| Désillusions
et pessimisme Chatterton est tiré d'un roman philosophique que Vigny venait de publier : Consultations du Docteur Noir : Stello ou les Diables bleus (1832). Stello est un récit mêlé dhistoire, de philosophie et de roman qui rappelle Sterne et Diderot. À travers les trois exemples d'André Chénier, Nicolas Gilbert et Thomas Chatterton, Vigny développe, dans un ton amer et désabusé, l'idée que la vie moderne tranforme le poète en paria. Le poète est un être à part, un génie malheureux, inadapté au quotidien, que le monde trivial fait souffrir, qui vit dans une profonde solitude. Écrasé par les matérialités de la vie, il est contraint, s'il veut subsister, de devoir accepter des fonctions utilitaires qui le détournent de sa mission. Cette conception amère de la poésie préfigure la vogue des poètes maudits. Servitude et Grandeur Militaires (1835), est une autre oeuvre en prose. Vigny se penche sur la figure du soldat, autre paria de la vie moderne. Trois récits illustrent la condition humaine du militaire, écartelé par son devoir d'obéissance et sa conscience d'homme libre. L'avenir semble lui appartenir mais aux alentours de 1837 tout s'assombrit : la mort de sa mère, sa rupture avec Marie Dorval et des brouilles successives avec ses anciens amis du Cénacle le font quitter le devant de la scène. Sa production s'arrête brusquement, et à l'exception de quelques poèmes dans la Revue des deux mondes, publiés à de longs intervalles, il ne publie plus rien de son vivant.
Vigny se présente vainement à plusieurs reprises à lAcadémie. Il endure les visites et réceptions des académiciens, pour la plupart hostiles au romantisme et à ses idées[7]. Il est finalement élu le 8 mai 1845. La réception a lieu le 29 janvier 1846. Son discours, célébrant le romantisme, est d'une longueur inhabituelle. De plus il omet de faire l'éloge du roi Louis-Philippe. La réponse de Mathieu Molé est cinglante. Molé critique ouvertement le courant romantique et les oeuvres du poète. Il ne se prive pas pour nier leur mérite et condamner leur manque de vérité, ce qui achève de mortifier l'auteur[8]. En revanche Vigny échoue à se faire élire député de Charente, après s'être présenté deux fois aux élections en 1848 et 1849. Vigny retourne à Paris en octobre 1853. LEmpereur Napoléon III le reçoit. Ils avaient faie t connaissance l'année précédente, lors de la tournée de propagande du souverain. L'écrivain ne tarde pas à devenir partisan du Second Empire. Il reçoit par ailleurs la visite d'un Jules Barbey dAurevilly admiratif et de Charles Baudelaire lors de sa candidature à l'Académie, campagne qui se révèlera désastreuse. Les deux poètes sympathisent. A cette époque, il multiplie les liaisons amoureuses, avec Louise Colet, l'ancienne maîtresse de Flaubert et de Musset, puis avec Elisa Le Breton et enfin avec Augusta Bouvard, toutes deux à peine âgées de vingt ans. Quelques années plus tard, en décembre 1862, sa femme Lydia décède. Vigny la rejoint le 17 septembre 1863. Il souffrait depuis quelques années dun cancer à lestomac. |
Alfred-Victor,
comte de Vigny.
Poète français, né
à Loches (Touraine)
le 27 mars 1797, mort à Paris
le 17 septembre 1863.
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Héléna |