17 - Vigny et les Femmes
Alfred de Vigny a souvent été
entouré dune présence féminine : ses tantes,
ses cousines, sa mère, qui lélève elle-même.
De plus, Vigny séduisait beaucoup et ses amours furent nombreux
et chaotiques. Les influences de ces différentes femmes ont beaucoup
marqué le poète aussi bien dans sa création artistique
que dans son comportement. Nous allons voir ici quelles ont été
ces femmes qui ont tant marqué le poète. Nous parlerons
tout dabord de sa mère, puis de Lydia Bunbury, sa femme
et enfin des autres
Sa mère
:
C'est une femme moderne qui éduque son fils selon l'Emile de
Rousseau, qui tricotte, nourrit son enfant au sein et mène la
barque familiale. Le père de Vigny et impotent et est beaucoups
moins présent dans le cadre familial. La mère à
un fort caractère, désire donner à son fils une
place dans la société et veut le voir devenir un homme
fort et résistant. Jusqu'à l'âge de dix ans, Alfred
de Vigny est entièrement instruit par sa mère : gymnastique,
peinture, musique, mathématiques, alors que la poésie
est considérée comme un divertissement secondaire.
Vigny subit l'influence maternelle avec une singulière docilité
et se tient de lui-même dans la résèrve silencieuse
qui lui est prescrite. c'est elle qui l'envoie au lycée Bonaparte,
c'est elle qui l'introduit après maintes démarches auprès
du roi dans la Garde National, c'est elle qui a décidé
que son fils ferait une carièrre militaire mais c'est elle aussi
qui surveille ses frequentations. Elle écarte très vite
Delphine Gay, indigne de son fils, qu'elle voit au côté
d'une dame plus noble et plus respectable. Lydia Bunbury correspond
tout à fait : de famille noble, aimable, fidèle, discrète,
semble parfaite et deviendra madame Vigny.
Bien que sa mère soit
un peu envahissante celle-ci fut comme une soeur pour lui et il cherchera
toujours à remplacer cet amour.
Les lettres qu'ils s'envoient
sont concises mais éloquentes ; elles expriment tout l'amour
possible entre une mère et son fils.
26 juin 1831 Vigny à
sa mère :
"J'ai gagné ma petite bataille, embrasse-moi, chère
maman. Si tu m'as reprit
l'Histoire de Louis XIII que je ne trouve plus, renvoie-la moi : j'en
ai besoin tout de suite."
Réponse de sa mère :
"Oh ! oui, je t'embrasse mon enfant, je suis aussi aise que j'ai
été tourmentée d'inquiétude toute la soirée
jusqu'au retour d'Angelique [Dame de compagnie de madame de Vigny].
J'irais vous voir ce matin s'il ne faisait sans cesse de la pluie et
du vent et je veux me bien porter pour aller jouir moi même de
ton succès."
Le 6 mars 1833, la mère du poète est victime d'une hémoragie
cérebral qui la laisse très diminuée. Vigny est
vivement troublé par sa déchéance progessive. Il
consigne dans son journal : "Le 6 de ce mois de mars, ma mère
ma bonne mère a eu une attaque de paralysie sur tout le côté
droit joue, bras et jambe ; les saignées l'avaient rétablie.
Aujourd'hui elle a eu une seconde attaque d'apoplexie que deux saignées
suspendent ; mais on ne peut parvenir à dégager le cerveau,
qui s'égare et reste perdu, peut-être pour toujours".
De fait, mes services du docteur Magistel, quoique fréquents
et dévoués n'ameliorent guère la situation. En
septembre de cette même année, Vigny rédige cette
déploration sur une morte-vivante.
"Ah ! Depuis que l'amour
effleura ses beaux yeux,
Son âme incessamment va de la terre aux cieux.
Elle vient quelque fois, surveillant sa parole,
Se poser sur sa lèvre, et tout d'un coup s'envole ;
Et moi, sur mes genoux, suppliant, abattu,
Je lui crie en pleurant : "Belle âme où donc es-tu
?
Si tu n'es pas ici, pourquoi me parle-t-elle
Avec l'amour profond de sa voix maternelle ?
Pourquoi dit-elle encore ce qu'elle me disait,
Quand, toujours allumé, son coeur me conduisait ?
Ineffable lueur qui marche, veille et brûle,
Comme le feu sacré sur la tête d'Iule..."
Le 21 décembre 1837, sa mère moeurt, victime d'une nouvelle
attaque, à l'âge de 80 ans. Vigny déprima, puis
le 20 septembre 1838, il part pour le Maine-Giraud qu'il vient d'hériter.
Durant cette période de pessimisme, les poèmes philosophiques
ne tardent pas à porter la trace d'une "stoïque fierté".
"Bientôt, se retirant dans un hideux royaume,
La femme aura Gomorrhe et l'Homme aura Sodome,
Et, se jetant de loin un regard irrité,
Les deux sexes mourront chacun de son côté."
La
Colère de Samson.
Sa femme :
Lydia Bunbury
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Lydia Bunbury née le 6 avril
1798, est la fille dun riche colon de Guyane anglaise
dune famille protestante. Vigny la rencontre en juin 1824
alors quil suit son cantonnement à Oléron
puis à Pau. Il tombe amoureux de cette femme «
inaccessible » dont le père ne semble pas vouloir
le mariage. Vigny est sûr que son futur beau-père
ne laime pas beaucoup. Ce dernier feint même dignorer
son nom. Cependant, après une longue persistance, Sir
Hugh Bunbury accepte lunion qui se fait en trois étapes
: tout dabord il y a les cérémonies civiles
le 3 mars 1825 à Pau puis cinq jours plus tard les cérémonies
religieuses protestantes, et enfin le 15 mars 1825 se déroule
à Paris la cérémonie catholique, plus exactement
à lEglise de la Madelaine. Le couple sinstalle
dans la capitale et plus tard au Maine-Giraud.
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Cest après ce mariage
que tout change. Après avoir connu lamour passion, il passe
par trois autres sentiments : le respect, la pitié et enfin,
la patience.
Lydia se révèle en fait très superficielle, elle
naime ni parler français, ni la littérature (contribua
beaucoup à éloigner Vigny du monde littéraire).
Bientôt elle devient obèse et impotente (Vigny est obligé
de laider à se lever ou se retirer des salons que le couple
fréquente).
Bien quinfidèle,
il respecte néanmoins sa femme, il se sent redevable envers elle,
fidèle et effacée. Il rompt avec Marie Dorval et appelle
Lydia « ma seule amie ».
Lydia est de plus en plus maladive
et Vigny la soigne attentivement comme une mère alors que lui-même
souffre terriblement.Vigny a surtout aimé sa femme avant le mariage,
mais assez vite, il se rend compte que ce nest pas la femme quil
crut épouser. Vigny rêve dune confidente, dune
conseillère avec qui il pourrait discuter. Mais entre lui et
son épouse, sinstalle un silence qui dure jusqu'à
la mort de Lydia.
Les autres femmes importantes
Delphine Gay

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Vigny la rencontre en été
1822, et séprend de cette jeune fille vive et bavarde.
Linclination est réciproque mais Vigny reproche bientôt
à la jeune femme son caractère trop exubérant
et finit par rompre. Ce qui nest pas sans déplaire
à madame de Vigny (mère) qui préférait
pour son fils une femme de meilleure situation. Cest par
ailleurs peut-être à cause de cette dernière
quil mettra un terme à cette liaison, à moins
que la peur dun amour trop brutal et bruyant ne lai
poussée à prendre une telle décision.
En avril 1848, Vigny retrouve Delphine mariée à
un créateur de presse : Emile de Girardin. Vigny découvre
une nouvelle Delphine ; madame de Girardin est devenue plus calme
et plus austère. Cette métamorphose ne laisse pas
Vigny indifférent mais il séloignera delle
en lui dédiant son premier recueil : Poèmes
Antiques et Modernes.
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C'est une actrice, née le 17 octobre 1798,
qui vit dans une roulotte et quil rencontre lannée
de son mariage en 1825 (lors de la lecture de la Maréchale
dAncre). Vigny a déjà une grande attirance
et admiration pour elle et leur liaison commence en 1831.
Elle interprétera Kitty Bell dans Chatterton en 1833.
Alfred et Marie saiment sincèrement, au moins dans
un premier temps. Elle lui écrit de nombreuse lettres
damour et lui reproche ses nombreuses absences.
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Marie Dorval
Marie Dorval jouant à l'Odéon le rôle de
Kitty Bell dans Chatterton
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Marie Dorval lors d'une de ses
nombreuses représentations
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Vigny, quant à
lui, est très jaloux, dautant plus que son amante
ne semble pas très fidèle : en effet, Marie est
frivole, il lui est difficile de parler sans mentir et quand
elle jure dêtre fidèle, cest sur les
cendres de
la mère du poète. Jugeant le dialogue impossible,
Vigny rompt avec Marie Dorval en 1838, au moment où leur
liaison commençait à se faire savoir.
Cette rupture brutale laissera le poète dans un
profond désarroi et contribue à lécriture
de
La Mort du Loup.
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Les autres femmes
importantes pour Vigny
Malgrès la description
très négative qu'il fait de la Femme dans La Colère
de Samson où il la décrit comme un être impur
et incapable de sentiments, on peut remarquer que le poète
aura encore de nombreuses liaisons avec des amantes.
Parmi les plus sérieuses, on peut citer celle avec Julia
Battlegang, une jeune personne d'origine américaine, qui
débute en avril 1838.
Malheureusement pour Vigny, elle repartira sans son pays natal
en septembre 1840, accompagnée de sa soeur Maria.
Toujours dans cette même période, il fréquente
Tryphina Holmés (de son vrai nom Shearer) qu'il a rencontré
à Dieppes en 1827. De cette liaison, naîtra une des
trois filles de Vigny, Marianne (en souvenir de Musset qui a écrit
Les Caprices de Marianne). Certains s'accordent même à
dire que Tryphina lui aurait inpiré Eva dans La Maison
du Berger.
Entre temps, il vit avec Louise Colet entre 1854 et 1857 et sur
la fin de sa vie, il passe ses derniers mois en compagnie de Augusta
Bouvard qui à l'âge de 22 ans, met au monde le seul
fils du poète, qui malheureusement, naîtra après
la mort de son père.
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Une des nombreuse maîtresses du poète,
Louise Colet
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Eva
Eva, à qui il sadresse dans certains poèmes et notamment
dans La Maison du Berger, est en fait assez mystérieuse. Mais
elle reflète certainement lidéal féminin
de Vigny. Son prénom nous fait étrangement penser à
Eve de La Bible. Toute sa vie, Alfred va chercher à remplacer
lamour de sa mère par celui d'une femme telle quEva.
Il croit la trouver dans Marie Dorval, Mais ce ne sera que déception.
Pour lui la femme idéale est une femme qui le comprenne, qui
soit sa confidente, qui lui tienne dialogue, mais cest un être
qui sache laimer, comme Kitty Bell aime Chatterton sans mot dire.
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