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60 - Débauche
Buvons du grog et cassons-nous
les reins.
Chanson des marins.
Tu as Dieu dans la bouche
et dans le cur Satan.
DU BARTAS.
Je hais plus que la mort cette débauche prude
Qui nose sortir que de nuit,
Et retourne la tête avec inquiétude
Tout empourprée au moindre bruit,
Et joue à la vertu comme une honnête femme,
Nayant pas la force quil faut
Pour être hardiment et largement infâme,
Pour porter sa honte front haut.
Aussi le cur me lève, à ces sobres orgies
Faites dans un salon étroit,
Aux discrètes lueurs de quatre à cinq bougies
Et dont chacun retourne droit ;
À ce vice bourgeois, mesquin, suant la prose,
Comme le font les boutiquiers,
Gens qui savent ôter le galbe à toute chose,
Les dandys, avec les banquiers ;
Ce vice, homme rangé qui ne lest quà ses heures,
Qui sort calme dun mauvais lieu,
Comme lon sortirait des plus chastes demeures
Ou de quelque église de Dieu,
La cravate nouée et les cheveux en ordre,
Le frac boutonné jusquau cou,
Pas le plus petit pli sur quoi lon puisse mordre,
Rien de débraillé, rien de fou,
Rien de hardi, de chaud, de bon viveur, qui fasse
Au reproche mollir la voix
Et dire au père : « Il faut que jeunesse se passe, »
Comme lon disait autrefois.
Jaime trente fois mieux une débauche franche,
Jetant son masque de satin,
Le coude sur la nappe et la main sur la hanche.
Criant, buvant jusquau matin,
Qui laisse, sans corset, aller sa gorge folle,
Rose encor des baisers du soir,
Qui tord lascivement sa taille souple et molle,
Sur tous les genoux va sasseoir,
Et, bleuissant sa joue au punch qui siffle et flambe
Au fond du cratère vermeil,
Rit de se voir ainsi, danse et montre sa jambe,
Et ne veut pas quon ait sommeil :
Cest une poésie au moins, une palette
Où brillent mille tons divers,
Un type net et franc, une chose complète,
De la couleur ! des chants ! des vers !
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