
| Tout est beau... Verhaeren conclut [une conférence en 1912] en disant "l'enthousiasme qu'il éprouve pour son siècle, le plus beau, le plus vivant, en proclamant son amour pour la vie, où tout est beau, même la mort, même la souffrance, qui nous donne la joie de la combattre et d'en triompher" |
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314 - Biographie Emile Verhaeren est né à Saint-Amand le 21 mai 1855. Fils dune famille commerçante aisée, il appartient à la classe bourgeoise de ce village sur lEscaut. Au sein de la famille, la langue véhiculaire est le français, mais avec ses camarades de classe de lécole communale et les habitants de Saint-Amand, il recourt au dialecte local. A onze ans, Verhaeren se voit envoyé au pensionnat. Ses études secondaires, il les accomplit au fameux collège Sainte-Barbe à Gand. Il y rencontre Georges Rodenbach, le futur auteur de Bruges, la morte. Léducation très sévère dans ce collège de Jésuites achèvera la francisation complète de ce fils de lEscaut. Après ses études secondaires, Verhaeren fait son droit à luniversité de Louvain. Il y goûte aux plaisirs de la vie estudiantine. Mais il participe aussi à plusieurs initiatives littéraires, y publie ses premiers textes et poèmes dans diverses feuilles estudiantines. Il entre ainsi en contact avec des étudiants qui partagent son engouement littéraire : ce sont les futurs collaborateurs de la revue révolutionnaire « La Jeune Belgique ». Promu docteur en droit, Verhaeren fait un stage (1881-1884) chez Edmond Picard (1836-1924), célèbre avocat bruxellois que ses activités littéraires et politiques établissent comme la figure de proue de lavant-garde des années 1880-1890. Toutes les semaines, il organise chez lui un Salon : cest là que Verhaeren entre en contact avec des auteurs et des artistes de tous genres. Le désir de simposer comme poète est grand. Après avoir plaidé deux procès les seules plaidoiries de sa vie ! il abandonne le barreau et décide de vouer sa vie à lart et à la littérature. Verhaeren simpose dès lors comme un critique dart et de littérature passionné. Il collabore à plusieurs revues belges, devient rédacteur de la « Jeune Belgique » et de « LArt Moderne » et fournit plusieurs contributions à des revues étrangères. Très vite, Verhaeren simpose comme lhomme-phare et comme le porte-parole du réveil artistique et littéraire de la fin du siècle. Dans des articles fracassants, le visionnaire quil est attire lattention du public sur de jeunes artistes prometteurs, comme James Ensor. Tandis que ses articles de critique dart et de littérature se multiplient, Verhaeren publie en 1883 son premier recueil, Les Flamandes. Inspiré par les tableaux des grands maîtres flamands Jordaens, Teniers et Steen, le jeune poète évoque les murs anciennes de la Flandre et de ses habitants. Lavant-garde crie au chef-duvre à cause de la facture naturaliste du recueil et des esquisses souvent provocatrices, sensuelles et crûment réalistes. Dans le milieu rural catholique, le recueil fait scandale. Le second recueil de Verhaeren, Les Moines (1886) ne reçoit pas non plus un accueil unanimement favorable. Ces déboires, joints à la mort de ses parents en1888 et à dincessants problèmes de santé, provoquent une crise morale qui ne laissera pas de déteindre sur luvre. De cette période datent en effet Les Soirs, (1888), Les Débâcles (1888) et Les Flambeaux noirs (1891). Mais en octobre 1889, lors dune visite à sa sur à Bornem, Verhaeren rencontre Marthe Massin, de cinq ans sa cadette. Cette jeune artiste pleine de talent, originaire de Liège, donne des leçons de dessin aux enfants du comte de Marnix de Sainte-Aldegonde. Elle fréquente la sur de Verhaeren, dont le mari exerce la fonction de régisseur du comte.. Cest le coup de foudre. Le couple se marie le 24 août 1891 et sétablit à Bruxelles. Leur bonheur se reflète dans trois recueils que le poète consacre à lamour conjugal : Les Heures claires (1896), Les Heures dAprès-midi (1905) et Les Heures du Soir (1911). Mais dautres thèmes aussi inspirent Verhaeren. Il se lance dans le combat contre linégalité sociale et le déclin des régions rurales, ces fruits amers de la Révolution industrielle. Ce sont Les Campagnes Hallucinées (1893), Les Villes Tentaculaires (1895), Les Villages Illusoires (1895) et sa première pièce de théâtre, Les Aubes (1898). Parvenu au tournant da sa carrière, vers 1898, le poète se fixe définitivement à Saint-Cloud, près de Paris. Ce déménagement servira beaucoup tant sa productivité littéraire que son rayonnement en France et en Europe. Pourtant, le poète retournera tous les ans au Caillou-qui-bique, son séjour à la campagne dans les environs de Roisin, sur la frontière franco-belge, et cela jusquà ce quéclate la Guerre mondiale. Au seuil du XXe siècle, le poète a atteint une renommée mondiale : son uvre est traduite, citée, discutée. Son expressionnisme humanitaire témoigne dune foi renouvelée dans lhomme et sa vitalité triomphante. Verhaeren voyage à travers lEurope, jusquà Saint-Petersbourg et Moscou, il donne partout des conférences et le roi Albert Ier le proclame poète national. En 1911, il rate de peu le prix Nobel de Littérature, qui est attribué à son ami Maurice Maeterlinck. Mais voilà quen 1914, à lapogée de sa gloire en Allemagne, éclate la Première Guerre mondiale. Verhaeren est désemparé. Pacifiste militant, il dénonce la folie de la guerre en des vers enflammés et poignants, publie des poèmes dans des libelles anti-allemands et multiplie les conférences, comme ce 26 novembre 1916 à Rouen Le lendemain, le poète, âgé de 61 ans, tente de sauter à bord du train pour Paris avant son arrêt total. Il perd léquilibre, glisse sous le train et meurt sur place.
Verhaeren, un Flamand ? Aucun auteur, même flamand, na chanté la Flandre avec un amour aussi ardent que Verhaeren. Malgré sa soif de renouvellement, il était un enfant de son temps. Celui qui faisait des études, étudiait en français. Celui qui écrivait, écrivait en français. Et celui qui se fit écrivain navait guère dautre choix que dopter pour le français, langue prestigieuse. Pourtant, Verhaeren se sentait Flamand jusquau tréfonds de son âme : « et pourtant, je suis fils de cette race ». Toute son oeuvre est marquée par un immense amour de la Flandre, depuis son début avec Les Flamandes jusquau cycle en cinq volumes de Toute la Flandre (1904-1911). Mais Verhaeren dut éprouver aussi que ses vers et sa prose natteignaient pas le peuple flamand. En effet, ce nest quavec la création de la revue Van Nu en Straks (1893) que les auteurs flamands trouvèrent un circuit néerlandais. Pour Verhaeren, il était trop tard pour passer au néerlandais. Cette sombre médaille a pourtant un revers lumineux. Ecrivant en français, Verhaeren a imposé la Flandre sur la carte littéraire européenne. A cette époque, on ne pouvait atteindre lEurope entière quen français.
Une trilogie sociale Au milieu du XIXe siècle, la Belgique était lun des pays les plus industrialisés du continent européen. Mais, dans les années qui suivirent la guerre franco-prussienne (1870), une récession et une dépression généralisée vinrent troubler la vie politique et économique (1873-1896). Une préoccupation sociale sempara des intellectuels, des artistes et des écrivains. Verhaeren milita contre linégalité sociale et le déclin de la campagne, séquelles de la révolution industrielle, dans ses recueils Les Campagnes Hallucinées (1893), Les Villes Tentaculaires (1895), Les Villages Illusoires (1895) et dans sa première pièce de théâtre, Les Aubes (1898). Profondément déconcerté et inquiet, le poète vit comment la ville moderne soutirait les forces vives de la campagne flamande. La beauté tant exaltée des régions rurales, telle quil lavait évoquée dans son premier recueil Les Flamandes, faisait place à la misère. Néanmoins, il avait foi dans les possibilités de la grande ville, de lindustrialisation et des révolutions techniques. Grâce au progrès technologique, lhomme pourrait un jour se libérer de ses soucis matériels et souvrir à laventure spirituelle et à la créativité. Il serait faux pourtant de conclure que cette vue de la problématique sociale ait amené notre poète à une révolte concrète. La portée idéologique de la trilogie sociale de Verhaeren ne trouva pas seulement un écho européen chez ses contemporains. Plus tard, après la révolution doctobre (1917), elle jouit également dun énorme succès en Russie.
Verhaeren, homme-phare de lavant-garde littéraire et artistique La Belgique de la fin du XIXe siècle a connu une renaissance culturelle, caractérisée par une pluralité de tendances artistiques et littéraires. En tant que poète, critique dart et collaborateur à plusieurs périodiques, Verhaeren entretenait des rapports professionnels et amicaux avec des écrivains, artistes et éditeurs qui donneraient sa forme novatrice à lart et à la littérature fin-de-siècle. Parmi ces amis, on compte notamment le camarade détudes Georges Rodenbach et les collaborateurs de « La Jeune Belgique » parmi lesquels Camille Lemonnier, Maurice Maeterlinck, Georges Eekhoud, Charles Van Lerberghe, Albert Giraud, André Fontainas, Iwan Gilkin et Jules Destrée. Ils devaient leur succès littéraire aussi à des éditeurs tels quEdmond Deman. Alors que son amour de la Flandre mettait Verhaeren en contact amical avec plusieurs écrivains flamands comme Cyriel Buysse, Stijn Streuvels, Karel Van de Woestijne, Pol De Mont et August Vermeylen, son orientation européenne le mettait en rapport avec plusieurs écrivains et poètes à létranger. Ainsi, notre poète était-il lié avec des écrivains des Pays-Bas, comme Lodewijk van Deyssel, Frederik van Eeden, Albert Verwey et Jan Greshoff. Lors de ses visites répétées à Paris, Verhaeren fit la connaissance de lintelligentsia française symboliste : Stéphane Mallarmé, Jean Moréas, Gustave Kahn, Paul Adam, Villiers de lIsle-Adam, Paul Valéry et René Ghil. Dans la Ville Lumière, il se fit de nombreux amis tels que André Gide, Stuart Merrill, Francis Vielé-Griffin, Henri de Régnier et Alfred Vallette, le chef de la maison dédition du Mercure de France, qui perpétua sa gloire dans ce pays. Mais Verhaeren ne sest pas limité pas à des contacts avec le milieu intellectuel parisien. Il a cherché à promouvoir son écoute littéraire dans dautres pays. Parmi ses admirateurs, il a pu compter, à côté de Guillaume Apollinaire, Jules Romains, sur Georg Heym, Rainer Maria Rilke, lécrivain et essayiste autrichien, et le futuriste F.T.Marinetti. Lors de son périple en Russie, Verhaeren rencontra entre autres le célèbre poète et philosophe Valeri Brioussov, le componist Nicolai Myaskovsky, le peintre Leonid Pasternak ainsi que le fils de celui-ci, Boris. Verhaeren était non seulement un homme-orchestre littéraire, il avait aussi le talent de se faire des amis parmi les artistes les plus progressistes du moment. Il était ainsi lié damitié avec les artistes du Groupe des XX Willy Schlobach, Théo Van Rysselberghe, Fernand Khnopff, James Ensor, Dario de Regoyos, Constantin Meunier, Henry van de Velde, William Degouve de Nuncques, Georges Minne, Georges Lemmen et Constant Montald. Tous ces artistes, en rupture de ban avec les conventions académiques, rêvaient dun réveil du monde artistique et tentaient de faire de Bruxelles le centre de lavant-garde. A cet effet, ils organisaient une exposition annuelle de leurs propres uvres ainsi que de celles dartistes partageant les mêmes vues esthétiques : Claude Monet, Pierre-Auguste Renoir, Paul Cézanne, Alfred Sisley, Camille Pissarro, Vincent Van Gogh, Paul Gauguin, Henri Matisse, Georges Seurat, Paul Signac, Maximilien Luce, Henri-Edmond Cross, Auguste Rodin, Henri de Toulouse-Lautrec, Odilon Redon, Jan Toorop et James Mc Neil Whistler. Convaincu que ces artistes étaient à même de révolutionner la pratique artistique trop académique et stérile à son goût, Verhaeren a consacré maints articles élogieux à leurs expositions et leurs expérimentations. Ces critiques dart lui ont donné le goût décrire plus tard de véritables monographies sur certains artistes : Rembrandt (1904), Ensor (1908) et Rubens (1910)........
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