menu peintres
menu Pissaro
sommaire

 


Camille Pissarro. Gravure de Félix Vallotton
Source imprimée : La Revue blanche, tome 10, 1er semestre 1896, p. 480

Camille Pissaro
Biographie en réumé Sa vie son oeuvre


« Camille Pissarro est un des trois ou quatre peintres de ce temps. Il possède la solidité et la largeur de la touche, il peint grassement, suivant les traditions, comme les maîtres. J'ai rarement rencontré une science plus profonde. Un beau tableau de cet artiste est un acte d'honnête homme. Je ne saurais mieux définir son talent. »

ÉMILE ZOLA, Mon Salon - les Naturalistes, 1868 (tiré d'un extrait reproduit sur le beau site des Cahiers naturalistes)


« M. Pissarro possède un véritable tempérament d'artiste, cela est certain; le jour où elle se dégagera des langes qui la couvrent, sa peinture sera la véritable peinture du paysage moderne, vers laquelle marcheront les peintres de l'avenir, mais, malheureusement ces oeuvres si particulières sont des exceptions; lui aussi a bariolé, sous prétexte d'impressions, d'obscures toiles; c'est un intermittent qui saute du pire au bon, comme Claude Monet qui expose maintenant avec les officiels, un paysagiste de talent parfois, un détraqué souvent, un homme qui se fourre le doigt dans l'oeil jusqu'au coude, ou bien qui brosse tranquillement une très belle oeuvre.

Ces hauts et ces bas sont, du reste, un des traits distinctifs des quelques paysagistes qui ont surnagé dans la débâcle de leurs confrères en impressionnisme. Pas de milieu; folies ou audaces du vrai, selon l'état de leur vue qui ne passe jamais par l'état de la convalescence. »

JORIS-KARL HUYSMANS, "Exposition des indépendants en 1880", in L'art moderne, Paris, Charpentier, 1883


« Comme nous semble sage et calme, aujourd’hui, la peinture de Camille Pissarro ! Calme et froide. On pourrait voir là un « effet par comparaison » et l’attribuer à telles ou telles fauves et récentes outrances, si les émules de Pissarro nous imposaient aussi cette impression de calme, ou si ce calme était celui de la sérénité qui rassure. Mais il s’en faut que, devant les œuvres de Sisley ou de Monet – par exemple, et pour ne parler ni de Gauguin ni de Cézanne –, nous ayons jamais subi un sentiment analogue d’ennui et d’atonie. – Atonie ! on pourra s’étonner d’un tel mot à propos d’un artiste qui posséda, pourtant, une si riche palette. Mais c’est qu’il manque à toute cette richesse quelque chose sans quoi les couleurs les plus sonores ne font, en effet, que du bruit : une sensibilité aussi ardente que toutes ces flammes d’artifice et qui seule peut les rejoindre à la nature vivante. Pissarro, le premier généralisateur d’une formule qu’il n’avait pas trouvée, le bottin de l’impressionnisme, a donné le mauvais exemple de l’amour de la technique pour elle-même. Il fut un élève qui ne développa point l’enseignement reçu; un faux maître. Les trente-deux toiles réunies chez Bernheim et choisies, pour la plupart, entre les meilleures, permettent l’expression catégorique d’un jugement définitif. On ne peut plus parler de la Nature à propos de Pissarro; il ne l’a pas aimée; il n’a vu en elle que sujets à tableaux; il l’a regardée froidement. Ses œuvres, parfaites, sont vaines, et plus loin de nous que le moindre bout de fresque découvert tout à l’heure à Sienne ou à Pise, qui date du XIIe ou du XIIIe siècle et dont l’auteur ne sera jamais connu. »

CHARLES MORICE, « Exposition Camille Pissarro (chez MM. Bernheim jeune) », tirée de la « Revue de la Quinzaine : Art moderne », Mercure de France, no 261, 1er mai 1908, p. 147-148

menu Pissaro
s