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9 - Les Souhaits
Quelque bonne fée
Urgèle,
Promettant palais et trésor
Au filleul mis sous sa tutelle,
Pour te promener taurait-elle
Ravi sur son nuage dor ?
JOSEPH DELORME.
Si quelque jeune fée à laile de saphir,
Sous une sombre et fraîche arcade,
Blanche comme un reflet de la perle dOphir,
Surgissait à mes yeux, au doux bruit du zéphyr,
De lécume de la cascade,
Me disant : « Que veux-tu ? larges
coffres pleins dor,
Palais immenses, pierreries ?
Parle ; mon art est grand. Te faut-il plus encor ?
Je te le donnerai ; je puis faire un trésor
Dun vil monceau dherbes flétries ! »
Je lui dirais : « Je veux un ciel riant
et pur
Réfléchi par un lac limpide,
Je veux un beau soleil qui luise dans lazur,
Sans que jamais brouillard, vapeur, nuage obscur
Ne voile son orbe splendide ;
« Et pour bondir sous moi je veux un
cheval blanc,
Enfant léger de lArabie,
À la crinière longue, à lil étincelant,
Et, comme lhippogriffe, en une heure volant
De la Norwège à la Nubie ;
« Je veux un kiosque rouge, aux minarets
dorés,
Aux minces colonnes dalbâtre,
Aux fantasques arceaux dufs pendant décorés,
Aux murs de mosaïque, aux vitraux colorés
Par où se glisse un jour bleuâtre ;
« Et quand il fera chaud, je veux un
bois mouvant
De sycomores et dyeuses,
Qui me suive partout au souffle dun doux vent,
Comme un grand éventail sans cesse soulevant
Ses masses de feuilles soyeuses.
« Je veux une tartane avec ses matelots,
Ses cordages, ses blanches voiles
Et son corset de cuivre où se brisent les flots,
Qui me berce le long de verdoyants îlots
Aux molles lueurs des étoiles.
« Je veux, soir et matin, méveiller,
mendormir
Au son de voix italiennes,
Et pendant tout le jour entendre au loin frémir
Le murmure plaintif des eaux du Bendemir,
Ou des harpes éoliennes ;
« Et je veux, les seins nus, une Almée
agitant
Son écharpe de cachemire
Au-dessus de son front de rubis éclatant,
Des spahis, un harem, comme un riche sultan
Ou de Bagdad ou de Palmyre.
« Je veux un sabre turc, un poignard
indien
Dont le manche de saphirs brille ;
Mais surtout je voudrais un cur fait pour le mien,
Qui le sentît, laimât, et qui le comprît bien,
Un cur naïf de jeune fille ! »
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