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Edgard Poë

1809 - 1949

Tamerlan


Tamerlan

Consolation bienfaisante de l'heure de l'agonie !
Tel, mon père, n'est pas (maintenant) mon thème.
Je n'aurai pas la folie de croire qu'aucune puissance
Sur la terre puisse m'absoudre du péché
Où s'est complu un orgueil qui n'est pas de la terre.
Je n'ai pas le temps de divaguer ou de rêver :
Tu l'appelles l'espoir - ce feu du feu !
Ce n'est que le tourment du désir :
Si je puis espérer - oh, Dieu ! oui, je le puis -
La source de mon espoir est plus sainte, plus divine.
Je ne voudrais pas te traiter de sot, vieillard,
Mais l'espoir n'est pas don que tu puisses accorder.

Apprends le secret d'un esprit
Dont l'orgueil effréné fut brisé jusqu'à la honte.
Oh, coeur plein de désirs ! Avec la renommée
J'ai hérité de tout ce qui flétrit en toi
Avec la gloire qui dessèche le coeur et qui étincelait, jadis,
Parmi les Joyaux de mon trône,
Halo de l'Enfer ! avec une douleur
Que l'Enfer lui-même ne me fera redouter à nouveau.
Oh, coeur plein d'espoirs, espoirs de fleurs perdues
Et du soleil de mes heures d'été !
La voix immortelle de ce temps qui est mort,
Avec son carillon interminable,
Résonne, comme l'essence d'un charme
Sur ton néant - telle un glas.

Je n'ai pas toujours été comme aujourd'hui :
Le diadème enfiévré que je porte au front,
C'est par l'usurpation que je l'ai obtenu.
N'est-ce point un même farouche héritage
Qui a donné Rome à César et tout ceci à moi ?
Le legs d'une âme royale
Et d'un esprit orgueilleux qui a lutté
Victorieusement avec la race humaine.

D'abord je puisai vie au sol de la montagne :
Les brumes du Taglay ont répandu,
Leurs rosées nocturnes sur ma tête,
Et, je le crois, les turbulences du ciel
Et le tumulte des vents impétueux
Se sont nichés au sein même de ma chevelure.

Longtemps, du Ciel, cette rosée tomba
(Parmi les rêves d'une nuit impie)
Sur moi, comme une caresse de l'Enfer,
Tandis que l'éclat rouge de la lumière,
Qui jaillissait de nuages, suspendus, comme des bannières, là-haut
Parut représenter à mon oeil mi-clos
Les solennités de la monarchie,
Et la voix profonde du tonnerre éclata comme cuivres
Et me submergea, me parlant
De guerres d'hommes où ma voix,
Ma propre voix, pauvre enfant! s'enflait pour jeter
(O! comme mon âme exaltée
Bondissait en moi à ce cri)
Le cri de guerre de la Victoire !

La pluie s'abattait sur ma tête
Découverte, et le grand vent
Me rendait fou et sourd et aveugle.
Ce n'était que l'homme, pensais-je, qui faisait pleuvoir
Des lauriers sur moi : et la tourmente,
Le torrent de l'air glacial
Murmuraient à mon oreille l'écroulement
D'empires, et la prière du captif,
Et le bourdonnement d'une cour. et les voix
De la flatterie autour du trône d'un souverain.

Mes passions, depuis cette heure maudite,
Ont usurpé une tyrannie que les hommes,
Depuis mon accession au pouvoir, ont jugée
Etre ma nature intime. Qu'il en soit ainsi :
Mais, mon père, il était un être, alors
Oui, alors - dans mon enfance - au temps où le feu des passions
Brûlait avec un éclat plus intense encore
(Car la passion s'éteint, toujours, avec la jeunesse)
Un être qui, alors même, savait que ce coeur de fer
N'était pas étranger aux faiblesses de la femme.

Je n'ai pas de mots hélas ! pour dire
Les enchantements de bien aimer !
Je ne veux pas tenter non plus de peindre aujourd'hui
La beauté, supérieure à la beauté, d'un visage
Dont les traits sont, sur mon esprit,
Ombres sur le vent instable :
Ainsi je me souviens m'être penché sur quelque page de savoir ancien,
D'un oeil distrait, jusqu'à sentir
Les lettres, avec leur sens, se résoudre
En fantaisies insensées.

Oh elle était digne de tout amour !
L'amour, tel que dans mon enfance je le connus,
Etait de ceux que l'esprit des anges là-haut
Peut envier ; son coeur d'enfant était l'autel
Où chacun de mes espoirs, chacune de mes pensées,
Déposaient un encens - fastes alors étaient ces dons,
Car c'étaient des dons de l'enfant et de la loyauté,
Purs omme l'enseignait son jeune exemple :
Pourquoi l'ai-je abandonné, et pourquoi, dévoyé,
Ai-je attendu la lumière, du feu qui brûlait en moi ?

Nous grandîmes ensemble en âge et en amour,
Errant par la forêt et les déserts ;
Ma poitrine était son refuge, aux rigueurs de rhiver
Et quand le soleil ami dispensait son sourire,
Quand elle observait les cieux qui s'entrouvraient.
Je ne voyais, moi, d'autres cieux qu'en ses yeux.
La première leçon de l'amour juvénile est - le coeur :
Car, au milieu de ce soleil et de ces sourires,
Quand, détaché de nos menus soucis,
Bt riant de ses ruses de petite fille,
Je me jetais sur sa poitrine palpitante
Et épanchais mon àme dans les larmes,
Il n'était pas besoin d'en dire davantage,
Pas besoin d'apaiser aucune crainte
Chez dit, qui ne s'inquiétait jamais de la raison de ces larmes
Mais tournait sur moi un regard tranquille!

Elle était plus que digne, pourtant, de l'amour
Contre lequel mon esprit luttait, combattait,
Quand, seul sur le pic montagneux,
L'ambition lui prêta un ton nouveau.
Je n'avais d'autre existence qu'en toi
Le monde et tout ce qu'il contenait
Sur la terre, dans les airs et dans la mer,
Sa joie - la parcelle de douleur
Qui était un plaisir nouveau - la vanité
Indistincte, idéale, des rêves de la nuit
Et des néants plus indistincts qui étaient le réel
(Ombres et lumière plus ombreuse encore!)
Tout s'envola sur leurs ailes embrumées
Et tout, confusément, se fit
Image de toi et - un nom - un nom!
Deux choses séparées et pourtant unies par le plus intime des liens.

J'étais ambitieux - as-tu connu
Cette passion-là, mon père? Non :
Né dans une chaumière, je choisis, pour moi seul,
Un trône souverain sur la moitié du monde,
Et murmurai pourtant contre un destin si humble
Mais, comme tout autre rêve.
Avec l'exhalaison de la rosée,
Le mien se serait évanoui, si le rayon
De la beauté qui l'animait
Chaque minute, chaque heure, chaque jour, n'avait fait peser
Sur mon esprit un chame double.

Nous marchions ensemble sur le faîte
D'une haute montagne qui,
De ses orgueilleuses tours naturelles
De rocs et de forêts, dominait les collines;
Collines diminuées! ceintes de bosquets
Et mugissantes de leurs mille ruisseaux.

Je lui parlais de puissance et d'orgueil,
Mais à mots couverts - de telle sorte
Qu'elle n'y pût voir autre chose
Que les propos du moment; dans ses yeux

Bt riant de ses ruses de petite fille,
Je me jetais sur sa poitrine palpitante
Et épanchais mon àme dans les larmes,
Il n'était pas besoin d'en dire davantage,
Pas besoin d'apaiser aucune crainte
Chez dit, qui ne s'inquiétait jamais de la raison de ces larmes
Mais tournait sur moi un regard tranquille!

Elle était plus que digne, pourtant, de l'amour
Contre lequel mon esprit luttait, combattait,
Quand, seul sur le pic montagneux,
L'ambition lui prêta un ton nouveau.
Je n'avais d'autre existence qu'en toi
Le monde et tout ce qu'il contenait
Sur la terre, dans les airs et dans la mer,
Sa joie - la parcelle de douleur
Qui était un plaisir nouveau - la vanité
Indistincte, idéale, des rêves de la nuit
Et des néants plus indistincts qui étaient le réel
(Ombres et lumière plus ombreuse encore!)
Tout s'envola sur leurs ailes embrumées
Et tout, confusément, se fit
Image de toi et - un nom - un nom!
Deux choses séparées et pourtant unies par le plus intime des liens.

J'étais ambitieux - as-tu connu
Cette passion-là, mon père? Non :
Né dans une chaumière, je choisis, pour moi seul,
Un trône souverain sur la moitié du monde,
Et murmurai pourtant contre un destin si humble
Mais, comme tout autre rêve.
Avec l'exhalaison de la rosée,
Le mien se serait évanoui, si le rayon
De la beauté qui l'animait
Chaque minute, chaque heure, chaque jour, n'avait fait peser
Sur mon esprit un chame double.

Nous naarchions ensemble sur le faîte
D'une haute montagne qui,
De ses orgueilleuses tours naturelles
De rocs et de forêts, dominait les collines;
Collines diminuées! ceintes de bosquets
Et mugissantes de leurs mille ruisseaux.

Je lui parlais de puissance et d'orgueil,
Mais à mots couverts - de telle sorte
Qu'elle n'y pût voir autre choee
Que les propos du moment; dans ses yeux

Bt riant de ses ruses de petite fille,
Je me jetais sur sa poitrine palpitante
Et épanchais mon àme dans les larmes,
Il n'était pas besoin d'en dire davantage,
Pas besoin d'apaiser aucune crainte
Chez dit, qui ne s'inquiétait jamais de la raison de ces larmes
Mais tournait sur moi un regard tranquille!

Elle était plus que digne, pourtant, de l'amour
Contre lequel mon esprit luttait, combattait,
Quand, seul sur le pic montagneux,
L'ambition lui prêta un ton nouveau.
Je n'avais d'autre existence qu'en toi
Le monde et tout ce qu'il contenait
Sur la terre, dans les airs et dans la mer,
Sa joie - la parcelle de douleur
Qui était un plaisir nouveau - la vanité
Indistincte, idéale, des rêves de la nuit
Et des néants plus indistincts qui étaient le réel
(Ombres et lumière plus ombreuse encore!)
Tout s'envola sur leurs ailes embrumées
Et tout, confusément, se fit
Image de toi et - un nom - un nom!
Deux choses séparées et pourtant unies par le plus intime des liens.

J'étais ambitieux - as-tu connu
Cette passion-là, mon père? Non :
Né dans une chaumière, je choisis, pour moi seul,
Un trône souverain sur la moitié du monde,
Et murmurai pourtant contre un destin si humble
Mais, comme tout autre rêve.
Avec l'exhalaison de la rosée,
Le mien se serait évanoui, si le rayon
De la beauté qui l'animait
Chaque minute, chaque heure, chaque jour, n'avait fait peser
Sur mon esprit un chame double.

Nous naarchions ensemble sur le faîte
D'une haute montagne qui,
De ses orgueilleuses tours naturelles
De rocs et de forêts, dominait les collines;
Collines diminuées! ceintes de bosquets
Et mugissantes de leurs mille ruisseaux.

Je lui parlais de puissance et d'orgueil,
Mais à mots couverts - de telle sorte
Qu'elle n'y pût voir autre choee
Que les propos du moment; dans ses yeux
Je lisais, trop étourdiment sans doute,
Un sentiment qui répondait au mien ;
L'éclat de sa joue vermeille me semblait
Convenir à un trône de reine,
Y convenir trop bien pour que je permette
Qu'au désert seul brille cette lumière.

Alors je me drapai de grandeur
Et ceignis une couronne imaginaire.
Ce n'était pas pourtant que la chimère
Eût jeté son manteau sur moi.
Mais si dans la tourbe des hommes,
Le lion ambition est enchaîné
Et s'accroupit au signe de son gardien,
Dans les déserts, le grandiose,
Le farouche, le terrible conspirent
A attiser son feu avec leur souffle.

Regarde autour de toi, regarde Samarcande!
N'est-elle point reine de la Terre? Son orgueil
Au-dessus de toutes les cités? Et, dans sa main,
Leurs destinées? Et parmi tout
Ce que le monde a connu de gloire,
Ne se dresse-t-elle point, noble et solitaire?
Qu'elle vienne à choir, et la plus humble de ses marches
Sera le piédestal d'un trône.
Et qui en est le souverain? Timour - Timour
Que les peuples abasourdis virent,
Plein de superbe, enjamber les empires,
Paria au front couronné!

Ô amour humain! toi, esprit donné, sur la Terre,
De tout ce que nous espérons au ciel!
Qui pénètres l'âme, comme la pluie
Pénètre la plaine desséchée par le Sirocco,
Toi qui, lorsque faillit ton pouvoir salvateur,
Laisses en friche le désert du coeur!
Idée! qui enveloppes la vie
D'une musique au son si étrange
Et d'une beauté de si folle origine
Adieu! car j'ai conquis la Terre.

Quand l'espoir, aigle en son essor, ne vit
Nulle falaise au ciel le dominant,
Il laissa retomber ses ailes avec langueur,
Et vers son aire, il tourna un regard adouci.
C'était au coucher du soleil : quand le soleil s'en va,
Une tristesse vient au coeur
De qui voudrait encore contempler
La splendeur du soleil d'été.
Cette âme haïra toujours la brume du soir,
Si souvent charmante, et prêtera l'oreille
Au son des ténèbres qui montent (connu
De ceux-là seuls dont l'âme est attentive), comme
Celui qui, dans un rêve nocturne, voudrait fuir
Un danger proche et ne le peut.

Même quand la lune, la lune blanche,
Répand toute la splendeur de son zénith,
Son sourire demeure gacial, et son rayon,
En ce morne moment, ressemble toujours
(St exactement que l'on retient son souffle)
A un portrait peint après la mort.
Et l'enfance est un soleil d'été
Dont nul autre déclin n'égale la tristesse,
Car tout le savoir pour lequel nous vivons est su,
Et tout ce que nous tentons de garder s'est enfui.
Que la vie, donc, comme l'éphémère commélyne s'étiole
Avec la beauté du midi - qui est tout.

Je parvins à ma maison, qui n'était plus ma maison;
Car tous ceux qui justifiaient ce nom s'étaient enfuis.
le sortis, franchissant sa porte moussue
Et, quoique mon pas fit léger et silencieux,
Une voix monta du seuil de pierre,
La voix de quelqu'un que j'avais connu autrefois.
Oh ! je te défie, enfer, de montrer
Sur des lits de feu qui s'embrasent, dans les profondeurs,
Un coeur plus humble - une douleur plus profonde.

Mon père, je croîs fermement,
Je sais; car la mort qui vient pour moi
Des régions lointaines où vivent les bienheureux,
Où rien n'a le pouvoir d'égarer,
A laissé entrouvert son portail de fer,
Et des rayons de vérité que tu ne peux pas voir
Trouent l'Éternité,
Je crois vraiment qu'Eblis a tendu
Un piège sur la route de tout homme,
Sinon comment, alors que j'errais au bois sacré
De l'idole, Amour,
Amour qui chaque jour parfume ses ailes de neige
Avec l'encens d'offrandes consumées,
Holocauste d'objets les plus intacts de souillure,
Amour dont les bosquets enchanteurs ont le dôme si bien criblé
Par les rayons treillissés des cieux
Que nul atome - nul imperceptible insecte - ne peut échapper
A l'élair de son oeil d'aigle,
Comment se fait-il que l'ambition ait pu se glisser,
Secrètement, au sein de ces ivresses
Jusqu'à ce qu'enhardie, elle rie et s'ébatte
Dans les cbeveux bouclés d'Amour lui-même?