourt les rangs,
elle encourage les luttes, elle aide les combattants, elle les sert
; on la sodomise à son tour ; et la plus délicieuse
décharge venant à la fin calmer les esprits, on se sépare.
Quelques jours après, mon père m'ayant fait venir dans
son cabinet :
- Mon ami, me dit-il, toi seul vas faire maintenant mes uniques jouissances
; je t'idolâtre, et ne veux plus foutre que toi ; je vais remettre
ta sur au couvent ; elle est très jolie, sans doute,
j'ai reçu beaucoup de plaisir d'elle, mais elle est femme,
et c'est un grand tort à mes yeux ; je serais jaloux, d'ailleurs,
des plaisirs que tu goûterais avec elle ; je veux que toi seul
reste auprès de moi. Tu seras logé dans l'appartement
de ta mère ; elle est faite pour te céder le pas ; toutes
les nuits, nous coucherons ensemble, je m'épuiserai dans ton
beau cul, tu déchargeras dans le mien... nous nous enivrerons
de voluptés. Les assemblées que tu as vues n'auront
plus lieu ; Bréval, amoureux de sa fille, va se comporter avec
elle comme je me conduis avec toi ; nous ne cesserons pas d'être
amis ; mais, trop jaloux maintenant de nos mutuelles jouissances,
nous ne prétendons plus les mêler.
- Mais ma mère, monsieur, répondis-je, ne sera-t-elle
pas fâchée de ces projets ?
- Mon ami, me répondit mon père, écoute avec
attention ce que j'ai à te dire sur cela ; tu as suffisamment
d'esprit pour m'entendre. Cette femme qui t'a mis au jour est peut-être
la créature de l'univers que je déteste le plus souverainement
; les liens qui l'attachent à moi me la rendent mille fois
plus détestable encore. Bréval est au même point
avec la sienne. Ce que tu nous vois faire avec ces femmes n'est que
le fruit du dégoût et de l'indignation ; c'est bien moins
pour nous amuser d'elles que pour les avilir, que nous les prostituons
ainsi ; nous les outrageons par haine et par une sorte de lubricité
cruelle que tu concevras, j'espère, quelque jour, et dont le
but est de nous faire goûter un plaisir indicible aux vexations
imposées à l'objet dont on a trop joui.
- Mais, monsieur, dis-je avec assez de bon sens, vous me tourmenterez
donc aussi quand vous serez las de moi ?
- Cela est fort différent, me répondit mon père,
ce ne sont ni les usages, ni les lois qui nous lient, c'est le rapport
des goûts, des convenances... c'est l'amour ; cette union, d'ailleurs,
est un crime selon les hommes, et jamais l'on ne se lasse du crime.
N'en sachant pas davantage pour lors, je crus tout, et, dès
ce moment, je vécus avec mon père absolument comme si
j'eusse été sa maîtresse. Je passais toutes les
nuits à ses côtés, très souvent dans le
même lit, et nous nous enculions tous deux, jusqu'à nous
épuiser. Pamphyle était notre seconde confidente, et
presque toujours en tiers dans nos plaisirs ; mon père aimait
à se faire donner le fouet par elle, pendant qu'il m'enculait
; il la sodomisait et l'étrillait ; quelquefois aussi je devenais,
pendant ce temps-là, le plastron de ses baisers ; ensuite,
il me la livrait, j'en faisais tout ce que bon me semblait, mais il
fallait que je baisasse le cul de mon père pendant ce temps-là.
Et Borchamps, comme Socrate, instruisait son disciple, tout en le
foutant les principes les plus impies, les plus antimoraux m'étaient
suggérés ; et si je n'allais pas encore voler sur les
grands chemins, ce n'était pas la faute de Borchamps. Ma sur
venait quelquefois à la maison, mais elle y était reçue
avec froideur ; bien différent de mon père sur cet objet,
chaque fois que je pouvais la rejoindre, je lui témoignais
la plus violente ardeur, et je la foutais dès que j'en trouvais
le moment.
- Mon père ne m'aime pas, dit Gabrielle... il te préfère...
Eh bien ! vis heureux avec lui, et ne m'oublie jamais...
Je baisai Gabrielle, et lui jurai de l'adorer toujours.
Depuis très longtemps, je m'apercevais que ma mère ne
sortait jamais du cabinet de Borchamps, sans s'essuyer les yeux...
sans pousser de profonds soupirs. Curieux de connaître la cause
de ces chagrins, je fis une fente à la cloison qui séparait
ce cabinet de mon boudoir, et fus lestement m'établir à
ce trou, quand je crus pouvoir les surprendre... Je vis des horreurs
;. la haine de mon père, pour cette femme, ne s'exhalait que
par des supplices affreux. On ne se figure point ceux que sa féroce
lubricité infligeait à cette malheureuse victime de
son dégoût : après l'avoir assommée, il
la renversait à terre, et la foulait aux pieds ; d'autres fois,
il la mettait en sang à coups de martinet, et, plus souvent
encore, il la prostituait à un fort vilain homme, que je ne
connaissais pas, et dont il jouissait lui-même.
- Quel est cet homme ? demandai-je un jour à Pamphyle à
qui j'avais confié mes découvertes, et qui, pleine d'amitié
pour moi, m'offrait de m'en faire faire de nouvelles.
- C'est, me dit-elle, un scélérat de profession, que
votre père a sauvé deux ou trois fois de la potence
; c'est un coquin qui, pour six francs, irait assassiner l'individu
qui lui serait indiqué. Un des plus grands plaisirs de Borchamps
est de lui faire fouetter votre mère, et, comme vous l'avez
vu, de la lui prostituer ensuite. Borchamps adore cet homme, il le
faisait très souvent coucher avec lui, avant que vous n'occupassiez
cette place. Mais vous ne connaissez pas encore tout le libertinage
de celui de qui vous tenez le jour : placez-vous, demain, au même
lieu où vous avez observé tout ce que vous venez de
me dire, et vous verrez une autre scène.
A peine suis-je au trou, que quatre grands drilles de six pieds entrent
dans le cabinet de mon père, ils lui mettent le pistolet sur
la gorge, le saisissent, le garrottent sur la branche d'une échelle
double, puis, armés d'une vigoureuse poignée de verges,
ils le frappent sur les reins, les fesses et les cuisses, de plus
de mille coups chacun ; le sang ruisselait à gros bouillons
quand ils le détachèrent ; dès qu'il le fut,
ils le jetèrent sur un canapé, et lui passèrent
tous les quatre sur le corps, en telle façon qu'il avait toujours
un vit dans la bouche, un dans le cul, un dans chaque main. Il fut
foutu plus de vingt fois, et par quels vits, grand Dieu ! je ne les
aurais pas empoignés.
- Je voudrais bien, dis-je à Pamphyle, que j'enculais pendant
cette scène, je voudrais, ma chère amie, que tu persuadasses
à mon père de rendre ma mère victime d'une pareille
joute.
- Ce ne sera pas difficile, me dit cette chère enfant ; il
ne s'agit que de proposer une horreur à Borchamps, pour qu'il
la saisisse aussitôt ; ce que vous désirez se fera demain,
me dit Pamphyle.
Fort peu de jours après, je me place ; ma pauvre mère
fut déchirée et sodomisée d'une telle force,
que les coquins la laissèrent sans mouvement sur le carreau.
Pamphyle, comme à l'ordinaire, m'avait prêté son
superbe cul pendant ce spectacle ; et je vous l'avoue, de mes jours
encore, je n'avais plus délicieusement déchargé.
J'avouai tout à mon père, et ne lui déguisai
pas surtout l'extrême plaisir que ses voluptés secrètes
m'avaient procuré.
- C'est d'après mes idées, lui dis-je, qu'il vous a
été suggéré de traiter votre femme, comme
je venais de voir que vous vous faisiez traiter vous-même...
- Mon ami, me dit Borchamps, es-tu capable de m'aider dans ces opérations
?
- N'en doutez pas, mon père.
- Quoi ! cette femme qui t'a mis au monde ?
- Elle n'a travaillé que pour elle, et je la déteste
aussi fortement que vous pouvez le faire.
- Baise-moi, cher amour, tu es délicieux ; et, sois-en bien
certain, tu vas, de ce moment, goûter les plus violents plaisirs
qui puissent enivrer un homme. Ce n'est qu'en outrageant ce qu'il
a la bêtise d'appeler les lois de la nature qu'il peut vraiment
se délecter. Quoi ! d'honneur, tu maltraiteras ta mère
?
- Plus cruellement que vous, je le jure.
- Tu la martyriseras ?
- Je la tuerai, si vous le voulez...
Et ici, Borchamps, qui maniait mes fesses pendant cette conversation,
ne put retenir son foutre, et le perdit avant que d'avoir le temps
de me le lancer dans le derrière.
- A demain, mon ami, me dit-il, c'est demain que je te ferai faire
tes preuves. Va te reposer comme moi jusque-là ; et surtout,
sois sage : le foutre est l'âme de toutes ces choses-là
; il faut laisser doubler la dose du sien, quand on veut faire des
infamies.
A l'heure indiquée, ma mère passa chez Borchamps ; le
vilain homme y était ; la scène fut affreuse. La pauvre
femme fondit en larmes, en voyant que j'étais un de ses ennemis
les plus acharnés. Je renchéris sur les horreurs dont
mon père et son ami l'accablaient. Borchamps voulut que cet
ami m'enculât sur le sein de ma mère, pendant que j'égratignais
ce sein sacré qui m'avait donné l'existence. Vivement
pressé par un beau vit au cul, l'imagination singulièrement
flattée d'être foutu par un scélérat de
profession, j'allais plus loin qu'on ne m'avait dit, et j'emportai,
de mes dents, le bout du téton droit de ma très respectable
mère ; elle jette un cri, perd connaissance, et mon père
en délire vient aussitôt remplacer son ami dans mon cul,
en me couvrant d'éloges.
Je venais d'atteindre ma dix-neuvième année, quand mon
père, à la fin, s'ouvrit tout à fait à
moi.
- Je ne puis plus absolument, dit-il, soutenir la présence
de cette femme atroce ; il faudra que je m'en débarrasse...
mais par des supplices affreux... M'aideras-tu, mon fils ?
- Il faut, dis-je, lui ouvrir le ventre en quatre parties ; je m'enfoncerai
dans ses entrailles, un fer brûlant à la main, je lui
déchirerai, je lui calcinerai le cur et les viscères,
je la ferai périr à petit feu...
- Céleste enfant ! me dit mon père, tu es un ange à
mes regards...
Et cette infamie, cette exécration par laquelle je débutai
dans la carrière du crime et de l'atrocité, elle s'acheva...
Mon père et moi la consommâmes, en mourant de plaisir
; le fripon foutait mon derrière et branlait mon vit pendant
que je massacrais sa femme.
Malheureuse dupe que j'étais ! je n'avais travaillé
qu'à ma perte en me prêtant à ce crime ; ce n'était
que pour se remarier que mon père m'avait fait trancher le
fil des jours de ma mère, mais il cacha si bien son jeu, que
je fus plus d'un an sans m'en douter. A peine instruit de cette trame,
je la confiai sur-le-champ à ma sur.
- Cet homme veut nous perdre, mon enfant, lui dis-je.
- Il y a longtemps que je m'en doute, me répondit Gabrielle
; ah ! cher frère, je t'aurais éclairé, si je
ne t'avais pas vu si prodigieusement aveuglé sur son caractère
; nous sommes tous les deux ruinés si nous n'y mettons ordre.
Ton âme est-elle aussi ferme que la mienne, et veux-tu que nous
agissions ensemble ? Vois cette poudre qu'une de mes compagnes m'a
donnée, elle lui a servi, comme nous devons le faire, à
s'affranchir du joug odieux de ses parents ; imitons-la, et si tu
n'oses agir, laisse-moi faire ; cette action m'est inspirée
depuis longtemps par la nature, elle est juste, dès qu'elle
me la dicte... Frémis-tu, mon ami ?
- Non ; donne-moi cette poudre : elle sera demain dans l'estomac de
celui qui prétend nous jouer de cette manière.
- Oh ! ne t'imagine pas que je te cède l'honneur de dissoudre
nos fers, nous agirons ensemble. Je vais dîner demain chez Borchamps
; prends la moitié du paquet, et, pour ne pas manquer notre
homme, jette ta portion dans son vin, pendant que je mettrai la mienne,
très adroitement, dans sa soupe ; et sous trois jours, nous
jouirons seuls des biens que nous a destinés la fortune.
Une souris n'est pas plus tôt prise au piège, que Borchamps
ne le fut aux panneaux que notre méchanceté lui tendait
; il tomba mort au dessert. On attribua cette fin funeste à
un coup de sang, et tout fut oublié.
Ayant près de vingt et un ans, j'obtins des lettres de majorité
et la tutelle de ma sur. Elle se trouva, dès que les
affaires furent arrangées, l'un des plus grands partis de la
France. Je lui cherchai un homme aussi riche qu'elle, dont elle eut
l'art de se débarrasser dès que, par un enfant, elle
s'en fut assuré le bien. Mais n'empiétons pas sur les
événements. Aussitôt que je vis ma sur établie,
je lui laissai le soin de mon bien, et lui déclarai l'extrême
désir que j'avais de parcourir la terre. Je convertis un million
en lettres de change sur les plus fameux banquiers de l'Europe ; puis,
embrassant ma chère Gabrielle :
- Je t'adore, lui dis-je, mais il faut nous quitter quelque temps.
Nous sommes tous deux faits pour aller au grand ; acquérons
tous deux plus d'usage et de connaissances ; nous nous réunirons
ensuite pour toujours, car le ciel nous a faits l'un pour l'autre
; il ne faut pas tromper ses désirs. Aime-moi, Gabrielle, et
sois sûre que je ne cesserai jamais de t'adorer.
- Juliette, me dit le capitaine, en m'adressant cette partie de sa
narration, ce que vous avez vu de Clairwil est à peu près
l'histoire de toute sa vie ; elle sut, comme je vous l'ai dit, s'affranchir
de ses nouveaux liens, pour vivre libre et heureuse dans le sein du
luxe et de l'abondance ; ses liaisons avec le ministre cimentèrent
ses désordres, en leur assurant la plus entière impunité.
Vous pûtes un instant la soupçonner coupable envers vous
; rendez plus de justice à son cur : elle ne le fut jamais,
et le ministre ne la prévint pas du sort qu'il vous réservait.
Je cesse donc ici de m'occuper d'elle, et vais me borner à
vous raconter uniquement mes aventures. Près de leur dénouement,
vous apprendrez notre réunion, et les motifs qui nous engagent
à ne plus vivre que l'un pour l'autre, dans cet asile impénétrable
du crime et de l'infamie.
Les cours du Nord excitant ma curiosité, ce fut vers elles
que je dirigeai mes pas. Celle de La Haye fut la première que
je visitai. Il y avait peu de temps que le stathouder venait d'épouser
la princesse Sophie, nièce du roi de Prusse. A peine eus-je
vu cette charmante créature, que je désirai sa jouissance
; et je ne lui eus pas plus tôt déclaré ma flamme
que je la foutis. Sophie de Prusse avait dix-huit ans, la plus belle
taille et la plus délicieuse figure qu'il fût possible
de voir ; mais son libertinage était excessif, et ses débauches
si connues, qu'elle ne trouvait déjà plus d'hommes que
pour son argent. Promptement éclairé sur cet objet,
je me fis valoir ; je voulais bien payer mes plaisirs, mais, assez
jeune, assez vigoureux pour que les femmes contribuassent aux frais
de mes voyages, j'étais bien résolu à ne jamais
accorder mes faveurs qu'à celles qui sauraient les apprécier.
- Madame, dis-je à la princesse, dès que je l'eus bien
foutue pendant près d'un mois, je me flatte que vous saurez
reconnaître l'épuisement où je me mets pour vous
; peu d'hommes, vous le voyez, sont aussi vigoureux que moi, il n'en
est point de mieux membrés : tout cela se paye, madame, au
siècle où nous vivons.
- Oh ! combien vous me mettez à mon aise, monsieur, me dit
la princesse, j'aime bien mieux vous avoir à mes ordres que
d'être aux vôtres. Tenez, continua-t-elle en me donnant
une fort grosse bourse d'or, souvenez-vous que j'ai maintenant le
droit de vous faire servir à mes plus bizarres passions.
- J'en conviens, répondis-je, vos dons m'enchaînent,
et je suis tout à vous.
- Venez ce soir à ma maison de campagne, dit Sophie, venez-y
seul, et surtout ne vous effrayez de rien.
Quel que fût le trouble que ces dernières paroles eussent
jeté dans mon âme, je résolus néanmoins
de tout tenter, et pour connaître cette femme à fond,
et pour en tirer encore de l'argent.
Je me rends donc seul, à l'heure et à la maison indiquées
; une vieille femme m'introduit silencieusement dans une pièce
mystérieuse, dans laquelle me reçoit une jeune personne
de dix-neuf ans, de la plus délicieuse physionomie.
- La princesse va bientôt paraître, monsieur, me dit-elle,
du son de voix le plus doux et le plus flatteur ; je suis, en attendant,
chargée par elle de recevoir de vous la parole sacrée
que vous ne révélerez jamais rien des mystères
qui vont se célébrer ici sous vos yeux...
- Le doute d'une indiscrétion m'offense, madame, répondis-je,
je suis fâché que la princesse le forme.
- Mais si vous aviez à vous plaindre ?... si, par hasard, vous
ne remplissiez ici que le rôle de victime ?
- Je m'en glorifierais, madame, et mon silence n'en serait pas moins
éternel.
- Une telle réponse me dispenserait de mes ordres, si je n'étais
pas servilement obligée de les remplir. Il faut que je reçoive
ce serment, monsieur...
Je le fis.
- Et j'ajoute que si, par malheur, vous ne teniez pas la parole à
laquelle vous vous engagez, la mort la plus prompte et la plus violente
en serait aussitôt la punition.
- Cette menace est de trop, madame ; la manière dont j'ai saisi
vos idées ne la mérite point...
Emma disparaît à ces mots, et me laisse près d'un
quart d'heure livré à mes réflexions. Elle reparut
bientôt avec Sophie, et toutes les deux dans un désordre
qui me convainquit que les deux coquines venaient assurément
de se branler.
- Allons, sacredieu ! dit Sophie, ne ménageons plus ce bougre-là
; nous en sommes les maîtresses, puisque nous le payons ; il
faut en jouir à notre aise.
Emma s'approche et m'invite à me mettre nu.
- Vous voyez que nous y sommes nous-mêmes, me dit-elle en me
voyant balancer ; deux femmes vous effraient-elles ?
Et m'aidant à quitter mes habits, et jusqu'à mes bas,
sitôt qu'elles me virent ainsi, elles m'approchèrent
d'une banquette où elles me firent incliner sur les genoux
et sur les mains. Un ressort part ; aussitôt tous mes membres
sont pris, et trois lames aiguës menacent à la fois et
mes flancs et mon ventre, si je fais le moindre mouvement. De grands
éclats de rire se font entendre dès que je suis dans
cet état, mais ce qui achève de me faire frémir,
c'est de voir que ces deux femmes, armées de longs martinets
de fer, se mettent à me flageller.
- Viens, Emma, dit Sophie, viens ma bonne, viens me baiser près
de la victime ; j'aime à mêler l'amour aux angoisses
de ce malheureux. Branlons-nous en face de lui, ma chère âme
et qu'il souffre pendant que nous déchargerons...
La putain sonne, deux filles de quinze ans, plus belles que le jour,
viennent recevoir ses ordres ; elles se déshabillent, et, sur
les carreaux mis par terre en face de moi, les quatre tribades passent
une heure à se plonger dans les plus sales luxures ; de temps
en temps l'une d'elles s'approchait pour m'exciter ; elle me présentait
ses charmes en tous sens, et sitôt qu'elle voyait, malgré
mon attitude, l'impression qu'elle pouvait me causer, elle me fuyait
en éclatant de rire. Sophie, comme vous l'imaginez aisément,
jouait ici le rôle principal ; tout se réunissait sur
elle ; ce n'était que d'elle que l'on s'occupait, et je vous
avoue que je fus bien surpris de voir autant de recherches... autant
d'impuretés dans un âge aussi tendre. Il me fut aisé
de voir que la passion de cette coquine, ainsi que celle de presque
toutes les femmes qui ont le goût de leur sexe, était
de se faire sucer le clitoris en en suçant elle-même.
Mais Sophie ne s'en tint pas là, on l'enconna, on l'encula
avec des godemichés ; elle ne reçut rien qu'elle ne
le rendît. Et quand la coquine fut bien échauffée
:
- Allons, dit-elle, expédions ce drôle-là.
Les disciplines se reprennent, on en arme les nouvelles venues. Sophie
recommence, et m'applique, avec autant de vitesse que de force, cinquante
coups de son cruel instrument. On n'imagine pas à quel point
cette mégère portait le calme au sain de la cruauté.
Elle accourait, à chaque dizaine, saisir avec joie sur mon
visage les impressions de douleur auxquelles les coups nerveux qu'elle
m'appliquait contraignaient nécessairement mes muscles ; s'établissant
ensuite vis-à-vis de moi, elle chargea ses trois tribades de
me fouetter aussi fortement qu'elle venait de le faire, et se branla
pendant l'exécution.
- Un moment, dit-elle, quand j'eus reçu près de deux
cents coups, je vais me couler sous lui, afin de le sucer, pendant
que vous le, refouetterez ; arrangez-vous de manière à
ce que l'une de vous puisse me rendre cette succion sur le clitoris,
et que j'en branle une autre pendant ce temps-là.
Tout s'exécute... et, je l'avoue, violemment excité
par les coups que je recevais, délicieusement sucé par
Sophie, je ne fus pas plus de trois minutes à lui remplir la
bouche de foutre ; elle l'avala, puis, se retirant aussitôt
:
- Emma, s'écria-t-elle, il est charmant, il a déchargé,
il faut que je le foute à présent...
On lui arrange un godemiché, et voilà la putain dans
mon cul, gamahuchant deux de ses tribades, pendant que la troisième
lui rend dans le con ce que la coquine me fait dans le cul.
- Qu'on le détache, dit-elle, quand elle fut excédée.
Venez me baiser Borchamps, poursuit la Messaline ; venez me rendre
grâce de ces plaisirs dont je vous ai comblé, et des
ménagements que j'ai eus pour vous. Mon doux enfant, poursuit
la Messaline, tout ce qui vient de se passer n'est dû qu'à
votre puérile modestie. Comment ! vous avez couché je
ne sais combien de fois avec moi, et vous contentant de m'enconner
comme un imbécile, vous n'avez pas même l'air de soupçonner
mon cul ?... En vérité, c'est inconcevable.
- Ce désir fut senti de moi, madame ; mais la timidité
l'enchaîna.
- Tant pis... tant pis ; la modestie est une sottise dont vous devez
vous corriger à votre âge... Eh bien ! réparerez-vous
cette sottise, et mon cul, à présent, vous occupera-t-il
un peu plus que mon con ? (Puis le montrant.) Voyez comme il est beau
ce cul, il vous appelle... foutez-le donc, Borchamps... Prends-lui
donc le vit, Emma, et mets-le dans mon cul.
Mille baisers plus ardents les uns que les autres, sur ce cul vraiment
superbe, furent ma réponse ; et mon engin, braqué par
Emma sur le trou mignon, sut bientôt convaincre Sophie que je
brûlais de réparer mes torts.
- Arrête, me dit la princesse ; c'est moi qui maintenant veux
être ton esclave, je vais me placer dans la triste machine dont
tu sors, et j'y veux, à mon tour, devenir ta victime. Use de
tes droits, sultan, et venge-toi sur tout... (Elle était prise.)
Ne me ménage pas, je t'en conjure ; punis à la fois
mon putanisme et ma cruauté...
- Bougresse ! m'écriai-je en devinant ses goûts, je vais
le faire à grands coups de fouet.
- Je l'espère bien, me dit-elle... Tâte, avant, la peau
de mes fesses, tu verras comme elle appelle le coup...
- Eh bien, qu'elle le reçoive donc, dis-je en l'appliquant,
et je l'étrillai d'importance, pendant que la belle Emma me
suçait à genoux, et que les deux filles de quinze ans
s'occupaient de mon cul.
Dès que celui de Sophie fut en sang, mon engin furieux, lui
pénétrant l'anus, la consola de ma barbarie.
- Oh ! foutre, s'écria-t-elle alors, qu'il est délicieux
d'être enculée, quand on vient de recevoir le fouet !
Je ne connais rien qui se marie mieux que ces deux plaisirs. Emma
s'avance alors près de son amie ; elle la branle, elle la baise,
elle la suce, elle se branle elle-même, et nous nageons tous
trois dans un océan de délices.
- Borchamps, me dit la princesse, en nous rajustant tous, vous me
paraissez digne de moi, et je vais m'ouvrir à vous avec infiniment
plus de confiance.
Sur un signe, les jeunes filles se retirent, et, nous mettant tous
trois autour d'une table de punch, voici, tout en buvant, le discours
que nous tint Sophie.
- Peut-être paraîtra-t-il singulier aux âmes communes...
aux petits esprits, que, pour sonder votre caractère, je mette
en usage les ressorts de la lubricité. Si vous vous trouviez,
par malheur, dans le cas de cette ridicule surprise, je veux donc
bien vous avouer, mon cher, que je ne juge jamais les hommes, dans
le cours de leur vie, que par leurs passions dans le libertinage.
Celui dont l'âme de feu me fait voir des goûts énergiques
embrasse indubitablement tous les partis violents de l'intérêt
ou de l'ambition : la vôtre est dans ce cas. Dites-moi donc,
Borchamps, de quel il vous voyez la vie des hommes en politique.
- Princesse, répondis-je, de quel prix était-elle au
duc d'Albe, quand il voulut soumettre ces provinces ?...
- Homme délicieux, dit cette femme ardente, telle est la réponse
que je voulais de toi ; je compte sur ton courage, ajouta-t-elle en
me serrant la main, écoute ce qu'il me reste à te proposer...
Nièce du héros de l'Europe, issue du sang d'un homme
fait pour régner sur l'univers entier, j'apporte en ce pays
son âme et sa vigueur. Je crois que tu dois voir, Borchamps,
que je ne suis pas faite pour n'être que l'épouse d'un
doge de république, et ce peuple mou, mercantile et poltron,
né pour porter des fers, doit s'honorer des miens. Je veux
bien consentir à régner sur lui, mais il faut que le
trône, élevé dans ces plaines humides, soit mouillé
de ses pleurs et construit de son or. Cent bataillons armés
assurent mon projet ; mon oncle les envoie, et je règne par
eux. Cette révolution ne proscrit point la tête de mon
époux ; il est digne de moi, et le sang du Batave, à
grands flots répandu, cimentera le trône où je
prétends l'asseoir. Ce n'est donc point le sceptre où
j'aspire que je t'offre ; je ne te propose que la place de celui qui
doit l'assurer : tu seras notre conseil, notre appui, notre ministre
; les proscriptions seront dictées, exécutées
par toi. Tu sens bien que ce poste exige du courage, as-tu celui qu'il
faut ? réponds sans te troubler.
- Madame, dis-je à la princesse, après quelques minutes
de réflexion, avant que de penser à cet acte étonnant
de puissance et d'autorité, vous êtes-vous assurée
de la manière dont cette révolution sera regardée
des puissances voisines ? Les Français, les Anglais, les Espagnols,
les puissances du Nord mêmes, qui ne voient en vous que des
courtiers ou des marchands, y considéreront-ils de sang-froid
et des rivaux et des vainqueurs ?
- Nous sommes sûrs de la France ; nous nous moquons du reste.
Devenus souverains des Provinces-Unies, et nos armes portées
dans les trois royaumes, nous les soumettrons peut-être bientôt.
Tout frémit devant un peuple guerrier : le nôtre le sera.
Il ne faut qu'un grand homme pour asservir le monde : j'ai l'âme
de ce grand homme, Frédéric sut me la donner. Nous sommes
las d'appartenir à qui voudra de nous, et de n'être,
aux yeux de l'Europe, que la proie du premier conquérant.
- Les Hollandais, armés pour repousser les cruautés
de l'Espagne, souffriront-ils votre tyrannie ?
- J'érigerai, comme le duc d'Albe, un tribunal de sang : tel
est le seul moyen de dompter un peuple.
- Tous vos sujets fuiront.
- J'aurai leur bien. Et que m'importe d'ailleurs la fuite des rebelles,
si ceux qui restent demeurent soumis ? Il s'agit moins de régner
en tremblant sur beaucoup d'hommes, que de régner despotiquement
sur un petit nombre.
- Sophie, je te crois cruelle, et ton ambition ne s'allume ici, je
le crains, qu'aux feux de la lubricité2 .
- Presque tous les vices n'ont qu'une cause dans le cur de l'homme
: tous partent de son plus ou moins de penchant à la luxure.
Ce penchant, devenant féroce dans une âme forte, entraîne
à mille horreurs secrètes l'être isolé
dans la nature... à mille crimes politiques, celui qui gouverne
les autres.
- Ô Sophie ! je m'explique ton ambition ; elle n'est chez toi
que l'envie de perdre du foutre avec un peu de chaleur.
- Qu'importe le sentiment qui la fait naître, dès qu'elle
existe, et qu'elle fait régner ? Mais, mon ami, si tu raisonnes,
tu balances ; et si tu balances, tu frémis, et n'es plus, dès
lors, digne de moi.
Singulièrement chatouillé des propositions qui m'étaient
faites, y voyant, comme Sophie, des moyens sûrs d'exercer ma
férocité naturelle, je promis tout. Sophie m'embrasse,
me fait répéter les serments les plus forts du plus
profond mystère, et nous nous séparons.
A peine rentré chez moi, je sentis tout le danger des engagements
que je venais de prendre, et voyant autant d'inconvénients
à les rompre qu'à les tenir, je passai la nuit dans
la plus affreuse perplexité. C'en est fait, me dis-je, je suis
un homme perdu, il ne me reste plus que la fuite. Ô Sophie !
que ne me proposais-tu des crimes particuliers ? Je les eusse tous
commis avec joie : une complice telle que toi m'assurait l'impunité
la plus entière, et mon âme n'eût frémi
de rien. Mais m'exposer à tout, pour n'être que l'agent
de ton despotisme !... Ne compte pas sur moi, Sophie. Je veux bien
faire des crimes pour favoriser mes passions, aucun pour servir celles
des autres. Quand mes refus te parviendront, accuse moins celui qui
te les fait, de pusillanimité, que de grandeur d'âme...
Me hâtant de fuir aussitôt, je gagnai le port le plus
voisin de l'Angleterre, et me trouvai, peu de jours après,
dans Londres.
Avec le goût profond que j'avais pour le crime, je fus un instant
fâché de n'avoir pas accepté les moyens politiques
que me donnait Sophie d'en commettre beaucoup ; je ne voyais pas assez
clair dans les projets de cette femme hardie, et j'aimais mieux, d'ailleurs,
opérer pour mon compte que pour celui d'un individu couronné.
Arrivé à Londres, je me logeai dans Picadilly, où
j'eus le malheur d'être volé, le lendemain, de tout ce
que je possédais d'argent comptant. Cette perte était
d'autant plus affreuse, pour moi, que je venais à La Haye de
réaliser toutes mes lettres de change. Muni de recommandations
pour différents seigneurs de la ville, je n'eus plus d'autres
ressources que de me hâter de les porter, et de faire part du
triste événement que je venais de subir, en implorant
quelques secours, au moins jusqu'à l'époque très
prochaine où ma sur me renverrait des fonds.
D'après les récits que j'entendis faire du lord Burlington,
ce fut chez lui que je me présentai le premier. Dès
qu'il eut lu mes lettres, je lui racontai mes malheurs ; il n'y eut
sortes de services que ce bon Anglais ne m'offrît. Quoique Burlington
ne fût pas très riche, mille guinées furent sa
première offre, et jamais il ne voulut me laisser loger ailleurs
que chez lui. J'acceptai d'autant plus volontiers, que je voyais déjà,
dans l'intérieur de cette honnête famille, infiniment
de moyens d'acquitter par des crimes la reconnaissance que je devais
à ce bienfaiteur.
Avant que d'en venir aux détails de ces petites infamies secrètes,
il est essentiel de vous donner quelques idées des personnages
avec lesquels je me trouvais.
Burlington, le plus franc, le plus serviable des hommes, pouvait être
âgé de cinquante-cinq ans ; de la bonhomie, de la franchise,
peu d'esprit, beaucoup de douceur, à la fois un sot et un homme
obligeant, tel était le portrait du bon lord. Un gendre et
deux filles composaient le reste du logis. Tilson, âgé
de vingt-trois ans, venait d'épouser l'aînée de
ces deux filles, à peu près du même âge.
La nature offrait peu de modèles d'un couple aussi délicieux
: charmes, grâces, naïveté, candeur, piété,
sagesse, tout caractérisait ce ménage charmant, et la
réunion de tant de vertus consolait Burlington des travers
où donnait malheureusement miss Cléontine, la cadette
de ses filles, âgée de dix-huit ans au plus, et la plus
belle créature qu'il fût possible de voir. Mais la méchanceté,
la noirceur du putanisme le plus outré, tels étaient
les vices dont rien ne pouvait corriger Cléontine, mille fois
plus heureuse de ses travers, osait-elle dire, que jamais Clotilde,
sa sur, ne le fut de ses ennuyeuses vertus.
Je n'eus pas plus tôt démêlé le caractère
délicieux de cette fille, que j'en devins amoureux, autant
que pouvait l'être un homme aussi corrompu que moi ; mais comme
son père m'avait confié tous les chagrins que lui donnait
cette jeune personne, je me trouvais, dès lors, engagé
à des retenues infinies.
Au travers des impressions tumultueuses qu'élevait Cléontine
dans mon âme, la jolie figure de Tilson et les grâces
de sa jeune épouse ne m'échappaient pourtant pas, et
si Cléontine m'inspirait les désirs les plus libertins,
son beau-frère et sa sur faisaient naître en moi
les plus sensuels. Je supposais à Tilson le plus beau cul du
monde, et je brûlais aussi vivement du désir de le foutre,
que de la fantaisie d'en faire autant à sa voluptueuse épouse.
Brûlé de toutes ces différentes passions, je crue
que la véritable façon de les satisfaire était
de commencer par Cléontine. Tout ce qui peut hâter la
défaite d'une femme se trouvant à la fois, et dans l'âme
de celle que j'attaquais, et dans mes moyens de séduire, la
chère enfant fut bientôt à moi.
Rien de frais, rien de potelé, rien de joli comme toutes les
parties du corps de cette charmante fille, rien d'éloquent
comme la voix de ses passions, rien de lubrique comme sa tête.
Il y eut un moment, en honneur, où je me crus plus sage qu'elle
: dès lors, et vous l'imaginez aisément, aucune restriction
dans les plaisirs que nous goûtâmes ; et Cléontine
m'avoua que plus une volupté semblait contrarier les lois de
la nature, plus elle chatouillait sa lubricité.
- Hélas ! me disait-elle un jour, j'en suis au point de n'en
plus trouver d'assez fortes pour me contenter !
Son joli cul fut donc attaqué sur-le-champ, et les plaisirs
qu'elle me donna de cette manière furent si vifs, si bien partagés
d'elle, que nous convînmes mutuellement de ne pas en connaître
d'autres.
J'étais tellement entraîné par les charmes de
cette belle fille, qu'un an se passa, sans que j'osasse lui communiquer
mes projets, ou du moins sans que j'y pensasse, tant j'étais
vivement occupé d'elle. Pendant ce temps, mes fonds étaient
revenus, j'étais quitte envers Burlington, et pour mieux venir
à bout de mes projets, ne voulant pas loger chez lui, j'avais
pris un appartement à sa porte... Lui, sa famille, ses enfants,
venaient me voir tous les jours, et l'intimité devint bientôt
si grande, que le bruit de mon mariage avec Cléontine courut
dans toute la ville. Que j'étais loin d'une telle folie ! je
voulais bien m'amuser d'une pareille créature, mais l'épouser...
jamais. Lady Tilson excitait seule ce désir en moi : une épouse,
me disais-je, n'est faite que pour nous servir de victime, et plus
est romantique, en elle, le genre de sa beauté, mieux elle
a ce qu'il faut pour ce rôle : voici Clotilde... Oh ! comme
je banderais, la voyant dans mes fers ! de quel intérêt
doit-elle être dans les larmes ! quelles délices on doit
éprouver à les faire couler de ses deux beaux yeux...
Ô Clotilde ! que vous serez malheureuse, si jamais vous m'appartenez...
Ces projets une fois formés, je ne cultivais plus Cléontine
que dans l'espoir de les lui faire servir. Je ne crus rien de mieux,
pour y arriver, que de lui échauffer la tête sur son
beau-frère, et d'allumer ensuite la jalousie de la jeune femme.
Cléontine m'avoua qu'elle avait quelquefois désiré
Tilson, mais qu'elle l'avait trouvé si bête et si vertueux,
que ses desseins sur lui s'étaient évanouis presque
aussitôt qu'elle les avait conçus.
- Et qu'importe l'esprit ! répondis-je : dès que la
beauté décore un individu, sa jouissance est faite pour
être désirée. Tel que tu me vois, Cléontine,
je suppose à Tilson le plus beau cul du monde, et je brûle
du désir de le foutre.
Cette idée divertit ma maîtresse. A ce prix, elle accepte
tout : on fait ce qu'on veut d'une femme, en échauffant sa
tête. Un peu de jalousie pourtant l'arrêta ; elle craignit
qu'amoureuse du mari, je ne le devinsse peut-être de la femme
; elle me questionna...
- Allons donc ! répondis-je, croyant prudent de me déguiser,
cette idée est extravagante ; mes fantaisies s'égarent
sur un beau garçon, il ne s'agit ici que d'un sentiment matériel
; mais dès qu'il est question d'une femme, mon amour pour toi,
Cléontine, ne me permet plus nul écart...
Mes fadeurs, l'irrégularité de mes caprices, tout séduisit
Cléontine ; elle me servit ; je n'en demandais pas davantage.
Au bout d'un mois, celui que j'aimais fut dans les bras de ma maîtresse
; je l'y vis, l'y caressai, l'y foutis ; un autre mois se passe, dans
toute l'illusion des scènes de ce libertinage, et bientôt
rassasié de tous deux, je ne pensai plus qu'à les perdre,
qu'à joindre mon bienfaiteur à mes victimes et qu'à
ravir Clotilde... à la conduire au bout de l'univers, pour
me rassasier avec elle des divins plaisirs que j'en attendais.
Comme la jeune femme adorait son mari, il me fut facile d'allumer
dans son âme les étincelles de la jalousie : lady Tilson
me crut, et dès qu'il ne fut plus question que de la convaincre,
mes moyens devinrent bien faciles.
- Cléontine, dis-je un jour à ma voluptueuse putain,
faut-il te l'avouer, mon amour ? je brûle de t'épouser.
La ressemblance de nos caractères me fait croire que nous serions
très heureux ensemble. Mais tu n'as rien, je suis riche, et
je sens que, par délicatesse, tu ne voudrais pas de moi, dénuée
des dons de la fortune. Il est un moyen, Cléontine, de te rendre
favorable cette fortune capricieuse, et de brusquer ses dons. Je ne
vois que trois têtes qui bornent tes richesses... (et comme
je m'aperçus que Cléontine s'enivrait à plaisir
du poison que je distillais dans son âme, j'en doublais courageusement
la dose). Rien de plus facile, continuai-je, que de nous débarrasser
de Tilson. Sa femme est emportée, violente, extrêmement
jalouse ; elle n'apprendra pas les infidélités dont
son mari se rend coupable [avec] toi, sans brûler du désir
de se venger. Je la conseillerai, je lui en fournirai les moyens :
dans huit jours, je vois Tilson dans le tombeau de ses pères.
Ta sur est vertueuse, elle est vindicative, son âme honnête
n'enfanterait pas seule les projets que je lui suggérerai,
mais chaleureusement offerts par moi, elle les acceptera, sois-en
sûre...
- Et les autres ? me dit brusquement Cléontine.
- Ah ! friponne, dis-je en l'embrassant, combien chaque instant me
fait voir que la nature nous a créés l'un pour l'autre
!... Voilà donc, mon ange, comme nous nous déferons
d'eux. Aussitôt que, d'après mes conseils, lady Tilson
se sera défaite de son époux, je dévoilerai toute
l'intrigue à son père, qui, pressé de même
par mes sollicitations, la fera, j'en suis sûr, enfermer sur-le-champ.
De ce moment, un défenseur, parfaitement soudoyé par
moi, embrassant avec chaleur la cause de Clotilde, rejette sur le
père, et le meurtre du gendre et la détention de la
fille... Les témoins, les dépositions, les preuves :
on trouve de tout cela avec des guinées, dans Londres, comme
avec des louis à Paris. Avant quinze jours, Burlington est
dans les prisons de la justice.
- Ton bienfaiteur ?
- Que m'importe, Cléontine : il s'oppose à nos vux,
je ne le vois plus que comme un ennemi. Ton père n'est pas
plus tôt enfermé, condamné (il le sera, Cléontine,
avant un mois), il monte à l'échafaud. Il ne sera pas
plus tôt mort, dis-je, que ta sur est libre, et que nous
partons. Nous quittons l'Angleterre, je t'épouse, et juge avec
quelle facilité tombera la dernière tête qui s'oppose
à ce que tu possèdes seule les biens de Burlington.
- Ô mon ami ! tu es un scélérat !
- Je suis un homme qui t'adore, Cléontine, qui brûle
de te voir riche et de t'épouser.
- Mais mon père... tout ce qu'il a fait pour toi...
- Il n'est rien qui ne disparaisse, près des sentiments que
je te dois ; il faut que je te possède, Cléontine :
il n'est rien que je ne sacrifie pour y réussir.
L'ardente créature m'accable de ma remerciements, de ses baisers
; elle jure de m'aider, et des flots de foutre, à l'instant
répandus, cimentent des serments que je suis bien loin de vouloir
tenir.
Cependant, comme toute la première partie de mon projet m'amenait
au dénouement que j'y substituais, je ne tardai pas à
mettre cette première partie à exécution. Clotilde,
par mes soins, surprend bientôt son mari dans les bras de sa
sur. Et ce n'est plus pour se venger de son seul infidèle
qu'elle reçoit des avis de moi, c'est pour les immoler tous
deux.
- Ce souhait me regarde, lui dis-je, je suis trop outré de
ce qu'on vous fait, pour ne pas sacrifier ceux qui vous outragent.
Vos jours ne seraient plus en sûreté avec de tels parente
; consentez à ce que je les immole, si vous ne voulez pas périr
vous-même.
Un silence expressif est la réponse de Clotilde ; et le même
breuvage, aussitôt, la défait à la fois d'une
sur et d'un époux... Je les avais foutus tous les deux
le matin.
Je reprends alors la seconde partie de mon projet.
- Ô Clotilde ! dis-je avec frayeur, ces deux morts promptes
effraient votre père ; je crains que le soupçon ne s'éveille
dans son âme ; il a eu vos motifs de plaintes : pourquoi n'attribuerait-il
pas à votre vengeance la perte de son gendre et de sa fille
? Or, s'il le fait, vous êtes perdue ; préparez-vous
donc à la meilleure défense, si ce malheur arrive...
De ce moment, le soupçon que je fais redouter à Clotilde,
je le sème avec art dans l'esprit de son père.
- Ne cherchez point ailleurs que dans Clotilde l'assassin de Tilson
et de Cléontine, dis-je à cet honnête homme ;
quelle autre qu'elle aurait à cette horreur un intérêt
plus puissant ? Et si, comme vous n'en sauriez douter, cette malheureuse
a pu mépriser à ce point et ses devoirs et la voix plus
puissante encore de la nature, présumez de quel danger il est
pour vous de conserver un tel serpent dans votre sein...
Je joins de fausses preuves à ces assertions calomnieuses ;
milord est convaincu : sa fille est arrêtée. Mes défenseurs
gagés volent alors auprès de Clotilde ; ils n'ont pas
de peine à lui persuader combien la récrimination devient
nécessaire : on met entre les mains de lady tout ce qu'il faut
pour l'appuyer. Cette intéressante créature me fait
prier de ne la point abandonner : sa main, si je le veux, sera ma
récompense. Je lui réponds de ma fidélité.
Burlington, vivement soupçonné du crime dont il charge
sa fille, est promptement traduit devant les tribunaux ; on l'accuse,
par mes soins et mes instigations, de s'être traîtreusement
défait de son gendre... et de sa fille, et d'avoir fait enfermer
Clotilde comme coupable d'un crime que lui seul a commis. Un mois
suffit à l'instruction d'un procès qui fit tant de bruit
à Londres ; et j'ai, dans ce court intervalle, la douce satisfaction
de briser les fers du principal ressort de mes affreux forfaits, et
d'en voir expirer la victime.
- Clotilde, m'écriai-je dès que la reconnaissance conduisit
à mes pieds cette belle femme, presse-toi de t'emparer du bien
de ton père ; n'ayant point d'enfant de Tilson, tu ne peux
malheureusement prétendre au sien, mais réalise ce qui
t'appartient, et partons. Quelques yeux s'ouvriraient peut-être
de trop près sur notre conduite, ne donnons le temps à
aucun retour, et fuyons avec promptitude.
- Ô Borchamps ! qu'il est affreux pour moi de ne devoir la vie
qu'à la mort de mon père !
- Éteins promptement ce remords imbécile, m'empressai-je
de répondre à ma charmante maîtresse ; songe que
ton père n'aspirait qu'à te perdre, et que tout est
permis pour conserver ses jours.
- Ta main, au moins, Borchamps, séchera-t-elle mes pleurs ?
- En doutes-tu, cher ange ?
- Ah ! qu'un prêtre, demain, fasse la cérémonie
; que les plus doux plaisirs de l'hymen nous couronnent dès
le même jour, et que celui d'ensuite éclaire notre prompte
évasion d'un pays où les suites de la malheureuse affaire
que nous venons d'avoir pourraient incessamment peut-être tourner
à notre désavantage.
Tout s'exécute comme je le désire, et Clotilde est ma
femme... Il y avait trop peu de temps qu'elle avait perdu son époux,
pour que nous osassions publier nos nuds, mais ils n'en reçurent
pas moins la sanction des lois divines et humaines.
Il faudrait bien se garder, ici, de considérer Clotilde comme
coupable de toutes les actions qui viennent de vous être racontées.
Instrument passif de mes forfaits, elle n'en était nullement
la cause ; il s'en fallait bien que cette douce et charmante femme
pût être taxée de scélératesse dans
tout ce qui s'était passé : le meurtre de sa sur
et de son mari, où elle n'avait consenti que par son silence,
n'était bien sûrement que mon ouvrage ; elle était
encore bien moins coupable de la mort de son père, et sans
mes séductions, mes instigations, mes fausses preuves, elle
périssait bien plutôt que Burlington...
Clotilde ne doit donc rien perdre, aux yeux de ceux à qui je
parle d'elle, du caractère primitif de candeur, de pudeur,
et d'aménité que je lui établis dans cette histoire.
Aussi le remords, quoi que je pusse lui dire, ne l'abandonna-t-il
jamais : la manière dont j'acquiesçai à l'amour
qu'elle m'avoua vint néanmoins calmer quelque temps cet état
de peine. Mais je le dis une fois pour toutes, afin que vous vous
en souveniez, ne la voyez jamais comme repentante, aussi longtemps
que la suite des faits m'obligera de vous en parler. Clotilde, en
cette situation, mille fois plus piquante pour moi, m'inspira les
choses du monde les plus extraordinaires. Qui le croirait ? même
avant de jouir de ses charmes, je voulus qu'ils fussent profanés.
Clotilde me fut pas plus tôt ma femme, que je bandai sur la
double idée de ne la foutre cette première nuit qu'aux
bordel, et d'y prostituer ses appas au premier venu.
Depuis que j'étais à Londres,, j'avais fait la connaissance
d'une célèbre maquerelle, chez qui je me dédommageais,
avec les plus belles coquines de la capitale, des ennuyeuses longueurs
d'une intrigue réglée. Je vais trouver miss Bawil, je
lui fais part de mes résolutions ; elle me répond de
leur succès : j'y mets pour clause, que les libertins auxquels
Clotilde sera livrée se contenteront de pollutions et de mauvais
traitements. Tout concerté de part et d'autre, j'engage Clotilde,
après la cérémonie, à venir consommer
notre mariage chez une amie, plutôt que dans une maison encore
entourée de cyprès et couverte de deuil. Clotilde, pleine
de confiance, se rend chez miss Bawil, où se sert le plus grand
festin. Un autre moins scélérat que moi eût joui
de ce moment de bonheur, étouffant les chagrins de Clotilde
et né dans elle du charme de m'appartenir. La pauvre imbécile
m'en baisait tendrement de joie, quand trois scélérats
apostés entrent subitement, le poignard à la main.
.- Fuis ! me disent-ils, et laisse-nous cette femme, nous en voulons
jouir avant toi...
Je m'échappe, et passe dans un cabinet duquel je puis tout
voir. Clotilde, presque évanouie, est promptement déshabillée
par ces libertins qui l'exposent nue à mes regards. C'est d'eux
que je reçois la vue enchanteresse des appas de Clotilde, et
la main perfide du libertinage remplit ici tous les soins de l'amour.
Ce ne fut qu'ainsi profanées que j'aperçus les grâces
dont la nature avait embelli cette créature divine ; et ce
ne fut qu'ainsi que le plus beau cul du monde fut offert à
mes yeux lascifs. Une superbe courtisane me branlait pendant ce temps-là,
et sur un signal dont j'étais convenu, les outrages redoublèrent
bientôt. Clotilde, solidement contenue sur les genoux de l'un
des trois, fut flagellée par les deux autres, ensuite condamnée
aux pénitences les plus lubriques et les plus humiliantes.
En même temps obligée de gamahucher le trou du cul de
l'un, elle dut, pendant ce temps, branler les deux autres. Son visage...
cet emblème touchant de son âme sensible... son sein,
ce sein de roses et de lis, reçurent l'un et l'autre les jets
impurs de l'ardeur de ces scélérats, qui, par mes ordres
et pour mieux encore humilier la vertu de cette créature enchanteresse,
poussant à l'excès les outrages, finirent par lui pisser
et lui chier tous trois sur le corps, pendant que j'enculais une autre
putain qu'on m'avait donnée pour achever de m'exciter pendant
cette scène. Quittant alors, sans décharger, le beau