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6 - Le Marais
À MON AMI ARMAND
E***.
Ainsi près dun marais on contemple voler
Mille oiseaux peinturés
AMADIS JAMYN.
En chasse, et chasse heureuse
!
ALFRED DE MUSSET.
Cest un marais dont leau dormante
Croupit, couverte dune mante
Par les nénuphars et les joncs :
Chaque bruit sous leurs nappes glauques
Fait au chur des grenouilles rauques
Exécuter mille plongeons ;
La bécassine noire et grise
Y vole quand souffle la bise
De novembre aux matins glacés ;
Souvent, du haut des sombres nues,
Pluviers, vanneaux, courlis et grues
Y tombent, dun long vol lassés.
Sous les lentilles deau qui rampent,
Les canards sauvages y trempent
Leurs cous de saphir glacés dor ;
La sarcelle a laube sy baigne,
Et, quand le crépuscule règne,
Sy pose entre deux joncs, et dort.
La cigogne dont le bec claque,
Lil tourné vers le ciel opaque,
Attend là linstant du départ,
Et le héron aux jambes grêles,
Lustrant les plumes de ses ailes,
Y traîne sa vie à lécart.
Ami, quand la brume dautomne
Étend son voile monotone
Sur le front obscurci des cieux,
Quand à la ville tout sommeille
Et quà peine le jour séveille
À lhorizon silencieux,
Toi dont le plomb à lhirondelle
Toujours porte une mort fidèle,
Toi qui jamais à trente pas
Nas manqué le lièvre rapide,
Ami, toi, chasseur intrépide,
Quun long chemin narrête pas,
Avec Rasko, ton chien, qui saute
À ta suite dans lherbe haute,
Avec ton bon fusil bronzé,
Ta blouse et tout ton équipage,
Viens ty cacher près du rivage,
Derrière un tronc darbre brisé.
Ta chasse sera meurtrière ;
Aux mailles de ta carnassière
Bien des pieds doiseaux passeront,
Et tu reviendras de bonne heure,
Avant le soir, en ta demeure,
La joie au cur, lorgueil au front.
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