Théophile
Gautier 1811 - 1872
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IV CÔTÉ DES CHIENS
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Ménagerie intime
menu On nous a souvent accusé de ne pas
aimer les chiens. Cest là une imputation qui, au premier
abord, na pas lair bien grave, mais dont nous tenons cependant
à nous justifier, car elle implique une certaine défaveur.
Ceux qui préfèrent les chats passent aux yeux de beaucoup
de gens pour faux, voluptueux et cruels, tandis que les amis des chiens
sont présumés avoir un caractère franc, loyal,
ouvert, doué enfin de toutes les qualités quon attribue
à la gente canine. Nous ne contestons nullement le mérite
de Médor, de Turc, de Miraut et autres aimables bêtes,
et nous sommes prêt à reconnaître la vérité
de laxiome formulé par Charlet : « Ce quil
y a de mieux dans lhomme, cest le chien. » Nous en
avons possédé plusieurs, nous en avons encore, et si les
dépréciateurs venaient à la maison, ils seraient
accueillis par les aboiements grêles et furieux dun bichon
de la Havane et dun lévrier qui leur mordraient peut-être
les jambes. Mais notre affection pour les chiens est mélangée
dun sentiment de peur. Ces excellentes bêtes si bonnes,
si fidèles, si dévouées, si aimantes, peuvent à
un moment donné avoir la rage, et elles deviennent alors plus
dangereuses que la vipère trigonocéphale, laspic,
le serpent à sonnettes et le cobra-capello?; et cela nous modère
un peu dans nos épanchements. Nous trouvons aussi les chiens
un peu inquiétants?; ils ont des regards si profonds, si intenses?;
ils se posent devant vous avec un air si interrogateur, quils
vous embarrassent. Gthe naimait pas ce regard qui semble
vouloir sassimiler lâme de lhomme, et il chassait
lanimal en lui disant : « Tu as beau faire, tu navaleras
pas ma monade. » Le pauvre Luther finit malheureusement?; il devint taciturne, morose, et un beau matin il se sauva de la maison : se sentant atteint de la rage et ne voulant pas mordre ses maîtres, il prit la fuite?; et tout nous porte à croire quil fut abattu comme hydrophobe, car on ne le revit jamais. Après un interrègne assez considérable, un nouveau chien fut installé à la maison?; il sappelait Zamore?; cétait une espèce dépagneul, de race fort mêlée, de petite taille, noir de pelage, excepté quelques taches couleur feu au-dessus des sourcils, et quelques tons fauves sous le ventre. En somme : physique insignifiant, et plutôt laid que beau. Mais au moral, cétait un chien singulier. Il avait pour les femmes le dédain le plus absolu, ne leur obéissait pas, refusait de les suivre, et jamais ni notre mère ni nos surs ne parvinrent à en obtenir le moindre signe damitié ou de déférence?; il acceptait dun air digne les soins et les bons morceaux, mais ne remerciait pas. Pour elles, aucun jappement, aucun tambourinage de queue sur le parquet, aucune de ces caresses dont les chiens sont prodigues. Impassible, il restait accroupi dans une pose de sphinx, comme un personnage grave qui ne veut pas se mêler à des conversations dêtres frivoles. Le maître quil sétait choisi était notre père, chez qui il reconnaissait lautorité de chef de famille, dhomme mûr et sérieux. Mais cétait une tendresse austère et stoïque, qui ne se traduisait pas par des folâtreries, des badinages et des coups de langue. Seulement il avait toujours les yeux fixés sur son maître, tournait la tête à tous ses mouvements, et le suivait partout, le nez au talon, sans se permettre la moindre escapade, le moindre salut aux camarades qui passaient. Notre cher et regretté père était un grand pêcheur devant le Seigneur, et il prit plus de barbillons que Nemrod nattrapa dantilopes. Avec lui on ne pouvait dire, certes, que la ligne était un instrument commençant par un asticot et finissant par un imbécile, car il avait beaucoup desprit, ce qui ne lempêchait pas de remplir chaque jour son panier de poisson. Zamore laccompagnait à la pêche, et, pendant les longues séances nocturnes quexige la capture des pièces dimportance qui ne mordent quà la ligne de fond , il se tenait au bord extrême de leau, dont il semblait vouloir sonder la noire profondeur pour y suivre la proie. Quoique souvent il dressât loreille à ces mille bruits vagues et lointains qui, la nuit, se dégagent du silence le plus profond, il naboyait pas, ayant compris que le mutisme est la qualité indispensable dun chien de pêcheur. Phbé avait beau lever à lhorizon son front dalbâtre réfléchi par le miroir sombre de la rivière, Zamore ne hurlait pas à la lune?; et cependant ces ululations prolongées sont un grand plaisir pour les animaux de son espèce. Seulement, quand le grelot de la ligne tintait, il regardait son maître et se permettait un court aboi, sachant que la proie était prise, et il paraissait sintéresser beaucoup aux manuvres nécessaires pour amener sur le bord un barbillon de trois ou quatre livres. Qui se serait douté que sous cet extérieur calme, détaché, philosophique, dédaigneux de toute frivolité, couvait une passion impérieuse et bizarre, insoupçonnable, et formant le plus complet écart avec le caractère apparent, physique et moral, de cette bête si sérieuse quelle en était presque triste?? Eh quoi?! allez-vous dire que cet honnête Zamore avait des vices cachés : il était voleur?? Non. Libertin?? Non. Il aimait les cerises à leau-de-vie?? Non. Il mordait?? Nullement. Zamore avait la passion de la danse?! Cétait un artiste éperdu de chorégraphie. Sa vocation lui fut révélée de la façon suivante : Un jour parut sur la place de Passy un âne grisâtre, à léchine pelée, aux oreilles énervées, une de ces malheureuses bourriques de saltimbanque, que Decamps et Fouquet savaient si bien peindre?; deux paniers, en équilibre sur le chapelet écorché de son échine, contenaient une troupe de chiens savants déguisés en marquis, en troubadours, en Turcs, en bergères des Alpes ou en reines de Golconde, selon le sexe. Limpresario mit les chiens par terre, fit claquer son fouet, et tous les acteurs quittèrent subitement la ligne horizontale pour la ligne perpendiculaire, se transformant de quadrupèdes en bipèdes. Le fifre et le tambourin se mirent à jouer, et le ballet commença. Zamore, qui flânait gravement par là, sarrêta émerveillé du spectacle. Ces chiens habillés de couleurs voyantes, galonnés de clinquant sur toutes les coutures, un chapeau à plumet ou un turban sur la tête, se mouvant en cadence sur des rythmes entraînants avec une vague apparence de personnes humaines, lui semblaient des êtres surnaturels?; ces pas si bien enchaînés, ces glissements, ces pirouettes, le ravirent mais ne le découragèrent pas. Comme Corrége à la vue dun tableau de Raphaël, il sécria en son langage canin : « Et moi aussi je suis peintre, anchio son pittore?! » et, saisi dune noble émulation, quand la troupe passa devant lui formant la queue-du-loup, il se dressa, en titubant un peu, sur ses pattes de derrière, et voulut sy joindre, au grand divertissement de lassemblée. Limpresario prit assez mal la chose, détacha un grand coup de fouet sur les reins de Zamore, qui fût chassé du cercle, comme on mettrait à la porte du théâtre un spectateur qui, pendant la représentation, saviserait de monter sur la scène et de se mêler au ballet. Cette humiliation publique ne découragea pas la vocation de Zamore?; il rentra, la queue basse et lair rêveur, à la maison. Toute la journée, il fut plus concentré, plus taciturne, plus morose. Mais, la nuit, nos surs furent réveillées par un petit bruit dune nature inexplicable qui venait dune chambre voisine de la leur, quon nhabitait pas, et où couchait ordinairement Zamore sur un vieux fauteuil. Cela ressemblait à un trépignement rythmique que le silence de la nuit rendait plus sonore. On crut dabord à un bal de souris, mais le bruit des pas et des sauts sur le parquet était bien fort pour la gent trotte-menu. La plus brave de nos surs se leva, entrouvrit la porte, et que vit-elle à la faveur dun rayon de lune plongeant par le carreau?? Zamore debout, ramant dans lair avec ses pattes de devant et travaillant, comme à la classe de danse, les pas quil avait admirés le matin dans la rue. Monsieur étudiait?! Ce ne fut pas là, comme on pourrait le croire, une impression fugitive, une fantaisie passagère. Zamore persista dans ses idées chorégraphiques et devint un beau danseur. Toutes les fois quil entendait le fifre et le tambourin, il courait sur la place, se glissait entre les jambes des spectateurs, et observait avec une attention profonde les chiens savants exécutant leurs exercices?; mais, gardant le souvenir du coup de fouet, il ne se mêlait plus à leurs danses?; il notait leurs pas, leurs poses et leurs grâces, et il les travaillait, la nuit, dans le silence du cabinet, sans jamais se départir, le jour, de son austérité dattitude. Bientôt il ne lui suffit plus de copier, il inventa, il composa?; et nous devons dire que, dans le genre noble, peu de chiens le surpassèrent. Nous allions souvent le voir par la porte entrebâillée?; il mettait un tel feu à ses exercices, quil lapait, chaque nuit, la jatte deau posée au coin de la chambre. Quand il se crut sûr de lui et légal des plus forts danseurs quadrupèdes, il sentit le besoin dôter le boisseau de dessus la lumière et de faire connaître le mystère de son talent. La cour de la maison était fermée, dun côté, par une grille assez large pour permettre à des chiens dembonpoint médiocre de sy introduire aisément. Un matin, quinze ou vingt chiens de ses amis, fins connaisseurs sans doute, à qui Zamore avait envoyé des lettres dinvitation pour son début dans lart chorégraphique, se trouvèrent réunis autour dun carré de terrain bien uni, que lartiste avait préalablement balayé avec sa queue?; et la représentation commença. Les chiens parurent charmés et manifestèrent leur enthousiasme par des : Ouah?! ouah?! ressemblant fort aux bravos des dilettantes de lOpéra. Sauf un vieux barbet assez crotté, et de piteuse mine, un critique sans doute, qui aboya quelque chose sur loubli des saines traditions, tous proclamèrent que Zamore était le Vestris des chiens et le diou de la danse. Notre artiste avait exécuté un menuet, un pas de gigue et une valse à deux temps. Bien des spectateurs bipèdes sétaient joints aux spectateurs à quatre pattes, et Zamore eut lhonneur dêtre applaudi par des mains humaines. La danse était si bien passée dans ses habitudes, que, quand il faisait la cour à quelque belle, il se tenait debout, faisant des révérences, et les pieds en dehors, comme un marquis de lancien régime?; il ne lui manquait que le claque fourré de plumes sous le bras. Hors de là, il était atrabilaire comme un acteur comique et ne se mêlait pas au mouvement de la maison. Il ne se bougeait que lorsquil voyait son maître prendre sa canne et son chapeau. Zamore mourut dune fièvre cérébrale, causée, sans doute, par la surexcitation du travail quil sétait donné pour apprendre la scotisch, alors dans toute sa vogue. Sous sa tombe Zamore peut dire, comme la danseuse grecque dans son épitaphe : « Ô terre, sois-moi légère, jai si peu pesé sur toi. » Comment, avec des talents si distingués, Zamore ne fait-il pas engagé dans la troupe de M. Corvi?? Nous étions déjà un critique assez influent pour lui négocier cette affaire. Mais Zamore ne voulait pas quitter son maître, et il sacrifia son amour-propre à son affection, dévouement quil ne faut pas chercher chez les hommes. Le danseur fut remplacé par un chanteur nommé Kobold, king-Charles de la plus pure race, venant du célèbre chenil de lord Lauder. Rien de plus chimérique que cette petite bête, à lénorme front bombé, aux gros yeux saillants, au museau cassé à sa racine, aux longues oreilles traînant jusquà terre. Transporté en France, Kobold, qui ne savait que langlais, parut comme hébété. Il ne comprenait pas les ordres quon lui donnait?; dressé avec les go on et les come here, il restait immobile aux viens et va-ten français : il lui fallut un an pour apprendre la langue du nouveau pays où il se trouvait et pouvoir prendre part à la conversation. Kobold était très-sensible à la musique et chantait lui-même de petites chansons avec un fort accent anglais. On lui donnait le la au piano, et il prenait le ton juste et modulait avec un soupir flûté des phrases vraiment musicales et nayant aucun rapport avec laboi ou le jappement. Quand on voulait le faire recommencer, il suffisait de lui dire : « Sing a little more », et il reprenait sa cadence. Nourri le plus délicatement du monde, avec tout le soin quon devait naturellement prendre dun ténor et dun gentleman de cette distinction, Kobold avait un goût bizarre : il mangeait de la terre comme un sauvage de lAmérique du Sud?; on ne put lui faire perdre cette habitude qui lui causa une obstruction dont il mourut. Il avait le goût des grooms, des chevaux, de lécurie, et nos poneys neurent pas de camarade plus assidu que lui. Il passait son temps entre la box et le piano. De Kobold, le king-Charles, on passe à Myrza, petite bichonne de la Havane, qui eut lhonneur dappartenir quelque temps à la Giulia Grisi qui nous la donna. Elle est blanche comme la neige, surtout quand elle sort de son bain et na pas encore eu le temps de se rouler dans la poussière, manie que certains chiens partagent avec les oiseaux pulvérisateurs. Cest une bête dune extrême douceur, très-caressante, et qui na pas plus de fiel quune colombe?; rien de plus drôle que sa mine ébouriffée et son masque composé de deux yeux pareils à des petits clous de fauteuil et son petit nez quon prendrait pour une truffe du Piémont. Des mèches, frisées comme les peaux dAstrakan, voltigent sur ce museau avec des hasards pittoresques, lui bouchant tantôt un il, tantôt lautre, ce qui lui donne la physionomie la plus hétéroclite du monde en la faisant loucher comme un caméléon. Chez Myrza, la nature imite lartificiel avec une telle perfection que la petite bête semble sortir de la devanture dun marchand de joujoux. À la voir avec son ruban bleu et son grelot dargent, son poil régulièrement frisé, on dirait un chien de carton, et, quand elle aboie, on cherche si elle na pas un soufflet sous les pattes. Myrza, qui passe les trois quarts de son temps à dormir, dont, si on lempaillait, la vie ne serait pas changée, et qui ne semble pas très-spirituelle dans le commerce ordinaire, a cependant donné un jour une preuve dintelligence telle, que nous nen connaissons pas dautre exemple. Bonnegrâce, lauteur des portraits de Tchoumakoff et de M. E. H , si remarqués aux expositions, nous avait apporté, pour en avoir notre avis, un de ces portraits peints à la manière de Pagnest, dont la couleur est si vraie et le relief si puissant. Quoique nous ayons vécu dans la plus profonde intimité avec les bêtes et que nous puissions citer cent traits ingénieux, rationnels, philosophiques, de chats, de chiens, doiseaux, nous devons avouer que le sens de lart manque totalement aux animaux. Nous nen avons jamais vu aucun sapercevoir dun tableau, et lanecdote sur les oiseaux becquetant les raisins peints par Zeuxis nous paraissait controuvée. Ce qui distingue lhomme de la brute, cest précisément le sens de lart et de lornement. Aucun chien ne regarde une peinture et ne se met de boucles doreilles. Eh bien, Myrza, à la vue du portrait dressé contre le mur par Bonnegrâce, sélança du tabouret sur lequel elle était roulée en boule, sapprocha de la toile et se mit à aboyer avec fureur, essayant de mordre cet inconnu qui sétait ainsi introduit dans la chambre. Sa surprise parut extrême lorsquelle fût forcée de reconnaître quelle avait affaire à une surface plane, que ses dents ne pouvaient saisir, et que ce nétait là quune trompeuse apparence. Elle flaira la peinture, essaya de passer derrière le cadre, nous regarda tous deux avec une interrogation étonnée et retourna à sa place, ou elle se rendormit dédaigneusement, ne soccupant plus de ce monsieur peint. Les traits de Myrza ne seront pas perdus pour la postérité : il existe delle-même un beau portrait de M. Victor Madarasz, artiste hongrois. Terminons par lhistoire de Dash. Un jour, un marchand de verres cassés passa devant notre porte, demandant des morceaux de vitre et des tessons de bouteille. Il avait dans sa voiture un jeune chien de trois ou quatre mois, quon lavait chargé daller noyer, ce qui faisait de la peine à ce brave homme, que lanimal regardait dun air tendre et suppliant comme sil eût compris de quoi il sagissait. La cause de larrêt sévère porté contre la pauvre bête était quil avait une patte de devant brisée. Une pitié sémut dans notre cur, et nous primes le condamné à mort. Un vétérinaire fut appelé. On entoura la patte de Dash dattelles et de bandes?; mais il fut impossible de lempêcher de ronger lappareil, et il ne guérit pas : sa patte, dont les os ne sétaient pas rejoints, resta flottante comme une manche damputé dont le bras est absent?; mais cette infirmité nempêcha pas Dash dêtre gai, alerte et vivace. Il courait encore assez vite sur ses trois bons membres. Cétait un pur chien des rues, un roquet grediné dont Buffon lui-même eût été fort embarrassé de démêler la race. Il était laid, mais avec une physionomie grimacière, étincelante desprit. Il semblait comprendre ce quon lui disait, changeant dexpression selon que les mots quon lui adressait, sur le même ton, étaient injurieux ou flatteurs. Il roulait les yeux, retroussait les babines, se livrait à des tics nerveux désordonnés, ou riait en montrant ses dents blanches, et il arrivait ainsi à de hauts effets comiques dont il avait conscience. Souvent il essayait de parler. La patte posée sur notre genou, il fixait sur nous son regard intense et commençait une série de murmures, de soupirs, de grognements, dintonations si variées quil était difficile de ny pas voir un langage. Quelquefois, à travers cette conversation, Dash lançait un jappement, un éclat de voix?; alors nous lui jetions un coup dil sévère et nous lui disions : « Cela cest aboyer, ce nest pas parler?; est-ce que par hasard vous seriez un animal?? » Dash, humilié de cette insinuation, reprenait ses vocalises, auxquelles il donnait lexpression la plus pathétique. On disait alors que Dash racontait ses malheurs. Dash raffolait du sucre. Au dessert, il paraissait à linstant du café, réclamant de chaque convive un morceau avec une insistance toujours couronnée de succès. Il avait fini par transformer ce don bénévole en impôt régulier quil prélevait rigoureusement. Ce roquet, dans un corps de Thersite, avait une âme dAchille. Infirme comme il létait, il attaquait, avec la folie du courage héroïque, des chiens dix fois gros comme lui, et se faisait affreusement rouler. Comme Don Quichotte, le brave chevalier de la Manche, il avait des sorties triomphantes et des rentrées piteuses. Hélas?! il devait être victime de son courage. Il y a quelques mois on le rapporta, les reins cassés par un terre-neuve, aimable bête qui le lendemain brisa léchine à une levrette. La mort de Dash fut suivie de toute sorte de catastrophes : la maîtresse de la maison ou il avait reçu le coup qui termina son existence fut, quelques jours après, brûlée vive dans son lit, et son mari eut le même sort en voulant la sauver. Cétait coïncidence fatale et non expiation, car cétaient les meilleures gens du monde, aimant les animaux comme des Brahmes et purs du trépas malheureux de notre pauvre Dash. Nous avons bien un autre chien qui sappelle Néro. Mais il est trop récent encore pour avoir une histoire. Dans le prochain chapitre nous ferons la chronique des caméléons, des lézards, des pies et autres bestioles qui ont vécu dans notre ménagerie intime. N. B. Hélas?! Néro est mort empoisonné tout récemment comme sil avait soupé chez les Borgia?; et lépitaphe sinscrit au premier chapitre de la vie. |