![]() Chateaubriand jeune |
François-René, vicomte
de Chateaubriand
1768 / 1848
Biographie Vie et Oeuvre
| "Quand la mort baissera la
toile entre moi et le monde, on trouvera que mon drame se divise en trois
actes... Dans mes trois carrières successives, je me suis toujours
proposé une grand tâche : voyageur, j'ai aspiré à
la découverte du monde polaire ; littérateur, j'ai essayé
de rétablir la religion sur ses ruines ; homme d'Etat, je me suis
efforcé de donner aux peuples le vrai système monarchique
représentatif avec ses diverses libertés. Des auteurs modernes
français de ma date, je suis quasi le seul dont la vie ressemble
à ses ouvrages : voyageur, soldat, poète, publiciste, c'est
dans les bois que j'ai chanté les bois, sur les vaisseaux que j'ai
peint la mer, dans les camps que j'ai parlé des armes, dans l'exil
que j'ai appris l'exil, dans les cours, dans les affaires, dans les assemblées
que j'ai étudié les princes, la politique, les lois et l'histoire...
Si j'ai assez souffert dans ce monde pour être dans l'autre une
Ombre heureuse, un peu de lumière des Champs-Elysées, venant
éclairer mon dernier tableau, servira à rendre moins saillants
les défauts du peintre : la vie me sied mal ; la mort m'ira peut-être
mieux."
CHATEAUBRIAND Fragments tirés de la préface testamentaire des MEMOIRES D'OUTRE-TOMBE commencés en 1806, constamment revus par l'auteur jusqu'à sa mort le 4 juillet 1848. |

| François-René,
vicomte de Chateaubriand, né à Saint-Malo le 4 septembre
1768 et mort à Paris le 4 juillet 1848, est un écrivain
romantique et homme politique français.
Figure centrale du romantisme français, Chateaubriand en est le précurseur.
Il fit de rapides études aux collèges de Dinan et de Rennes, obtint un brevet de sous-lieutenant au régiment de Navarre à 17 ans, fut fait capitaine à 19 ans. Il vint à Paris en 1788, où il se lia avec Jean-François de La Harpe, Marie-Joseph Chénier, Jean-Pierre Louis de Fontanes et autres littérateurs de l'époque, et fit ses débuts littéraires en écrivant des vers pour l'Almanach des Muses. Il est alors nourri de Corneille et marqué par Rousseau. Il se maria en 1792 avec Céleste de La Vigne-Buisson, descendante d'une famille d'armateurs de Saint-Malo, elle avait 17 ans, ils n'eurent pas de postérité. Il la délaissa toute sa vie pour mener une vie brillante et agitée, elle lui fut pourtant fidèle et se montra d'un dévouement admirable jusqu'à sa mort, dix-huit mois avant celle de son époux.
Il revint d'Amérique en 1792, pour aller rejoindre à Coblence l'armée des émigrés ; sa jeune femme Céleste est arrêtée comme "femme d'émigré", emprisonnée à Rennes où elle restera jusqu'au 9 Thermidor. Blessé au siège de Thionville, il est transporté convalescent à Jersey. Ce sera la fin de sa carrière militaire. Céleste vit en Bretagne, délaissée par son mari qui ne lui donnait pas de nouvelles et qui ira vivre à Londres, en 1793, dans un dénuement qui le réduisit à donner des leçons de français et à faire des traductions pour les libraires. C'est dans cette ville qu'il publia en 1797 son premier ouvrage, L'Essai sur les révolutions anciennes et modernes dans leur rapport avec la Révolution française, où il exprimait des idées politiques et religieuses peu en harmonie avec celles qu'il professera plus tard, mais où se révélait déjà son talent d'écrivain.
Il composa vers la même époque René, uvre empreinte d'une mélancolie rêveuse, qui deviendra un modèle pour les écrivains romantiques. Dans cette uvre, il rapporte de manière à peine déguisée l'amour chaste mais violent et passionné qu'il a entretenu pour sa sur Lucile, qui le surnommait « L'enchanteur ». Sa femme Céleste vivait alors avec Lucile dans leur château de Bretagne, mais elles avaient cessé de parler de René, leur grand homme qu'elles aimaient. Il publia ensuite le 14 avril 1802 le Génie du christianisme, qu'il avait en partie rédigé en Angleterre, et dont Atala et René n'étaient à l'origine que des épisodes : il s'était proposé d'y montrer que le christianisme, bien supérieur au paganisme par la pureté de sa morale, n'était pas moins favorable à l'art et à la poésie que les « fictions » de l'Antiquité. Ce livre fit événement et donna le signal d'un retour du religieux après la Révolution. Chateaubriand, remarqué par le Premier Consul Napoléon Bonaparte, fut choisi en 1803 pour accompagner le cardinal Fesch à Rome comme secrétaire d'ambassade. C'est alors que René reparaît au château, tout juste vingt-quatre heures, pour inviter sa femme Céleste à l'accompagner à Rome. Celle-ci, apprenant sa liaison avec la comtesse de Beaumont, refuse le ménage à trois. Il venait d'être chargé en 1804 de représenter la France près de la République du Valais lorsqu'il connut l'exécution du duc d'Enghien : il donna immédiatement sa démission et passa alors dans l'opposition à l'Empire.
À son retour d'Orient, exilé par Napoléon à trois lieues de la capitale, il acquiert la Vallée-aux-Loups, dans le Val d'Aulnay (actuellement dans la commune de Châtenay-Malabry), près de Sceaux, où il alla s'enfermer dans une modeste retraite ; sa femme Céleste l'y rejoignit, elle raconte dans ses Souvenirs, avec humour, les conditons pittoresques de l'aménagement. Chateaubriand y composa Les Martyrs, sorte d'épopée en prose, qui ne parut qu'en 1809. Les notes que l'auteur avait recueillies durant son voyage formèrent la matière de L'Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811). La même année, Chateaubriand fut élu membre de l'Académie française, à la place de Marie-Joseph Chénier; mais ayant, dans son projet de discours de réception, sévèrement blâmé certains actes de la Révolution, il ne lui fut pas permis de prendre possession de son siège ; il ne put siéger qu'après la Restauration.
Après la défaite de l'Empereur, Chateaubriand qui avait été tant choqué par l'exécution du duc d'Enghien "dernier descendant du vainqueur de Rocroi" eut moins de scrupules à voter la mort pour le maréchal Ney en décembre 1815 à la chambre des pairs. Il fut nommé ministre d'État et pair de France; mais ayant, dans La Monarchie selon la Charte, attaqué l'ordonnance du 5 septembre 1816 qui dissolvait la Chambre introuvable, il fut disgracié et perdit son poste de ministre d'État. Il se jeta dès lors dans l'opposition ultra-royaliste et devint l'un des principaux rédacteurs du Conservateur, le plus puissant organe de ce parti. Le meurtre du duc de Berry, en 1820, le rapprocha de la cour : il écrivit à cette occasion des Mémoires sur la vie et la mort du duc. Il est nommé la même année ministre de France à Berlin, puis ambassadeur en Angleterre en 1822 (où son cuisinier invente la cuisson de la pièce de buf qui porte son nom). Il fut l'un des plénipotentiaires au congrès de Vérone, et fit décider l'invasion de l'Espagne révolutionnaire, malgré l'opposition de l'Angleterre. À son retour, il reçut le portefeuille de ministre des Affaires étrangères; il réussira l'aventure espagnole avec la prise de Cadix à la bataille du Trocadéro en 1823; mais, n'ayant pu s'accorder avec M. de Villèle, chef du cabinet, il se vit brutalement congédié le 5 juin 1824. Il rentra aussitôt dans l'opposition, mais pour s'unir cette fois au parti libéral, et combattit à outrance le ministère Villèle, soit à la Chambre des Pairs, soit dans le Journal des Débats où il donna le signal de la défection : il se montra à cette époque le chevalier défenseur de la liberté de la presse et de l'indépendance de la Grèce, ce qui lui valut une grande popularité. À la chute de M. de Villèle, il fut nommé ambassadeur à Rome (1828), où Céleste l'accompagna cette fois et où elle tint son rang d'ambassadrice avec brio. Mais il donna sa démission à l'avènement du ministère Polignac, ce fut son déclin politique. Chateaubriand vécut un dernier amour en 1828-1829 avec Léontine de Villeneuve, comtesse de Castelbajac : la jeune femme de 26 ans lui écrivit d'abord des lettres enflammées et ils ne se rencontrèrent qu'en août1829 dans la station thermale de Cauterets dans les Hautes-Pyrénées. On ne sait si cette rencontre ne fut que platonique : Chateaubriand l'évoque dans un chapitre des Mémoires d'Outre-Tombe avec l'expression «la jeune amie de mes vieux ans» ; cet amour romantique a inspiré le film de Jean Périssé sorti en 2008 L'Occitanienne ou le dernier amour de Chateaubriand.
Il avait commencé dès 1811 des mémoires sur sa propre vie ; il les reprit et les continua presque jusquà ses derniers moments. Recevant de nombreuses visites, tant de la jeunesse romantique que de la jeunesse libérale, il se consacra donc à achever ses mémoires, qu'il intitula Mémoires d'outre-tombe, vaste projet autobiographique étalé sur trente ans. Ces Mémoires ne devaient paraître qu'après sa mort ; toutefois, pressé par des besoins d'argent, qui l'assiégèrent toute sa vie, il les céda dès 1836 à une société qui lui assura un revenu convenable pour le reste de ses jours. Il mourut en 1848 à Paris; Céleste l'avait accompagné jusqu'au bout. Pendant les dix-huit mois qu'il survécut à Céleste, il fera une déclaration tardive et peut-être un brin hypocrite : " Je dois une tendre et éternelle reconnaissance à ma femme dont l'attachement a été aussi touchant que profond et sincère. Elle a rendu ma vie plus grave, plus noble, plus honorable, en m'inspirant toujours le respect, sinon toujours la force des devoirs. ". Ses restes furent transportés à Saint-Malo et déposés face à la mer, selon son vu, sur le rocher du Grand Bé, îlot d'aspect romantique situé dans la rade de sa ville natale, auquel on accède à pied depuis Saint-Malo lorsque la mer s'est retirée.
« Je suis, a-t-il dit lui-même,
bourbonien par honneur, monarchiste par raison, républicain par
goût et par caractère. » On observe dans ses Mémoires d'outre-tombe une dualité entre le Chateaubriand personnel qui exalte ses sentiments avec un lyrisme romantique et le Chateaubriand public qui établit une chronique de mémorialiste de son époque, qui a vu l'avènement de la démocratie à laquelle il s'opposait. On remarque que tout au long de son uvre les deux personnages se regroupent en un seul, ils s'associent ainsi et l'on remarque que toute la vie politique de Chateaubriand fut influencée par ses sentiments personnels et sa solitude qui s'est transformée en une paranoïa et une peur à l'encontre d'un éventuel complot qu'il croyait formulé contre lui depuis qu'il fut éloigné à plusieurs reprises du pouvoir monarchique.
Art
uvres
Biographies et études |