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Alfred de Musset a véritablement
été l'enfant de son siècle. En intitulant l'un
de ses poèmes Tristesse ou en contant la mort du désabusé
Rolla, Musset n'a pas seulement exprimé sa souffrance, mais aussi
celle de tous ces jeunes gens qu'on a excité avec des rêves
de révolutions ou de gloire militaire, mais qui, en vérité,
n'ont rien vécu d'autre que la réalité la plus
plate.
Plus que tout autre romantique,
Musset a incarné l'effronterie et la fantaisie de la jeunesse.
A vingt ans, il composait des pièces telle Venise ou cette Ballade
à la lune dont on ne savait pas s'il s'agissait d'une uvre
du romantisme le plus pur ou, au contraire, d'une simple parodie. Mais
bien rapidement le désenchantement s'est mêlé à
la vivacité, et l'alcool, les mésaventures amoureuses
et la maladie ont miné l'inspiration du poète. Pendant
un temps encore, Musset réussit à faire de la douleur
sa thématique préférée - il proclama avant
Baudelaire une véritable esthétique de la souffrance,
faisant même dire à sa Muse dans La Nuit de décembre
que les plus désespérés sont les chants les plus
beaux; mais il était dit que Musset n'était pas fait pour
vieillir. Avant même d'avoir atteint sa trentième année,
il avait donné les meilleures de ses uvres. Bien sûr,
de 1840 à 1857 Musset continua d'écrire, accumulant encore
des contes, quelques pièces de théâtre et d'assez
nombreux poèmes. Cependant, des productions comme Lorenzaccio,
Le Chandelier ou Les Confessions d'un enfant du siècle avaient
déjà été créées , de même
que les Nuits ou l'émouvant Souvenir composé en pensant
à George Sand
A la fin de sa vie, Musset est un écrivain célébré,
ce que signale bien son entrée à l'Académie française
en 1852. En retour, le poète fait des vers de circonstance et
remplit des commandes. Désormais, l'enfant terrible du romantisme
n'est plus; il ne reste à la place qu'un écrivain professionnel.
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