Antonin Artaud
1896 / 1948
Qui suis-je? D'où je viens? Je suis Antonin
Artaud et que je le dise comme je sais le dire immédiatement
vous verrez mon corps actuel voler en éclats et se ramasser sous dix
mille aspects notoires
un corps neuf où vous ne pourrez plus jamais m'oublier.
|
La maladie est un état.
La santé nen est quun autre, plus moche. Je veux dire plus lâche et plus mesquin |
| Artaud (1896-1948)
prit le visage du rénovateur du théâtre contemporain
: « der Vater des modernes Theaters », disait-on en Allemagne.
Durant toute une décennie, ce fut une véritable folie d'Artaud
: chacun se réclamait de lui, et une « cruauté »
le plus souvent mal comprise était mise à toutes les sauces.
Comme toutes les modes, celle-ci finit par refluer. Non sans inspirer
un vif soulagement à ceux que cette frénésie avait
consternés. Car elle était largement mystificatrice, et
un certain culte aveugle avait tendu à occulter, par ses excès
bruyants et réducteurs, la richesse d'une parole que l'on commençait
à peine d'approcher. Il arrive que le reflux d'une mode s'accompagne
d'un détournement radical de ce qui en a été l'objet
et que l'on aille jusqu'à brûler ce qu'on avait adoré.
Rien de tel ici : ce qui a disparu, c'est l'écume, le fracas. Mais
l'intérêt profond pour Artaud n'a pas décru. Le prouvent
les numéros spéciaux de revues qu'on continue de lui consacrer,
à intervalles quasi réguliers, tandis que se poursuit méthodiquement
le lent dévoilement des Oeuvres complètes.
Alain et Odette Virmaux (IN Antonin Artaud, La Manufacture éd.)
|
|
On se souvient du mot superbe d'André Breton à son sujet: «A jamais la jeunesse reconnaîtra pour sien cet oriflamme calciné.» La phrase de Breton date de 1959. Sa prédiction ne tarda pas à se réaliser. Dès avant 1968, et autour de cette date, pendant une dizaine d'années environ, se développa ce qu'il faut appeler une « mode » d'Artaud. Mode irrésistible et qui prit plusieurs formes mais cristallisa surtout autour du théâtre. Sans doute parce que la publication des oeuvres complètes en était justement au "Théâtre et son Double" et à tout ce qui s'y rapportait. Très vite, en France et bien au-delà,..... «Antonin Artaud fut lécrivain de la révolte absolue, lacteur de lexcès, "ce désespéré qui vous parle"selon ses propres termes. Né à Marseille en 1896, mort à lasile dIvry en 1948, il marque le XXe siècle par la dimension tragique de son destin, laura de sa personnalité et léclat de son oeuvre. Celle-ci, considérable, occupe une position originale au croisement de la littérature, du dessin, du théâtre, du cinéma et de la radio. Radicalement novatrice, elle participe d'une rage de lexpression qui bouleverse la langue et les signes et ne laisse aucune forme artistique intacte ni aucun lecteur-auditeurspectateur indifférent.» (Bibliothèque nationale de France, "Exposition Antonin Artaud, 7 novembre 2006 - 4 février 2007". Communiqué de presse officiel) - format PDF « Sa grande silhouette dégingandée, son visage consumé par la flamme intérieure, ses mains qui se noient, soit tendues vers un insaisissable secours, soit tordues dans l'angoisse, soit le plus souvent enveloppant sa face, la cachant et la révélant tour à tour, tout en lui racontait labominable détresse humaine ». (André Gide, 1948) Artaud est aujourdhui, avec Nietzsche
et Bataille, une référence essentielle. Son uvre
est de celles que toute recherche doit avoir, presque nécessairement,
traversée. Elle rayonne bien au-delà de la littérature
: sur le théâtre, lart, la pensée. Critiques,
psychanalystes, philosophes sen emparant, elle ne cesse dêtre
commentée, expliquée, théorisée, comme sil
sagissait, pour les uns, dacérer ses pouvoirs, pour
les autres, plus ou moins inconsciemment, détouffer sous
les gloses le cri du poète, de lenfermer dans des grilles
de lecture, des réseaux dinterprétation, des techniques
décriture toutes métaphores de lasile.
Artaud, en effet, est autre chose quun « phare » :
il néclaire pas, il brûle. » |
