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Rimes dorées (1875)
{Nouvelles odes funambulesques, 1869}

Rimes dorées
1863-1890

1 - au lecteur
Ces Rimes qui, pour la plupart, avaient brillé dans mon esprit
avant celles des Occidentales, étaient comme dorées en effet par
ces rayons de soleil couchant qui ont parfois la splendeur joyeuse
d'une aurore. Au moment où je chantais ainsi, nous n'avions pas
encore au flanc la blessure qui toujours s'irrite et saigne. Déjà
enfuie loin de moi, la Jeunesse me laissait voir encore son
lumineux sourire et le bout rose de la draperie qui traîne derrière
elle; et si ma pensée était troublée obscurément par les affres de
ce qui devait venir, je me rassurais, comme tous l'ont fait, en
songeant à ce qu'il y a de vivace dans le miraculeux génie de la
France. Parmi les feuillets épars de ce recueil, je relis,
hélas! dans le poëme intitulé: La Lyre dans les Bois, une strophe
où je parlais de la victoire avec un dédain qui aujourd'hui
m'arrache des larmes. Nous étions bien heureux alors, ou bien
dégoûtés, et le temps devait venir si vite où cette victoire,
méprisée naguère, nous l'appellerions avec des cris désespérés!
Mais, c'est la loi fatale et sans exception, l'avenir qui,
lorsqu'il était éloigné encore, nous apparaissait visible dans la
clarté, se voile et disparaît à nos yeux quand il s'approche et
quand il va devenir le présent. En composant ces petits poëmes,
embellis souvent par une allégresse triomphale, je ne me doutais
plus que les jours accouraient où j'aurais l'épouvantable occasion
d'écrire les Idylles Prussiennes.

T . B

Paris, le 5 mai 1875.

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