menu poètes
menu De Vigny
sommaire


Alfred-Victor, comte de Vigny.
Poète français, né à Loches (Touraine)

le 27 mars 1797, mort à Paris le 17 septembre 1863.

17 - Vigny et les Femmes

Alfred de Vigny a souvent été entouré d’une présence féminine : ses tantes, ses cousines, sa mère, qui l’élève elle-même. De plus, Vigny séduisait beaucoup et ses amours furent nombreux et chaotiques. Les influences de ces différentes femmes ont beaucoup marqué le poète aussi bien dans sa création artistique que dans son comportement. Nous allons voir ici quelles ont été ces femmes qui ont tant marqué le poète. Nous parlerons tout d’abord de sa mère, puis de Lydia Bunbury, sa femme et enfin des autres…

Sa mère :


C'est une femme moderne qui éduque son fils selon l'Emile de Rousseau, qui tricotte, nourrit son enfant au sein et mène la barque familiale. Le père de Vigny et impotent et est beaucoups moins présent dans le cadre familial. La mère à un fort caractère, désire donner à son fils une place dans la société et veut le voir devenir un homme fort et résistant. Jusqu'à l'âge de dix ans, Alfred de Vigny est entièrement instruit par sa mère : gymnastique, peinture, musique, mathématiques, alors que la poésie est considérée comme un divertissement secondaire.
Vigny subit l'influence maternelle avec une singulière docilité et se tient de lui-même dans la résèrve silencieuse qui lui est prescrite. c'est elle qui l'envoie au lycée Bonaparte, c'est elle qui l'introduit après maintes démarches auprès du roi dans la Garde National, c'est elle qui a décidé que son fils ferait une carièrre militaire mais c'est elle aussi qui surveille ses frequentations. Elle écarte très vite Delphine Gay, indigne de son fils, qu'elle voit au côté d'une dame plus noble et plus respectable. Lydia Bunbury correspond tout à fait : de famille noble, aimable, fidèle, discrète, semble parfaite et deviendra madame Vigny.

Bien que sa mère soit un peu envahissante celle-ci fut comme une soeur pour lui et il cherchera toujours à remplacer cet amour.

Les lettres qu'ils s'envoient sont concises mais éloquentes ; elles expriment tout l'amour possible entre une mère et son fils.

26 juin 1831 Vigny à sa mère :
"J'ai gagné ma petite bataille, embrasse-moi, chère maman. Si tu m'as reprit
l'Histoire de Louis XIII que je ne trouve plus, renvoie-la moi : j'en ai besoin tout de suite."
Réponse de sa mère :
"Oh ! oui, je t'embrasse mon enfant, je suis aussi aise que j'ai été tourmentée d'inquiétude toute la soirée jusqu'au retour d'Angelique [Dame de compagnie de madame de Vigny]. J'irais vous voir ce matin s'il ne faisait sans cesse de la pluie et du vent et je veux me bien porter pour aller jouir moi même de ton succès."
Le 6 mars 1833, la mère du poète est victime d'une hémoragie cérebral qui la laisse très diminuée. Vigny est vivement troublé par sa déchéance progessive. Il consigne dans son journal : "Le 6 de ce mois de mars, ma mère ma bonne mère a eu une attaque de paralysie sur tout le côté droit joue, bras et jambe ; les saignées l'avaient rétablie. Aujourd'hui elle a eu une seconde attaque d'apoplexie que deux saignées suspendent ; mais on ne peut parvenir à dégager le cerveau, qui s'égare et reste perdu, peut-être pour toujours". De fait, mes services du docteur Magistel, quoique fréquents et dévoués n'ameliorent guère la situation. En septembre de cette même année, Vigny rédige cette déploration sur une morte-vivante.

"Ah ! Depuis que l'amour effleura ses beaux yeux,
Son âme incessamment va de la terre aux cieux.
Elle vient quelque fois, surveillant sa parole,
Se poser sur sa lèvre, et tout d'un coup s'envole ;
Et moi, sur mes genoux, suppliant, abattu,
Je lui crie en pleurant : "Belle âme où donc es-tu ?
Si tu n'es pas ici, pourquoi me parle-t-elle
Avec l'amour profond de sa voix maternelle ?
Pourquoi dit-elle encore ce qu'elle me disait,
Quand, toujours allumé, son coeur me conduisait ?
Ineffable lueur qui marche, veille et brûle,
Comme le feu sacré sur la tête d'Iule...
"


Le 21 décembre 1837, sa mère moeurt, victime d'une nouvelle attaque, à l'âge de 80 ans. Vigny déprima, puis le 20 septembre 1838, il part pour le Maine-Giraud qu'il vient d'hériter. Durant cette période de pessimisme, les poèmes philosophiques ne tardent pas à porter la trace d'une "stoïque fierté".
"Bientôt, se retirant dans un hideux royaume,
La femme aura Gomorrhe et l'Homme aura Sodome,
Et, se jetant de loin un regard irrité,
Les deux sexes mourront chacun de son côté."

La Colère de Samson.

Sa femme :


Lydia Bunbury

 

 

Lydia Bunbury née le 6 avril 1798, est la fille d’un riche colon de Guyane anglaise d’une famille protestante. Vigny la rencontre en juin 1824 alors qu’il suit son cantonnement à Oléron puis à Pau. Il tombe amoureux de cette femme « inaccessible » dont le père ne semble pas vouloir le mariage. Vigny est sûr que son futur beau-père ne l’aime pas beaucoup. Ce dernier feint même d’ignorer son nom. Cependant, après une longue persistance, Sir Hugh Bunbury accepte l’union qui se fait en trois étapes : tout d’abord il y a les cérémonies civiles le 3 mars 1825 à Pau puis cinq jours plus tard les cérémonies religieuses protestantes, et enfin le 15 mars 1825 se déroule à Paris la cérémonie catholique, plus exactement à l’Eglise de la Madelaine. Le couple s’installe dans la capitale et plus tard au Maine-Giraud.

C’est après ce mariage que tout change. Après avoir connu l’amour passion, il passe par trois autres sentiments : le respect, la pitié et enfin, la patience.
Lydia se révèle en fait très superficielle, elle n’aime ni parler français, ni la littérature (contribua beaucoup à éloigner Vigny du monde littéraire). Bientôt elle devient obèse et impotente (Vigny est obligé de l’aider à se lever ou se retirer des salons que le couple fréquente).

Bien qu’infidèle, il respecte néanmoins sa femme, il se sent redevable envers elle, fidèle et effacée. Il rompt avec Marie Dorval et appelle Lydia « ma seule amie ».

Lydia est de plus en plus maladive et Vigny la soigne attentivement comme une mère alors que lui-même souffre terriblement.Vigny a surtout aimé sa femme avant le mariage, mais assez vite, il se rend compte que ce n’est pas la femme qu’il crut épouser. Vigny rêve d’une confidente, d’une conseillère avec qui il pourrait discuter. Mais entre lui et son épouse, s’installe un silence qui dure jusqu'à la mort de Lydia.

Les autres femmes importantes

Delphine Gay

Vigny la rencontre en été 1822, et s’éprend de cette jeune fille vive et bavarde. L’inclination est réciproque mais Vigny reproche bientôt à la jeune femme son caractère trop exubérant et finit par rompre. Ce qui n’est pas sans déplaire à madame de Vigny (mère) qui préférait pour son fils une femme de meilleure situation. C’est par ailleurs peut-être à cause de cette dernière qu’il mettra un terme à cette liaison, à moins que la peur d’un amour trop brutal et bruyant ne l’ai poussée à prendre une telle décision.
En avril 1848, Vigny retrouve Delphine mariée à un créateur de presse : Emile de Girardin. Vigny découvre une nouvelle Delphine ; madame de Girardin est devenue plus calme et plus austère. Cette métamorphose ne laisse pas Vigny indifférent mais il s’éloignera d’elle en lui dédiant son premier recueil : Poèmes Antiques et Modernes.


C'est une actrice, née le 17 octobre 1798, qui vit dans une roulotte et qu’il rencontre l’année de son mariage en 1825 (lors de la lecture de la Maréchale d’Ancre). Vigny a déjà une grande attirance et admiration pour elle et leur liaison commence en 1831.
Elle interprétera Kitty Bell dans Chatterton en 1833. Alfred et Marie s’aiment sincèrement, au moins dans un premier temps. Elle lui écrit de nombreuse lettres d’amour et lui reproche ses nombreuses absences.

Marie Dorval

Marie Dorval jouant à l'Odéon le rôle de
Kitty Bell dans Chatterton

Marie Dorval lors d'une de ses
nombreuses représentations
Vigny, quant à lui, est très jaloux, d’autant plus que son amante ne semble pas très fidèle : en effet, Marie est frivole, il lui est difficile de parler sans mentir et quand elle jure d’être fidèle, c’est sur les cendres de
la mère du poète. Jugeant le dialogue impossible, Vigny rompt avec Marie Dorval en 1838, au moment où leur liaison commençait à se faire savoir.
Cette rupture brutale laissera le poète dans un
profond désarroi et contribue à l’écriture de
La Mort du Loup.

Les autres femmes importantes pour Vigny

Malgrès la description très négative qu'il fait de la Femme dans La Colère de Samson où il la décrit comme un être impur et incapable de sentiments, on peut remarquer que le poète aura encore de nombreuses liaisons avec des amantes.
Parmi les plus sérieuses, on peut citer celle avec Julia Battlegang, une jeune personne d'origine américaine, qui débute en avril 1838.
Malheureusement pour Vigny, elle repartira sans son pays natal en septembre 1840, accompagnée de sa soeur Maria.
Toujours dans cette même période, il fréquente Tryphina Holmés (de son vrai nom Shearer) qu'il a rencontré à Dieppes en 1827. De cette liaison, naîtra une des trois filles de Vigny, Marianne (en souvenir de Musset qui a écrit Les Caprices de Marianne). Certains s'accordent même à dire que Tryphina lui aurait inpiré Eva dans La Maison du Berger.
Entre temps, il vit avec Louise Colet entre 1854 et 1857 et sur la fin de sa vie, il passe ses derniers mois en compagnie de Augusta Bouvard qui à l'âge de 22 ans, met au monde le seul fils du poète, qui malheureusement, naîtra après la mort de son père.


Une des nombreuse maîtresses du poète,
Louise Colet

Eva

Eva, à qui il s’adresse dans certains poèmes et notamment dans La Maison du Berger, est en fait assez mystérieuse. Mais elle reflète certainement l’idéal féminin de Vigny. Son prénom nous fait étrangement penser à Eve de La Bible. Toute sa vie, Alfred va chercher à remplacer l’amour de sa mère par celui d'une femme telle qu’Eva. Il croit la trouver dans Marie Dorval, Mais ce ne sera que déception. Pour lui la femme idéale est une femme qui le comprenne, qui soit sa confidente, qui lui tienne dialogue, mais c’est un être qui sache l’aimer, comme Kitty Bell aime Chatterton sans mot dire.

retour menu De Vigny //