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ESPAÑA
LA FONTAINE DU CIMETIÈRE
À la morne chartreuse, entre des murs de pierre,
En place de jardin lon voit un cimetière,
Un cimetière nu comme un sillon fauché,
Sans croix, sans monument, sans tertre qui se hausse :
Loubli couvre le nom, lherbe couvre la fosse ;
La mère ignorerait où son fils est couché.
Les végétations maladives du
cloître
Seules sur ce terrain peuvent germer et croître,
Dans lhumidité froide à lombre des longs murs
;
Des morts abandonnés douces consolatrices,
Les fleurs noseraient pas incliner leurs calices
Sur le vague tombeau de ces dormeurs obscurs.
Au milieu, deux cyprès à la
noire verdure
Profilent tristement leur silhouette dure,
Longs soupirs de feuillage élancés vers les cieux,
Pendant que du bassin dune avare fontaine
Tombe en frange effilée une nappe incertaine,
Comme des pleurs furtifs qui débordent des yeux.
Par les saints ossements des vieux moines
filtrée,
Leau coule à flots si clairs dans la vasque éplorée,
Que pour en boire un peu je mapprochai du bord...
Dans le cristal glacé quand je trempai ma lèvre,
Je me sentis saisi par un frisson de fièvre :
Cette eau de diamant avait un goût de mort !
Cartuja de Miraflores, 1841.
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