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« Camille Pissarro est un des trois
ou quatre peintres de ce temps. Il possède la solidité
et la largeur de la touche, il peint grassement, suivant les traditions,
comme les maîtres. J'ai rarement rencontré une science
plus profonde. Un beau tableau de cet artiste est un acte d'honnête
homme. Je ne saurais mieux définir son talent. »
ÉMILE ZOLA, Mon Salon - les Naturalistes,
1868 (tiré d'un extrait reproduit sur le beau site des Cahiers
naturalistes)
« M. Pissarro possède un véritable tempérament
d'artiste, cela est certain; le jour où elle se dégagera
des langes qui la couvrent, sa peinture sera la véritable peinture
du paysage moderne, vers laquelle marcheront les peintres de l'avenir,
mais, malheureusement ces oeuvres si particulières sont des exceptions;
lui aussi a bariolé, sous prétexte d'impressions, d'obscures
toiles; c'est un intermittent qui saute du pire au bon, comme Claude
Monet qui expose maintenant avec les officiels, un paysagiste de talent
parfois, un détraqué souvent, un homme qui se fourre le
doigt dans l'oeil jusqu'au coude, ou bien qui brosse tranquillement
une très belle oeuvre.
Ces hauts et ces bas sont, du reste, un des
traits distinctifs des quelques paysagistes qui ont surnagé dans
la débâcle de leurs confrères en impressionnisme.
Pas de milieu; folies ou audaces du vrai, selon l'état de leur
vue qui ne passe jamais par l'état de la convalescence. »
JORIS-KARL HUYSMANS, "Exposition des
indépendants en 1880", in L'art moderne, Paris, Charpentier,
1883
« Comme nous semble sage et calme, aujourdhui, la peinture
de Camille Pissarro ! Calme et froide. On pourrait voir là un
« effet par comparaison » et lattribuer à telles
ou telles fauves et récentes outrances, si les émules
de Pissarro nous imposaient aussi cette impression de calme, ou si ce
calme était celui de la sérénité qui rassure.
Mais il sen faut que, devant les uvres de Sisley ou de Monet
par exemple, et pour ne parler ni de Gauguin ni de Cézanne
, nous ayons jamais subi un sentiment analogue dennui et
datonie. Atonie ! on pourra sétonner dun
tel mot à propos dun artiste qui posséda, pourtant,
une si riche palette. Mais cest quil manque à toute
cette richesse quelque chose sans quoi les couleurs les plus sonores
ne font, en effet, que du bruit : une sensibilité aussi ardente
que toutes ces flammes dartifice et qui seule peut les rejoindre
à la nature vivante. Pissarro, le premier généralisateur
dune formule quil navait pas trouvée, le bottin
de limpressionnisme, a donné le mauvais exemple de lamour
de la technique pour elle-même. Il fut un élève
qui ne développa point lenseignement reçu; un faux
maître. Les trente-deux toiles réunies chez Bernheim et
choisies, pour la plupart, entre les meilleures, permettent lexpression
catégorique dun jugement définitif. On ne peut plus
parler de la Nature à propos de Pissarro; il ne la pas
aimée; il na vu en elle que sujets à tableaux; il
la regardée froidement. Ses uvres, parfaites, sont
vaines, et plus loin de nous que le moindre bout de fresque découvert
tout à lheure à Sienne ou à Pise, qui date
du XIIe ou du XIIIe siècle et dont lauteur ne sera jamais
connu. »
CHARLES MORICE, « Exposition Camille
Pissarro (chez MM. Bernheim jeune) », tirée de la «
Revue de la Quinzaine : Art moderne », Mercure de France, no 261,
1er mai 1908, p. 147-148
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