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ESPAÑA
À MADRID
Dans le boudoir ambré dune jeune marquise,
Grande dEspagne, belle, et dune grâce exquise,
Au milieu de la table, à la place de fleurs,
Frais groupe mariant et parfums et couleurs,
Grimaçait sur un plat une tête coupée,
Sculptée en bois et peinte, et dans le sang trempée,
Le front humide encor des suprêmes sueurs,
Lil vitreux et blanchi de ces pâles lueurs
Dont la lampe de lâme en séteignant scintille
;
Chef-duvre affreux, signé Montañès
de Séville,
Dune vérité telle et dun si fin travail,
Quun bourreau naurait su reprendre un seul détail.
La marquise disait : « Voyez donc quel
artiste !
Nul sculpteur na jamais fait les Saint Jean-Baptiste
Et rendu les effets du damas sur un col
Comme ce Sévillan, Michel-Ange espagnol !
Quelle imitation dans ces veines tranchées,
Où le sang perle encore en gouttes mal séchées
!
Et comme dans la bouche on sent le dernier cri
Sous le fer jaillissant de ce gosier tari ! »
En me disant cela dune voix claire et douce,
Sur latroce sculpture elle passait son pouce,
Coquette, souriant dun sourire charmant,
Lil humide et lustré comme pour un amant.
Madrid, 1843.
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