Sisley
et son temps.
L'impressionnisme
est une période clé dans l'Histoire de la peinture;
en butte à l'hostilité des peintres académiques,
qui régentaient le Salon, il rencontra longtemps l'incompréhension
malveillante des critiques et par là celle du public et des
collectionneurs d'art à de très rares exceptions près.
Avec
Bazille tôt disparu, Renoir, Monet et Sisley jouent un rôle
essentiel, à l'origine de ce renouveau pictural. Peintres à
la recherche du vrai, ils se diront élèves de Corot
et de Rousseau; Après Manet et Degas ils se voudront témoins
de leur temps. Alors que Monet et Renoir connaîtront la gloire
et la fortune, Pissaro et Sisley resteront mal appréciés
et ce dernier, toujours fidèle à sa manière vivra
dans une grande austérité. Scandaleusement, quelques
mois après sa mort dans le dénuement, son oeuvre connaîtra
le succès d'enchères inégalées jusque
là par ses pairs.
Le
Moulin Provencher à Moret
1883. Huile sur toile, 54 x 73 cm
Musée Boymans-van Beuningen, Rotterdam
Le
peintre Alfred Sisley.
Sisley,
amoureux fou de la nature, pour lui, seul compte le paysage: l'eau,
le ciel, les arbres, les champs quelques maisons, les rares humains
ou animaux ne sont là que pour jalonner l'espace d'une réalité
qui l'enchante. Dans l'indifférence et l'adversité qu'il
rencontre, la musique, particulièrement un scherzo de Beethoven,
lui apporte la sérénité que reflète son
oeuvre.
Tournant
du Loing
1892. Huile sur toile, 65 x 92 cm.
Musée d'Art Moderne, Barcelone
Lettre de Sisley à son ami Adolphe Tavernier, critique d'art:
"Il
faut que les objets soient rendus avec leur texture propre et surtout
qu'ils soient enveloppés de lumière comme ils le sont
dans la nature. Voilà le progrès à faire.
C'est le ciel qui doit être le moyen. Le ciel ne peut être
qu'un fond...
En est il de plus magnifique et de plus mouvementé que celui
qui se reproduit fréquemment en été, je veux
parler du ciel avec les beaux nuages blancs baladeurs. Quel mouvement!
Quelle allure, n'est-ce pas? Il fait l'effet de la vague quand on
est en mer, il exalte, il entraîne.
Un autre ciel, celui là plus tard, le soir. Ses nuages s'allongent,
prennent souvent la forme de sillages de remous qui semblent immobilisés
au milieu de l'atmosphère et, peu à peu, disparaissent,
absorbés par le soleil couchant. Celui là est plus tendre,
plus mélancolique, il a le charme des choses qui s'en vont..."
Itinéraire de sa vie privée.
Alfred
Sisley est né à Paris le 30 octobre 1839 de parents
anglais. Sa vie s'écoule en trois périodes sensiblement
d'égale durée.
1839-1859:
Une enfance studieuse et une adolescence dorée conclue par
des études commerciales à Londres, au cours desquelles
il découvre dans les musées, les peintures de Turner,
Constable, Bonington qui décident sa vocation.
La
Leçon
1874.
Huile sur toile, 47 x 65cm.
Coll. Part.
Le
Canal St Martin
1870. Huile sur toile, 50 x 65 cm.
Musée du Louvre Paris 1860-1880:
Dans l'atelier parisien Gleyre, il se lie indéfictiblement
avec Monet, Renoir, et Bazille. En 1866 il rencontre Marie-Eugénie
Lescouezec, Pierre naît en 1867, Jeanne en 1869 et Jacques qui
ne vivra que quelques mois en 1871, pendant le siège de Paris.
La guerre ruine l'entreprise familiale et dévaste sa maison
de Bougival. A la recherche de nouveaux paysages, il habitera Louveciennes,
Marly-le-Roi, Sèvres. Avec ses amis impressionistes, accueil
ou refus au Salon, succès ou échecs de leurs expositions
font se succéder espoirs et déceptions.
1880-1899:
Il s'établit à Veneux-Les Sablons, puis à Moret-sur-Loing,
retourne à Veneux Nadon et se fixe à Moret. Il a renoncé
à présenter ses toiles au Salon, ses tableaux sont exposés
dans les galeries parisiennes et à l'étranger à
Boston, Rotterdam, Berlin, Londres, New York, Bruxelles, Anvers...
. En 1888, l'Etat achète une de ses oeuvres, mais aucun succès
financier ne suit la célébrité. Son épouse
décède le 8 octobre 1898, lui même le 29 janvier
1899, dans une profonde détresse. Monet organise la vente de
l'atelier de Sisley le 1er mai suivant, elle rapporte 112.320 Francs
alors que ces vingt sept toiles n'avaient pas trouvé acquéreur
pour 100 Francs de son vivant.
Moret-sur-Loing
Le Pont, l'Eglise et les Moulins
1892. Collection particulière, Paris.
