Le marquis De Sade

1740 - 1814

Histoire de Juliette
ou
les Prospérités du vice

TROISIÈME PARTIE

Une jolie fille ne doit s'occuper que de foutre et jamais d'engendrer.
[Marquis de Sade]
La philosophie dans le boudoir

Histoire de Juliette
ou
les Prospérités du vice

TROISIÈME PARTIE


Il est temps, mes amis, de vous parler un peu de moi, surtout de vous peindre mon luxe, fruit des plus terribles débauches, afin que vous puissiez le comparer à l'état d'infortune où se trouvait ma sœur, pour s'être avisée d'être sage. Vous tirerez de ces rapprochements les conséquences que votre philosophie vous suggérera.
Le train de ma maison était énorme. Vous devez vous en douter, en voyant toutes les dépenses que j'étais obligée de faire pour mon amant. Mais, en laissant à part la multitude des choses exigées pour ses plaisirs, il me restait à moi un hôtel superbe à Paris, une terre délicieuse au-dessus de Sceaux, une petite maison des plus voluptueuses à la Barrière-Blanche, douze tribades, quatre femmes de chambre, une lectrice, deux veilleuses, trois équipages, dix chevaux, quatre valets choisis à la supériorité du membre, tout le reste des attributs d'une très grande maison, et, pour moi seule, plus de deux millions à manger par an, ma maison payée.
Voulez-vous ma vie maintenant ?
Je me levais tous les jours à dix heures. Jusqu'à onze, je ne voyais que mes amis intimes ; depuis lors, jusqu'à une heure, grande toilette, à laquelle assistaient tous mes courtisans ; à une heure précise, je recevais des audiences particulières pour les grâces que l'on avait à me demander, ou le ministre, quand il était à Paris. A deux heures, je volais à ma petite-maison, où d'excellentes entremetteuses me faisaient trouver régulièrement tous les jours quatre hommes et quatre femmes, avec qui je donnais la plus ample carrière à mes caprices. Pour que vous ayez une idée des objets que j'y recevais, qu'il vous suffise de savoir qu'il n'y entrait aucun individu qui ne me coûtât vingt-cinq louis au moins, et souvent le double. Aussi n'imagine-t-on pas ce que j'avais de délicieux et de rare dans l'un et l'autre sexe : j'y ai vu plus d'une fois des femmes et des filles de la première naissance, et je puis dire avoir goûté dans cette maison des voluptés bien douces et des plaisirs bien recherchés. Je rentrais à quatre heures, et dînais toujours avec quelques amis. Je ne vous parle point de ma table : aucune maison de Paris n'était servie avec autant de splendeur, de délicatesse et de profusion ; il n'était jamais rien d'assez beau ni d'assez rare. L'extrême intempérance que vous me voyez doit, je crois, vous faire bien juger de cet objet. Je place l'une de mes plus grandes voluptés dans ce léger vice, et j'imagine que sans les excès de celui-là, on ne jouit jamais bien des autres. J'allais ensuite au spectacle, ou je recevais le ministre, si c'était ses jours.
A l'égard de ma garde-robe, de mes bijoux, de mes économies, de mon mobilier, quoiqu'il y eût à peine deux ans que je fusse avec M. de Saint-Fond, je ne vous dirai point trop, en évaluant ces objets à plus de quatre millions, dont deux en or dans ma cassette, devant lesquels j'allais quelquefois, à l'instar de Clairwil, me branler le con en déchargeant sur cette idée singulière : J'aime le crime, et voilà tous les moyens du crime à ma disposition. Oh ! mes amis, qu'elle est douce, cette idée, et que de foutre elle m'a fait perdre ! Désirais-je un nouveau bijou, une nouvelle robe ? Mon amant, qui ne voulait pas me voir trois fois de suite les mêmes choses, me satisfaisait à l'instant, et tout cela sans exiger autre chose de moi que du désordre, de l'égarement, du libertinage, et les soins les plus excessifs aux arrangements de ses débauches journalières. C'était donc en flattant mes goûts que tous mes goûts se trouvaient servis, c'était en me livrant à toute l'irrégularité de mes sens que mes sens se trouvaient enivrés.
Mais dans quelle situation morale tant d'aisance m'avait-elle placée ? Voilà ce que je n'ose dire, mes amis, et ce dont il faut pourtant que je convienne avec vous. L'extrême libertinage dans lequel je me plongeais tous les jours avait tellement engourdi les ressorts de mon âme, qu'aidée des pernicieux conseils dont j'était abreuvée de toutes parts, je n'aurais pas, je crois, détourné un sol de mes trésors pour rendre la vie à un malheureux. A peu près vers ce temps, une disette affreuse se fit sentir dans les environs de ma terre ; tous les habitants furent à la plus grande détresse : il y eut des scènes affreuses, des filles entraînées dans le libertinage, des enfants abandonnés et plusieurs suicides. On vint implorer ma bienfaisance : je tins ferme, et colorai très impertinemment mes refus, des dépenses énormes auxquelles m'avaient entraînée mes jardins. Peut-on donner l'aumône, disais-je insolemment, quand on fait faire des boudoirs de glaces au fond de ses bosquets, et qu'on garnit ses allées de Vénus, d'Amours et de Saphos ? En vain offrait-on à mes regards tranquilles tout ce qu'on imaginait de plus propre à toucher ma sensibilité : des mères éplorées, des enfants nus, des spectres dévorée par la faim ; rien ne m'ébranlait, rien ne sortait mon âme de son assiette ordinaire, et l'on n'obtenait jamais de moi que des refus. Ce fut alors qu'en me rendant compte de mes sensations, j'éprouvai, ainsi que me l'avaient annoncé mes instituteurs, au lieu du sentiment pénible de la pitié, une certaine commotion produite par le mal que je croyais faire en rejetant ces malheureux, et qui fit circuler dans mes nerfs une flamme à peu près semblable à celle qui nous brûle, chaque fois que nous brisons un frein ou que nous subjuguons un préjugé. Je conçus dès lors combien il pouvait devenir voluptueux de mettre ces principes en action ; et ce fut de ce moment, que je sentis bien qu'aussitôt que le spectacle de l'infortune causée par le sort pouvait être d'une sensualité si parfaite sur des âmes disposées ou préparées par des principes comme ceux que l'on m'inculquait, le spectacle de l'infortune causée par soi-même devait améliorer cette jouissance ; et comme vous savez que ma tête va toujours bien loin, vous n'imaginez pas ce que je conçus de possible et de délicieux sur cela. Le raisonnement était simple : je sentais du plaisir au seul refus de mettre l'infortune dans une situation heureuse ; que n'éprouverais-je donc pas si j'étais moi-même la cause première de cette infortune ? S'il est doux de s'opposer au bien, me disais-je, il doit être délicieux de faire le mal. Je rappelai, je flattai cette idée dans ces moments dangereux où le physique s'embrase aux voluptés de l'esprit, instants où l'on se refuse d'autant moins qu'alors rien ne s'oppose à l'irrégularité des vœux ou à l'impétuosité des désirs, et que la sensation reçue n'est vive qu'en raison de la multitude des freins que l'on brise, et de leur sainteté. Le songe évanoui, si l'on redevenait sage, l'inconvénient serait médiocre : c'est l'histoire des torts de l'esprit, on sait bien qu'ils n'offensent personne ; mais on va plus loin, malheureusement. Que sera-ce, ose-t-on se dire, que la réalisation de cette idée, puisque son seul frottement sur mes nerfs vient de les émouvoir si vivement ? On vivifie la maudite chimère, et son existence est un crime.
Il y avait, à un quart de lieue de mon château, une malheureuse chaumière appartenant à un paysan fort pauvre qui se nommait Martin Des Granges, père de huit enfants, et possédant une femme que l'on pouvait appeler un trésor par sa sagesse et son économie. Croiriez-vous que cet asile du malheur et de la vertu excita ma rage et ma scélératesse ! Il est donc vrai que c'est une chose délicieuse que le crime ; il est donc certain que c'est au feu dont il nous embrase que s'allume le flambeau de la lubricité... qu'il suffit seul à l'éveiller en nous, et que pour donner à cette délicieuse passion tout le degré d'activité possible sur nos nerfs, il n'est besoin que du crime seul.
Elvire et moi, nous avions apporté du phosphore de Boulogne, et j'avais chargé cette fille leste et spirituelle d'amuser toute la famille, pendant que je fus le placer adroitement dans la paille d'un grenier qui se trouvait au-dessus de la chambre de ces malheureux. Je reviens, les enfants me caressent, la mère me raconte avec bonhomie tous les petits détails de sa maison, le père veut que je me rafraîchisse, il s'empresse à me recevoir de son mieux... Rien de tout cela ne me désarme, je ne suis attendrie par rien ; je m'interroge, et loin de cette fastidieuse émotion de la pitié, je n'éprouve qu'un chatouillement délicieux dans toute mon organisation : le plus chétif attouchement m'aurait fait décharger dix fois. Je redouble mes caresses à toute cette intéressante famille, dans le sein de laquelle je viens apporter le meurtre ; ma fausseté est au comble, plus je trahis, et mieux je bande. Je donne des rubans à la mère, des bonbons aux enfants. Nous revenons, mais mon délire est tel que je ne puis rentrer chez moi sans prier Elvire de soulager l'état terrible dans lequel je suis. Nous nous enfonçons dans un taillis, je me trousse, j'écarte les cuisses... elle me branle... A peine m'a-t-elle touchée que je décharge ; jamais encore je ne m'étais trouvée dans un égarement si terrible ; Elvire, qui ne se doutait de rien, ne savait comment interpréter l'état où elle me voyait.
- Branle... branle... lui dis-je en suçant sa bouche, je dans une prodigieuse agitation ce matin ; donne-moi ton con, que je le chatouille aussi, et noyons-nous dans des flots de foutre.
- Et qu'est-ce donc que madame vient de faire ?
- Des horreurs... des atrocités, et le sperme coule bien délicieusement lorsque ses flots s'élancent au sein de l'abomination. Branle-moi donc, Elvire. il faut que je décharge.
Elle se glisse entre mes jambes, elle me suce...
- Oh, foutre ! lui criai-je, que tu as raison : tu vois que j'ai besoin des grands moyens, tu les emploies...
Et j'inonde ses lèvres.
Nous rentrâmes ; j'étais dans un état qui ne peut se peindre, il me semblait que tous les désordres, tous les vices s'armaient à la fois pour venir débaucher mon cœur, je me sentais dans une espèce d'ivresse, dans une sorte de rage : il n'était rien que je n'eusse fait, aucune luxure dont je ne me fume souillée. J'étais désolée de n'avoir atteint qu'une si petite portion de l'humanité ; j'aurais voulu que la nature entière eût pu se ressentir des égarements de ma tête. Je fus me jeter nue sur le sopha d'un de mes boudoirs, et j'ordonnai à Elvire de m'amener tous mes hommes, en leur recommandant de faire de moi tout ce qu'ils voudraient, pourvu qu'ils m'invectivassent et me traitassent comme une putain. Je fus maniée, pelotée, battue, souffletée ; mon con, mon cul, mon sein, ma bouche, tout servit : je désirais avoir vingt autels de plus à présenter à leur offrande. Quelques-uns amenèrent des camarades que je ne connaissais pas : je ne refusai rien, je me rendis la coquine de tous, et je perdis des torrents de foutre au milieu de toutes ces luxures. Un de ces grossiers libertins (je leur avais tout permis) s'avise de dire que ce n'était pas sur des canapés qu'il voulait me foutre, mais dans la fange... Je me laisse traîner par lui sur un tas de fumier, et me prostituant là comme une truie, je l'excite à m'humilier davantage encore. Le vilain le fait, et ne me quitte qu'après m'avoir chié sur le visage... Et j'étais heureuse ; plus je me vautrais dans l'ordure et dans l'infamie, plus ma tête s'embrasait de luxure, et plus augmentait mon délire. En moins de deux heures, je fus foutue plus de vingt coups, pendant qu'Elvire me branlait toujours... et rien... non, rien n'apaisait l'état cruel où me plongeait l'idée du crime que je venais de commettre.
Remontée dans mon boudoir, nous apercevons l'atmosphère éclaircie.
- Oh ! madame, me dit Elvire en ouvrant une fenêtre, regardez donc... le feu... le feu où nous avons été ce matin !
Et je tombe, presque évanouie...
Restée seule avec cette belle fille, je la conjure de me branler encore.
- Sortons, lui dis-je, je crois que j'entends des cris, allons savourer ce délicieux spectacle, Elvire : il est mon ouvrage, viens t'en rassasier avec moi... Il faut que je voie tout, il faut que j'entende tout, je ne veux pas que rien m'échappe.
Nous sortons toutes deux, échevelées, froissées, enivrées nous ressemblions à des bacchantes. A vingt pas de cette scène d'horreur, derrière un petit tertre qui nous déguisait aux regards des autres sans nous empêcher de rien voir, je retombe dans les bras d'Elvire, presque autant agitée que moi. Nous nous branlons à la lueur des flammes homicides qu'allumait ma férocité, aux cris aigus du malheur et du désespoir que faisait pousser ma luxure, et j'étais la plus heureuse des femmes.
Nous nous levons enfin pour analyser mon forfait. Je vois avec douleur que deux victimes me sont échappées ; je reconnais les autres cadavres, je les retourne avec le pied.
- Ces individus vivaient ce matin, me dis-je, j'ai tout détruit dans quelques heures... tout cela pour perdre mon foutre... Et voilà donc ce que c'est que le meurtre : un peu de matière désorganisée, quelques changements dans les combinaisons, quelques molécules rompues et replongées dans le creuset de la nature, qui les rendra dans quelques jours sous une autre forme à la terre ; et où donc est le mal à cela ? Si j'ôte la vie à l'un, je la donne à l'autre : où est donc l'offense que je lui fais ?
Cette petite révolte de mon esprit contre mon cœur ébranla vivement les globules électriques de mes nerfs... et mon con mouille encore une fois les doigts de ma tribade. Si j'avais été toute seule, je ne sais pas, d'honneur, jusqu'où j'aurais porté les effets de mon dérèglement. Aussi cruelle que les Caraïbes, j'aurais peut-être dévoré mes victimes : Elles étaient là, jonchées... Le père et l'un de ses enfants s'étaient seuls échappés ; la mère et les sept autres étaient sous mes yeux ; et je me disais en les observant, en les touchant même : C'est moi qui viens de consommer ces meurtres, ils sont mon unique ouvrage ; et je déchargeais encore... Pour la maison, il n'en restait plus de vestiges, à peine se doutait-on de la place qu'elle avait occupée.
Eh bien ! croiriez-vous, mes amis, que lorsque je racontai cette histoire à Clairwil, elle m'assura que je n'avais fait qu'effleurer le crime, et que je m'étais conduite comme une poltronne ?
- Il y a trois ou quatre fautes graves, me dit-elle, dans l'exécution de cette aventure. Premièrement (et je vous rends tout ceci pour que vous jugiez mieux le caractère de cette étonnante femme), premièrement, tu as manqué de conduite, et si malheureusement quelqu'un fût venu, à ton désordre, à tes mouvements, on t'aurait jugée criminelle. Prends garde à cette faute : tout ce que tu voudras d'ardeur au-dedans, mais le plus grand flegme au-dehors. Quand tu resserreras ainsi les effets lubriques, ils auront plus d'activité. Deuxièmement, ta tête n'a pas conçu la chose en grand ; car tu conviendras qu'ayant sous tes fenêtres un bourg immense de sept ou huit gros villages aux environs, il y a de la sagesse... de la pudeur, à n'aller s'égarer que sur une seule maison et dans un endroit bien isolé... de crainte que les flammes, en se propageant, n'augmentent l'étendue de ton petit forfait : on voit que tu as frémi en exécutant.
Voilà donc une jouissance manquée, car celles du crime ne veulent pas de restriction. Je les connais : si l'imagination n'a pas tout conçu, si la main n'a pas tout exécuté, il est impossible que le délire ait été complet, parce qu'il reste toujours un remords : Je pouvais faire davantage, je ne l'ai pas fait. Et les remords de la vertu sont pis que ceux du crime. Lorsqu'on est dans le train de la vertu et que l'on fait une mauvaise action, on imagine toujours que la multitude des bonnes œuvres effacera cette tache : et comme on se persuade aisément ce qu'on désire, on finit par se calmer. Mais celui qui, comme nous, s'achemine à grands pas dans la carrière du vice, ne se pardonne jamais une occasion manquée, parce que rien ne le dédommage ; la vertu ne vient pas à son secours, et la résolution qu'il forme de faire quelque chose de pis, en échauffant davantage sa tête sur le mal, ne le consolera sûrement pas de l'occasion qu'il a manquée d'en faire.
A ne considérer ton plan, d'ailleurs, que dans le rétréci, poursuivit Clairwil, il y a encore une grande faute, car j'aurais fait poursuivre Des Granges, moi. Il était dans le ou d'être brûlé comme incendiaire, et tu sens bien qu'à ta place, je ne l'aurais sûrement pas manqué. Quand le feu prend à la maison d'un homme en sous-ordre, comme celui-là dans ta terre, ne sais-tu donc pas que tu es en droit de faire vérifier par tes gens de justice si ce n'est pas lui qui est coupable. Qui t'a dit que cet homme ne voulait pas se défaire de sa femme et de ses enfants, pour aller gueuser hors du pays ? Dès qu'il tournait le dos, il fallait le faire arrêter comme fuyard et comme incendiaire, le livrer à la justice. Avec quelques louis, tu trouvais des témoins. Elvire elle-même t'en servait : elle déposait que, le matin, elle avait vu cet homme errer dans son grenier, d'un air insensé ; qu'elle l'avait interrogé, qu'il n'avait pu répondre à ses questions ; et dans huit jours on serait venu te donner le spectacle voluptueux de brûler ton homme à ta porte. Que cette leçon te serve, Juliette : ne conçois jamais le crime sans l'étendre, et quand tu es dans l'exécution, embellis encore tes idées.
Voilà, mes amis, les cruelles additions que Clairwil eût désiré me voir mettre au délit que je lui avouais, et je ne vous cache pas que, profondément frappée de ses raisons, je me promis bien de ne plus retomber dans des fautes si graves. La fuite du paysan me désolait surtout, et je ne sais ce que j'aurais donné pour le voir rôtir à ma porte ; je ne me suis jamais consolée de cette fuite.
Enfin, le jour de ma réception au club de Clairwil arriva. On appelait cette réunion : La Société des Amis du Crime. Dès le matin, mon introductrice m'apporta les statuts de l'assemblée. Je les crois assez curieux pour vous les montrer ; les voici :

STATUTS DE LA SOCIÉTÉ DES AMIS DU CRIME.


La Société se sert du mot crime pour se conformer aux usages reçus, mais elle déclare qu'elle ne désigne ainsi aucune espèce d'action, de quelque sorte qu'elle puisse être.
Pleinement convaincue que les hommes ne sont pas libres, et qu'enchaînés par les lois de la nature, ils sont tous esclaves de ces lois premières, elle approuve tout, elle légitime tout, et regarde comme ses plus zélés sectateurs ceux qui, sans aucun remords, se seront livrés à un plus grand nombre de ces actions vigoureuses que les sots ont la faiblesse de nommer crimes, parce qu'elle est persuadée qu'on sert la nature en se livrant à ces actions, qu'elles sont dictées par elle, et que ce qui caractériserait vraiment un crime, serait la résistance que l'homme apporterait à se livrer à toutes les inspirations de la nature, de telle espèce qu'elles puissent être. En conséquence, la Société protège tous ses membres ; elle leur promet à tous, secours, abri, refuge, protection, crédit, contre les entreprises de la Loi ; elle prend sous sa sauvegarde tous ceux qui l'enfreignent, et se regarde comme au-dessus d'elle, parce que la Loi est l'ouvrage des hommes, et que la Société, fille de la nature, n'écoute et ne suit que la nature.
1° Il n'y aura aucune distinction parmi les individus qui composent la Société. Non qu'elle croie tous les hommes égaux aux yeux de la nature (elle est loin de ce préjugé populaire, fruit de la faiblesse et de la fausse philosophie), mais elle est persuadée que toute distinction serait gênante dans les plaisirs de la Société, et qu'elle les troublerait nécessairement tôt ou tard1.
2° L'individu qui veut être reçu dans la Société doit renoncer à toute religion, de quelque espèce qu'elle puisse être. Il doit s'attendre à des épreuves qui constateront son mépris pour ces cultes humains et leur chimérique objet. Le plus petit retour de sa part à ces bêtises lui vaudra sur-le-champ l'exclusion.
3° La Société n'admet point de Dieu ; il faut faire preuve d'athéisme pour y entrer. Le seul Dieu qu'elle connaisse est le plaisir ; elle sacrifie tout à celui-là ; elle admet toutes les voluptés imaginables, elle trouve bon tout ce qui délecte ; toutes les jouissances sont autorisées dans son sein ; il n'en est aucune qu'elle n'encense, aucune qu'elle ne conseille et ne protège.
4° La Société brise tous les nœuds du mariage et confond tous ceux du sang. On doit jouir indifféremment, dans ses foyers, de la femme de son prochain comme de la sienne, de son frère, de sa sœur, de ses enfants, de ses neveux, comme de ceux des autres. La plus légère répugnance à ces règles est un titre puissant d'exclusion.
5° Un mari est obligé de faire recevoir sa femme ; un père, son fils ou sa fille ; un frère, sa sœur ; un oncle, son neveu ou sa nièce, etc.
6° On ne reçoit personne dans la Société qui ne prouve au moins vingt-cinq mille livres de rente, attendu que les dépenses annuelles sont de dix mille francs par individu. Sur cette masse, se prennent toutes les dépenses de la maison, celles du loyer, des sérails, des voitures, des bureaux, des assemblées, des soupers, de l'illumination. Et quand le trésorier a de l'argent de reste au bout de l'année, il le partage entre les frères ; si les dépenses ont excédé la recette, on se cotise pour rembourser le trésorier, toujours cru sur sa parole.
7° Vingt artistes ou gens de lettres seront reçus au prix modique de mille livres par an. La Société, protectrice des arts, veut leur décerner cette déférence ; elle est fâchée que ses moyens ne lui permettent pas d'admettre à ce médiocre prix un beaucoup plus grand nombre d'hommes dont elle fera toujours tant d'estime.
8° Les amis de cette Société, unis comme on l'est au sein d'une famille, partagent toutes leurs peines comme tous leurs plaisirs ; ils s'aident et se secourent mutuellement dans toutes les différentes situations de la vie ; mais toutes aumônes, charités, secours donnés aux veuves, orphelins ou indigents sont absolument défendus, et dans la Société et aux personnes de la Société ; tout membre seulement soupçonné de ces prétendues bonnes œuvres sera exclu.
9° Il y aura toujours en réserve une somme de trente mille livres pour l'utilité d'un membre que la main du sort aurait plongé dans quelque mauvais cas.
10° Le président est élu au scrutin, et n'est jamais qu'un mois en exercice ; il est pris, tantôt dans un sexe, tantôt dans un autre, et préside douze assemblées (il y en a trois par semaine) ; son unique emploi est de faire respecter les lois de la Société, de maintenir la correspondance exécutée par un comité permanent dont le président est le chef. Le trésorier et les deux secrétaires de l'assemblée sont membres de ce comité, mais les secrétaires se renouvellent tous les mois, comme le président.
11° Chaque séance s'ouvre par un discours, ouvrage de l'un des membres ; l'esprit de ce discours est contraire aux mœurs et à la religion ; s'il en mérite la peine, il est imprimé sur-le-champ aux frais de la Société, et mis dans ses archives.
12° Dans les heures consacrées à la jouissance, tous les frères et toutes les sœurs seront nus ; ils se mêlent, ils jouissent indistinctement, et jamais un refus ne pourra soustraire un individu aux plaisirs d'un autre. Celui qui sera choisi doit se prêter, doit tout faire : n'a-t-il pas le même droit, l'instant d'après ? Un individu qui se refuserait aux plaisirs de ses frères, y serait contraint par la force, et chassé après.
13° Dans le sein de l'assemblée, aucune passion cruelle, excepté le fouet, donné simplement sur les fesses, ne pourra s'exercer, il est des sérails dépendant de la Société et dans lesquels les passions féroces pourront avoir le cours le plus entier ; mais au sein de ses frères, il ne faut que des voluptés crapuleuses, incestueuses, sodomites et douces.
14° La plus grande confiance est établie parmi les frères ; ils doivent entre eux s'avouer leurs goûts, leurs faiblesses, jouir de leurs confidences, et y trouver un aliment de plus à leurs plaisirs. Un être qui trahirait les secrets de la Société, ou qui reprocherait à l'un de ses frères les faiblesses ou les passions qui font le bonheur de sa jouissance, serait exclu sur-le-champ.
15° Près de la salle publique des jouissances, sont les cabinets secrets où l'on peut se retirer pour se livrer solitairement à toutes les débauches du libertinage ; on peut y passer en tel nombre que l'on veut. On y trouve tout ce qui est nécessaire, et, dans chacun, une jeune fille et un jeune garçon prête à exécuter toutes les passions des membres de la Société, et même celles qui ne sont permises que dans l'intérieur des sérails, parce que ces enfants étant de la même espèce que ceux que l'on livre aux sérails, et en dépendant même, peuvent être traités comme eux.
16° Tous les excès de table sont autorisés ; on donnera tout secours et toute assistance à un frère qui s'y sera livré ; tous les moyens possibles sont fournis dans l'intérieur pour y satisfaire.
17° Aucune flétrissure juridique, aucun mépris public, aucune diffamation n'empêchera d'être reçu dans la Société. Ses principes étant basés sur le crime, comment ce qui vient du crime pourrait-il jamais entraver ! Ces individus, rejetés du monde, trouveront des consolations et des amis dans une Société qui les considérera et les admettra toujours de préférence. Plus un individu sera mésestimé dans le monde, plus il plaira à la Société ; ceux de ce genre seront élus présidents dès le même jour de leur réception, et admis dans les sérails sans noviciat.
18° Il y a une confession publique aux quatre grandes assemblées générales, lesquelles se tiennent aux époques appelées par les catholiques les quatre plus grandes fêtes de l'année. Là, chacun est obligé d'avouer, à haute et intelligible voix, généralement tout ce qu'il a fait ; si sa conduite est pure, il est blâmé ; on le comble de louanges, si elle est irrégulière ; est-elle horrible, s'est-il couvert de forfaits et d'exécrations ? il est récompensé, mais, dans ce cas, il doit produire des témoins. Les prix s'élèvent toujours à deux mille francs, toujours pris sur la masse.
19° Le local de la Société, qui ne doit être connu que de ses membres, est d'une grande beauté ; de superbes jardins l'environnent. L'hiver il y a grand feu dans les salles. L'heure de la réunion est depuis cinq heures du soir jusqu'à midi du lendemain. Vers minuit, on y sert un superbe repas, et des rafraîchissements tout le reste du temps.
20° Tous les jeux possibles sont défendus dans la Société ; occupée de délassements plus agréables à la nature, elle dédaigne tout ce qui s'écarte des divines passions du libertinage, les seules en possession d'électriser l'homme.
21° Le récipiendaire, de quelque sexe qu'il soit, est, pendant un mois, au noviciat ; il est tout ce temps aux ordres de la Société ; il en est comme le plastron, et ne peut pas entrer aux sérails, ni être admis à aucune place. Il y a peine de mort prononcée contre lui, s'il s'avisait de se refuser à telles propositions qui pourraient lui être faites.
22° Toutes les places s'élisent au scrutin secret ; les cabales sont sévèrement défendues. Ces places sont : celle de la présidence, les deux du secrétariat, celle de la censure, celles des deux directions des sérails, celle du trésorier, du maître d'hôtel, des deux médecins, des deux chirurgiens, de l'accoucheur, de la direction de la secrétairerie, dont le chef a sous lui les écrivains, les imprimeurs, le réviseur et le censeur des ouvrages, et l'inspecteur général des billets d'entrée.
23° On ne reçoit point de sujets au-delà de quarante ans pour les hommes, et de trente-cinq pour les femmes ; mais ceux qui vieillissent dans la Société peuvent y rester toute leur vie.
24° Tout membre que l'on n'aura pas vu d'un an dans la Société en sera exclu, sans que ses emplois publics ou ses charges puissent légitimer ses absences.
25° Tout ouvrage contre les mœurs ou la religion, présenté par un membre de la Société, soit qu'il l'ait composé ou non, sera sur-le-champ déposé à la bibliothèque de la maison, et l'on récompensera celui qui l'aura offert, en raison du mérite de l'ouvrage et de la part qu'il y aura prise.
26° Les enfants faits dans la Société seront aussitôt placés dans la maison du noviciat des sérails, pour en devenir membres, dès qu'ils auront atteint l'âge de dix ans pour les garçons, de sept pour les filles. Mais une femme ou une fille qui serait sujette à faire des enfants, serait promptement exclue : la propagation n'est nullement l'esprit de la Société ; le véritable libertinage abhorre la progéniture ; la Société le réprime donc. Les femmes dénonceront les hommes assujettis à cette manie, et si l'on les reconnaît incorrigibles, ils seront également priés de se retirer bientôt.
27° Les fonctions du président sont de veiller à la police générale de l'assemblée. Il a sous lui le censeur ; tous deux doivent maintenir le calme, la tranquillité, les caprices des agents, la soumission des patients, le silence, modérer les rires, les conversations, tout ce qui n'est pas enfin dans l'esprit du libertinage, ou tout ce qui y nuit. Il a, pendant sa présidence, la grande inspection sur les sérails. Dans le cours de sa séance, il ne peut quitter le bureau sans s'y faire remplacer par son devancier.
28° Les jurements, et surtout les blasphèmes, sont autorisés ; on peut les employer à tous propos. On ne doit jamais se parler entre soi qu'en se tutoyant.
29° Les jalousies, les querelles, les scènes ou propos d'amour, sont absolument défendus : tout cela nuit au libertinage, et l'on ne doit s'occuper là que de libertinage.
30° Tout tapageur, tout duelliste, sera exclu sans miséricorde. La poltronnerie y sera révérée comme à Rome : le poltron vit en paix avec les hommes ; il est d'ailleurs assez communément libertin, c'est le sujet qu'il faut à la Société.
31° Jamais le nombre des membres ne pourra être au-dessus de quatre cents, et l'on le maintiendra toujours le plus possible en égalité de sexe.
32° Le vol est permis dans l'intérieur de la Société, mais le meurtre ne l'est que dans les sérails.
33° Un membre n'aura pas besoin d'apporter les meubles nécessaires au libertinage : la maison fournira ces objets avec abondance, choix et propreté.
34° Nulles infirmités dégoûtantes ne seront souffertes. Quelqu'un qui se présenterait affligé de cette manière ne serait assurément pas reçu. Et si de pareils maux survenaient à des membres déjà reçus, ils seraient priés de donner leur démission.
35° Un membre attaqué du mal vénérien sera contraint à se retirer jusqu'à son entier rétablissement, attesté par les médecins et chirurgiens de la maison.
36° Aucun étranger ne sera reçu, pas même les habitants de la province. Cet établissement n'existe absolument que pour les personnes domiciliées à Paris ou dans la banlieue.
37° Les titres de naissance ne feront rien pour l'admission ; il ne s'agira que de prouver que l'on a le bien nécessaire et indiqué ci-dessus. Telle jolie que puisse être une femme, elle ne sera point reçue si elle ne prouve la fortune requise. Il en sera de même d'un jeune homme, quelque beau qu'il puisse être.
38° La beauté, ni la jeunesse, n'ont aucun droit exclusif dans la Société : ces droits détruiraient bientôt l'égalité de mœurs qui doit y régner.
39° Il y a peine de mort contre tout membre qui révélerait les secrets de la Société ; il sera poursuivi partout, aux frais d'icelle.
40° L'aisance, la liberté, l'impiété, la crapule, tous les excès du libertinage, tous ceux de la débauche, de la gourmandise, de ce qu'on appelle, en un mot, la saleté de la luxure, règneront impérieusement dans cette assemblée.
41° Il y aura toujours cent frères servants en activité, soudoyés par la maison, qui, tous jeunes et jolis, pourront être employés comme patients aux scènes libidineuses ; mais ils n'y joueront jamais d'autre rôle. La Société possède à ses ordres seize équipages, deux écuyers et cinquante valets extérieurs. Elle a une imprimerie, douze copistes et quatre lecteurs, sans comprendre ici tout ce que nécessitent les sérails.
42° Aucune arme, aucun bâton ne sera toléré dans les salles destinées aux jouissances. Tout se laisse en entrant dans une vaste antichambre, où des femmes sûres vous déshabillent et vous répondent de vos vêtements. Il y a, aux environs de la salle, plusieurs cabinets d'aisances servis par des jeunes filles et de jeunes garçons, obligés de se prêter à toutes les passions, et de la même espèce que ceux qui sont dans les sérails. Ils tiennent là : des seringues, des bidets, des lieux à l'anglaise, des linges très fins, des odeurs, et généralement tout ce qui est nécessaire, avant, après le besoin, ou pendant qu'on y procède ; leur langue, après, est à votre service.
43° Il est absolument défendu de s'immiscer dans les affaires du gouvernement. Tout discours de politique est expressément interdit. La Société respecte le gouvernement sous lequel elle vit ; et si elle se met au-dessus des lois, c'est parce qu'il est dans ses principes que l'homme n'a pas le pouvoir de faire des lois qui gênent et contrarient celles de la nature. Mais les désordres de ses membres, toujours intérieurs, ne doivent jamais scandaliser ni les gouvernés, ni les gouvernants.
44° Deux sérails sont affectés aux membres de la Société, et leurs bâtiments forment les deux ailes de la grande maison. L'un est composé de trois cents jeunes garçons, depuis sept ans jusqu'à vingt-cinq ; l'autre d'un pareil nombre de filles, de cinq ans à vingt et un. Ces sujets varient perpétuellement, et il n'y a pas de semaine où l'on ne réforme au moins trente sujets de chaque sérail, afin de procurer plus d'objets nouveaux aux membres de la Société. Près de là, est une maison où l'on élève quelques sujets destinés à des remplacements ; soixante maquerelles sont chargées de ces renouvellements ; et il y a, comme on l'a dit, un inspecteur à chaque sérail. Ces sérails sont commodes, bien distribués ; on y fait absolument tout ce que l'on veut ; les passions les plus féroces s'y exécutent ; tous les membres de la Société y sont admis sans payer. Les meurtres seuls s'y paient cent écus par sujet. Ceux des membres qui veulent souper là sont les maîtres ; les cartes pour y entrer sont distribuées par le président, qui ne peut jamais les refuser à tout membre ayant fait son mois de noviciat. La plus grande subordination des sujets règne dans les sérails ; les plaintes que l'on aurait à faire du défaut de soumission ou de complaisance seront sur-le-champ portées à l'inspecteur de ce sérail ou au président, et l'on punit aussitôt le sujet de la peine prononcée par vous, et que vous avez le droit d'infliger vous-même, si cela vous amuse. Il y a douze cabinets de supplice par sérail, où rien ne manque de ce qui peut plonger la victime dans les tourmenta les plus féroces et les plus monstrueux. On peut mêler les sexes et conduire à volonté des hommes chez les femmes, ou celles-ci chez les hommes. Il y a aussi douze cachots, par chaque sérail, pour ceux qui se plaisent à y laisser languir des victimes. Il est défendu de conduire, ni chez soi, ni dans les salles, aucun des sujets de ces deux sérails. On trouve également dans ces pavillons des animaux de toutes les espèces, pour ceux qui sont adonnés au goût de la bestialité : c'est une passion simple et dans la nature, il faut la respecter comme les autres.
Trois plaintes contre un même sujet suffisent à le faire renvoyer. Trois demandes de mort suffisent à l'en faire punir sur-le-champ. Il y a, dans chaque sérail, quatre bourreaux, quatre geôliers, huit fustigateurs, quatre écorcheurs, quatre sages-femmes et quatre chirurgiens, aux ordres des membres qui, dans leurs passions, pourraient avoir besoin du ministère de pareils personnages ; bien entendu que les sages-femmes et les chirurgiens ne sont là que pour des supplices, et nullement pour des soins à rendre. Dès qu'un sujet a le plus léger symptôme de maladie, il est envoyé à l'hôpital, et ne rentre plus à la maison.
Les deux sérails sont environnés de hauts murs. Toutes les fenêtres en sont grillées, et jamais les sujets ne sortent. Entre le bâtiment et le haut mur environnant, est un intervalle de dix pieds formant une allée plantée de cyprès, où les membres de la Société font quelquefois descendre les sujets, pour se livrer avec eux, dans cette promenade solitaire, à des plaisirs plus sombres et souvent plus affreux. Au pied de quelques-uns de ces arbres sont ménagés des trous, où la victime peut à l'instant disparaître. On soupe quelquefois sous ces arbres, quelquefois dans ces trous mêmes. Il y en a d'extrêmement profonds, où l'on ne peut descendre que par des escaliers secrets, et dans lesquels on peut se livrer à toutes les infamies possibles avec le même calme, le même silence que si l'on était dans les entrailles de la terre.
45° Nul ne peut être reçu sans signer préalablement, et le serment qu'on lui fait prononcer, et les obligations imposées à son sexe.

L'heure arrivée, nous partîmes. J'étais parée comme la déesse du Jour. Clairwil, comme jouant le rôle de ma marraine, était mise avec une coquetterie moins jeune. Elle me prévint, en route, de l'extrême docilité que je devais apporter à tous les désirs des membres de la Société, et me dit aussi de ne point m'impatienter, si je ne pouvais, comme novice, participer d'un mois aux plaisirs du sérail.
La maison se trouvant dans un des faubourgs les plus déserts et les moins peuplés de Paris, nous fûmes près d'une heure en chemin. Le cœur me battit, dès que je vis la voiture entrer dans une cour très sombre, absolument entourée de grands arbres, et dont les portes se refermèrent aussitôt sur nous. Un écuyer vint nous recevoir à la descente de notre voiture, et nous introduisit dans la salle. Clairwil fut obligée de se mettre nue ; je ne devais me déshabiller qu'en cérémonie. Le local me parut superbe et magnifiquement éclairé ; nous ne pûmes arriver qu'en marchant sur un grand crucifix tout parsemé d'hosties consacrées, au bout duquel était la Bible, qu'il fallait de même fouler aux pieds. Vous croyez bien qu'aucune de ces difficultés ne m'arrêta.
Je pénétrai. C'était une fort belle femme de trente-cinq ans qui présidait ; elle était nue, magnifiquement coiffée ; ce qui l'entourait au bureau était également nu : il y avait deux hommes et une femme. Plus de trois cents personnes étaient déjà réunies et nues : on enconnait, on se branlait, on se fouettait, on se gamahuchait, on se sodomisait, on déchargeait, et tout cela dans le plus grand calme ; on n'entendait aucune autre espèce de bruit que celui nécessité par les circonstances. Quelques-uns se promenaient doubles ou seuls ; beaucoup examinaient les autres, et se branlaient lubriquement en face des tableaux. Il y avait plusieurs groupes, quelques-uns même formés de huit ou dix personnes ; beaucoup d'hommes seuls avec des hommes ; beaucoup de femmes entièrement livrées à des femmes ; plusieurs femmes entre deux hommes ; et plusieurs hommes occupant deux ou trois femmes. Des parfums extrêmement agréables brûlaient dans de grandes cassolettes et répandaient des vapeurs enivrantes qui plongeaient, malgré soi, dans une sorte de langueur voluptueuse. Je vis plusieurs personnes sortir ensemble des cabinets d'aisances. Au bout d'un instant, la présidente se leva et prévint, à voix basse, qu'on lui prêtât, quand on pourrait, un moment d'attention. Quelques minutes après, tout le monde m'entoura ; je n'avais été de ma vie tant examinée ; chacun prononçait, et j'ose dire que je ne recueillis de tout cela que des éloges ; de grands complots, de grands projets se formèrent sur moi et autour de moi, et je frémis d'avance de l'obligation où j'allais être de me prêter à tous les désirs que faisaient naître ma jeunesse et mes charmes. Enfin la présidente me fit monter sur une estrade en face d'elle ; et là, séparée par une balustrade de toute l'assemblée, elle ordonna que l'on me mît nue : deux frères servants arrivèrent, et, en moins de trois minutes, il ne me resta pas un vêtement sur le corps. J'avoue qu'un peu de honte s'empara de moi, lorsque les frères, en se retirant, m'exposèrent absolument nue aux yeux de l'assemblée, mais les nombreux applaudissements que j'entendis me rendirent bientôt toute mon impudence.
Telles furent les questions que m'adressa la présidente ; j'y joins mes réponses :
- Promettez-vous de vivre éternellement dans les plus grands excès du libertinage ?
- Je le jure.
- Toutes les actions luxurieuses, même les plus exécrables, vous paraissent-elles simples et dans la nature ?
- Je les vois toutes comme indifférentes à mes yeux.
- Les commettriez-vous toutes au plus léger désir de vos passions ?
- Oui, toutes.
- Protestez-vous de vous conformer exactement à tout ce qui vous a été lu par votre marraine dans les statuts de notre Société ? et vous soumettez-vous aux peines portées par ces statuts, si vous devenez réfractaire ?
- Je jure et promets tout ce qui est contenu dans cet article.
- Êtes-vous mariée ?
- Non.
- Êtes-vous pucelle ?
- Non.
- Avez-vous été enculée ?
- Souvent.
- Foutue en bouche ?
- Souvent.
- Fouettée ?
- Quelquefois.
- Comment vous appelez-vous ?
- Juliette.
- Quel âge avez-vous ?
- Dix-huit ans.
- Vous êtes-vous branlée avec des femmes ?
- Souvent.
- Avez-vous commis des crimes ?
- Plusieurs.
- Avez-vous attenté à la vie de vos semblables ?
- Oui.
- Promettez-vous de vivre toujours dans les mêmes écarts ?
- Je le jure.
(Ici de nouveaux applaudissements se firent entendre.)
- Ferez-vous recevoir à la Société tous ceux qui vous tiendront par les liens du sang ?
- Oui.
- Promettez-vous de ne jamais trahir les secrets de la Société ?
- Je le jure.
- Promettez-vous la complaisance la plus entière à tous les caprices, à toutes les lubriques fantaisies des membres de la Société ?
- Je la promets.
- Qu'aimez-vous le mieux, des hommes ou des femmes ?
- J'aime beaucoup les femmes pour me branler, infiniment les hommes pour me foutre.
(Cette naïveté fit éclater de rire tout le monde.)
- Aimez-vous le fouet ?
- J'aime à le donner et à le recevoir.
- Qu'aimez-vous le mieux des deux jouissances qui peuvent être procurées à une femme : celle de la fouterie en con, ou celle de la sodomie ?
- J'ai quelquefois raté l'homme qui m'enconnait, jamais celui qui me foutait en cul.
(Il me parut que cette réponse faisait aussi le plus grand plaisir.)
- Que pensez-vous des voluptés de la bouche ?
- Je les idolâtre.
- Aimez-vous à être gamahuchée ?
- Infiniment.
- Et gamahuchez-vous bien les autres ?
- Très moelleusement.
- Vous sucez donc aussi des vits avec plaisir ?
- Et j'en avale le foutre.
- Avez-vous fait des enfants ?
- Jamais.
- Protestez-vous de vous en abstenir ?
- Le plus que je pourrai.
- Vous détestez donc la progéniture ?
- Je l'abhorre.
- S'il vous arrivait de devenir grosse, auriez-vous le courage de vous faire avorter ?
- Assurément.
- Votre marraine est-elle munie de la somme que vous devez payer avant que d'être reçue ?
- Oui.
- Êtes-vous riche ?
- Immensément.
- Vous n'avez jamais fait de bonnes œuvres ?
- Je les déteste.
- Vous ne vous êtes livrée à aucun acte de religion depuis votre enfance ?
- A aucun.
Clairwil remit aussitôt entre les mains du secrétaire la somme convenue, et elle prit un papier que l'on m'ordonna de lire à haute voix. Ce papier imprimé avait pour titre : Instructions aux femmes admises à la Société des Amis du Crime.
- Le voilà, mes amis, dit Mme de Lorsange, il est trop intéressant pour que je ne vous en fasse pas la lecture2 :
« En quelque état ou condition que soit née celle qui va signer ceci, dès qu'elle est femme, elle est, de ce moment-là seul, créée pour les plaisirs de l'homme ; il faut donc lui prescrire une conduite qui la mette à même de rendre ces plaisirs utiles à sa bourse et à sa lubricité. C'est dans l'état de mariage que nous allons la prendre ; car celles qui, n'étant point mariées, vivent néanmoins avec un homme, soit comme maîtresses, soit comme entretenues, se trouvant avec les mêmes chaînes que celles qui existent sous les nœuds de l'hymen, trouveront, dans les conseils suivants, les mêmes avis pour se soustraire à ces chaînes ou pour se les rendre plus douces. On prévient donc que le mot homme employé dans cet écrit, voudra génériquement dire amant, époux ou entreteneur, tout individu s'arrogeant, en un mot, des droits sur une femme, dans quelque état qu'elle soit, parce que, fût-elle riche à millions, elle doit néanmoins toujours retirer de l'argent de son corps. La première loi de toutes les femmes étant de ne foutre jamais que par libertinage ou par intérêt, et comme souvent elle est obligée de payer ceux qui lui plaisent, il faut qu'elle se mette en fonde pour cela, par le moyen de ce qu'elle retire des prostitutions où elle se livre avec ceux qui ne lui plaisent pas. Bien entendu, que tout ceci n'a pour objet que sa conduite dans le monde : les statuts qu'elle vient de jurer fixent celle que l'on doit garder dans la Société.
« 1° Pour réussir à cette apathie nécessaire à conserver, soit qu'elle foute pour de l'argent, soit qu'elle foute pour son plaisir, la première chose qu'elle observera sera de tenir toujours son cœur inaccessible à l'amour ; car si elle fout pour son plaisir, elle jouira mal, étant amoureuse ; l'occupation où elle sera de donner des plaisirs à son amant l'empêchera d'en goûter elle-même ; et si elle fout pour de l'argent, elle n'osera jamais pressurer celui qu'elle aimera : telle doit être pourtant son unique occupation avec l'homme qui la paye.
« 2° Abstraction faite de tout sentiment métaphysique, elle donnera donc toujours la préférence à celui qui, si elle fout par plaisir, bandera le mieux, aura le plus beau vit ; et si elle fout par intérêt, à celui qui la payera le plus cher.
« 3° Qu'elle évite toujours avec soin ce qu'on appelle des greluchons : cette engeance-là paye aussi mal qu'elle fout. Qu'elle s'en tienne aux valets, aux crocheteurs : voilà les culottes où la vigueur est reléguée !... les esprits où le secret se conserve !... On change de cela comme de chemise, et il n'y a jamais d'indiscrétion à redouter.
« 4° Quel que soit l'homme qui l'enchaîne, qu'elle se garde bien de la fidélité. Ce sentiment puéril et romanesque n'est bon qu'à perdre une femme, à lui causer beaucoup de chagrins ; elle peut être sûre qu'il ne lui rapportera jamais aucun plaisir. Et par quelle raison serait-elle fidèle, puisqu'il est certain qu'il n'est pas un seul homme dans le monde qui le soit ? N'est-il pas ridicule que le sexe le plus fragile, le plus faible, celui que tout entraîne perpétuellement au plaisir, celui que des séductions journalières autorisent à succomber, n'est-il pas absurde que ce soit celui-là qui résiste, pendant que l'autre n'a pour faire le mal que sa seule et unique méchanceté ? Et d'ailleurs, à quoi sert la fidélité à une femme ? Si son homme l'aime véritablement, il doit être assez délicat pour tolérer toutes ses faiblesses, et pour partager même idéalement les jouissances qu'elle se procure ; s'il ne l'aime pas, quelle extravagance elle ferait de s'enchaîner à quelqu'un qui la trompe journellement ! Les infidélités de la femme sont les torts de la nature : celles de l'homme, ceux de sa fourberie et de sa méchanceté. La femme dont il s'agit ici ne se refusera donc à aucune infidélité : au contraire, elle en fera naître les occasions le plus souvent possible, et elle les multipliera journellement.
« 5° La fausseté est un genre de caractère essentiel dans une femme. De tout temps elle fut l'arme du faible : toujours placée devant son maître, comment résisterait-elle à l'oppression, sans le mensonge et sans l'imposture ? Qu'elle use donc sans crainte de ses armes ; elles lui sont données par la nature pour la défendre contre toutes les entreprises de ses oppresseurs. Les hommes veulent être trompés, une agréable erreur est plus douce qu'une triste réalité : ne vaut-il pas mieux qu'elle déguise ses torts que de les avouer ?
« 6° Une femme ne doit jamais avoir de caractère à elle : il faut qu'elle emprunte, avec art, celui des gens qu'elle a le plus d'intérêt à ménager, soit pour sa luxure, soit pour son avarice, sans néanmoins que cette souplesse lui ôte l'énergie essentielle à se plonger dans tous les genres de crimes qui doivent flatter ses passions ou les servir, tels que ceux de l'adultère, de l'inceste, de l'infanticide, des empoisonnements, du vol, du meurtre, et tous ceux enfin qui peuvent lui être agréables, et auxquels, sous le voile de la fausseté et de la fourberie que nous lui conseillons, elle peut se livrer sans aucune espèce de crainte ni de remords, parce qu'ils sont placés par la nature dans le cœur des femmes, et que de faux principes reçus avec l'éducation l'empêchent seuls de les caresser chaque jour comme elle le devrait.
« 7° Que le libertinage le plus excessif, le plus renouvelé, le plus crapuleux, loin de l'effrayer, devienne la base de ses plus délicieuses occupations. Si elle veut écouter la nature, elle verra qu'elle a reçu d'elle les plus violenta penchants à cette sorte de plaisir, et qu'elle doit, par conséquent, s'y livrer journellement sans crainte : plus elle fout, mieux elle sert la nature ; elle ne l'outrage que par sa continence3.
« 8° Qu'elle ne se refuse jamais à tel acte de débauche qui lui sera proposé par son homme ; la complaisance la plus entière en ce cas-là lui deviendra toujours un des plus sûrs moyens de captiver celui qu'elle a intérêt de conserver. La jouissance d'une femme fatigue bientôt un homme : qu'arrive-t-il, si elle n'a pas l'art de le ranimer ? Il se dégoûte et l'abandonne. Mais celui qui reconnaîtra dans une femme l'étude la plus entière à deviner et savoir ses goûts, à les prévenir et à s'y enchaîner, celui-là, dis-je, trouvant la possession d'une femme toujours nouvelle, se fixera bien plus certainement : il deviendra dès lors bien plus facile à la femme de le tromper ; et telle doit toujours être la plus chère étude de l'individu du sexe dont nous traçons les devoirs.
« 9° Que cet individu charmant évite avec le plus grand soin l'air de la pruderie et de la modestie, quand elle est avec son homme : il en est très peu qui aiment cette manière d'être, et l'on risque de dégoûter fort promptement ceux qui ne l'aiment point. Qu'elle adopte ce masque pour en imposer dans le monde, si elle le croit nécessaire : tout ce qui tend à l'hypocrisie est bon, c'est un moyen de plus de tromper, et il n'en est aucun qu'elle ne doive prendre.
« 10° On ne saurait trop lui recommander d'éviter les grossesses, soit en faisant un grand usage de toutes les manières de jouir qui détournent la semence du vase prolifique, soit en détruisant le germe, sitôt qu'elle en soupçonne l'existence. Une grossesse trahit, gâte la taille, et n'est bonne sous aucun rapport. Qu'elle se livre de préférence au plaisir antiphysique ; cette délicieuse jouissance lui assure à la fois et plus de plaisir et plus de sûreté : presque toutes les femmes qui en ont essayé s'y tiennent. L'idée, d'ailleurs, de donner ainsi bien plus de plaisir aux hommes doit être, pour leur délicatesse, un motif puissant de ne plus adopter d'autre genre.
« 11° Que son âme, absolument cuirassée, ne laisse jamais pénétrer dans elle une sensibilité qui la perdrait. Une femme sensible doit s'attendre à tous les malheurs, car, comme elle est plus faible et plus délicate que les hommes, tout ce qui attaquera cette sensibilité la déchirera bien plus cruellement, et, dès lors, plus aucun plaisir pour elle. Sa complexion la porte à la luxure : si par cet excès de sensibilité que nous cherchons à détruire, elle va s'enchaîner à un seul homme, elle divorce, de ce moment-là, avec tous les charmes du libertinage, les seuls qui soient vraiment faits pour elle, et qui doivent la combler de volupté, d'après l'organisation qu'elle a reçue de la nature.
« 12° Qu'elle évite soigneusement toute pratique de religion : ces infamies, qu'elle doit avoir foulées sous les pieds longtemps, ne pourraient, en timorant sa conscience, que la rappeler à un état de vertu, qu'elle ne reprendrait pas sans être obligée de renoncer à toutes ses habitudes et à tous ses plaisirs ; ces platitudes affreuses ne valent pas les sacrifices qu'elle serait obligée de leur faire, et, comme le chien de la fable, elle quitterait, en les poursuivant, la réalité pour l'apparence. Athée, cruelle, impie, libertine, sodomiste, tribade, incestueuse, vindicative, sanguinaire, hypocrite et fausse, voilà les bases du caractère d'une femme qui se destine à la Société des Amis du Crime, voilà les vices qu'elle doit adopter, si elle veut y trouver le bonheur. »
L'énergie avec laquelle je lus ces principes, en convainquant la société qu'ils étaient déjà tous au fond de mon cœur, me valut de nouveaux applaudissements, et je descendis dans la salle.
Tous les couples, distraits par l'événement de ma réception, se renouèrent, et je fus bientôt attaquée ; de ce moment jusqu'à celui du souper, je ne revis plus Clairwil. Le premier qui m'aborda était un homme de cinquante ans.
- Te voilà bien putain, pour le coup ! me dit-il en me conduisant sur un canapé, il n'y a plus à t'en dédire à présent ; te voilà garce comme une raccrocheuse ; j'ai été content de toi, tu m'as fait bander.
Et le paillard m'enconne en me disant cela. Il lime un quart d'heure, baise beaucoup ma bouche, puis, saisi par une autre femme, il me quitte sans décharger. Une vieille de soixante ans vint à moi, et m'ayant recouchée sur le canapé que j'allais quitter, elle me branla, et se fit branler fort longtemps. Trois ou quatre hommes nous examinaient ; un d'eux encula la matrone, et la fit crier de plaisir. Un autre de ces hommes, voyant que je me pâmais sous les coups de doigts de la tribade, vint m'offrir son vit à sucer ; et comme la vieille me quitta, le coquin passa de ma bouche à mon con ; il avait le plus beau vit du monde, et foutait à merveille. Une jeune personne me l'enleva encore, il me laissa là pour la foutre à mes yeux ; ma rivale me fit un signe, je l'approchai et la putain me gamahucha ; elle eut le foutre de l'homme qu'elle m'avait enlevé, je lui donnai le mien. Deux jeunes gens nous assaillirent, et formèrent le groupe le plus agréable, en nous enconnant toutes deux ; ma compagne suivit le jeune homme avec lequel elle venait de s'amuser, et me laissa seule un instant. Un homme, que je reconnus pour un évêque avec lequel j'avais fait des parties chez la Duvergier, m'enconna de même, après s'être fait pisser sur le nez. Celui qui vint après, et que je reconnus également pour un ecclésiastique, me le mit dans la bouche, et y déchargea. Une jeune personne très jolie vint se faire branler, je la gamahuchai de tout mon cœur. Un homme d'environ quarante ans la prit, les fesses en l'air, et l'encula ; le libertin m'en fit bientôt autant ; il nous invectivait, en jouissant ainsi de nous, il nous traitait de tribades, de gamahucheuses, et lorsqu'il en enculait une, il claquait toujours les fesses de l'autre.
- Que fais-tu de ces deux bougresses ? lui dit un jeune homme, en l'abordant et l'enculant lui-même ; tiens, bougre, voilà ce qu'il te faut, disait-il, et non pas des culs de femmes.
Tout me quitte encore une fois, lorsqu'un vieil homme, armé d'une poignée de verges, vient m'en échauffer le derrière, et se faire un instant branler.
- N'est-ce pas toi qu'on a reçue ce soir ? me dit-il.
- Oui.
- Je suis fâché de ne t'avoir pas vue, j'étais au sérail ; tu as le plus beau cul du monde... Courbe-toi, que je te sodomise.
Et le vilain triompha, j'eus son foutre. Un très joli jeune homme parut, et me traita de même, mais je fus fouettée bien plus fort : il en vint dix de suite, parmi lesquels je reconnus, à la coiffure, six robins et quatre prêtres ; tous m'enculèrent. J'étais en feu, je m'approchai d'une garde-robe ; comme les femmes n'allaient qu'à celles qui étaient servies par des hommes, et les hommes à celles que les femmes soignaient, le jeune garçon, après m'avoir placée sur le fauteuil, me demanda si j'emploierais sa langue. Lui ayant répondu en lui exposant mon derrière, il me nettoya d'une manière si agréable que je perdis du foutre. Je m'aperçus, en rentrant, qu'il y avait des hommes qui guettaient les femmes sortant de ces garde-robes ; l'un d'eux m'aborde, et me demande le cul à baiser : je le présente, il gamahuche, et paraît très fâché de ne plus trouver de vestiges. Il me quitta sans me rien dire, pour prendre un jeune homme qui entrait dans le même lieu, et qu'il suivit. Parcourant alors un instant la salle, je puis dire que je vis là tous les tableaux que l'imagination la plus lascive pourrait à peine concevoir en vingt ans : que d'attitudes voluptueuses, que de caprices bizarres, quelle variété de goûts et de penchants ! Oh, Dieu ! me dis-je, comme la nature est belle, et combien sont délicieuses toutes les passions qu'elle nous donne ! Mais une chose fort extraordinaire, que je ne cessais de remarquer, c'est qu'excepté les mots nécessaires à l'action, les cris de plaisir et beaucoup de blasphèmes, on eût entendu le vol d'une mouche. Le plus grand ordre régnait au milieu de tout cela. S'élevait-il quelques altercations, ce qui était fort rare, d'un geste la présidente ou le censeur y ramenait l'ordre : les plus décentes actions ne se seraient point passées avec plus de calme. Et je pus facilement me convaincre, en cette circonstance, que ce que l'homme respecte le plus dans le monde, ce sont ses passions.
Beaucoup d'hommes et de femmes passaient aux sérails ; la présidente, en souriant, leur distribuait des cartes. En ce moment, plusieurs femmes m'attaquèrent ; je me branlai avec trente-deux, dont plus de la moitié avait passé quarante ans ; elles me sucèrent, me foutirent en cul et en con avec des godemichés ; une d'elles me fit pisser dans sa bouche, pendant que je la gamahuchais ; une autre me proposa de nous chier mutuellement sur les tétons, elle le fit, je ne pus le lui rendre ; un homme, en se faisant enculer, vint manger l'étron que cette femme avait fait sur mon sein, et il chia lui-même après, en déchargeant dans la bouche de celui qui venait de le foutre.
La présidente eut envie de moi. Elle se fit relever par un homme, et vint me trouver ; nous nous baisâmes, nous nous suçâmes, nous nous dévorâmes de caresses ; je n'avais jamais vu de femme, excepté Clairwil, décharger avec tant d'abondance et de lubricité ; sa passion favorite était de se faire enculer, pendant qu'appuyée sur le visage d'une femme, elle s'en faisait sucer le con, en en gamahuchant une autre ; nous exécutâmes ce tableau, et la putain reprit son fauteuil.
Les hommes revinrent. A cette seconde séance, je trouvai peu de conistes, mais infiniment de bougres, quelques masturbateurs et une douzaine de fouteurs en bouche ; un d'eux se fit sucer par un jeune homme, pendant qu'il sentait et respirait mes aisselles ; il les léchait de temps en temps, ce qui m'occasionnait un chatouillement très agréable. Je fus fouettée cinq ou six fois ; je reçus trois ou quatre lavements que ceux qui les administraient me firent rendre dans leur bouche ; on me fit péter, cracher ; un homme se fit enfoncer un million d'épingles dans les couilles, dans les fesses, et resta ainsi toute la soirée ; un autre avait pour manie de me sucer partout : il passa pendant deux heures os langue dans ma bouche, sur mes yeux, autour de mes oreilles, dans mes narines, entre les doigts de mes pieds, et déchargea en me l'enfonçant dans le cul. Plusieurs femmes exigèrent de moi d'être enculée avec des godemichés ; une me fit branler sur le trou de son cul le vit d'un homme qu'elle m'amena, elle voulut que j'y fisse ensuite entrer le foutre avec le bout de mon doigt ; une très jolie fille me chia sur les fesses, un vieil homme la suivit, qui l'encula en dévorant sur mon cul l'étron qu'elle venait d'y faire ; on m'assura que c'était le père et la fille. Je vis d'autres couples semblables ; je vis des frères enculant leurs sœurs ; des pères enconnant leurs filles ; des mères foutues par leurs enfants ; enfin tous les tableaux de l'inceste, de l'adultère, de la sodomie, de la prostitution, de l'impureté, de la crapule, de l'impiété, s'offrirent à moi sous mille nuances, et je crois que jamais des bacchantes ne réunirent à la fois plus d'ordures et plus d'infamie.
Lassée du rôle de victime, je voulus être agente à mon tour. J'attaquai cinq ou six jeunes gens dont les vite me parurent fort gros, et qui, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, quelquefois de tous deux ensemble, me foutirent pendant près de deux heures. Au sortir de là, un vieil abbé se fit branler sur mon clitoris par une très jolie nièce que je gamahuchais ; un assez beau jeune homme voulut baiser mes fesses pendant qu'il enculait sa mère. Deux jolies sœurs me mirent entre elles, l'une me branlait le con, pendant que l'autre me chatouillait le derrière ; je déchargeai, sans me douter que le papa les enconnait alternativement toutes deux. Un autre père me fit enculer par son fils, pendant ,qu'il jouissait du jeune homme de la même manière ; il me sodomisa lui-même après, et le fils lui rendit ce qu'il venait d'en recevoir. Un frère m'enconna, pendant que sa sœur l'enculait avec un bijou de religieuse... Et tous ces prétendus outrages à la nature se passaient avec un ordre, une tranquillité, bien capables de nourrir les réflexions d'un philosophe. S'il y a quelque chose de simple, en effet, dans le monde, c'est l'inceste : il est dans les principes de la nature, il est conseillé par elle ; les lois climatériques seules le poursuivirent ; mais ce qui est toléré dans les trois quarts de la terre peut-il faire un crime dans l'autre quart ? L'impossibilité de commettre ce délicieux crime me désolait ; je ne sais ce que j'aurais donné pour avoir un père ou un frère : avec quelle ardeur je me serais livrée à l'un ou l'autre... comme il eût fait de moi tout ce qu'il aurait voulu !...
D'autres objets m'environnèrent bientôt.
Deux très jolies sœurs, de dix-huit à vingt ans, me menèrent dans un cabinet où elles s'enfermèrent avec moi. Là, elles me firent exécuter sur elles tout ce que la lubricité peut avoir de plus piquant et de plus fort.
- Si nous nous amusions ainsi dans le salon, me dirent-elles, nous serions entourées de ces vilains hommes qui viendraient nous inonder de leur sperme gluant ; il est bien plus joli de n'être qu'entre femmes.
Et les petites friponnes, alors, me firent l'aveu de leurs goûts. Délicates zélatrices de leur sexe, elles ne pouvaient supporter les hommes ; entraînées dans cette société par leur père, l'espoir de posséder des femmes tant qu'elles en voudraient les avait consolées de l'obligation de se prêter aux hommes...
- Vous ne vous marierez donc point ? leur dis-je.
- Oh ! jamais ! nous aimerions mieux mourir que de nous enchaîner avec des hommes.
Je les tâtai sur leurs autres principes. Quoique si jeunes encore, elles étaient fermes : philosophiquement élevées par leur père, on ne trouvait plus dans ces cœurs-là ni morale, ni religion, tout était soigneusement élagué ; elles avaient tout fait, étaient prêtes à tout recommencer, et leur énergie m'étonna. De tels caractères s'arrangeaient trop parfaitement au mien pour que je n'accablasse pas ces charmantes filles de caresses ; et après avoir bien perdu du foutre ensemble, et nous être promis de nous cultiver, nous rentrâmes. Un jeune homme, qui m'avait vue sortir d'avec elles, me pria de me renfermer un instant avec lui dans le cabinet.
- Oh, ciel ! me dit-il dès que nous fûmes seuls, j'ai frémi, vous voyant avec ces créatures ; méfiez-vous d'elles, ce sont des monstres qui, malgré leur extrême jeunesse, sont capables de toutes les horreurs.
- Mais, dis-je, n'est-ce donc point ainsi qu'il faut être ?
- Soit ; mais entre nous, il faut se respecter, se chérir ; ce n'est qu'au-dehors que doivent s'aiguiser nos armes ; et les créatures que vous venez de quitter n'ont de plaisir qu'à nuire à leurs frères. Méchantes, sournoises, traîtresses, elles ont tous les défauts qui peuvent déplaire à la Société : il suffit qu'elles viennent de s'amuser avec vous, pour tâcher de vous perdre ou de vous faire esclave, si elles peuvent en venir à bout ; sachez-moi quelque gré de vous prévenir, et donnez-moi votre cul pour récompense.
Je crus qu'il allait me foutre : point du tout. La seule passion de cet original consistait à m'épiler en dessous, en léchant le trou de mon cul. Sur ce que je lui représentai qu'il me faisait mal, il me dit que l'avis qu'il me donnait m'en épargnait de bien plus grands. Nous sortîmes enfin au bout d'un quart d'heure de ce supplice, sans que mon jeune homme éjaculât. A peine l'eus-je quitté, que j'appris que tout ce qu'il m'avait dit sur les deux sœurs n'était pas vrai, que la calomnie le faisait bander, et, par ces faux avis, il croyait payer à merveille les tourments auxquels il condamnait toutes les femmes.
Une musique mélodieuse se fit entendre : on me dit que c'était l'avertissement du souper. Je passai avec tout le monde dans la voluptueuse salle du festin. La décoration représentait une forêt coupée par une infinité de petits bosquets, sous lesquels étaient des tables de douze couverte. Des guirlandes de fleurs pendaient aux festons des arbres, et des millions de lumières, placées avec le même art que cilles de l'autre selon, répandaient la clarté la plus douce. Deux frères servants, attachée à chacune de ces tables, la soignaient avec autant de propreté que de promptitude. Il n'assiste guère que deux cents personnes au souper ; tout le reste était aux sérails. Chacun choisissait sa compagnie pour se placer à ces différentes tables ; et là, splendidement et magnifiquement servis, au son d'une musique enchanteresse, on se livrait à la fois aux intempérances de Comus et à tous les désordres de Cypris.
Clairwil, revenue des sérails, s'était rapprochée de moi. Il était facile de voir, à son désordre, les excès où elle venait de se porter ; ses regards brillants, ses joues animées, ses cheveux flottants sur son sein, les mots obscènes ou féroces qu'elle prononça, tout, tout peignait encore des nuances de délire qui la rendaient mille fois plus belle ; je ne pus m'empêcher de la baiser en cet état.
- Scélérate, lui dis-je, à combien d'horreurs tu viens de te livrer !
- Console-toi, me dit-elle, nous les ferons bientôt ensemble.
Les deux petites sœurs avec lesquelles je venais de me branler, deux femmes de quarante ans, deux fort jolies de vingt à vingt-cinq, et six hommes, composaient notre table.
Ce qu'il y avait de fort régulier dans l'arrangement de ces bosquets, c'est qu'il n'était pas une seule table d'où l'on ne pût voir toutes les autres ; et, par une suite du cynisme qui avait dirigé tout ceci, les lubricités du souper ne pouvaient pas plus échapper à l'œil observateur que celles du salon.
Ces dispositions me firent voir des choses bien extraordinaires : on ne se figure point l'égarement d'une tête luxurieuse en de pareils instants. Je croyais tout savoir en libertinage, et cette soirée me convainquit que je n'étais encore qu'une novice. Oh ! mes amis, que d'impuretés, que d'horreurs, que d'extravagances ! Quelques-uns sortaient de table pour passer dans des cabinets, et il était impossible de se refuser à ces désirs : ceux des membres de la Société devenaient des lois pour l'individu qui en était l'objet. Celui-ci bientôt en faisait autant : il ne se voyait là que des despotes et des esclaves, et ces derniers, consolés par l'espoir de changer à l'instant de rôle, ne balançaient jamais à se plier aux soumissions qu'ils retrouvaient bientôt à leur tour.
La Présidente, élevée dans une chaire d'où elle dominait sur tout, maintenait l'ordre au souper comme au salon, et le même calme y régnait. Le ton des conversations y était extrêmement bas ; on s'y croyait dans le temple de Vénus, dont la statue se voyait sous un bosquet de myrtes et de roses, et on s'apercevait là que ses sectateurs recueillis ne voulaient troubler leurs mystères par aucune de ces vociférations dégoûtantes qui n'appartiennent qu'au pédantisme et à l'imbécillité.
Électrisés par les vins étrangers et par la bonne chère, les orgies de l'après-soupée furent encore plus luxurieuses que celles d'avant. Je vis un instant où tous les membres de la société ne formaient plus qu'un seul et unique groupe ; il n'y en avait pas un qui ne fût agent ou patient, et l'on n'entendait plus que des soupirs et des cris de décharges. J'eus encore de terribles amants à soutenir : pas un sexe qui ne me passât par les mains, pas une partie de mon corps qui ne fût souillée ; et si j'avais les fesses meurtries, j'avais la gloire d'en avoir outragé beaucoup d'autres. Enfin je sortis au jour, dans un tel état de fatigue et d'épuisement, que je fus obligée d'être trente-six heures dans mon lit.
Je ne respirai qu'après la fin de mon mois de noviciat ; il arrive enfin, ce terme si désiré : l'entrée des sérails m'est permise. Clairwil, qui voulait me faire tout connaître, m'accompagna partout.
Rien de si délicieux que ces sérails, et comme celui des garçons ressemblait à celui des filles, en vous donnant la description de l'un, vous aurez celle de l'autre.
Quatre grandes salles entourées de chambres et de cabinets formaient l'intérieur de ces ailes séparées ; ces salles servaient à ceux qui voulaient, comme à la Société, s'amuser l'un devant l'autre ; les cabinets se donnaient aux personnes qui désiraient isoler leurs plaisirs, et les chambres étaient destinées à loger les sujets. Le goût et la fraîcheur présidaient à l'ameublement ; les cabinets surtout étaient de la dernière élégance : c'étaient autant de petite temples consacrés au libertinage, où rien ne manquait de tout ce qui pouvait en échauffer le culte. Quatre duègnes présidaient à chaque salle ; elles recevaient les billets que vous apportiez, s'informaient de vos désirs, et vous satisfaisaient aussitôt. On voyait, dans le même lieu, également toujours prête, un chirurgien, une sage-femme, deux fustigateurs, un bourreau et un geôlier ; rien d'aussi rébarbatif que la figure de ces derniers personnages.
- Ne t'imagine pas, me dit Clairwil, que ces êtres-là soient simplement pris dans la classe qui les fournit ordinairement ; ce sont des libertins comme nous, mais qui, n'ayant pas de quoi payer ce qu'il faut pour être admis, exercent ces fonctions par plaisir, et la besogne, de cette manière, est, comme tu le vois, bien mieux faite ; quelques-uns se payent, d'autres ne demandent que les droits d'un membre de la Société, on le leur accorde.
Lorsque ces êtres-là étaient en fonctions, ils étaient revêtus d'un costume effrayant ; les geôliers avaient autour d'eux des ceintures de clefs, les fustigateurs étaient entourés de verges et de martinets, et le bourreau, les bras nus, deux effrayantes moustaches sous les lèvres, avait toujours deux sabres et deux poignards à ses côtés. Celui-ci se leva dès qu'il vit entrer Clairwil et vint la baiser sur la bouche.
- M'emploies-tu aujourd'hui, bougresse ? lui dit-il.
- Tiens, répondit Clairwil, voilà une novice que je t'amène et qui, sois-en bien sûr, fera, pour le moins, de tes bras, un usage aussi grand que moi.
Et le scélérat, me baisant comme il avait fait à mon amie, m'assura qu'il était sous tous les rapports à mes ordres. Je le remerciai, lui rendis son baiser de tout mon cœur, et nous poursuivîmes notre examen.
Chacune de ces salles était destinée à un genre de passion particulière. On se livrait dans la première aux goûts simples, c'est-à-dire, à toutes les masturbations et à toutes les fouteries possibles. La seconde salle était destinée aux fustigations et autres passions irrégulières. La troisième aux goûts cruels. La quatrième au meurtre. Mais comme un sujet de l'une ou l'autre de ces salles pouvait mériter la prison, le fouet ou la mort, il se trouvait également dans toutes, des geôliers, des bourreaux, des fustigateurs. Les femmes étaient aussi bien reçues dans le sérail des garçons que dans celui des filles, et les hommes dans celui des filles que dans celui des garçons. Tous les sujets, lorsque nous entrâmes, étaient employés, ou attendaient dans leurs chambres qu'on les mît en œuvre. Clairwil ouvrit quelques cellules du sérail féminin et me fit voir des créatures vraiment célestes : elles étaient en chemises de gaze, coiffées de fleurs, et toutes celles dont nous ouvrîmes les portes nous reçurent avec l'air du plus profond respect. J'allais m'amuser d'une de seize ans qui me parut belle comme un ange, je lui maniais déjà le con et la gorge, lorsque Clairwil me gronda de l'air de délicatesse et d'honnêteté que j'employais avec cette jolie personne.
- Ce n'est point ainsi que l'on se conduit avec ces garces-là, me dit-elle ; trop heureuses du choix que tu veux bien en faire... commande, et l'on t'obéira.
Je changeai de ton aussitôt, et l'on répondit à mes ordres par la plus aveugle obéissance. Nous visitâmes d'autres chambres : partout mêmes grâces, mêmes beautés, partout même soumission.
- Il ne faut pas sortir d'ici, dis-je à Clairwil, sans quelques petites expéditions.
Et comme cette idée me vint dans la cellule d'une fille de treize ans, jolie comme l'amour, par laquelle je venais de me faire lécher le cul et le con pendant plus d'un quart d'heure, je choisis sur-le-champ celle-là pour ma première victime. Nous appelâmes un fustigateur ; l'enfant fut conduite par une des vieilles dans un des cabinets de supplices, et là, liée, garrottée comme une carotte de tabac, nous fîmes mettre la donzelle en sang, pendant que nous nous branlions en face du sacrifice. Clairwil, s'apercevant que l'opérateur bandait, développa son vit, et se l'introduisit dans le con, pendant qu'à la prière de ce libertin, je lui rendais ce qu'il venait d'appliquer à ma jeune victime. Le coquin m'enfila après Clairwil, et nous nous remîmes à fustiger la petite fille, qui sortit de nos mains en un tel état, qu'il fallut l'envoyer à l'hôpital le lendemain. Nous passâmes au sérail des hommes.
- Que veux-tu faire ici ? me dit Clairwil.
- Branler beaucoup d'engins, lui dis-je ; il n'y a rien que j'aime autant que de secouer un vit ; la récolte du foutre humain est une chose délicieuse pour moi : j'aime à le moissonner, j'aime à voir jaillir le sperme, à m'en sentir arrosée.
- Eh bien, satisfais-toi ! me répondit mon amie, je ne me nourris pas de viande si creuse. Écoute, contractons ensemble un arrangement que je fais quelquefois avec une femme de mes amies. Comme je ne veux pas que les vits me déchargent dans le corps, ils me foutront, et tu les branleras : je te les enverrai tout roides, tu auras de moins la peine de les mettre en train.
- J'accepte.
On nous envoya, dans la grande salle, quinze garçons de dix-huit à vingt ans. Nous les rangeâmes en haie devant nous, et sur des canapés ; en face d'eux, nous nous placions, pour les défier, dans les plus lascives postures. Le moins fourni avait un engin de sept pouces de long sur cinq de tour, et le plus gros huit sur douze ; ils arrivaient à nous en raison du feu que nous leur inspirions. Clairwil les recevait et me les renvoyait : je les faisais couler sur mon sein, sur ma motte, sur mon visage ou sur mes fesses ; au quatrième, je me sentis des démangeaisons si violentes autour de l'anus, que je mis à présenter le derrière à tous ceux qui sortaient du vagin de Clairwil ; ils se préparaient dans son con, et venaient décharger dans mon cul ; ils redoublèrent, mais sans nous rassasier. Rien n'est tel que le tempérament d'une femme quand il est excité, c'est un volcan que l'on enflamme en voulant l'apaiser. Nous redemandâmes des hommes ; on nous en envoya dix-huit de vingt à vingt-cinq ans. Ici nous avions changé de rôle : ces nouveaux vite, pour le moins aussi beaux que les précédents, s'allumaient dans mon con et s'éteignaient au cul de ma compagne ; mais nous branlions nous-mêmes ceux que nous préparions ; et il arrivait souvent que l'excès de nos désirs troublant l'ordre que nous avions établi, nous en trouvions tout d'un coup six ou sept, ou dans nous, ou autour de nous.
Nous nous relevâmes enfin, collées de foutre sur nos sophas, comme Messaline sur le banc des gardes de l'imbécile Claude, après avoir été foutues quatre-vingt-cinq coups chacune.
- Les fesses me brûlent, me dit Clairwil ; quand j'ai été prodigieusement foutue, j'éprouve un incroyable besoin d'être fouettée.
- J'ai la même envie, répondis-je.
- Il faut faire venir deux fustigateurs.
- Prenons-les tous les quatre, mon ange : il faut, ce soir, que mon cul soit mis en marmelade.
- Attends, dit Clairwil en voyant entrer un homme de sa connaissance, il faut faire de cela une petite scène.
Elle parle bas à cet homme, qui, se chargeant d'avertir les fustigateurs, eut l'air de nous condamner lui-même au supplice.
Nous fûmes saisies, on nous lia les mains, et, fustigées toutes deux devant cet homme qui se branlait en ordonnant, et en maniant le cul des flagellateurs, quand nous fûmes en sang, nous présentâmes le con à nos bourreaux, qui, munis de vite monstrueux, nous foutirent encore deux coups chacun.
- Pour moi, mes belles poulettes, me dit le maître des cérémonies, je ne vous demande, pour ma récompense, que de contenir à mes attaques le râble d'un de ces gaillards-là.
Nous le satisfaisons, il encule ; les autres le fouettent pendant qu'il sodomise, et nous suçons avec délices les vits des fustigateurs.
- Je n'en puis plus, dit Clairwil, dès que nous fûmes seules, le libertinage m'entraîne aux cruautés ; immolons une victime... As-tu remarqué ce joli garçon de dix-huit ans, qui nous baisait avec tant d'ardeur... Il est joli comme un ange, et m'échauffe horriblement la tête. Faisons-le passer dans la salle des tourments, nous l'égorgerons.
- Friponne, tu ne m'as point fait la même proposition dans le sérail des femmes !
- Non, j'aime mieux massacrer les hommes ; je te l'ai dit, j'aime à venger mon sexe, et s'il est vrai que celui-là ait une supériorité sur le nôtre, l'imaginaire offense à la nature n'est-elle pas plus grave en l'immolant ?
- On te croirait désolée de ce que cette offense est nulle.
- Tu me juges bien : je suis au désespoir de ne trouver jamais que le préjugé, au lieu du crime que je désire et que je ne rencontre nulle part. Oh ! foutre, foutre ! quand pourrai-je donc en commettre un !
Nous emmenons le jeune homme.
- Nous faudra-t-il un bourreau ? dis-je à mon amie.
- N'en ferons-nous pas bien nous-mêmes les fonctions ?
- A merveille.
- Allons donc.
Nous fîmes entrer notre victime dans un cabinet attenant à cette salle, où nous trouvâmes tout ce qui était nécessaire pour le supplice que nous destinions à ce jeune homme. Il fut aussi long qu'affreux : l'infernale Clairwil but son sang et avala une de ses couilles. Moins portée à ces meurtres masculins que Clairwil, mon délire ne fut peut-être pas aussi vif que le sien : il l'eût été davantage avec une femme. Quoi qu'il en fût, je déchargeai beaucoup, et, quittant le sérail des hommes, nous repassâmes dans celui des filles.
- Montons dans la salle où il se fait des choses extraordinaires, dis-je à Clairwil, nous ne ferons rien si tu veux, mais nous verrons faire.
Un homme de quarante ans (c'était un prêtre) tenait une petite fille de quinze ans, fort jolie, pendue par les cheveux au plafond ; il la lardait à coups d'aiguille : le sang ruisselait de toutes parte. Il encula Clairwil en mordant mon cul. Un second donnait le fouet sur la gorge et sur le visage à une très belle fille de vingt ans ; il se contenta de nous demander si nous voulions en recevoir autant. C'était par un pied que le troisième avait pendu sa victime. Rien n'était plaisant comme de voir cette créature ainsi accrochée : elle paraissait avoir dix-huit ans, un beau corps ; au moyen de cette attitude, le con se trouvant fort écarté, le vilain enfonçait dedans un godemiché à pointes de fer. Quand il nous vit, il dit à Clairwil de tenir celle des jambes de cette fille qui pendait, afin de lui entr'ouvrir davantage le vagin, et il me plaça à genoux près de lui, en m'ordonnant de lui branler le cul d'une main, le vit de l'autre ; en très peu de minutes, nous fûmes toutes deux couvertes du sang que perdait la victime. Le quatrième était un vieux robin de soixante ans ; il avait enchaîné sur un gril une très jolie petite fille de douze ans, et, par le moyen d'un vaste réchaud de braise que le vilain ôtait et remettait à volonté, il la faisait rôtir en détail : je vous laisse à penser quels cris poussait la malheureuse, quand il plaisait à cet homme cruel de lui griller les chairs. Dès qu'il nous vit, il chauffa sa créature, et me demanda le cul ; je le lui présentai ; il l'enfile en claquant celui de ma compagne ; mais malheureusement il décharge : le supplice est interrompu, et le barbare nous maudit d'être ainsi venues le troubler.
Tout cela m'avait échauffé la tête : je voulus absolument passer dans la salle des meurtres. Clairwil m'y suivit par complaisance : quoiqu'elle n'aimât pas tuer les femmes, sa férocité naturelle lui faisait indifféremment accepter tout ce qui flattait ses goûts.
Je fis mettre vingt filles en haie, sur lesquelles j'en choisis une de dix-sept ans, de la plus jolie figure qu'il fût possible de voir. Je passai avec elle dans le cabinet qui m'était destiné.
La malheureuse que j'allais sacrifier, s'imaginant trouver plus de pitié dans mon cœur que dans celui d'un homme, se jeta à mes pieds pour m'attendrir : belle comme un ange, et pleine de délicatesse, ses moyens eussent nécessairement triomphé avec une âme moins endurcie, moins corrompue que la mienne... Il n'était plus temps. Tout ce qu'elle employa pour m'adoucir ne servit qu'à m'irriter davantage ... Aurais-je osé faiblir sous les yeux de Clairwil ! Après m'être fait sucer deux heures par cette belle fille, après l'avoir souffletée, battue, fustigée, après l'avoir enfin flétrie de toutes les manières, je la fis lier sur une table, et la criblai de coups de poignard, pendant que mon amie, accroupie sur moi, me chatouillait à la fois, le clitoris, l'intérieur du vagin, et le trou du cul. De mes jours je n'avais fait une aussi délicieuse décharge ; elle m'épuisa au point de m'ôter la force de reparaître au salon. J'emmenai Clairwil chez moi ; nous soupâmes et couchâmes ensemble. Ce fut là où cette charmante femme, s'imaginant m'avoir vu manquer d'énergie dans l'action que je venais de commettre, crut devoir m'adresser le conseil suivant :
- En vérité, Juliette, me dit-elle, ta conscience n'est pas encore où je la voudrais ; ce que j'exige est qu'elle devienne tellement tordue qu'elle ne puisse jamais se redresser ; il faudrait employer mes moyens pour en venir là ; je te les indiquerai, si tu veux, mais je crains que tu n'aies pas la force de les mettre en usage. Ces moyens, chère amie, sont de faire à l'instant, de sang-froid, la même chose qui, faite dans l'ivresse, a pu nous donner des remords. De cette manière, on heurte fortement la vertu quand elle se remonte, et cette habitude de la molester positivement, à l'instant où le calme des sens lui donne envie de reparaître est une des façons les plus sûres de l'anéantir pour jamais. Emploie ce secret, il est infaillible ; dès qu'un instant de calme laisse arriver à toi la vertu sous la forme du remords (car c'est toujours là le déguisement qu'elle prend pour nous ressaisir), dès que tu t'en aperçois, fais, sur-le-champ, la chose dont tu allais concevoir du regret : à la quatrième fois, tu n'entendras plus rien, et tu seras tranquille toute ta vie. Mais il faut beaucoup de force pour cela ; car c'est l'illusion qui soutient le crime, et il devient très difficile, pour une âme faible, de le commettre quand elle est dissipée ; le secret est pourtant certain : je dis mieux, c'est que, par vertu même, tu ne concevras plus le repentir, car tu auras pris l'habitude de faire mal dès qu'elle se montre ; et pour ne plus faire mal, tu l'empêcheras de paraître. &0circ; Juliette ! sois-en sûre, il est difficile de te donner un meilleur conseil sur cette importante matière : tu le vois, puisqu'il t'apprend à vaincre totalement la plus pénible dos situations, soit que tu veuilles la combattre par le vice, soit que tu veuilles l'anéantir par la vertu.
- Clairwil, dis-je à mon amie, ce conseil est excellent, sans doute, mais mon âme a fait un tel chemin dans la carrière du vice, que je ne crois pas avoir besoin de ton remède pour lui redonner de la vigueur : sois bien assurée que tu ne me verras jamais frémir, quelle que soit l'action qu'il me faille commettre, soit pour mes intérêts, soit pour mes plaisirs.
- Cher ange, me dit Clairwil en me baisant, je t'exhorte à n'avoir jamais d'autres Dieux.
A quelque temps de là, Clairwil vint me proposer une assez singulière partie. Nous étions dans le carême.
- Allons faire nos dévotions, me dit-elle.
- Es-tu folle ?
- Non : c'est une fantaisie fort extraordinaire que j'ai conçue depuis quelque temps, et que je ne veux passer qu'avec toi. Il y a, aux Carmes, un religieux de trente-cinq ans, beau comme le jour ; je le convoite depuis six mois ; je veux absolument en être foutue, mais par un moyen bien plaisant : nous allons aller en confesse à lui ; nous échaufferons sa tête par les plus lubriques détails ; il bandera ; je suis persuadée que, de lui-même, il nous fera des propositions ; il nous indiquera la façon de le voir, nous nous y rendrons sur-le-champ, et nous l'épuiserons... Nous n'en resterons pas là ; nous irons communier, nous recueillerons les hosties dans nos mouchoirs, puis nous reviendrons déjeuner chez toi et faire des horreurs sur ce misérable symbole de l'infâme religion chrétienne.
Ici, je crus devoir faire observer à mon amie que la première partie de ses projets me paraissait avoir plus de charmes et plus de réalité que la seconde.
- Dès que nous ne croyons pas en Dieu, ma chère, lui dis-je, les profanations que tu désires ne sont plus que des enfantillages absolument inutiles.
- J'en convions, me dit-elle, mais je les aime ; elles échauffent ma tête ; rien, selon moi, n'enlève comme cela la possibilité du retour : on ne peut plus rendre aucune existence à des objets qu'on a traités de cette manière. Te l'avouerai-je, d'ailleurs ? je ne te crois pas encore très ferme sur toutes ces choses-là.
- Ah ! Clairwil, quelle est ton erreur, répondis-je, je suis peut-être plus rassurée que toi ; mon athéisme est à son comble. N'imagine donc pas que j'aie besoin des enfantillages que tu me proposes pour m'y affermir ; je les exécuterai, puisqu'ils te plaisent, mais comme de simples amusements, et jamais comme une chose nécessaire, soit à fortifier ma façon de penser, soit à en convaincre les autres.
- Eh bien ! mon ange, me répondit Clairwil, eh bien ! soit, nous ne les ferons que comme un plaisir : bien sûre de toi maintenant, je ne les exigerai pas d'une autre manière. Mais livrons-nous à cette plaisanterie par libertinage, je t'en conjure.
- La confession où nous séduirons le carme en est un acte bien constaté et bien délicieux, répondis-je ; mais la profanation du petit morceau de pâte rond, qui forme la ridicule idole des chrétiens, ne saurait pas plus en être un, que la rupture ou la brûlure d'un chiffon de papier.
- D'accord, reprit Clairwil, mais aucune sorte d'idée n'est attachée à ce morceau de papier, et les trois quarts de l'Europe en attachent de très religieuses à cette hostie... à ce crucifix, et voilà d'où vient que j'aime à les profaner ; je fronde l'opinion publique, cela m'amuse ; je foule aux pieds les préjugés de mon enfance, je les anéantis, cela m'échauffe la tête.
- Eh bien ! partons, répondis-je, je suis à toi.
Nous montâmes en voiture ; notre toilette simple et sans art répondit parfaitement à nos projets, et le père Claude, que nous demandâmes et qui arriva bientôt au confessionnal, ne put assurément nous prendre que pour deux dévotes.
Clairwil commença ; je m'en aperçus : le pauvre carme était déjà tout en feu quand je le pris.
- Oh ! mon père, lui dis-je, accordez-moi beaucoup d'indulgence, car j'ai de grandes horreurs à vous révéler !
- Courage, mon enfant, Dieu est bon et miséricordieux, il nous écoute avec bonté ; de quoi est-il donc question ?
- De fautes énormes, mon père, et qu'un affreux libertinage me fait commettre chaque jour : quoique bien jeune encore, j'ai bri