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29 - Voyage
Il me faut du nouveau, nen fût-il plus au monde.
JEAN DE LA FONTAINE.
Jam mens praetrepidans
avet vagari,
Jam laeti studio pedes vigescunt.
CATULLE.
Au travers de la vitre blanche
Le soleil rit, et sur les murs
Traçant de grands angles, épanche
Ses rayons splendides et purs.
Par un si beau temps, à la ville
Rester parmi la foule vile?!
Je veux voir des sites nouveaux :
Postillons, sellez vos chevaux.
Au sein dun nuage de poudre,
Par un galop précipité,
Aussi promptement que la foudre
Comme il est doux dêtre emporté?!
Le sable bruit sous la roue,
Le vent autour de vous se joue?;
Je veux voir des sites nouveaux :
Postillons, pressez vos chevaux.
Les arbres qui bordent la route
Paraissent fuir rapidement,
Leur forme obscure dont lil doute
Ne se dessine quun moment?;
Le ciel, tel quune banderole,
Par-dessus les bois roule et vole?;
Je veux voir des sites nouveaux :
Postillons, pressez vos chevaux.
Chaumières, fermes isolées,
Vieux châteaux que flanque une tour,
Monts arides, fraîches vallées,
Forêts, se suivent tour à tour?;
Parfois au milieu dune brume,
Un ruisseau dont la chute écume?;
Je veux voir des sites nouveaux :
Postillons, pressez vos chevaux.
Puis une hirondelle qui passe,
Rasant la grève au sable dor,
Puis semés dans un large espace.
Les moutons dun berger qui dort,
De grandes perspectives bleues,
Larges et longues de vingt lieues?;
Je veux voir des sites nouveaux :
Postillons, pressez vos chevaux.
Une montagne : lon enraye
Au bord du rapide penchant
Dun mont dont la hauteur effraye?;
Les chevaux glissent en marchant,
Lessieu grince, le pavé fume,
Et la roue un instant sallume?;
Je veux voir des sites nouveaux :
Postillons, pressez vos chevaux.
La côte raide est descendue.
Recouverte de sable fin,
La route, à chaque instant perdue,
Sétend comme un ruban sans fin.
Que cette plaine est monotone?!
On dirait un matin dautomne?;
Je veux voir des sites nouveaux :
Postillons, pressez vos chevaux.
Une viïle dun aspect sombre,
Avec ses tours et ses clochers
Qui montent dans les airs, sans nombre,
Comme des mâts ou des rochers,
Où mille lumières flamboient
Au sein des ombres qui la noient?;
Je veux voir des sites nouveaux :
Postillons, pressez vos chevaux?!
Mais ils sont las, et leurs narines,
Rouges de sang, soufflent du feu?;
Lécume inonde leurs poitrines,
Il faut nous arrêter un peu.
Halte?! demain, plus vite encore,
Aussitôt que poindra laurore,
Postillons, pressez vos chevaux,
Je veux voir des sites nouveaux.
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