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Construit entre 1715
et 1730 pour Jean-Baptiste Colbert de Torcy, le château
de Sablé était depuis 1864 la propriété
de la duchesse de Chevreuse. Son fils le duc de Chaulnes était
un esprit éclairé, adepte des disciplines scientifiques,
et intéressé par la photographie. A la fin de
1876, Charles Cros le rencontre à Paris : il va trouver
en lui le mécène dont il a besoin pour financer
ses expériences.
"Le duc de Chaulnes s'intéresse aux recherches de
Cros dans le domaine de la photographie car il souhaite publier
le cartulaire de Solesmes illustré avec des photographies
en couleurs. Pour financer les recherches, il octroie à
Cros une rente qui, d'après la revue "La Semaine
du clergé", aurait été de 3000 F,
somme considérable à l'époque. De plus,
le duc de Chaulnes lui promet des sommes d'argent en fonction
des résultats obtenus. Charles Cros a à sa disposition
un laboratoire dans l'hôtel Rollin, au numéro 1
du passage de la Sorbonne.
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En 1877, le duc de Chaulnes
se rend à Sablé et invite Charles Cros à venir
avec lui. Le savant dispose, comme à Paris, d'un laboratoire
personnel. Durant deux ou trois mois, Charles Cros va fournir un travail
considérable pour concrétiser ses théories sur
la photographie des couleurs. Il consacrera son séjour à
Sablé à réaliser des clichés.
Les recherches sont difficiles et coûteuses. Dans une lettre
adressée de Sablé le 8 mars 1877 à sa soeur Henriette,
il décrit sommairement ses expériences pour réaliser
des reproductions en couleurs de documents (portrait du duc de Luynes,
cartes d'Etat-major). Il évoque également un déjeuner
avec le marquis de Freycinet. Personnage politique important, ami
de Gambetta, futur ministre des travaux publics, il s'intéresse
aux travaux de Cros car il pense que ce procédé permettra
dans l'avenir de reproduire des cartes d'Etat-major. Cros évoque
également ses problèmes financiers et le manque d'empressement
de ses hôtes à tenir leurs promesses :
"Je n'ai pas encore touché
les 300 F qui me restent dus sur le mois de mars. Aussitôt que
ce sera fait, j'enverrai les 20 balles à Arnoulet. Je n'ai
que dix francs et je ne puis emprunter à personne ici. Peut-être
pousserai-je le coude au duc, demain, à ce sujet."
Il évoque ces mêmes problèmes
dans une lettre adressée à son frère le docteur
Antoine Cros sans doute à peu près à la même
date :
"Je vais tâcher de payer le
moins possible, mais tout ce que je croyais facile m'est très
coûteux. [...] Les travaux marchent, ici, malgré l'impatience
de moi et des autres. Tout ira bien, j'en suis sûr, mais ça
traîne. Une fois le résultat montré, je n'aurai
peut-être même pas besoin de réclamer ce qu'on
m'avait fait espérer."
