Les Exilés (1867)
|
Les Exilés
(1867) 39 - Amédine
Luther Adieu, bras de neige, adieu, front de rose! Amédine, hélas! notre cher trésor! Elle était rieuse, elle était
vermeille, Ses cheveux tombaient en flots triomphants, Et resplendissaient, fiers de leur finesse, Ils prenaient dans l'ombre, et comme par jeu, Et l'air se jouait parmi la dorure O pâle ornement d'un front sidéral, Nulle n'aura plus, nulle enfant au monde, Qu'on voyait frémir autour de ton front! Ces rayons riants qui dans les ravines Lorsque tu courais, avec tes seize ans! Qu'ici-bas l'exil ne garde qu'une heure! N'est-ce pas hier qu'en sa voix passait Et qu'elle parut, foulant le théâtre Si jeune, oh! si jeune, espoirs adorés! Et sa voix naïve, et son front qui penche! Hélas! je la vois encor. Nous disions: C'est elle! Jamais lèvre plus choisie Celle-ci n'est pas jeune pour un jour! Pour jamais la grâce en fleur la décore Et déjà, déjà,
pauvre ange mortel, Dans l'immensité bleue aux sombres voiles Le lys est brisé. C'est fini. Plus rien Dont les cheveux blonds aux mourantes flammes Mais, va, jeune Grâce aux yeux si touchants! Des rimeurs plaintifs qui savent encore Ils diront comment tu fus notre soeur Et comment ta voix eut l'attrait magique Amédine! Aux champs tout la saluait, Oh! rien qu'en disant ce nom d'Amédine, Et riante; l'air baisait son bras nu; Dans la forêt verte, où rit la
pervenche, Elle était la joie, elle était
l'orgueil Entoure à présent de crêpes
funèbres! Pleurs désespérés, pleurs
silencieux! Scintilleront, moi j'évoquerai celle Elle reviendra, mais, comme jadis, Libre en sa Bretagne, errante et sans chaînes, Ou comédienne aux riches habits, Et des robes d'or, semant sa parole Et d'un pas léger grimpant le coteau Et plus tard, tous ceux dont la Muse est reine, Sur le front des fleurs met ses diamants, Écoutant avec le souffle des brises Reverront son pur visage, arrosé, Et toi, lueur vive, aux reflets d'opale, Qui baignais de feu son col et ses bras, Clair rayonnement, chevelure d'Ève, Amédine vit, ange au front doré! Cherchant ses regards qui versaient les charmes, Bordeaux, 15 août 1861. |