Numérisation : Jean
Franval
Mise en forme HTML : T. Selva
Les 120 jours
de Sodome
ou
L''ecole
du Libertinage
dix-huitième journée

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(XXII) Dix-huitième journée Duclos, belle, parée, et toujours plus brillante que jamais, commença ainsi les récits de sa dix-huitième soirée: "Je
venais de faire l'acquisition d'une grosse et grande créature
nommée Justine; elle avait vingt-cinq ans, cinq pieds six de
haut, membrée comme une servante de cabaret, d'ailleurs de
beaux traits, une belle peau, et le plus beau corps du monde. Comme
ma maison abondait en ces sortes de vieux paillards qui ne retrouvent
quelque notion de plaisir que dans les supplices qu'on leur fait éprouver,
je crus qu'une telle pensionnaire ne pouvait que m'être d'un
grand secours. Dès le lendemain de son arrivée, pour
faire l'épreuve de ses talents fustigateurs que l'on m'avait
prodigieusement vantés, je la mis aux prises avec un vieux
commissaire de quartier, qu'il fallait fustiger à tour de bras
depuis le bas de la poitrine jusqu'aux genoux et depuis le milieu
du dos jusqu'au gras des jambes, et cela jusqu'à ce que le
sang distillât de partout. L'opération faite, le libertin
troussait tout simplement la donzelle et lui plantait son paquet sur
les fesses. Justine se comporta en véritable héroïne
de Cythère, et notre paillard vint m'avouer que je possédais
là un trésor, et que, de ses jours, il n'avait été
fustigé comme par cette coquine-là. "Je le crois, dit l'évêque. Quand on a décidément le goût des hommes, on ne change point; la distance est si extrême qu'on n'est pas tenté de l'épreuve. -Monseigneur, dit le président, vous entamez là une thèse qui mériterait une dissertation de deux heures. -Et qui finirait toujours à l'avantage de mon assertion, dit l'évêque, parce qu'il est sans réplique qu'un garçon vaut mieux qu'une fille. -Sans contredit, reprit Curval, mais on pourrait pourtant vous dire qu'il y a quelques objections à ce système et que, pour les plaisirs d'une certaine sorte, tels que ceux, par exemple, dont nous parleront Martaine et Desgranges, une fille vaut mieux qu'un garçon. -Je le nie, dit l'évêque; et même pour ceux que vous voulez dire, le garçon vaut mieux que la fille. Considérez-le du côté du mal, qui est presque toujours le véritable attrait du plaisir, le crime vous paraîtra plus grand avec un être absolument de votre espèce qu'avec un qui n'en est pas, et, de ce moment-là, la volupté est double. -Oui, dit Curval, mais ce despotisme, cet empire, ce délice, qui naît de l'abus qu'on fait de sa force sur le faible... -Il s'y trouve tout de même, répondit l'évêque. Si la victime est bien à vous, cet empire que, dans ces cas-là, vous croyez mieux établi avec une femme qu'avec un homme, ne vint que du préjugé, ne vint que de l'usage qui soumit plus ordinairement ce sexe-là à vos caprices que l'autre. Mais renoncez pour un instant à ces préjugés d'opinion, et que l'autre soit parfaitement dans vos chaînes: avec la même autorité, vous retrouvez l'idée d'un crime plus grand, et nécessairement votre lubricité doit doubler. -Moi, je pense comme l'évêque, dit Durcet, et une fois qu'il est certain que l'empire est bien établi, je crois l'abus de la force plus délicieux à exercer avec son semblable qu'avec une femme. -Messieurs, dit le duc, je voudrais bien que vous remettiez vos discussions pour l'heure des reps, et que ces heures-ci, qui sont destinées à écouter les narrations, vous ne les employassiez pas à des sophismes. -Il a dit raison, dit Curval. Allons, Duclos, reprenez." Et l'aimable directrice des plaisirs de Cythère se renoua dans les termes suivants: "Un vieux greffier du parlement, dit-elle, vient me rendre visite un matin, et comme il était accoutumé, du temps de la Fournier, à n'avoir affaire qu'à moi, il ne voulut pas changer sa méthode. Il s'agissait, en le branlant, de le souffleter par gradation, c'est-à-dire doucement d'abord, puis un peu plus fort à mesure que son vit prenait de la consistance, et enfin à tour de bras lorsqu'il déchargeait. J'avais si bien saisi la manie de ce personnage, qu'au vingtième soufflet je faisais partir son foutre." "Au vingtième! dit l'évêque, corbleu! il ne m'en faudrait pas tant pour me faire débander tout d'un coup. -Tu le vois, mon ami, dit le duc, chacun a sa manie; nous ne devons jamais ni blâmer, ni nous étonner de celle de personne. Allons, Duclos, encore une et termine." "Celle dont il me reste à vous parler pour ce soir, dit Duclos, me fut apprise par une de mes amies; elle vivait depuis deux ans avec un homme qui ne bandait jamais qu'après qu'on lui avait appliqué vingt nasardes sur le nez, tiré les oreilles jusqu'au sang, mordu les fesses, le vit et les couilles. Excité par les dures titillations de ces préliminaires, il bandait comme un étalon, et déchargeait en jurant comme un diable, presque toujours sur le visage de celle dont il venait de recevoir un si singulier traitement." De tout ce qui venait d'être dit, messieurs n'ayant échauffé leur cervelle que de ce qui tenait aux fustigations masculines, on n'imita ce soir-là que cette fantaisie. Le duc s'en fit donner jusqu'au sang par Hercule, Durcet par Bande-au-ciel, l'évêque par Antinoüs et Curval par Brise-cul; l'évêque, qui n'avait rien fait de la journée, déchargea, dit-on, aux orgies, en mangeant l'étron de Zélamir qu'il se faisait garder depuis deux jours. Et l'on fut se coucher. |