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Edgard Poë
1809 - 1949
Le Corbeau << The Raven >>
The Raven,
d'Edgar Allan Poe, compte parmi les textes les plus forts de
ce grand
poète qui n'en fit que de tels.
Deux maîtres
es langue française et es poésie,
Baudelaire
et Mallarmé, rivalisèrent de génie pour le traduire.

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Le Corbeau Une fois, par un
minuit lugubre, tandis que je m'appesantissais, faible
Et de la soie l'incertain et triste bruissement en chaque rideau purpural me traversait, m'emplissait de fantastiques terreurs pas senties encore : si bien que, pour calmer le battement de mon coeur, je demeurais maintenant à répéter : « C'est quelque visiteur qui sollicite l'entrée, à la porte de ma chambre; quelque visiteur qui sollicite l'entrée à la porte de ma chambre; c'est cela et rien de plus. » Mon âme se fit subitement plus forte et, n'hésitant davantage : « Monsieur, dis-je, ou madame, j'implore véritablement votre pardon ; mais le fait est que je somnolais, et vous vîntes si doucement frapper, et si faiblement vous vîntes heurter, heurter à la porte de ma chambre, que j'étais à peine sûr de vous avoir entendu. » Ici j'ouvris grande la porte : les ténèbres et rien de plus. Loin dans l'ombre regardant, je me tins longtemps à douter, m'étonner et craindre, à rêver des rêves qu'aucun mortel n'avait osé rêver encore ; mais le silence ne se rompit point et la quiétude ne donna de signe ; et le seul mot qui se dit, fut le mot chuchoté « Lénore! » Je le chuchotai et un écho murmura de retour le mot « Lénore! » purement cela et rien de plus. Rentrant dans la chambre, toute l'âme en feu, j'entendis bientôt un heurt en quelque sorte plus fort qu'auparavant. « Sûrement, dis-je sûrement c'est quelque chose à la persienne de ma fenêtre. Voyons donc ce qu'il y a et explorons ce mystère ; que mon coeur se calme un moment et explore ce mystère ; c'est le vent et rien de plus. » Au large je poussai le volet, quand, avec maints enjouement et agitation dailes, entra un majestueux corbeau des saints jours de jadis. Il ne fit pas la moindre révérence, il ne sarrêta ni nhésita un instant : mais, avec une mine de lord ou de lady, se percha au-dessus de la porte de ma chambre ; se percha sur un buste de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre ; se percha, siégea et rien de plus. Alors cet oiseau débène induisant ma triste imagination au sourire, par le grave et sévère décorum de la contenance quil eut : « Quoique ta crête soit chenue et rase, non! Dis-je, tu nes pas, pour sûr, un poltron, spectral, lugubre et ancien Corbeau, errant loin du rivage de Nuit - dis-moi quel est ton nom seigneurial au rivage plutonien de Nuit. » Le Corbeau dit : « Jamais plus. » Je mémerveillai fort dentendre ce disgracieux volatile sénoncer aussi clairement, quoique sa réponse neût que peu de sens et peu dà-propos ; car on ne peut sempêcher de convenir que nul homme vivant neut encore lheur de voir un oiseau au-dessus de la porte de sa chambre - un oiseau ou toute autre bête sur le buste sculpté au-dessus de la porte de sa chambre -, avec un nom tel que : « Jamais plus.» Mais le Corbeau perché solitairement sur ce buste placide, parla ce seul mot comme si son âme, en ce seul mot, il la répandait. Je ne proférai donc rien de plus ; il nagita donc pas de plume, jusquà ce que je fis à peine davantage que marmotter : « Dautres amis déjà ont pris leur vol, demain il me laissera comme mes espérances déjà ont pris leur vol.» Alors loiseau dit : « Jamais plus. » Tressaillant au calme rompu par une réplique si bien parlée ; « Sans doute, dis-je ce quil profère est tout son fonds et son bagage, pris à quelque malheureux maître que limpitoyable Désastre suivit de près et de très près suivit jusquà ce que ses chansons comportassent un unique refrain ; jusquà ce que les chants funèbres de son Espérance comportassent le mélancolique refrain de « Jamais - jamais plus. » Le Corbeau induisant toute ma triste âme encore au sourire, je roulai soudain un siège à coussins en face de loiseau, et du buste, et de la porte ; et menfonçant dans le velours, je me pris à enchaîner songerie à songerie, pesant à ce que cet augural oiseau de jadis, à ce que ce sombre, disgracieux, sinistre, maigre, et augural oiseau de jadis signifiait en croissant : « Jamais plus. » Cela, je massis occupé à le conjecturer, mais nadressant pas une syllabe à loiseau dont les yeux de feu brûlaient, maintenant, au fond de mon sein ; cela et plus encore, je massis pour le devine, ma tête reposant à laise sur la housse de velours des coussins que dévorait la lumière de la lampe, housse violette de velours quElle ne pressera plus, ah! jamais plus. Lair, me sembla-t-il, devint alors que dense, parfumé selon un encensoir invisible balancé par les Séraphins dont le pied, dans la chute tintait sur létoffe du parquet. « Misérable! mécriai-je, ton Dieu ta prêté ; il ta envoyé par ces anges le répit, le répit et le népenthès dans ta mémoire de Lénore! Bois! oh! bois ce bon népenthès et oublie cette Lénore perdue! » Le Corbeau dit : « Jamais plus! » « Prophète, dis-je, être de malheur! prophète, oui, oiseau ou démon! Que si le Tentateur tenvoya ou la tempête téchoua vers ces bords, désolé et encore tout indompté, vers cette déserte terre enchantée, vers ce logis par lhorreur hanté : dis-moi véritablement, je timplore! y a-t-il du baume en Judée? Dis-moi, je timplore. » Le Corbeau dit : « Jamais plus! » « Prophète, dis-je, être de malheur! prophète, oui, oiseau ou démon! Par les cieux sur nous épars, et le Dieu que nous adorons tous deux, dis à cette âme de chagrin chargée si, dans le distant Eden, elle doit embrasser une jeune fille sanctifiée que les anges nomment Lénore - embrasser une rare et rayonnante jeune fille que les anges nomment Lénore. » Le Corbeau dit : « Jamais plus! » « Que ce mot soit le signal de notre séparation, oiseau ou malin esprit » hurlai-je en me dressant. « Recule en la tempête et le rivage plutonien de Nuit! Ne laisse pas une plume noire ici comme un gage du mensonge qua proféré ton âme. Laisse inviolé mon abandon! quitte le buste au-dessus de ma porte! ôte ton bec de mon coeur et jette ta forme loin de ma porte! » Le Corbeau dit : « Jamais plus! » Et le Corbeau, sans voleter, siège encore, siège encore sur le buste pallide de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre, et ses yeux ont toute la semblance des yeux dun démon qui rêve, et la lumière de la lampe, ruisselant sur lui, projette son ombre à terre : et mon âme, de cette ombre qui gîte flottante à terre ne sélèvera - jamais plus. |