
Le château de Combourg.
C'est dans les bois de Combourg
que je suis devenu ce que je suis,
que j'ai commencé à sentir
la première atteinte de cet ennui
que j'ai trainé toute ma vie,
de cette tristesse qui a fait
mon tourment et ma félicité.
"D'un bout à
l'autre de l'année, le vicomte de Chateaubriand n'écrit
probablement pas une seule phrase exempte de fausseté soit
dans le raisonnement, soit dans le sentiment ; de sorte qu'en le lisant,
vous êtes sans cesse tenté de vous écrier : "Juste
ciel, que tout cela est faux, mais que c'est bien écrit !"".
Stendhal.
"Mon sang teint les
bannières de France."
Devise des Chateaubriand
Un
film sur la vie de Chateaubriand ferait sans doute un tabac. Tout
y serait : suspense, dépaysement, Révolution, guerres
et personnages historiques devant lesquels on ne courbe pas léchine,
retournements de situation, messages politiques, amours romantiques,
visions prophétiques de lavenir,
Défileraient
des images de la cour de Louis XVI, du Paris post-révolutionnaire,
des jeunes Etats-Unis dAmérique, du Londres des Emigrés,
du Paris du Consulat et de celui des Bourbons.
Avec lavertissement habituel : "Toute ressemblance
avec des personnages existant ou ayant existé ne serait que
pure coïncidence, etc." Car sil est des écrivains
qui aiment se mettre en scène en réécrivant les
dialogues, le vicomte est leur maître. Il sait mieux que personne
que sa fameuse rencontre avec Washington, dont il garde souvenir jusque
dans ses Mémoires doutre-tombe, na jamais eu lieu.
Lorsquil écrit Le Génie du christianisme et célèbre
les vertus de la religion
il est dans les bras de Pauline de
Beaumont, loin de Mme de Chateaubriand. Avec lui, la règle
est simple : lorsquune aventure dun de ses récits
le présente à son grand avantage, on peut parier quelle
est en partie inventée.
Enfin, lorsquil prétend que la mort de ses amantes, de
sa sur, de sa femme le touchent, ne le croyez pas davantage.
"Il alla au service funèbre, et revient chez lui en riant
aux éclats. [
] Sa femme était très méchante,
il était enchanté" (Victor Hugo).
Il ne lui survit que de quelques mois.
Chateaubriand,
pourtant disciple de Rousseau, aurait-il été un aussi
grand écrivain sans être affabulateur, versatile et indifférent
à tout sauf à lui-même ? En même temps,
il est assez extraordinaire que, courant après tant de gloires
terrestres (mais nessayons pas de compter ses démissions
et ses renvois en politique !), il crée des uvres immortelles.
Car à la lecture des Mémoires dOutre-tombe ou
de nombreuses autres pages, quiconque sait lire "craque".
Sans les phrases envoûtantes de lenchanteur, Hugo, Vigny,
Lamartine, Musset, Féval et bien dautres auraient-ils
été aussi précoces ? Sans le Génie, aurait-on
eu Notre-Dame de Paris, Michelet et tous ceux qui ont redécouvert
le moyen âge ? Chateaubriand, dès le trio gagnant Atala,
René, Génie du Christianisme, est non seulement créateur
dune mode nouvelle, mais aussi - excusez du peu - dun
nouveau genre littéraire : le romantisme. Après lui,
la nature, lindividu, Dieu et la façon de coucher des
mots sur du papier ne sont plus comme avant.
Comme pour tout (pré)romantique
qui se respecte, ses lieux de vie et itinéraires sont divers
et variés :
François-René
naît en 1768 à Saint-Malo, rue des Juifs, dun armateur
qui senrichit avec la traitre des noirs.
Il est dabord élevé en nourrice à Plancoët,
puis retrouve Saint-Malo en 1771, entre un père taciturne et
une mère charmante et exubérante. Ce mélange
des sangs produit chez lui un caractère renfermé, même
sil bouillonne à lintérieur
avec un
certain penchant pour locéan et lau-delà
de locéan.
Entre 1777 et 1781, il est au collège de Dol. Entretemps, les
Chateaubriand ont emménagé à Combourg en 1778.
Puis François-René étudie à Rennes, Brest,
et Dinan en 1783, tout cela entrecoupé de séjours au
château de Combourg.
LHôtel de lEurope, 9 rue du Mail, est sa première
adresse parisienne quelques mois avant la Révolution.
En avril 1791, dégoûté par les excès des
révolutionnaires (et dépossédé par son
frère dune part dhéritage paternel), il
embarque pour lAmérique.
Apprenant larrestation de Louis XVI (et ayant épuisé
ses économies), il regagne la France en janvier 1792
et se marie le même mois. Il habite à Paris 4 rue Férou,
dans le « petit hôtel de Villette » - disparu en
1953 -, davril 1792 jusquà son départ en
exil en juillet suivant. Il fait ainsi partie de la troupe des exilés
à Bruxelles puis Londres où, loin de sa femme, il écrit
LEssai sur les révolutions et commence Le Génie
du christianisme.
Passent sept années de pauvreté durant lesquelles il
survit en donnant des cours de français. Il se décide
à revenir sur le continent en 1800, après le coup dEtat
du 18 Brumaire. Il sinstalle dans un hôtel des Ternes.
Atala (1801) est rapidement un best-seller.
En remerciement du Génie du christianisme (qui arrive à
point nommé après le Concordat de 1801 reconnaissant
le catholicisme comme la religion de la majorité des français),
Bonaparte le nomme en 1803 secrétaire de légation à
Rome, où il ne brille pas particulièrement. Mais alors
quil est appelé début 1804 à de nouvelles
fonctions, il démissionne en réaction à lexécution
du duc dEnghien.
Jusquà 1815, il reste un opposant silencieux à
lEmpire.
Ses adresses sont alors le 5 rue de Beaune, à lhôtel
de France, en 1804, le 31 rue de Miromesnil, en 1804-05 et 2 place
de la Concorde, de 1805 à 1807.
Au retour de son voyage en terre sainte en 1807, il critique lempereur
dans un article destiné surtout à éblouir une
de ses conquêtes. Il préfère séloigner
de Napoléon et de la capitale, et sétablit dans
la belle demeure de la Vallée-aux-Loups.
Au 63 rue des Saints-Pères, Chateaubriand a son pied-à-terre
parisien de 1811 à 1814, dans lhôtel de la Valette.
Il occupe également un appartement 194 rue de Rivoli entre
1812 et 1814.
En avril 1815, il accompagne Louis XVIII dans son repli à Gand,
devant le bref retour aux affaires de Napoléon jusquà
Waterloo. Peu après, la monarchie restaurée le fait
ministre. Mais sil trouve le nouveau régime plus libre
que lAncien, il lestime trop peu fidèle aux Bourbons
et le fait savoir. Décidément, certains sont plus doués
pour charmer les femmes que les puissants (tête dure de petit
- 1,62 m - aristocrate breton). Il est privé de ses fonctions
en 1816 et doit abandonner la Vallée-aux-Loups un an plus tard.
Les aléas du régime le referont ministre plénipotentiaire
en 1821 et ministre des Affaires étrangères entre 1822
et 1824.
Il occupe un pied-à-terre 25 rue de lUniversité
en 1817 puis demeure 27 rue Saint-Dominique en 1820 (où il
reçoit la viste dun Victor Hugo de 18 ans), et 7 rue
du Regard, dans lhôtel de Beaune, entre 1824 et 1826,
avant de sinstaller 88 rue Denfert-Rochereau (ex-rue dEnfer),
où il demeure avec sa femme jusquen 1838 - sauf en 1828,
lorsquil est ambassadeur à Rome. Au 92, Mme de Chateaubriand
fonde lInfirmerie Marie-Thérèse (plaque). Elle
est enterrée sous la chapelle. Devant lactuelle Fondation
Cartier, 261 bd Raspail, se trouve encore un des cèdres plantés
par lécrivain sur le terrain de linfirmerie.
La révolution de juillet 1830, qui chasse Charles X pour introniser
Louis-Philippe, le dégoûte à jamais de la politique
et il démissionne de la chambre des Pairs (devenue le Sénat)
pour ny plus revenir.
Lorsque la responsabilité de linfirmerie devient trop
lourde, ils sinstallent 120 rue du Bac en août 1838, au
fond de la cour à gauche. Cest lépoque de
lécriture des Mémoires dOutre-Tombe, dont
la première idée remonte à 1803, et de La Vie
de Rancé, entre deux visites à Madame Récamier
retirée depuis 1819 dans lAbbaye-aux-Bois toute proche
ou des séjours de cure à Néris ou Bourbonne-les-Bains.
Dans ces Mémoires, Napoléon, ennemi dhier, prend
les allures dun héros romantique.
Lamennais, dans une mauvaise passe après la parution des Paroles
dun croyant, occupe là une chambre prêtée
par les Chateaubriand.
Cest ici que lécrivain décède en
1848. À quelques centaines de mètres de son lieu de
naissance, sur le rocher du Grand Bé relié à
Saint-Malo à marée basse, il repose depuis lors.
Autres
demeures de lauteur
À Chantilly (Oise), lHôtel du Grand-cerf, Grand-Rue,
à lactuel 4 et 6 rue du Connétable, accueille
lécrivain en 1837, en pèlerinage dans cette ville
où il séjourna souvent, en particulier avec Juliette
Récamier.
Pour
visiter le lieu
Le château de Combourg près de Rennes est ouvert au public,
de même que la maison de La Vallée-aux-Loups, 87 rue
Chateaubriand à Chatenay-Malabry.
Quelquun à
contacter ?
La
Société Chateaubriand.