Nicolas Poussin

1595 - 1665

Et l'antiquité ( 2 )

« La nouveauté dans la peinture ne consiste pas dans un sujet encore non vu, mais dans la bonne et nouvelle disposition et expression, et ainsi de commun et de vieux, le sujet devient singulier et neuf. »
[ Nicolas Poussin ]


Nicolas Poussin et l'Antiquité

Où le lecteur est bien en peine d’apprendre quelque chose sur l’enfance du peintre

Le peintre n’a donné à ses familiers que des éléments biographiques restreints portant essentiellement sur la période 1630-1665, de ses trente-cinq ans à sa mort, et a volontairement occulté sa jeunesse, sa formation, ses efforts pour établir sa réputation, les drames qui ont pu assombrir son histoire...

Nicolas est, selon toute vraisemblance, né en juin 1594 ; selon toute vraisemblance car l’acte de naissance et les cahiers 1593-1594 qui le contenaient ont disparu des Andelys. Advielle (Recherches sur Poussin, Paris, 1902) émet l’hypothèse que le marquis de La Rochefoucault-Liancourt, sous-préfet aux Andelys et auteur, en 1813, d’une notice sur la ville, aurait emprunté ces cahiers et omis de les rendre. Malgré ses efforts, Advielle ne put les retrouver dans les archives de la famille de La Rochefoucauld. D’aucuns ont émis l’hypothèse un peu étonnante qu’ils seraient dans les archives de l’Ordre de la Rose-Croix, du Temple et du Graal fondé en 1888 par Péladan et le comte de la Rochefoucauld...

Le père de Poussin, probablement de petite noblesse originaire de Soissons, a, semble-t-il, peu marqué la vie du peintre même s’il lui a donné une éducation correcte. A travers ses biographies et ses écrits, ne transparaît aucune nostalgie de son pays natal ou de ses proches et il sera plus attaché, après 1630, à sa belle-famille qu’il ne l’aura jamais été à la sienne propre. Notons néanmoins qu’il continue de se dire des Andelys (cf. inscription sur le bel autoportrait de 1650) et qu’il fera des enfants de sa sœur ses héritiers.

Tout jeune, Poussin bénéficie de l’enseignement du peintre Quentin Varin mais, étouffant dans sa province natale, il part pour Paris avec une précipitation suspecte ; Paris où il éprouve rapidement de grandes difficultés. Après une année sabbatique 1614-1615 passée chez ses parents, il repart en 1616 pour Paris qui ne doit être qu’une étape sur la route de Rome.

Où l’on voit le peintre tenter d’atteindre Rome...

Après deux échecs pour rallier Rome en 1621, Poussin travaille à Paris, y rencontre le Cavalier Marin qui, enflammé par la « furia » du jeune artiste, le soutient et lui permet d’asseoir sa première réputation parisienne avant de rejoindre la Ville Eternelle en 1624.

Les deux tentatives avortées pour rejoindre Rome ne manquent pas d’étonner d’autant qu’une d’elles s’achèvera à Florence. Personne n’a pu élucider les raisons de cet abandon. Peut-être un problème de santé car Poussin a toujours eu une santé fragile. De cet épisode, il ne souffla mot. Mais les quelques détails épars le montrent à cette époque volontaire, fougueux et bon vivant.

Où l’on discerne les premières mailles du réseau entourant Poussin...

Recommandé au Cardinal Barberini, neveu du pape Urbain VIII arrivé sur le trône de Pierre en 1623, Poussin entre dans Rome en 1624 après un passage à Venise qui marquera profondément sa peinture. Il loge alors à Rome avec un autre peintre français, Stella, l’italien Algardi et le sculpteur flamand du Quesnoy.

Il avait déjà fait la connaissance de du Quesnoy à Paris dans l’atelier du peintre l’Allemand où ils fréquentèrent également Philippe de Champaigne. Envoyé à Rome en 1619 par l’archiduc Albert, François du Quesnoy, dit le Flamand, avait été placé sous la protection d’Urbain VIII et était devenu un des sculpteurs les plus doués de sa génération. Ami aussi bien de Van Dijck (cf. Van Puyvelde Van Dijck, Paris-Bruxelles) que de Poussin, il fut recommandé au cardinal de Richelieu qui lui proposa de fonder une école à Paris. Il trouva une mort tragique à Livourne en 1643 sur le chemin de Paris (son frère fut soupçonné de l’avoir empoisonné. Ce même frère fut brûlé vif un an après pour avoir sodomisé un enfant de chœur ! cf. Fransolet - Du Quesnoy, Bruxelles 1942).

Poussin, qui s’était appliqué à la géométrie, à la perspective, à l’optique et même à l’anatomie pratique dans un hôpital (Bellori op.cit.), fit bénéficier du Quesnoy de ses connaissances et ils travaillèrent ensemble sur les proportions. En retour, le sculpteur influença la manière du peintre qui, longtemps après, utilisera encore des modèles de terre cuite pour concevoir ses tableaux, ce qui explique en partie certaines poses hiératiques voire figées de ses personnages.

Une autre activité aida Poussin à affiner son style : dès 1627, Dal Pozzo l’utilisa lors de ses relevés archéologiques. Poussin, toujours passionné par les sciences, ne put manquer de se passionner pour l’affaire Galilée qui captivait l’attention de ses contemporains. Galilée avait été le protégé de Maffeo Barberini, futur Urbain VIII, qui ne put le soustraire à l’inquisition. Galilée fut condamné le jour du solstice d’été 1633 et séquestré jusqu’à sa mort le 8 janvier 1642, muni de la bénédiction papale.

Ce pape Urbain VIII, que Poussin n’aimait pas et qui ne laissera pas un souvenir impérissable comme pape, a néanmoins marqué de son empreinte la vie religieuse et artistique de son temps. Tout d’abord, il s’opposa très vivement aux jansénistes, interdisant l’Augustinus en 1642-1643 et s’attirant ainsi le ressentiment de la secte. Parallèlement, et ce n’était pas un hasard, il prit sous sa dépendance le Séminaire de Saint-Sulpice créé à Paris par Monsieur Olier. Il prit une part active à l’embellissement de Rome en faisant décorer Saint-Pierre, en bâtissant Castel Gandolfo et en protégeant peintres et sculpteurs. C’est à son exemple que Le Bernin, un de ses protégés, et le Cardinal Francesco Barberini, son neveu, étendirent leur aile sur Poussin arrivant à Rome.

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