La collegiale Sainte-Waudru
de Mons (Belgique - Wallonie), chef d'oeuvre de raffinement et d'elegance.
Bien
que située au cur de l'ancien comté de Hainaut,
elle est une des églises les plus caractéristiques et
les plus homogènes de l'architecture gothique brabançonne.
La
collégiale a été bâtie au 15e siècle
sur ordre des chanoinesses. Elle constitue , avec le beffroi tout
proche, un symbole majeur de la ville de Mons.
Elle
est faite de grès, de pierre bleue et de briques, matériaux
locaux. Son plan, classique, est en forme de croix latine. Elle mesure
115 mètres de long, 32 mètres de large et s'élève
à 24,5 mètres à la clef de voûte. Le chur
est entouré d'un déambulatoire et de 15 chapelles rayonnantes.
Pénétrons
dans la collégiale. L'impression extérieure de masse
trapue s'efface. La verticalité y domine: le regard est porté
sans obstacle de la base des piliers à la clef de voûte.
Aucune horizontale ne l'arrête. L'impression d'élan vertical
est renforcée par l'étroitesse des arcades du chevet
aux arcs brisés aigus. Tout n'est ici qu'harmonie, élégance
et équilibre.
Le
mobilier actuel ne reflète malheureusement plus exactement la
riche décoration qui était présente avant la Révolution
Française. Vous pourrez découvrir néanmoins de
belles statues gothiques et surtout les remarquables sculptures en albâtre
que Jacques Dubroeucq (16e siècle) conçut pour le jubé
lui aussi disparu.
Les fenêtres hautes sont ornées d'intéressants vitraux
du 16e siècle.
La collégiale abrite
aussi le Car d'Or, exemple rare de char de procession du 18e siècle
qui promène chaque année la châsse de sainte Waudru
lors de la "Procession du Car d'Or" l'une des plus belles
processions du pays.
Au
terme de votre visite, ne manquez pas de jeter un oeil au Trésor,
installé dans l'ancienne salle capitulaire des chanoinesses.
Il conserve de nombreuses pièces d'orfèvrerie montoise
(calices, ostensoirs et reliquaires) du 11e au 19e s, des statues
polychromes, des ornements liturgiques,
La
diversité des matériaux ajoute à l'ensemble un
élément coloré. Le choix des pierres s'explique
ici, comme à l'hôtel de ville contemporain, commencé
en 1458. En règle générale, encore à la
fin du Moyen Age, la pierre, matériau noble et durable, était
réservée aux bâtiments publics (églises,
hôtels de ville, halles), tant civils que religieux et aux constructions
défensives (murailles et portes des fortifications urbaines).
De
gres
A Mons, la roche la plus
couramment utilisée jusqu'au XVe siècle est le grès
de Bray, matériau aux tonalités chaudes, jaunâtre,
ocré, rosé. Les murs de Sainte-Waudru, du chur
à la nef, ainsi que les contreforts sont en grès de
Bray extrait des carrières de Stambruges et surtout de Saint-Denis,
de Bray et de Gottignies. On en extrayait aussi sous le domaine capitulaire
à Nimy et à Maisières ou sur des terres "
amies ", tels les villages dionysiens Obourg et Saint-Denis.
C'est une pierre dure, résistante, souvent travaillée
à la boucharde. Le grès se laisse difficilement sculpter
ou moulurer ; les consoles du chevet sont toutefois travaillées
dans cette matière.
De
petit granit
L'autre pierre, employée
dès 1451 dans les parties hautes, les remplages des fenêtres,
les pinacles, les arcs-boutants, les gargouilles, partout où
le matériau doit être finement taillé, ciselé,
sculpté, biseauté, est la pierre bleue, dite petit granit,
extraite à Ecaussinnes, à Feluy, à Arquennes
et plus tard, à Soignies. La majorité des pierres bleues
de Sainte-Waudru, tant pour l'extérieur que pour les piliers,
les arcs, les arcatures aveugles, les résilles de l'intérieur,
proviendront d'Ecaussinnes dont plusieurs maîtres de carrière
seront associés aux projets et aux préparatifs préliminaires
à la construction. Ce type de pierre porte généralement
la marque du tailleur, du tâcheron, du maître de la carrière
(plus de 50 différents).
Partout dans la ville, le grès semble abandonné aux
abords du XVIe siècle. Pourquoi ? Problème d'exploitation,
épuisement de certains bancs, coût élevé
dû à la difficulté d'extraction, peut-être.
De toute évidence, la pierre bleue a la cote dès le
XVIe siècle.
L'emploi simultané
des deux matériaux se limite aux XVe et XVIe siècles
; encore faut-il tenir compte de remploi de grès provenant
de démolition.
De
bois, d'ardroises et de plomb
La charpente est couverte
d'ardoises : ainsi, le regard passe du pavé irrégulier
de la chaussée périphérique au grès ocré
de Bray, accentuant l'aspect robuste des murs, au gris bleu de la
pierre calcaire et au noir irisé des ardoises.
En 1521, on utilise le plomb à la place de la pierre (ardoise
?) au faîte du toit. Le zinc apparaît à la fin
du XIXe siècle et peu à peu remplace le plomb utilisé
dans la construction des corniches et des arêtiers car la soudure
y était aisée.
De
fer
Vers 1775, les meneaux
de pierre de la grande fenêtre du croisillon sud furent remplacés
à la demande des chanoinesses, à l'affût de matériaux
nouveaux, par des meneaux de fer. A notre connaissance, il s'agit
de la première intervention de ce matériau - contemporaine
de son utilisation initiale en Angleterre - dans l'architecture montoise.
L'impression
de masse trapue que donne la collégiale vue de l'extérieur
s'efface dès que l'on y pénètre : les lignes
verticales dominent, la pierre grise monte à l'assaut des voûtains
de briques, le regard effleure les piliers et participe à l'élan
continu de la base à la clef de voûte.
L'impression
globale est à la fois l'homogénéité et
la rigueur harmonique et cependant, il y a cent quarante ans entre
le chur commencé en 1450 et la dernière travée
de la nef aux arcatures aveugles, faisant liaison avec la tour. La
structure est restée gothique d'un bout à l'autre du
vaisseau. Les maîtres d'uvre, les architectes successifs
ont agi avec modestie, ils n'ont pas eu l'audace de marquer leur passage
par une uvre de leur cru, ils ont suivi pied par pied le plan
du XVe siècle et, à travers la Renaissance, la période
baroque et le classicisme, ils ont persévéré
dans la méthode gothique, respectant le savoir du maître
médiéval qui avait établi le plan et l'élévation.
Cette
impression première de rectitude verticale est confortée
par l'analyse des éléments. Aucune entrave, aucune aspérité
horizontale n'arrête la progression du regard : les hautes bases
des piliers à modénature gothique, à biseaux
et à chanfreins, se prolongent dans les piles nervurées
qui s'épanouissent comme des palmes en se diversifiant vers
les grandesarcades ouvertes sur les basses nefs et, en faisceaux,
montant jusqu'au niveau de la voûte, se muant alors en arcs
augifs à peine brisés qui se croisent à la clef
et en arcs doubleaux séparant les travées barlongues.
Les voûtains sont de briques roses (dans quelques travées,
un quadrillage constitué de briques plus sombres anime la voûte).
Une résille de pierre descend de la voûte jusqu'aux arcades
: les remplages des fenêtres hautes se prolongent dans le triforium
aveugle et au-delà, dans les écoinçons des grandes
arcades de communication entre la nef et les bas-côtés
pour former un ensemble de meneaux verticaux et de rinceaux (mouchettes,
soufflets, "vessies de poissons ") d'une grande élégance
et légèreté ; c'est d'ailleurs le seul décor
de l'édifice, la sculpture en étant absente. L'étroitesse
et la hauteur des arcades du chur aux arcs brisés aigus,
ajoutent un élément à l'impression d'élan
vertical.
La
" promenade " du fond de la nef vers le chur ou par
les bas-côtés, offre de multiples aspects de l'église,
toujours changeants et toujours exaltants de cette fugue classique
rythmée par l'alternance des piliers en faisceaux et des vides
des arcades et par les variations de la lumière ; l'élément
répétitif des travées, toutes de même dimension,
n'engendre aucune monotonie mais un épanouissement du sentiment
de sérénité, de majesté sans emphase,
de spiritualité matérialisée dans la pierre.
Les
quatre piliers de la croisée, sur lesquels retombent les nervures
de la voûte en étoile du carré du transept avec
ses liernes et ses tiercerons, sont plus complexes, plus épais,
plus robustes que ceux du chur ou de la nef : ils montent d'un
seul élan du sol à la voûte, aucune fenêtre,
aucun triforium ne les jouxtent.
La
collegiale Sainte-Waudru est classee " patrimoine majeur de Wallonie
".
Celui
qui, de France, arrive à Mons la découvre telle l'arche
posée sur le Mont Ararat. Elle marque, elle identifie la ville,
à côté du beffroi, symbole de la société
civile, rencontre du sacré et du profane... présage
d'un xxie siècle qui encouragera les hommes à effacer
leurs conflits pour répondre aux défis de leur planète,
sur laquelle ils continuent de poser la question du pourquoi et du
pour qui ?
Celui
qui en franchit le seuil accède à un autre monde : les
pierres élevées en lignes verticales et la clarté
qui vient du haut établissent le lien entre le matériel
et le spirituel, entre le monde d'en bas et le monde céleste.
Celui
qui, attentif, traverse du regard les rais de lumière filtrée
par les vitraux, retrouve sur le sol les traces gravées dans
la pierre de ceux qui ont abandonné leur corps à l'indifférence
de nos pas. Il reconnaît dans le chur, dans la nef et
les bas-côtés, les officiants du passé et ceux
d'aujourd'hui, les fidèles dans le calme de la prière,
les éclats des grandes cérémonies (du chapitre
de la Toison d'or au Te Deum des fêtes nationales) ; la discrétion
des enterrements ; l'allégresse populaire des descentes de
châsse ; la longue table du Jeudi-saint qui solennise la commémoration
eucharistique ; la foule des festivals qui applaudit le Requiem de
Fétis ou le Mystère des Disciples d'Emmaüs, l'étranger
admiratif devant le Ressuscité de Du Brucq, l'enfant
ébahi par le "grand chariot doré ", l'organiste
à la recherche d'une nouvelle inspiration, l'acolyte qui préférerait
au maniement pendulaire de l'encensoir, le cache-cache derrière
les piliers, dont ne se privent pas toujours les amoureux, eux qui
reviendront, dans quelque temps, échanger leurs engagements.
Le gothique brabancon
La forme extérieure,
massive, est généralement dotée d'une tour en
façade (comme à Malines, Saint-Rombaut qui reste inachevée
de son clocher ; parfois deux tours, comme à Anvers, voire
trois, tel le projet jamais réalisé de la façade
de Saint-Pierre de Louvain).
Chaque
travée des bas-côtés a son pignon, il n'y a pas
de rose ni en façade, ni aux bras du transept, mais de vastes
baies à remplages de pierre.
L'ornementation
y est rare, strictement subordonnée à l'architecture
(des crochets aux pinacles et aux rampants des pignons, aux gables
; des niches aux contreforts).
L'actuelle collégiale
du 15e siècle a succédé à d'autres églises
qui ont occupé ce lieu depuis le 7e siècle, époque
de la fondation du premier ermitage par sainte Waudru.
Elle a été
construite à partir de 1450, suivant les plans d'architectes
de Mons de Louvain. Sa construction a duré 139 ans ! Pendant
tout ce temps, les maîtres d'oeuvre et les architectes successifs
ont suivi le plan et la décoration du 15e siècle sans
chercher à y introduire leur note personnelle ou à l'adapter
au goût du jour, ce qui procure à l'église une
formidable unité.
La
tour
La tour unique - située
à l'avant de l'édifice - devait avoir 190m de haut.
Elle fut commencée en 1548 et jamais terminée. Les travaux
ont été maintes fois interrompus jusqu'en 1687 date
à laquelle ils ont été définitivement
arrêtés à hauteur du toit. C'est pourquoi ont
dit à Mons depuis le 16e siècle de quelque chose qui
ne se termine jamais, " C'est la tour de Sainte-Waudru, on n'en
verra pas le bout ! ".
Une
histoire mouvementée
Au moment de la Révolution
française, le riche chapitre des chanoinesses dût fuir
la ville en abandonnant tous ses biens aux révolutionnaires.
La collégiale fut privée de sa décoration et
transformée entre autre en écurie. Elle fut sauvée
de justesse de la démolition.Le bâtiment sera réhabilité
en 1803 au moment de la restauration du culte par Napoléon,
non plus comme paroisse personnelle mais comme paroisse principale
de la ville de Mons.
Ainsi, aujourd'hui, Sainte-Waudru
est devenue la paroisse en chef de la ville de Mons, à la place
de l'ancienne paroisse de Saint-Germain, autrefois à ses côtés
qui, elle, fut totalement détruite suite à la Révolution
Française (1799).
La Procession du Car d'Or
 |
Origine
Cette procession est,
de toutes les manifestations de ce culte, celle qui a le mieux traversé
les siècles. Très tôt, les processions en l'honneur
de la sainte avaient certes été nombreuses. On sortait
les reliques en de fréquentes occasions, lors des fêtes
du calendrier liturgique. Mais vint l'année 1348 et, avec elle,
une peste dont les annales disent qu'elle décima une bonne
partie de la population de l'Occident. La région de Mons fut
durement touchée, et c'est pourquoi une procession solennelle
fut organisée le 7 octobre 1349, en l'honneur de la Sainte-Trinité.
Le "corps saint de Madame sainte Waudru" alla à la
rencontre du chapitre de Soignies qui, pour sa part, amenait le corps
de saint Vincent. La rencontre eut lieu dans les bois de Maisières,
à mi-chemin. Le fléau avait cessé, la procession
devait entrer dans la tradition. Très vite, dès 1352,
on la plaça au dimanche de la Trinité (le dimanche qui
suit la Pentecôte) pour éviter le temps trop incertain
de l'automne. C'est toujours à cette date qu'elle sort aujourd'hui
dans une ville en liesse.
Historique
Pendant longtemps, cette
procession fut un véritable marathon. Le cortège des
chanoinesses du chapitre, les confréries, les reliques, quittaient
Mons au petit matin et n'y rentraient que vers midi, après
avoir parcouru un long trajet dans les campagnes avoisinantes (Un
périple similaire est toujours effectué à Soignies
avec le "tour Saint-Vincent").
Cependant,
en ces temps lointains, vingt kilomètres représentaient
un parcours fort long et très dangereux dans des contrées
incertaines. Vers la fin du XVIIe siècle, on réduisit
donc le parcours en le confinant à l'intérieur des remparts.
C'est la trame de l'actuelle procession du Car d'Or qui dure environ
deux heures.
Cette
marque éclatante d'une ville à sa sainte patronne aurait
pu, elle aussi, disparaître au début du xxe siècle,
si l'année 1930 et le centenaire de l'indépendance de
la Belgique n'avaient relancé la démarche, désormais
solidement ancrée au cur de la ducasse.