Charles Cros, né à
Fabrezan (Aude), descendant dune lignée de professeurs,
personnage hors du commun, autodidacte de génie qui fut également
attiré par la littérature et par la science.
Sa famille s'installe à Paris en 1844. Le jeune Charles ne
fréquenta ni l'école ni le lycée. Bachelier en
1858, il aura fait son éducation encyclopédique et anarchique
sous la direction de son père, aidé de quelques amis.
En 1860, il entre comme surveillant à lInstitution des
sourds-muets, où il étudie la voix humaine, et commence
des études de médecine quil ne tarde pas à
abandonner.
À partir de ce moment-là, sa vie mondaine et sa carrière
de chercheur sont intimement mêlées.
Il travaille à la conception dun télégraphe
automatique, quil présente à lExposition
universelle de 1867, et envoie une note à lAcadémie
des sciences sur un projet de système de «reproduction
des couleurs, des formes et des mouvements».
Parallèlement, entre 1872 et 1885, il apparaît dans tous
les groupes de bohème littéraire plus ou moins marginaux.
En 1868, il est introduit dans les milieux littéraires par
Nina de Villard qui sera sa maîtresse jusquà son
mariage avec Mary Hjardemaal, en 1878, de qui il aura deux fils. Il
fréquente alors les jeunes poètes du Parnasse, les Hydropathes,
les «phalanstériens de Montmartre», le Chat-Noir,
les «vilains bonshommes», le café artistique de
la Nouvelle Athènes et dautres cercles aussi pittoresques
quéphémères, et collabore à des
revues, telle l'Artiste dans laquelle dès 1869, il fait ses
débuts poétiques; il y publie Moyens de communication
avec les planètes, collabore à La Parodie et au Second
Parnasse contemporain. Ses amis sappellent Verlaine, Coppée,
Villiers de LIsle-Adam, Richepin, Germain Nouveau et Rimbaud,
quil accueille à Paris en le logeant quinze jours chez
lui pendant la Commune de Paris en septembre 1871. De ces fréquentations,
il gardera toujours le goût dune vie désordonnée.
Après un voyage en Italie, il publie une Théorie mécanique
de la perception en 1872 et son premier recueil de poèmes,
«le Coffret de santal» en 1873. La même année
il fonde La Revue du monde nouveau, qui ne sortira que trois fois.
En 1874, ami de plusieurs impressionnistes, il publie le Fleuve illustré
par des eaux-fortes de Manet.
En 1876, la publication des Dixains réalistes lui vaut l'hostilité
d'Anatole France. Il écrit aussi des monologues pour le comédien
Coquelin Cadet, genre quil renouvelle.
L'année suivante, en 1877, il adresse à lAcadémie
des sciences un pli relatif au principe de lenregistrement des
sons et toute une série de notes au sujet du phonographe et
de la photographie des couleurs.
En 1879, il obtient un prix de lAcadémie française,
faible récompense pour ses travaux littéraires, et touche
de lÉtat une indemnité au titre des arts et des
lettres.
Toujours partagé entre la science et la littérature,
il fonde, en 1883, le nouveau cercle des Zutistes. Huysmans le cite
dans À rebours. Cependant, sa vie de bohème, labsinthe
aidant, altère sa santé, et des années de difficultés
morales, physiques et financières surviennent. À partir
de 1886, il sombre dans l'alcoolisme et la misère.
En 1888, il publie son dernier ouvrage, la Vision du grand canal royal
des Deux-Mers. Le 9 août de cette même année, Charles
Cros meurt inconnu et misérable, laissant non publiée
la majeure partie de son uvre, qui ne sera éditée
quen 1908, sous le titre «Le Collier de griffes»,
grâce à son fils Guy.
Cet homme, intéressé autant par les langues orientales
que par les sciences physiques et mécaniques, fantaisiste,
spécialiste du monologue cocasse, vécut en marge de
la société de son temps nayant pas été
admis par elle. Il ne fut pas reconnu comme inventeur, victime quil
fut de la rivalité de Ducos de Hauron, en ce qui concerne le
procédé photographique de reproduction en couleurs,
et du succès dÉdison, qui ne découvrit
pourtant quaprès lui le principe du phonographe. Comme
poète de l'absurde et de la solitude, il ne connut la réussite
que tardivement; il la dut aux surréalistes qui virent en lui
un précurseur: André Breton l'appela l'«inventeur
perpétuel».
Charles Cros reste un poète isolé, nappartenant
à aucune école, ni parnassien, ni symboliste, ni décadent;
un poète qui passe de lironie («Le Fleuve»)
et de lhumour («Le Hareng saur», «Jeune Fille
de caboulot») à labsurdité («Révolte»)
et à langoisse la plus profonde («LHeure
froide»), sans laisser dêtre précieux et
sensuel («Distrayeuse», «Sultanerie»).
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Charles Cros (Fabrezan,
Aude, 1er octobre 1842 Paris, 9 août 1888) était
un poète et inventeur français.
Passionné de littérature et
de sciences, il fut un temps, de 1860 à 1863, professeur de
chimie à l'Institut parisien des Sourds-Muets, avant de se
consacrer à la recherche scientifique. En 1869, il présenta
à la Société française de photographie
un procédé de photographie en couleurs qui est à
l'origine du procédé actuel de trichromie. Il étudia
également des améliorations à la technologie
du télégraphe: il avait présenté à
l'Exposition de 1867 un prototype de télégraphe automatique.
Le paléophone
En avril 1877 surtout, il formulait le principe d'un appareil de reproduction
des sons qu'il nomma paléophone. Son document, présenté
à l'Académie des sciences, suggérait que les
vibrations sonores pouvaient êtres gravées dans du métal
à l'aide d'un crayon rattaché à une membrane
vibrante, et que, par la suite, en faisant glisser un stylet rattaché
à une membrane sur cette gravure on parviendrait à reproduire
le son initial. Avant que Charles Cros n'eût la possibilité
de suivre son idée voire de construire un prototype, Thomas
Edison, aux États-Unis, mettait au point le premier phonographe.
Les deux hommes ne connaissaient pas leurs travaux réciproques.
Poésies
Son uvre de poète, brillante également (une des
sources d'inspiration du surréalisme, et depuis rééditée
en Pléiade) a été ignorée par son époque
tout autant. Il le résume amèrement dans ce poème
caractéristique :
Je sais faire des vers perpétuels. Les hommes
Sont ravis à ma voix qui dit la vérité.
La suprême raison dont jai fier, hérité
Ne se payerait pas avec toutes les sommes.
Jai tout touché : le feu, les femmes et les pommes ;
Jai tout senti : lhiver, le printemps et lété
;
Jai tout trouvé, nul mur ne mayant arrêté.
Mais Chance, dis-moi donc de quel nom tu te nommes ?
Je me distrais à voir à travers les carreaux
Des boutiques, les gants, les truffes et les chèques
Où le bonheur est un suivi de six zéros.
Je métonne, valant bien les rois, les évêques,
Les colonels et les receveurs généraux
De navoir pas de leau, du soleil, des pastèques.
Il publia ses premiers poèmes dans
le Parnasse contemporain et fréquenta les cercles et cafés
littéraires de la bohème de l'époque (Cercle
des poètes Zutistes qu'il avait créé ,
Vilains Bonhommes, Hydropathes), ainsi que le salon de Nina de Villard
qui fut sa maîtresse jusqu'en 1877. Mais s'il était connu,
en vérité, c'était pour ses monologues, dont
le plus connu est Le Hareng saur, qu'il récitait lui-même
dans des cabarets parisiens comme le Chat noir.
En son honneur a été créée
l'Académie Charles-Cros qui récompense chaque année
les meilleurs disques.
Poèmes célèbres mis en musique
Sidonie (Triolets fantaisistes - Recueil Le Coffret de santal), interprété
par Brigitte Bardot, mis en musique par Jean-Max Rivière et
Yani Spanos pour le film Vie privée de Louis Malle en 1962,
super 45 tours, EP, Barclay 70.436 paru le 8 février 1962 :
Sidonie a plus d'un amant,
Qu'on le lui reproche ou l'en loue,
Elle s'en moque également,
Sidonie a plus d'un amant.
Berceuse (recueil Le Coffret de santal),
interprété par Juliette Gréco, mis en musique
par Yani Spanos pour lalbum Complainte amoureuse, 33 tours,
LP, Philips 849.457 BY paru en octobre 1969 :
Endormons-nous, petit chat noir,
Voici que j'ai mis l'éteignoir
Sur la chandelle.
Tu vas penser à des oiseaux
Sous bois, à de félins museaux
Moi, rêver d'Elle.
uvres
Le Coffret de santal (1873, augmenté en 1879)
Le Fleuve (1874)
La Vision du Grand Canal des Deux Mers (1888)
Le Collier de griffes (posthume, 1908)
Plainte (1873)