7 - Une âme
devant Dieu
Dis-moi la main qui tenlève,
Ô mon âme, et dans un rêve
Te montre la vérité !
Doù vient quun songe memporte
Jusques au seuil de la porte
Quentrouvre lÉternité
Cest ici que lhomme arrive ;
Oui, je reconnais la rive
Jusquoù le rocher dérive
Roulé dans le flot des temps ;
Jentre dans le port de lâme :
Je vais masseoir dans la flamme ;
La place que jy réclame
Est vide depuis longtemps.
Dieu, je te vois ! Comment pénétrer
dans ta gloire ?
Détourne mes regards, ne manéantis pas ;
Je sens mon front brisé par ton char de victoire :
Dans cet air lumineux qui soutiendra mes pas ?
Je vois tout lunivers rajeuni
par la tombe
Des êtres infinis que je ne puis compter
? mon Dieu, je succombe,
Laisse-moi marrêter.
Je marrête pour me plaindre
De ce monde doù je sors ;
Toujours espérer et craindre ;
Et moi je pleurais les morts !
Ne savais-je pas encore
Quel esprit devait éclore
De cette éternelle aurore
Qui vit lÉternel créant ?
Quavec toi lâme ravie
Pour jamais est assouvie
Que dans la Mort est la Vie,
Que la Vie est le Néant ?
Je le savais dès lenfance,
Je le disais dans mes nuits ;
Et lespoir de ta présence
Calme seul tous mes ennuis.
Cependant jaimais la vie
Comme un marin ses dangers,
Comme lEsquimau nenvie
Nul des soleils étrangers ;
Comme un Chartreux aime lombre,
Aime sa cellule sombre
Et, libre, y revient toujours ;
Comme un lévrier fidèle
Caresse la main cruelle
Qui le frappe tous les jours.
Aujourdhui je sais tout,
je te vois, et jembrasse
Lavenir qui nest pas, le passé qui nest plus,
Les temps qui doivent naître et les temps révolus.
Je conçois lespace,
Lunivers sefface
Et devant ta face
Tout sunit en toi.
Je vois tout sy peindre,
Je vois, sans les plaindre,
Les mondes séteindre
Et fuir devant moi.
Je puiserai ma force en ta force
suprême,
Jose marcher vers toi, jose lever les yeux.
Un seul de tes regards me révèle à moi-même
:
Je métais échappé de ton sein radieux,
Perdu comme létincelle
Qui, dans les nuits de lété,
Blanche et légère parcelle
Dune immortelle clarté,
Quitte le chur des étoiles,
Des vapeurs perce les voiles,
Et tombe sur les roseaux
Et séteint au fond des eaux.
Laisse-moi pour un jour retourner
sur la terre :
Là, sur mon marbre noir, sous ma croix solitaire,
Jirai masseoir en souriant ;
Dire : « Je vis toujours » à ceux qui me regrettent,
Qui, posant leurs genoux sur les fleurs quils y jettent,
Viennent me pleurer en priant.